Je sais que je dois cette lecture à un blog, mais j’ai hélas oublié de noter son nom . Si je le retrouve, je mettrai immé­dia­te­ment un lien.

Ce livre est un essai du fils du « sauvé », Georges Heis­bourg pour cerner la person­na­lité de son « sauveur » le baron von Hoinin­gen. C’est une plon­gée très inté­res­sante dans la deuxième guerre mondiale et en parti­cu­lier dans le nazisme. L’au­teur s’at­telle à une tâche rendue complexe par la person­na­lité du baron qui n’a jamais raconté ce qu’il a fait pendant la guerre et qui ne s’est jamais glori­fié de quoi que ce soit. « Un taiseux » et un « hyper » discret nous est donc présenté par quel­qu’un qui ne veut surtout pas roman­cer cette histoire. Au passage, je me suis demandé si ce n’était pas là un trait de la haute société luxem­bour­geoise, car le père de l’au­teur n’a pas raconté grand chose non plus. Et si l’au­teur se plaint de n’avoir qu’une photo du baron, il ne met aucune photo de son père dans ce livre. Les sources d’archives proviennent surtout de l’Al­le­magne, car la Gestapo avait la manie de tout écrire pour faire des dossiers sur tout le monde et ce mili­taire haut gradé et noble avait tout pour finir pendu. Il n’a dû son salut qu’à sa fuite au dernier moment de la guerre, alors que l’ar­mée alle­mande recu­lait sur tous les fronts. Mais cela n’empêchait pas la Gestapo de lancer ses sbires à la recherche du fugi­tif soup­çonné à juste titre d’avoir des accoin­tances avec les conju­rés qui ont essayés en vain d’as­sas­si­ner Hitler. Tout ce qu’a fait ce baron est bien analysé et s’ap­puie sur des témoi­gnages de ceux qui ont profité de son enga­ge­ment. Tous le décrivent comme un homme « bien ». Mais alors pour­quoi sa propre famille ne veut pas témoi­gner ? Par pudeur ? De crainte de révé­ler un secret ? L’au­teur comme le lecteur en est réduit aux hypo­thèses. Enfin, le livre se termine sur une réflexion à propos du bien . C’est inté­res­sant de voir que même dans le pire système, il y a des indi­vi­dus qui ne feront pas exac­te­ment ce que des tortion­naires au pouvoir attendent d’eux. C’est ce que l’au­teur défi­nit comme « la bana­lité du bien » qui est en chacun de nous . Alors que » la bana­lité du mal » expres­sion si mal comprise d » Hannah Arendt est le fait d’êtres sadiques et dépra­vés qui se cachent derrière des êtres dont l’ap­pa­rence et la vie sont banales.

Citations

Le recrutement nazi

L’une des forces du Nazisme sera hélas d’avoir su recru­ter aux deux extrêmes du spectre des compé­tences : d’un côté les brutes mena­cées de déclas­se­ment , profil large­ment répandu chez les Gaulei­ter, de l’autre les surdi­plô­més, notam­ment dans les disci­plines juri­diques, qui aurait réussi dans n’im­porte quel système et que l’on trou­vera souvent chez les SS, spécia­le­ment dans les Einsatz­kom­man­dos exter­mi­na­teurs sur le front de l’Est.

Je ne savais pas ça !

Un pasteur proche de la branche natio­nal-socia­liste du protes­tan­tisme, les tenant du « Deut­scher-Christ » (un Jésus non pas juif mais aryen)

Cet étrange Nazi

En ligne de résul­tats : Franz von Hoinin­gen a contri­bué à tirer au moins 574 Juifs, (964 avec « le dernier convoi ») des griffes des nazis au Luxem­bourg, dont de l’ordre de 470 vers un naufrage défi­ni­tif hors d’Eu­rope. Les recherches les plus récentes estime à 890 le nombre total des Juifs du Luxem­bourg qui ont pu quit­ter l’Eu­rope occu­pée pendant la guerre : plus de la moitié de ces sauve­tages défi­ni­tifs doivent être attri­bués, au moins entre autres, au baron.

Un luxembourgeois conservateur : son père.

Un conser­va­teur luxem­bour­geois, c’est d’abord quel­qu’un qui soutient l’exis­tence même du grand-duché et de la dynas­tie grand-ducale. Nonobs­tant l’in­fluence cultu­relle alle­mande et la langue alle­mande dans le pays, et spécia­le­ment à travers une église alors puis­sante, ce natio­na­lisme est davan­tage anti­prus­sien et anti­al­le­mand qu’an­ti­fran­çais ou qu’an­ti­belge. L’épi­sode de 19141918 avait eu pour effet de confor­ter ce posi­tion­ne­ment. Mon père avait par ailleurs pris goût pour la culture et la langue fran­çaises, d’où son choix d’en­ta­mer ses études supé­rieures à Grenoble et à la Sorbonne, à à l’époque, il n’y avait pas d’uni­ver­sité au grand-duché, et les bache­liers pouvaient choi­sir de pour­suivre leurs études en Belgique, en France ou en Alle­magne. Réac­tion­naire, il l’était, mais démo­crate aussi et affi­chera donc ses senti­ments pro-Alliés pendant la drôle de guerre.

La banalité du bien

Pour­tant, ils sont mis par une combi­nai­son assez simi­laire d’éthique de respon­sa­bi­lité et l’éthique de convic­tion. Ce ne sont pas des cyniques. La formule « noblesse oblige » ne s’ap­plique pas au pied de la lettre, puisque seul Hoinin­gen fait partie de cette confré­rie là : pour­tant elle paraît résu­mer leur approche de la situa­tion excep­tion­nelle dans ces années de feu. Aussi, on ne manquera pas de souli­gner l’im­por­tance capi­tale de la trans­mis­sion éthique dans nos socié­tés, trans­mis­sion qui implique aussi une certaine compré­hen­sion de notre passé.

le cas de la Pologne et de la Hongrie

Des pays comme la Pologne où la Hongrie ne parviennent pas à apai­ser leur rela­tion au passé de la guerre froide en partie parce qu’ils n’ont fait que très impar­fai­te­ment leur travail de mémoire par rapport aux drames de la Seconde Guerre mondiale.

