Éditions du sous sol, 345 pages, mai 2025

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marie-Hélène Sabard

Les victoriens veulent savoir pourquoi l’évolution a transformé certain primates -et pas d’autres- en gentlemans anglais.

Après avoir été emportée sur les mers avec la marine anglaise au XVII° siècle avec les Naufragés du Wager, ce diable de journaliste écrivain nous entraîne au début du XX° siècle dans la forêt amazonienne, en suivant un explorateur si british : Percy Fawcett puis en suivant tous ceux qui sont allés à sa recherche quand il n’a plus donné signe de vie , alors qu’il tentait un dernière expédition accompagné de son fils et l’ami de son fils en 1925 .

L’auteur, lui-même, est reparti sur les traces de Fawcett, et surtout sur les reste d’une ville que celui-ci aurait recherché au milieu de la forêt. L’auteur est un formidable conteur, mais aussi un rat de bibliothèque qui sait lire et croiser les archives. Il fournit toutes ses sources, et n’est pas avare de notes en bas de page. L’histoire de cette ville que Fawcett a appelée « Z » , a hanté tous les explorateurs et même avant les conquérants espagnols qui étaient à la recherche de l’or et recherchaient l’El Dorado. Ce qui est extraordinaire dans cette histoire, c’est la façon depuis le XVI° siècle dont les envahisseurs ou explorateurs ont méprisé les populations autochtones. Il ne suffisait pas de les faire mourir en les contaminant avec des maladies pour lesquelles ils n’avaient aucune défense, il fallait les réduire en esclavage, les christianiser en leur faisant perdre leur propre culture, et les assassiner pour leur faire avouer où était la fameuse « El Dorado ». Il ne faut pas trop s’étonner que les différentes tribus se soient réfugiées de plus en plus loin dans les profondeurs de la forêt amazonienne et cherchent à tuer tous les blancs qui s’approchent de leur village. Et évidemment, ils sont, alors, accusés d’être barbares, sauvages cannibales et autres mots qui sont autant de repoussoirs ou des raisons pour les tuer en toute bonne conscience.

Fawcett est lui-même complètement convaincu de la supériorité des britanniques, mais en fréquentant régulièrement différentes tribus indiennes, il remarque à quel point elles savent mieux s’adapter aux rigueurs de la vie dans cette forêt si hostile à l’homme blanc. Ce livre est aussi l’occasion de décrire la société anglaise, et elle n’en ressort pas grandie. Si Fawcett résiste à tout ou presque, les gens qui l’accompagnent souffrent de tous les maux et surtout de la faim, Alors que les Indiens eux semblent vivre en harmonie avec cette même nature. Cet homme a une santé qui surmonte toute les maladies et a un don pour les langues remarquable, il peut parler avec les Indiens et se faire accepter par différentes tribus. Il est aussi dur avec lui qu’avec les gens qui l’accompagnent, et il peut être odieux pour ceux qui tombent malades, car il voit la maladie comme une faiblesse donc refuse de ralentir pour eux sa marche ou de revenir en arrière. La description des différentes maladies qui peuvent attaquer les hommes en Amazonie pourrait faire fuir n’importe quelle personne saine d’esprit. Il change complètement de point de vue sur la « civilisation » après ce qu’il a vu pendant la guerre 14/18. Les Indiens lui semblent alors beaucoup moins dangereux que les Européens. Les dangers actuels auxquels sont confrontés les Indiens, sont abordés à la fin du livre, avec la culture intensive du soja, la forêt recule de plus en plus et avec elle , ceux qui y avaient trouvé refuge pour abriter une autre façon de vivre.

C’est un livre intéressant, et bien raconté mais autant j’ai lu avec une grande attention la première expédition, j’ai ensuite trouvé que c’était le même récit, j’ai donc trouvé trop long cet essai malgré ses évidentes qualités.

Extraits

Début de la préface.

J’ai sorti la carte de ma poche. Elle était mouillée, froissée, et mon itinéraire tracé à l’encre s’effaçait. J’ai regardé fixement les lignes dans l’espoir qu’elle me conduirait hors de la jungle au lieu de m’y enfoncer davantage. 
On voyait encore la lettre z au centre de la carte. Moins un repère qu’un sarcasme, une preuve supplémentaire de ma folie.

Début du roman.

Chapitre 1 Nous reviendrons
 Par une froide journée de janvier 1925, un homme de haute taille, à l’allure distinguée, traverse d’un pas pressé les docks de Hoboken dans le New Jersey ; il se dirige vers le « SS. Vauban » , un paquebot de cent cinquante-cinq mètres en partance pour Rio de Janeiro. Âgé de cinquante-sept ans, le gentleman mesure plus d’un mètre quatre-vingts, il a de longs bras musclés et, malgré un front un peu dégarni et une moustache poivre et sel, sa forme physique lui permet de marcher pendant des jours et des jours en prenant peu ou pas de repos, ni de nourriture.

Début du fleuve Amazone.

Depuis sa source, le ruisseau suit une pente abrupte. À mesure qu’il prend de la vitesse, il se gonfle, de centaines d’autres, la plupart si petits qu’ils n’ont même pas de nom. Deux mille mètres plus bas alors qu’il pénètre dans une vallée, il gagne ses premiers reflets verts. Bientôt, des cours d’eau plus importants viennent le rejoindre. Agité de remous, il descend vers les plaines en contrebas. Cinq mille kilomètres le séparent toujours de l’océan. Rien ne pourra l’arrêter. De même que rien ne pourra arrêter la jungle, qui, la chaleur équatoriale et l’abondance des pluies aidant, engloutit peu à peu ces rives.

La fameuse éducation britannique.

 Solitaire, combatif et hypersensible, le jeune homme doit apprendre à converser sur l’art (mais sans jamais faire étalage de sa science), à danser la valse, sans se tromper de sens, et à témoigner d’une irréprochable correction en présence du sexe opposé. Craignant que l’industrialisation ne viennent éroder les valeurs chrétiennes, la société victorienne est obsédée par la domination des instincts physiques. Elle mène croisade contre la littérature obscène et contre « la maladie de la masturbation ». Dans les campagnes, on distribue aux mères des brochures sur l’abstinence qui leur conseillent de « gardez un œil vigilant sur les champs de foin ». Les médecins préconisent l’emploi d' »anneaux à pointes » pour réfréner les pulsions rebelles. Voilà qui contribuera à la vision de la vie selon Percy Fawcett : une inlassable lutte contre les forces physiques qui l’entourent. Dans des écrits ultérieurs, il formulera des mises en garde contre « le besoin incontrôlable d’excitation des sens » et « des vices et désirs » trop souvent, dissimulés ».

Londres 1900.

 Mais dans la capitale, rien n’avance -ou plutôt si car tout semble en perpétuel mouvement. Hommes-sandwichs. Garçons bouchers. Employés de bureau. Omnibus tractés par des chevaux. Sans oublier cette bête étrange qui envahit les rues, effraie chevaux et piétons, tombe en panne à chaque bord de trottoir : l’automobile. Au début, la loi exigeait qu’on ne dépasse pas les trois kilomètre-heure et qu’un valet à pied précède le véhicule en agitant un drapeau rouge. Mais en 1896, la limitation de vitesse a été relevée à vingt-deux kilomètre-heure.

Les magasins actuels pour les aventuriers.

 Partout où je me tournais je voyais des clients « accros de la technologie ». À l’évidence, plus l’exploration véritable se faisait rare, plus se démocratisait les moyens de la tenter… et saut à l’élastique ou surf des neiges, étaient autant de manière baroque d’en approcher. Toutefois, l’exploration ne semblait plus viser la découverte du monde extérieur, mais celui de l’intime, ce que guides et brochures baptisaient « la thérapie par le camping et la vie sauvage » et le « développement personnel par l’aventure ».

Charmes de la forêt amazonienne.

 Cependant, ce ne sont pas les gros prédateurs qui tourmentent le plus les hommes, mais les attaques incessantes des insectes : il y a les fourmis « saubas » capables en une nuit de ne vous laisser que la trame des vêtements et des sacs ; il y a les tiques accrochées à la peau comme cet autre fléau que sont les sangsues ; il y a les puces-chiques, ces insectes aux poils rouges qui se nourrissent de tissus humains ; il y a les mille pattes qui vous arrosent de cyanures d’hydrogène, les vers parasites qui rendent aveugles, les mouches « Dermatobia hominis » dont les ovipositeurs traversent l’étoffe des habits – les œufs déposés deviendront des larves qui vous creuseront des galeries sous la peau. Il y a aussi ces moucherons piqueurs quasi invisibles qu’on appelle « piums » et qui couvrent de cloques le corps du voyageur. Sans parler de la « punaise assassine », en vous piquant à la lèvre, elle vous inocule un protozoaire appelé « Trypanosoma cruzy » ; vingt ans plus tard alors que vous êtes persuadé d’être sorti indemne de la jungle, vous mourrez d’œdème cérébrale ou cardiaque. Pourtant, le pire, ce sont les moustiques. Ils peuvent être les vecteurs d’une foule de maladies : malaria, dengue « broyeuse d’os », éléphantiasis, fièvre jaune… « La seule raison majeure, pour laquelle l’Amazonie reste à conquérir, ce sont les moustiques », écrira Willard Price en 1952. 