Appel au témoignage

Il y a une immense noblesse à faire le bien, surtout si cela implique de tour­ner le dos au système de croyances de son clan, de sa tribu. Cepen­dant, l’ac­tion doit être prolon­gée par sa narra­tion. Le taiseux baron, mais pas seule­ment lui, n’y était pas porté. Il est temps d’en parler. Et, en parlant, peut-être susci­te­rons- nous d’autres voca­tions : des langues de proches se délie­ront, des archives fami­liales ou publiques s’ou­vri­ront. En d’autres mots, et en retour­nant l’adage fami­lier : pas seule­ment des actes mais aussi des paroles. Telle est la condi­tion d’une trans­mis­sion durable.

Homère, pour autant qu’il est réel­le­ment existé, paraît avoir été de cet avis. Qui lui donne­rait tort trois mille ans plus tard ?

lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Ce livre n’est pas pour moi, et je dois faire un aveu qui me coûte encore plus : je le mets sur Luocine alors que je ne l’ai pas terminé et que je ne le termi­ne­rai jamais. Je me demande si les habi­tuelles amou­reuses de la nature iront jusqu’au bout de ce livre très étrange. Monsieur Henri dont on ne sait rien se réveille un jour ; se réveille de quoi ? de sa nuit ? d’une mala­die ? avec l’en­vie de décou­vrir le monde. Il est aidé par une gouver­nante, un méde­cin et un nouveau voisin, qui ont comme rôle de l’ai­der dans ses entre­prises de décou­vertes. Le roman n’a rien de réaliste, il évoque tout ce que l’on peut faire si on ouvre les yeux et que l’on sait s’émer­veiller d’être en vie. Monsieur Henri ira de plus en plus loin mais sans moi car au bout des deux tiers du livre, j’étais agacée puis je me suis ennuyée à ces évoca­tions sorties de tout contexte. Aucun paysage n’ap­pa­raît vrai­ment tout passe par les sensa­tions de ce Monsieur et les plus beaux paysages vus par le plus petit des détails ne m’ont à aucun moment trans­por­tée mais peut-être comme je l’ai dit en commen­çant ce livre n’est pas pour moi tout simple­ment.

Citations

Les mots

Monsieur Henri s’en­gage sans diffi­cul­tés : il recon­naît un adjec­tif, trouve une famille d’ar­ticles qui lui manquait, évite un inconnu, tombe dans un trou, se perd, fait machine arrière, débrous­saille un tunnel, découvre une pépite (adverbe infun­di­bu­li­for­mé­ment long, achéi­ro­poïè­te­ment impro­non­çable, oryc­to­gnos­ri­que­ment rare) coûte que coûte cherche à pour­suivre.

Un des charmes de ce livre mais qui finit par lasser : les mots rares.

Vers midi le docteur a souhaité déjeu­ner, par contre si je déjeune je ne conduis pas : , les vapeurs post­pran­diales m’en­dorment.
L’es­pace inter­di­dal .…
Ni ne s’en­fon­cera vers l’in­té­rieur des terres à la recherche de l’oro­branche améthyste ou de l’inule fausse criste par exemple.

Le voyage

On n’avait pas avancé, tour­ner en rond pour des raisons de prépa­ra­tion mais tour­ner en rond est une façon d’avan­cer, le docteur regar­dant sur la carte, le nouveau voisin comp­tant pour progres­ser sur les indi­ca­tions du docteur qui ne savait pas lire une carte et finis­sait par avoir mal au cœur à défaut de dormir. Un GPS eût été fort utile même si le docteur on a connu un qui propo­sait systé­ma­ti­que­ment de faire le tour de la terre puis de tour­ner à gauche. C’est un peu ce qu’ils avaient l’im­pres­sion d’en­tre­prendre.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. 

Cela faisait un moment que mes lectures ne me menaient pas vers un plai­sir total. J’adore, quand je lis retrou­ver tout ce qui a enchanté mon enfance :

  • Une langue qui fonc­tionne bien et qui, ici, est très belle.
  • Une histoire qui me boule­verse.
  • Partir dans des contrées que je ne connais pas très bien
  • Me retrou­ver dans les senti­ments décrits par l’au­teur.

Il y a tous ces ingré­dients dans cette histoire et plus encore. L’au­teur a voulu retrou­ver qui était Jacob, cet oncle qui est mort en Alsace en libé­rant la France de l’oc­cu­pant Nazi. Comment ce jeune juif de 19 ans, n’ayant vécu qu’à Constan­tine s’est-il retrouvé dans l’ar­mée de de Lattre de Tassi­gny ? Valéry Zenatty a cher­ché, elle peut ainsi nous faire vibrer aux souf­frances de ces familles juives algé­riennes plus proches des arabes que des fran­çais. Pétain leur reti­rera la natio­na­lité et leur inter­dira même d’al­ler à l’école, mais lors de l’in­dé­pen­dance de l’Al­gé­rie, toute sa famille et sans doute tous les juifs vien­dront vivre en France. Cette famille est très pauvre et domi­née par des hommes violents et rudes. L’amour des femmes pour leurs enfants passe par la cuisine, des petits plats qu’elles préparent pour eux, plus que par des paroles ou des gestes. Cette auteure sait décrire l’at­mo­sphère de cette maison si pauvre où la famille s’en­tasse dans une seule pièce. Jacob peut survivre grâce à la culture qui ne lui servira à rien dans l’ar­mée, mais lui, simple soldat de seconde classe fera le malheur de sa mère en décé­dant sur le front. Une jeune femme écri­vaine de sa descen­dance lui aura rendu toute son âme et aurait permis à sa mère, si elle avait été encore en vie, d’être fière de son dernier né tant aimé. Dans ce roman, Victor Hugo est cité et ces quelques vers corres­pondent exac­te­ment à ce que l’on ressent :

« Vous qui ne savez pas combien l’en­fance est belle
Enfant ! N’en­viez point notre âge de douleur,
Où le cœur est tour à tour esclave et rebelle,
Où le rire est souvent plus triste que vos pleurs. »

Citations

Chez lui

Ce serait comme à la maison depuis le jour où il avait décou­vert que personne ne pouvait devi­ner ce qu’il pensait, il y avait une voix qu’il était le seul à entendre. Elle avait commencé par dire je n’aime pas le ragoût de cardes, les char­dons, c’est bon pour les mulets, puis je n’aime pas les grimaces stupides de la tante Yvette, sa façon de rouler des yeux comme une chouette folle, je n’aime pas les cris de mon père, sa main qui s’abat sur qui le contra­rie, qui le provoque, qui ose le contre­dire, je n’aime pas la peur que je vois parfois sur le visage de ma mère, je n’aime pas cet appar­te­ment où il y a du monde, tout le temps, du bruit, tout le temps, la voix avait ajouté je préfère l’école, monsieur Bensaid est plus gentil que papa, made­moi­selle Rouvier est plus jolie que maman, il ne se passait rien de grave, il n’était pas puni, ça restait dans sa tête, c’était des mots de silence, il faisait ce qu’on atten­dait de lui, m’in­ter­rom­pait pas les adultes, les contre­di­saient encore moins, aidait sa mère à porter les paniers au marché, suivait son père et Abra­ham à la syna­gogue, faisait les mêmes gestes qu’eux, ils lui cares­saient la tête parfois en disant qu’il était un bon garçon, il jouait avec la pous­sière qui dansait dans les rayons du soleil, s’in­ter­ro­geant sur ce que l » œil voit, mais que la main ne parvient jamais à saisir.

L’armée et la poésie

Pour­tant Monsieur Baumert leur avait dit que la poésie résiste à tout, au temps, à la mala­die, à la pauvreté, à la mémoire qui boîte, elle s’ins­crit en nous comme une encoche que l’on aime cares­ser, mais les vers, ici, ne trouvent pas leur place, ils jurent avec les uniformes, sont réduits au silence par les armes et le nouveau langage aux phrases brèves et criées qui est le leur. Monsieur Baumert leur a menti, ou s’est trompé, les heures passées à mémo­ri­ser des poèmes n’ont servi qu’à obte­nir de bonnes notes, et le sergent-chef se fiche de leurs notes, il aurait même tendance à humi­lier un peu plus ceux qu’il appelle les fortes têtes et qui était au paravent des élève studieux. Il préfère les soldats qui truffent leurs phrases de fautes, sauf ceux qui sont musul­mans et qu’il appelle les bougnoules, et il les corrige en écla­tant de rire, les affu­blant de surnoms qui le ravisse, Fatima, Bour­ri­cot, Bab-el-Oued, et quand il perçoit un rougis­se­ment défer­ler sous la peau brune, il pose sa main sur l’épaule du soldat humi­lié pour dire, je rigole, parce que je sais que tu as le sens de l’hu­mour, tu es un bon gars, tu te bats pour la France, et la France te le rendra.

Traduit de l’espagnol par Alek­san­dar Gruji­cic avec la colla­bo­ra­tion de Karine Loue­don

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Cet auteur a une façon de racon­ter un peu agaçante, il écrit tous ses états d’âme sur la diffi­culté d’écrire sur le sujet de son roman. J’ai eu plus d’une fois envie de lui dire : « fais- le ou ne le fais pas mais n’en­combre pas le lecteur avec tes états d’âme du style » (oui je tutoies les auteurs quand ils m’énervent) :

Voilà la déci­sion que je pris : ne pas écrire l’his­toire de Manuel Mena, conti­nuer à ne pas écrire l’his­toire de Manuel Mena.

Quand on tient un roman de plus de 300 pages dans les mains consa­cré au dit Manuel Mena, ce genre de propos est pour le moins, peu inté­res­sant. En revanche, ce qui l’est beau­coup plus, c’est l’ana­lyse minu­tieuse des prises de posi­tions des diffé­rentes parties de la popu­la­tion d’Iba­her­nando un petit village d’Es­tré­ma­dure en 1936. La popu­la­tion est très pauvre, les terres appar­tiennent à de riches nobles castillans qui habitent Madrid, mais quelques paysans ont réussi à avoir un peu de terre, ils sont tout aussi pauvres mais leur pauvreté leur appar­tient. Il seront très choqués de voir des gens plus misé­rables brûler des récoltes et des bâti­ments reli­gieux, ils défen­dront le retour à l’ordre, person­ni­fié par Franco. La famille de Javier Cercas faisait partie des « nantis » du village et son oncle, Manuel Mena, choi­sira à 19 ans de s’en­ga­ger dans les phalanges. Les raisons pour lesquelles il a fait ce choix sont peu évidentes, il était idéa­liste et très déçu par la trop jeune et trop fragile répu­blique, il voulait quelque chose de nouveau. Il est mort dans la bataille de l’Èrbre épisode sanglant de la guerre d’Es­pagne.

De statut de héros tant que le fran­quisme domi­nait l’Es­pagne, il est passé au statut de paria par la suite, et Javier Cercas est donc le neveu d’un phalan­giste convaincu. Convaincu ? peut être pas tant que ça mais qui peut être certain d’avoir les bons choix à cette époque et dans ce contexte précis ? Roman, diffi­cile à lire car très précis sur le dérou­le­ment de la guerre elle-même, je n’ai pas trouvé qu’il remplis­sait la fonc­tion que j’at­ten­dais de lui : qu’est ce qui fait que l’on se trouve d’un côté ou de l’autre lors d’une guerre civile ? En revanche, il rappelle bien l’hor­reur que repré­sente la guerre civile.