De quoi douter du monde dit civilisé.

 « Imaginez-vous une centaine de kilomètres de ligne de front, sur deux à cinquante kilomètres de large, littéralement couverte d’un tapis de mort qui forment souvent de petites collines. Et vous aurez la mesure du prix que nous avons payé. Des hommes sans nombre sont partis à la boucherie par vagues interminables, ils ont franchi les barbelés et rempli les tranchées de morts et de mourants. Ils avaient la force irrésistible d’une armée de fourmis, quand la pression des lames successives poussent, qu’elles le veuillent ou non, les légions de l’avant au désastre. Aucune ligne fortifiée ne pouvait résister à ce raz de marée humain, ni continuer à tuer pour toujours. C’est, je pense, le plus terrible témoignage des conséquences inexorables que produit un militarisme débridé. » Et Fawcett de conclure : « Civilisation ! Grands dieux ! Après ce qu’on a vu, quel mot absurde ! Ce fut une explosion démente des émotions humaines les plus basses. »


Édition Folio Junior

Traduit de l’anglais par Alice Marchand

Ce livre est un projet de lecture avec mon petit fils de huit ans. Sa maman se désole car il ne lit plus que des mangas. J’ai fait une recherche dans les différentes maison d’édition et j’ai été étonnée à quel point c’est difficile de trouver un roman d’aventure. J’espère que celui-ci lui plaira mais je lui laisserai la parole.

Pour moi ce livre est parfait car il insiste beaucoup sur les possibilités de débrouillardise des enfants, mais en ne niant pas du tout les risques qu’ils ont encourus. Quatre enfants étaient dans un petit avion pour aller jusqu’à Manaus en Amazonie . Le pilote meurt brutalement d’une crise cardiaque, l’avion s’écrase. Les enfants sont vivants mais pour combien de temps ?

Heureusement pour eux, ils rencontreront un homme qui va les aider. J’ai beaucoup aimé les descriptions de la nature qui est loin d’être accueillante. L’auteure est visiblement très bien renseignée sur les habitudes alimentaires des animaux de la région, comme les singes qui se badigeonnent de fourmis avant de plonger leurs mains dans les ruches sans se faire piquer. Comportement que les enfants vont imiter. Les rapports entre eux n’est pas immédiatement fluide mais ils finiront pas se connaître et s’entendre. On apprend beaucoup de choses sur les animaux et les plantes de cette région . Il y a quelques invraisemblances, mais pas trop. Je pense qu’aucun enfant n’oubliera le passage sur les mygales. Et, j’espère vraiment qu’Arthur va aimer.

 

Arthur (8 ans)

J’ai beaucoup aimé ce livre mais j’ai mis du temps à le lire car il est un peu difficile et long mais si on se laisse prendre par l’histoire c’est très bien. Je pense que c’est un livre pour des enfants un peu plus grands que moi. Mon passage préféré c’est quand les enfants font un pacte en faisant sur leur peau une marque avec un couteau pour jurer qu’ils garderont le secret de l’explorateur. J’ai appris dans ce livre que l’on pouvait manger des mygales et que c’était très bon. J’irai bien en Amazonie mais j’ai un peu peur aussi.

Citation

Manger une mygale .

Fred prit son courage à deux mains. Il détacha la mygale du bâtonnet. Elle était chaude et croustillante, mais avait gardé son allure d’araignée. Il se boucha le nez et croqua une patte.

Il fut stupéfait. Elle avait un goût de poisson, un goût de sel, comme la mer. Il croqua une plus grosse bouchée.
– C’est pas mal, commenta-t-il.
Connie le considéra d’un air incrédule. 
– Tu es en train de manger une araignée. Tu en as conscience ?

 

 

Édition Actes Sud Jacqueline Chambon . Traduit de l’anglais(États-Unis) par Gaëlle Rey

 

Aifelle m’a donné envie de découvrir cette auteure à travers un autre titre « Dans la course » , un des commentaires parlait de ce roman que j’ai donc lu. J’ai cherché dans la campagne bretonne ce qui pouvait évoquer l’Amazonie pour faire ma photo, j’ai eu un peu de mal ! mais vous avez quand même l’eau et les herbes.