Citations

La mémoire de la guerre d’Espagne

Quoi que tu écrives, les uns vont t’ac­cu­ser d’idéa­li­ser les répu­bli­cains parce que tu ne dénonces pas leurs crimes, et les autres d’être révi­sion­nistes ou de farder le fran­quisme parce que tu ne présentes pas les fran­quistes comme des monstres mais comme des personnes ordi­naires normales. C’est comme ça, la vérité n’in­té­resse personne, t’as pas encore pigé ça ? Il y a quelques années, on avait l’im­pres­sion que ça inté­res­sait les gens, mais c’était une illu­sion. Les gens n’aiment pas la vérité : ils aiment les mensonges, et je ne te parle même pas des intel­lec­tuels et des poli­ti­ciens. Les uns s’ir­ritent dès qu’on met le sujet sur la table parce qu’ils pensent encore que le coup d’État de Franco était néces­saire où en tout cas inévi­table, même s’ils n’osent pas le dire, et les autres ont décidé que refu­ser de consi­dé­rer tous les répu­bli­cains comme démo­crate il comprit Durruti et la Pasio­na­ria, et admettre que des putains de curés ont été assas­si­nés des putains d’églises brûlées, c’est faire le jeu de la droite. Et je ne sais pas si tu as remar­qué, mais la guerre, c’est passé de mode.

Qu’est ce que la phalange ?

La phalange était un parti qui, avec sa voca­tion anti­sys­tème, son pres­tige exal­tant de nouveau­tés abso­lue, son irré­sis­tible aura de semi-clan­des­ti­nité, son refus de la distinc­tion tradi­tion­nelle entre droite et gauche, sa propo­si­tion d’une synthèse qui dépas­se­rait les deux, sont impec­cable chaos idéo­lo­gique, son pari simul­tané et impos­sible sur le natio­na­lisme patrio­tique et la révo­lu­tion égali­taire et sa déma­go­gie capti­vante, semblait être fait sur mesure pour séduire un étudiant fraî­che­ment sorti de son village qui a seize ans à peine, rêve­rait à l’oc­ca­sion de ce mouve­ment histo­rique déci­sif dessi­ner un coup brutal et libé­ra­teur à la peur et à la pauvreté qui tour­men­tait sa famille et à la faim, l’hu­mi­lia­tion et l’in­jus­tice qu’il voyait quoti­dien­ne­ment dans les rues de son enfance et son adoles­cence, et cela sans compro­mettre l’ordre social, lui permet­tant qui plus est de s’iden­ti­fier à l’éli­tisme aris­to­cra­tique.

La guerre d Espagne.

À l’époque, on tuait pour un oui ou pour un non, conti­nue-t-il. Disputes. Jalou­sie. Parce qu’un tel a dit quelque chose à un tel point pour n’im­porte quoi. La guerre a été comme ça. Les gens disent main­te­nant que c’était la poli­tique, mais c’était pas la poli­tique. Pas seule­ment. Quel­qu’un disait qu’on devait régler son compte à quel­qu’un et on s’en char­geait. Un point c’est tout. C’est comme je te dis et pas autre­ment. C’est pour­quoi il y a tant de gens qui sont partis du village au début de la guerre.

Le cœur du livre

- D’ailleurs, peut-on être un jeune homme noble et pur et en même temps lutter pour une mauvaise cause ?
David réflé­chit un moment (.…) . C’est possible, répon­dit-il. Et tu sais pour­quoi ? 
– Pour­quoi ?
- Parce que nous ne sommes pas omni­scients. Parce que nous ne savons pas tout. Quatre vingt cinq ans se sont écou­lés depuis la guerre, et toi et moi on a dépassé la quaran­taine, alors pour nous c’est du tout cuit, on sait que la cause pour laquelle Manuel Mena est mort n’était pas juste. Mais est-ce qu’il pouvait le savoir à l’époque, lui, un gamin sans aucun recul et qui, en plus, était à peine sorti de son village ?

Raison de la guerre civile

C’est une situa­tion d’ex­trême néces­sité qui fait s’op­po­ser ceux qui n’ont rien à manger et ceux qui ont de quoi manger ; ces derniers ont très peu, juste ce qu’il faut, mais ils ont quelque chose. Et en effet, ici, ça commence à prendre l’al­lure d’une tragé­die, parce que ceux qui ont faim ont raison de haïr ceux qui peuvent manger et ceux qui peuvent manger en raison d’avoir peur de ceux qui ont faim. Et c’est comme ça qu’ils arrivent tous à une conclu­sion terri­fiante : c’est soit eux, soit nous. Si eux gagnent ; ils nous tuent, si nous, on gagne, on doit les tuer. Voilà la situa­tion impos­sible à laquelle les respon­sables du pays on conduit ces pauvres gens.

Explication du titre

J’étais déjà devenu un autre, une sorte d’Ulysse vieux et médiocre et heureux, qui, grâce à cette expé­di­tion à la recherche du monarque des ombres dans les ténèbres de cette grande maison vide, venait de décou­vrir le secret le plus élémen­taire et le plus caché, le plus refoulé et le plus visible, qui est qu’on ne meurt pas, que Manuel Menna n’était pas mort.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. 

Un livre qui m’a davan­tage éton­née que plu. Il y a deux livres en un, d’abord le récit de forma­tion de Pol Pot du temps où il s’ap­pe­lait Saloth Sâr . C’est dans toutes les faiblesses de cet enfant, puis du jeune homme que Nancy Hous­ton traque tout ce qui a pu faire de cet homme qui a tant raté, ses études, ses amours, un tyran parmi les plus sangui­naires. Il ne réus­sit pas à obte­nir ses diplômes, il fera tuer tous les intel­lec­tuels. Il puisera dans les discours révo­lu­tion­naires fran­çais, de 1789 à 1968, le goût des têtes qui doivent tomber ! Les chiffres parlent d’eux mêmes, Pol Pot est respon­sable de 1,7 million de morts, soit plus de 20 % de la popu­la­tion de l’époque. L’ar­ticle de Wiki­pé­dia, en apprend presque autant que ce livre, mais l’émo­tion de l’écri­vaine rend plus palpable l’hor­reur de ce moment de l’his­toire du Cambodge.

Et puis nous voyons la très jeune narra­trice, qui doit avoir plus d’un point commun avec l’au­teure, passer une enfance et adoles­cence très marquée par le mouve­ment hippie pendant son enfance et mai 68 à Paris pendant sa jeunesse. Le but de ces deux histoires, est de montrer les points communs entre cet horrible Pol Pot et la narra­trice. Je pense qu’il n’y a qu’elle qui voit les ressem­blances. En revanche, le passage par Paris et la descrip­tion des intel­lec­tuels , Jean-Paul Sartre en tête qui soutiennent les Khmers Rouges est terrible pour l’intelligentsia fran­çaise. La seule excuse à cet aveu­gle­ment volon­taire, c’est de ne pas vouloir prendre partie pour les améri­cains qui ont envoyé sur le Cambodge plus de bombes que pendant la deuxième guerre mondiale sur toute l’Eu­rope. Et voilà toujours le même dilemme : comment dénon­cer les bombar­de­ments améri­cains sans soute­nir le commu­niste sangui­naire, Pol Pot.

Citations

l’écriture

De toute façon, elle a appris depuis l’en­fance à neutra­li­ser par l’écri­ture tout ce qui la blesse. Les mots réparent tout, cachent tout, tissent un habit à l’évé­ne­ment cru et nu . Dorit ne vit pas les choses en direct mais en différé : d’abord en réflé­chis­sant à la manière dont elle pourra les écrire, ensuite en les écri­vant. Proté­gée quelle est par la maille des mots, une vraie armure, les agres­sions ne l’at­teignent pas vrai­ment.

Mai 68

Un jour Gérard vient l’écou­ter jouer du piano dans l’ap­par­te­ment de la rue L’ho­mond. Au bout d’une sonate et demie de Scar­latti, il pousse un soupir d’en­nui : » C’est bien joli, tout ça dit-il, mais je n’y entends pas la lutte des classes. »

Les Khmers rouges

Le 9 janvier 1979, les troupes nord-viet­na­mienne se déploient à Phnom Penh, révé­lant au monde la réalité du Kampu­chéa démo­cra­tique, la capi­tale déser­tée, dévas­tée… Les champs stériles… Les monceaux de sque­lettes et de crânes… De façon directe ou indi­recte, au cours de ces quarante cinq mois au pouvoir, le régime de Pol Pot aura entraîné la mort de plus d’un million de personnes, soit envi­ron un cinquième de la popu­la­tion du pays. Le Cambodge gît inerte, tel un corps vidé de tout son sang .

Cita­tion de Charles de Gaulle

» Les possé­dants sont possé­dés par ce qu’ils possèdent »

Je trouve que ce livre complète bien la lecture du précé­dent car il permet de décou­vrir le prin­ci­pal diri­geant qui a vu gran­dir ma géné­ra­tion et celle de Jean-Pierre Le Goff. On sent la très grande admi­ra­tion de Gérad Badry pour « le » Géné­ral. Derrière l’homme de la résis­tance, celui qui a sorti la France des erreurs de la quatrième Répu­blique et qui a permis la déco­lo­ni­sa­tion, il y a donc un homme chré­tien et respec­tueux des femmes. Il n’a rien d’un fémi­niste et pour­tant … il voulait depuis long­temps donner le droit de vote aux femmes, il a permis la contra­cep­tion et a voulu que les femmes puissent travailler et élever leurs enfants. Sa vision de la femme est marquée par le rôle de mère qui lui semble sacré. C’est à ce titre, qu’il a systé­ma­ti­que­ment exercé son droit de grâce pour les femmes à la libé­ra­tion. Mais plus que ses idées poli­tiques, ce qui m’a inté­res­sée c’est son entière probité, son respect des femmes et ce qui m’a le plus touchée sa grande affec­tion pour sa petite Anne enfant triso­mique qu’il a tant aimée. C’est un homme éton­nant, d’une autre époque et d’une autre culture, il vient à la fois de la chré­tienté et de l’amour de la patrie et son carac­tère a été forgé par l’ar­mée fran­çaise. Je ne savais pas qu’il avait fait entrer au gouver­ne­ment une femme musul­mane d’ori­gine algé­rienne Nafissa Sid Cara qui a un parcours très inté­res­sant. Le portrait de Gene­viève de Gaulle-Antho­nioz est passion­nant et méri­te­rait à lui seul un livre entier. C’est une plon­gée dans un autre monde, celui juste­ment qui a vu naître et gran­dir Jean-Pierre Le Goff mais un monde ne pouvait pas comprendre que les adoles­cents de mai 1968 n’étaient pas unique­ment porteurs de « chien­lit ».

Citations

Entrée en bourse des femmes

C’est aussi sous de Gaulle, en 1967, que les femmes seront auto­ri­sées à entrer à la Bourse de Paris pour y spécu­ler. Leur arri­vée à la corbeille ou s’af­fai­raient depuis toujours un aéro­page exclu­sif de messieurs, en cravate et costumes sombres, fait d’abord sensa­tion, avant que d’élé­gantes jeunes diplô­mées en finance n’oc­cupent des poste de commis. Dans les milieux bour­sier, un authen­tique bastion mascu­lin, la résis­tance avait été très forte pour refu­ser de parta­ger les codes, les secrets et les moeurs avec la gente fémi­nine. La seule femme ayant pu s’in­tro­duire à la corbeille l’avait fait, en 1925, habillée en homme et portant une barbe postiche. Condam­née à 3 ans de prison pour escro­que­rie et abus de confiance pour avoir vendu des titres appuyés sur des société fictives, Marthe Hanau avait fini par se donner la mort en prison, en 1935, renfor­çant l’op­po­si­tion des hommes à l’en­trée de toute femme dans l’uni­vers de la Bourse. L’his­toire roma­nesque de Marthe Hanau devait, en 1980, inspi­rer le film « la Banquière » de Fran­cis Girod avec Romy Schnei­der.