Si par hasard vous avez envie d’aller en Amazonie (ce qui n’est pas mon cas) lisez ce roman avant pour avoir une idée de ce que vous pourrez y trouver. Entre les moustiques tueurs, les serpents, les plantes toxiques voire mortelles, la chaleur gorgée d’humidité, se cachent des tribus indiennes certaines sympathiques d’autre pas. L’horreur absolue ! Dans cet enfer une jeune scientifique part à la recherche d’une spécialiste des médicaments pour avoir des explications sur la mort de leur collègue qui était déjà parti à la recherche de cette spécialiste. Pour ne pas attraper la malaria, elle prend des médicaments qui lui donnent des cauchemars abominables, ce qui permet à l’auteure de nous faire comprendre son passé. Son père était Indien (de l’Indes) et sa mère du Minnesota. Elle a peu connu son père qui s’est séparé de sa mère pour vivre en Indes et y a refait sa vie. Ce n’est pas du tout le thème principal du roman, même si cela explique sans doute une part du caractère de Marina Singh. Ce roman raconte comment des chercheurs essaient de trouver de nouveaux médicaments dans la jungle amazonienne si riche en biodiversité. Il y a du suspens autour de la mort d’Anders Eckman, dont je ne peux rien dire sans me mettre à dos toutes les anti-divulgâcheuses. En revanche, je peux vous parler de la très antipathique Dr Swenson employée par le même laboratoire que Marina et Anders pour trouver un médicament qui permettrait d’allonger la période de fertilité des femmes. Les femmes indiennes qui accueillent ces scientifiques ne connaissent, en effet, pas de perte de fertilité durant toute leur vie. C’est bien là le but des recherches pour lesquelles le Dr Swenson est rémunéré, mais si elle ne donne pas les résultats de ses recherches, c’est qu’elle veut, avant, trouver un médicament efficace contre la malaria. Elle sait que ce médicament ne sera pas financé par son laboratoire car il n’intéressera pas les femmes américaines. On peut reconnaître les débats actuels sur les médicaments chers (remdesivir) et ceux qui ne coutent rien (l’hydroxychloroquine).

Les histoires d’amour compliquées de Marina, son attachement à un petit enfant indien ne m’ont pas du tout passionnée. En revanche la course aux médicaments et les descriptions de la vie en Amazonie m’ont beaucoup marquée. Si j’ai des réserves sur ce roman, c’est parce qu’aucun personnage n’est vraiment sympathique. J’ai besoin de me sentir bien avec les personnages et entre le Dr Swenson en grand patron détestable et méprisant tout le monde et les amours de Marina, je n’étais bien avec personne. En plus, j’étais plongée dans l’univers – très bien décrit- que je déteste le plus au monde (sans y être jamais allée !)  : la forêt amazonienne.

Citations

 

Une belle lettre d’amour du Dr Ekman

Tous les jours ou presque, j’ai mal à la tête et j’ai peur qu’un de ces minuscules animaux d’Amazonie ne soit en train de creuser un trou de ses dents pour atteindre mon cortex cérébral, et la seule chose au monde que je désire, la seule chose qui donnerait du sens ou de la légitimité à mon existence, serait de pouvoir poser ma tête sur tes genoux. Tu passerais ta main dans mes cheveux, je sais que tu me ferais pour moi. Tel est ton courage, telle est ma chance.

L’arrivée au Brésil

À l’extérieur, l’air était si épais que l’on aurait pu mordre dedans et en mastiquer un morceau. Jamais les poumons de Marina n’avait inhalé tant d’oxygène, tant d’humidité. À chaque inspiration, elle avait l’impression d’emmagasiner dans son corps d’invisibles particules florales, et que de minuscules spores s’installaient entre les cils vibratiles de ses organes pour y prendre racine. Un insecte frôla son oreille dans un bourdonnement si perçant que la tête de Marina bascula en arrière comme si elle avait reçu un coup. Un autre insecte lui mordit la joue tandis qu’elle levait la main pour chasser le premier. Il n’était pas dans la jungle, mais dans un parking. L’espace d’un instant, des éclairs de chaleur illuminèrent un banc de nuages menaçant a des kilomètres au sud avant de les ramener dans la pénombre.

L’horreur absolue pour moi

À la tombée de la nuit, les insectes les assaillirent par nuées. Carapaces dures et souples, mordeurs et piqueurs, grésillant, vrombissant et bourdonnant : tous, jusqu’au dernier, déployèrent leurs ailes de papier et vinrent percuter avec une rage folle les yeux, la bouche et le nez des trois seuls êtres humains qu’il purent trouver. (…) « Le Dr Rapp disait que le travail des entomologiste était facile, dit le Dr Swenson en tournant le dos à l’assaut des insectes. Ils n’avaient qu’à allumer une lumière et tous les spécimens accouraient. »

En période où l’on conteste les recherches en médecine lire de tels faits fait froid dans le dos

Étude clinique mener à Tuskege, en Alabama, de 1932 à 1972, par des médecins américain qui étudièrent l’évolution de la syphilis sur des participants auxquels ils refusaient de donner un traitement curatif pour pouvoir continuer leur recherche.