Trente-deux ans plus tard, les portes du palais Bron­gniart s’ou­vraient enfin aux femmes.

la loi Neuwirth

En Conseil des ministres, le géné­ral se montre rési­gné. Il déclare : « Les mœurs se modi­fient. C’est évolu­tion est en cours depuis long­temps, nous n’y pouvons à peu près rien. En revanche, il faut accen­tuer notre poli­tique nata­liste. Puis il ajoute.

: » Il ne faut pas faire payer les pilules par la sécu­rité sociale. Ce ne sont pas des remèdes. Les Fran­çais veulent une plus grande liberté des mœurs mais nous n’al­lons tout de même pas leur rembour­ser la baga­telle. »

Probité

Leur première tâche a été de remettre de l’ordre dans le fonc­tion­ne­ment de la prési­dence pour y intro­duire plus de rigueur. Il a été souvent raconté que, le jour même de leur arri­vée, les de Gaulle avait exigé qu’un comp­teur indi­vi­duel soit posé pour payer de leur poche l’élec­tri­cité de leurs appar­te­ments. C’est exact. Mais on s’est moins qu’Y­vonne a mis immé­dia­te­ment fin à l’uti­li­sa­tion de la vais­selle d’État, en porce­laine de Sèvres, pour leurs repas quoti­diens en tête à tête. Au volant de sa voiture, au premier jour de leur instal­la­tion, elle s’est rendue au Bon Marché, son maga­sin préféré, pour y ache­ter ‑avec leur argent- un service de table ordi­naire qui fut utilisé jusqu’à la démis­sion du géné­ral en 1969. De même, Yvonne deman­dera à l’in­ten­dant de l’Ély­sée de lui présen­ter chaque fin de mois la note corres­pon­dant au repas pris par les membres de la famille venus déjeu­ner avec eux le dimanche.

On trouve un autre exemple de cette honnê­teté sans faille des de Gaulle dans leur déci­sion de faire instal­ler un oratoire à l’Ély­sée pour y assis­ter à la messe domi­ni­cale à l’abri des regards. Créé dans l’an­cien bureau des chauf­feurs encore envahi par les odeurs de pastis, cette petite chapelle – une table servant d’au­tel, quatre chaises prie-Dieu et quelques orne­ments- a été tota­le­ment payé avec l’argent person­nel du couple.

Portrait de la secrétaire de de Gaulle Elisabeth de Miribel

Les Miri­bel, comme les Mac-Mahon, ont le culte de l’hon­neur et de la disci­pline. Ils affichent leur dédain pour l’argent et pour la poli­tique. » Élevée dans ce milieu conser­va­teur et catho­lique, je n’ai jamais entendu mes parents discu­ter de poli­tique à la maison. Autant il leur paraît normal de mourir pour la patrie, si possible en gants blancs, autant il faut éviter de se salir les mains en se mêlant de poli­tique » expli­quera-t-elle dans son auto­bio­gra­phie.

Le patrio­tisme, le don de soi pour la France, la foi chré­tienne, le dédain pour l’argent et pour la poli­tique, c’est tout ce qu’elle retrou­vera et qu’elle aimera chez de Gaulle.

Ce livre reçu en cadeau m’a beau­coup inté­res­sée, il faut dire que nous sommes contem­po­rains. Jean Pierre Le Goff est issu de la tradi­tion catho­lique alors que j’ai fréquenté les écoles laïques. Mais nous avons été pris dans le même mael­strom en mai 1968. Le sous-titre de son essai est impor­tant et résume la thèse de son livre

Récit d’un monde adoles­cent, des années 1950 à Mai 1968

Le début est passion­nant, il décrit le creu­set à la fois catho­lique et rural de la pointe de la Hague dans lequel l’en­fant a été élevé, dans le souve­nir très présent de la guerre qui venait de s’ache­ver. Souve­nirs maté­riels avec les nombreux block­haus, souve­nirs du mur de l’At­lan­tique mais aussi, certai­ne­ment psycho­lo­giques à travers l’édu­ca­tion de ceux qui avaient subi ou fait cette guerre. Cette géné­ra­tion du « baby-boom » que le père de l’au­teur appelle « la géné­ra­tion des enfants gâtés », il la décrit très bien, élevée dans un confort qui arrive dans les maisons et qui profite de la « société de consom­ma­tion et des loisirs » , elle s’ins­crira à jamais dans la révolte adoles­cente. Elle« jouera » à la révo­lu­tion, Jean-Pierre Le Goff s’amuse à compa­rer les chiffres des morts des événe­ments de Mai de 68 et du Weekend de pente­côte où les pompes à essence avaient été remplies. Évidem­ment les 6 ou 8 morts des événe­ments semblent ridi­cules au regard de la centaine de gens qui se tuaient sur les routes tous les Weekend à l’époque. (en 1968 plus 16 000 morts sur les routes et plus de 300 000 bles­sés).

Dans son essai, le socio­logue Jean-Pierre Le Goff sait très bien faire revivre tout ce qui défi­nit une époque aussi bien sur un plan géné­ral comme celui de la nation que pour les indi­vi­dus qui la composent. Alors, les années 60, verront soute­nues par ce nouveau média, la télé­vi­sion, les chan­sons yéyé pour les jeunes et la poli­tique de la France, menée par le Géné­ral de Gaulle. Tous les chan­ge­ments qui conduisent à l’af­fir­ma­tion de cette géné­ra­tion adoles­cente de Mai 68, l’au­teur les décrit avec minu­tie et ses contem­po­rains s’y retrouvent avec bonheur mais aussi réalise – s’ils ne l’avaient pas déjà fait- l’as­pect quelque peu déri­soire de leurs enga­ge­ments divers et variés..

Citations

Différence ouvriers et pêcheurs

Les ouvriers de l’Ar­se­nal avait un surnom : les » cocus du port ». Cette expres­sion ironique renvoyait sans doute à la chance d’avoir un métier protégé et sûr, de mener une acti­vité à heures fixes. Ce n’était pas le cas de la majo­rité de la popu­la­tion locale et tout parti­cu­liè­re­ment les marins-pêcheurs qui travaillaient dure­ment.

Les préjugés et les dictons

Les noirs de peau – peu nombreux dans La région- étaient consi­dé­rés comme des êtres étranges et primi­tifs, susci­tant quelques réflexions gros­sières du genre : « Ils se ressemblent tous et avec une couleur pareille , je me demande comment ils font pour se distin­guer les uns des autres » …
Ces préju­gés et ces super­sti­tions se mêlaient à un sens commun issu de l’ob­ser­va­tion des compor­te­ments : » grand diseu, p’tit faiseu. »

La grande liberté des enfants des années 50

À cette époque, il était normal et « sain » que les enfants s’amusent à leur façon, du moment qu’ils ne faisaient pas de trop grosses bêtises. Les enfants avaient leur propre monde dans lequel les adultes ne s’im­mis­çaient pas trop. Ces derniers travaillaient beau­coup ou avaient bien d’autres préoc­cu­pa­tions en tête que celles de surveiller leurs jeunes enfants. Nos jeux se dérou­laient dans des espaces, ceux de la rue et de la maison, qui nous étaient proches et fami­liers.

Après une bruta­lité d’un enfant de la bande adverse
On attrapa vite le coupable et on l’amena devant moi en le forçant à se mettre à genoux et à me deman­der pardon. Je n’ai­mais pas ce garçon qui était plus grand et plus fort que moi, mais je n’ap­pré­ciais pas pour autant qu’on l’hu­mi­lie de cette façon. J’avais l’ha­bi­tude que les conflits se règlent entre jeunes, en dehors des adultes et d’une tout autre façon. Les plaies et les bosses étaient le prix à payer pour jouer libre­ment.

La confession

Tous ces péchés n’étaient pas des péchés mortels mais leur accu­mu­la­tion permet­tait peut-être de s’en rappro­cher. En fin de compte, l’abbé finis­sait toujours par poser la ques­tion. : « As-tu eu de mauvaises pensées ? As-tu regardé avec plai­sir de vilaines choses ? »
En d’autres termes, « le vilain péché » était lié à la sexua­lité nais­sance et à la mastur­ba­tion. Certains curés avaient les mains bala­deuses, c’est du moins ce qui se disait parmi les élèves, mais, bien que m’étant confessé à l’un d’eux de, je n’ai jamais eu affaire à ce genre d’at­tou­che­ment. L’abbé se conten­tait de me prendre la main ou de mettre la sienne sur ma joue de temps à autre comme un signe d’af­fec­tion. Cela me gênait un peu, d’au­tant plus que je trou­vais qu’il « puait la Gauloise », marque de ciga­rette brune très connue à l’époque, et que sa soutane ne sentait pas bon.

L’éducation

Malgré nos appa­rences d’en­fant et d’élève obéis­sant, nous gardions un rapport à nous-mêmes qu’ils ne pouvaient maîtri­ser. Cette liberté inté­rieure était un secret bien gardé qui était partagé seule­ment avec quelques amis qui nous ressem­blaient comme des frères. Quelles que soient les contraintes, la sévé­rité de la disci­pline et des puni­tions, nous n’étions pas, malgré les appa­rences, des enfants soumis et serviles.Les inter­mi­nables grand-messe où, comme le disait Berna­nos, on « ne saurait rien parta­ger avec Dieu que l’en­nui », permet­tait de rêver et de voya­ger dans un autre monde plus joyeux et plus coloré, tout en donnant le change de l’ap­pa­rence de la doci­lité et de la piété par des paroles et des gestes conve­nus. Le silence et l’en­nui stimu­laient l’ima­gi­na­tion.

L’arrivée de la télé

Je n’ai pas de récep­teur chez moi, déclare en 1962 un direc­teur d’école dans la presse locale, mais je connais chaque jour parfai­te­ment le programme de la veille, lors­qu’il y a du catch, j’ai 150 catcheur dans la cour de l’école à la récréa­tion. Après un western, c’est 300 cowboy qui se battent, affu­blés de revol­ver, de lassos… Dans l’en­semble, les enfants en profitent et sont beau­coup plus docu­men­tés qu’autre fois sur les ques­tions géogra­phiques ou scien­ti­fiques par exemple. Malheu­reu­se­ment, beau­coup de parents n’ont pas l’au­to­rité suffi­sante pour les renvoyer se coucher à 8h30 ou à 9h. Les enfants en sortant de l’école, s’ins­tallent devant le poste et n’en bougent plus avant la fin du programme.

L’église évolue …

Un de mes premiers souve­nirs du chan­ge­ment dans l« « ensei­gne­ment reli­gieux » fut celui d’un cours ou le jeune prêtre vint avec sa guitare nous chan­ter quelques chan­sons de sa compo­si­tion. Il s’ins­pi­rait, avec plus ou moins de bonheur, de reli­gieux de l’époque qui avaient connu un succès certain en enre­gis­trant des disques. Il en allait ainsi du Père Duval, jésuite, compo­si­teur et chan­teur, qui, dans les années 1950, rassem­blait les foules (avant tout catho­liques), dans les nombreux concerts en France et dans les autres pays. Surnommé, le « Bécaud » de la foi, où « le Bras­sens » en soutane, il semblait venir d’un autre âge à l’heure des yéyés et de la pop anglaise. La jeune sœur Sourire, Domi­ni­caine et chan­teuse, avait connu le succès avec une célèbre chan­son enjouée dont on rete­nait faci­le­ment l’air et les premières paroles du refrain : » Domi­nique, nique, nique, s’en allait tout simple­ment… » Je n’étais pas le seul parmi les élèves à consi­dé­rer cette chan­son mièvre comme l’un des sommets d’ex­pres­sion des « culs-bénis ».

Le nerf de son explication

Ces inter­pré­ta­tions « révo­lu­tion­naires » de mai 68 demeurent aveugles sur une nouvelle donne histo­rique qui n’entre pas dans le cadre de l’ac­tion mili­tante : la venue sur la scène sociale et poli­tique d’un nouvel acteur social, le « peuple adoles­cent » élevé et éduqué dans la nouvelle société de consom­ma­tion et des loisirs. La « Commune étudiante » de mai 68 en porte la marque.

Rôle des médias

Les médias ont accom­pa­gné le mouve­ment et accen­tué ses aspects violents et spec­ta­cu­laires lui donnant une portée une signi­fi­ca­tion révo­lu­tion­naire qui confor­taient les inter­pré­ta­tions et les actions gauchistes. En mai 68, s’est déve­loppé un nouveau rapport à l’in­for­ma­tion qui anni­hile le recul et la distance au profit du règne de l’émo­tion. L’in­for­ma­tion dans sa forme même (le direct) et dans sa façon de rendre compte de la réalité ( le ton émotion­nel et drama­tique) est partie inté­grante de la mise en scène de la Commune étudiante pour qui l’in­ten­sité du présent, l’ex­pres­sion débri­dée et la drama­ti­sa­tion sont les signes évidents d’une révo­lu­tion en acte. Ces carac­té­ris­tiques de la Commune étudiants de mai 68 vont consti­tuer un moule premier dans lequel vien­dront se couler des luttes étudiante et lycéenne, et ce qu’on appel­lera les « mouve­ments sociaux ».

Incroyable coquille ou erreur ?

J’admirais,comme beau­coup d’autres,les pages de Montaigne après la mort de son ami Du Bellay .…
et si vous voulez l’en­tendre je dois vous dire que son livre est beau­coup plus clair que son entre­tien car il a ce défaut de ne pas toujours finir ses phrases à l’oral

Je sais que je dois cette lecture à la blogo­sphère en parti­cu­lier à Jérôme mais à d’autres aussi. J’ai d’abord dégusté et beau­coup souri à la lecture de ce petit livre et puis je me suis sentie si triste devant tant de destruc­tions, à la fois humaines et écolo­giques. Le regard de cet auteur est impla­cable, il sait nous faire parta­ger ses révoltes. Comme lui, j’ai été indi­gnée par le compor­te­ment de Philippe Boulet qui refuse de donner un simple coup de fil pour sauver de pauvres Malgaches partis en pirogues. Un de ses adjoint finira par l’y contraindre , mais trop tard si bien que seuls 2 sur 8 de ces malheu­reux ont été sauvés et vous savez quoi ?

En tant que chef de mission, Philippe Boulet a été décoré d’une belle médaille par le gouver­ne­ment malgache pour son rôle émérite dans le sauve­tage des pêcheurs. un article de presse en atteste. Il sourit sur la photo.

La vision de la Chine est parti­cu­liè­re­ment grati­née, entre les ambiances de façades et la réalité il y a comme un hiatus. Comme souvent dans les pays à fort contrastes « le gringo » ou le« blanc » est consi­déré comme un porte monnaie ambu­lant. L’au­teur se moque autant de ses propres compor­te­ments que ceux des touristes qui veulent abso­lu­ment voir de « l’au­then­tique ». Mais souvent la charge est lourde et quelque peu cari­ca­tu­rale. C’est peut être mon âme bretonne qui m’a fait être agacée aux portraits de bretons alcoo­liques. Ceci dit, pour voya­ger comme il le fait, il vaut mieux résis­ter à l’al­cool car on est souvent obligé de parta­ger le verre de l’ami­tié qui est rare­ment un verre de jus de fruit quand on veut abso­lu­ment vivre avec et comme les autoch­tones.

Enfin, le pire c’est le trai­te­ment de la nature par l’homme, c’est vrai­ment angois­sant de voir les destruc­tions s’ac­cu­mu­ler sous le regard des gens qui se baladent de lieux en lieux sans réali­ser que, par leur simple présence, (dont celle de l’au­teur !) ils contri­buent à détruire ce qu’ils trouvent, si « jolis », si « authen­tiques », si « typiques ».…

Citations

Humour

J’ai passé des jour­nées à marcher dans les rues, foui­ner chez les disquaires de Soho, contem­pler l’agi­ta­tion de Notting Hill ou des puces de Camden. Tout cela était très inté­res­sant, je rencon­trais d’autres possibles, mais ça ne m’ai­dait pas réel­le­ment à savoir qui j’étais. Le déclic eut lieu une nuit que j’étais à me morfondre dans quelque pub anglais au cœur de Londres. Accoudé sur un comp­toir, je noir­cis­sais des page de cahier à spirale, dans une navrantes tenta­tive posta­do­les­cente de deve­nir Arthur Morri­son. Je zonais depuis une semaine, le groupe du pub repre­nait Walk Of Life et j’en étais à écrire des sonnets sous Kronen­bourg quand quel­qu’un a renversé son verre de Guin­ness sur mes vers de détresse. Une vision, fémi­nine, cheve­lure fatal et hormones au vent. Note pour les jeunes poètes maudits : écrire la nuit dans les bars, pour pathé­tique que ce soit, peut atti­rer la gour­gan­dine. C’était une vieille, elle avait au moins 25 ans. Elle portait une robe noire sophis­ti­quée et des talons arro­gants ; elle travaillait dans la mode. Ses yeux brillaient d’une assu­rance alcoo­li­sée. Volu­bile et pleins d’his­toires.

Très drôle

Il existe, à l’est de Leeds, loca­lité dont peu de gens soup­çonne l’exis­tence. Un port où le soleil n’est qu’un concept loin­tain, une cité prolé­taire ou Marga­ret That­cher est Satan et Tony Blair, Judas. Une riante bour­gade rava­gée par la crise post­in­dus­trielle, où l’on repère les étran­gers à leur absence de tatouages et de cirrhose. Liver­pool sans groupe de rock mythique, Manches­ter sans le foot. Hull est un sujet de moque­rie pour le reste de l’An­gle­terre. Sa page Wiki­pé­dia se résume à 5 lignes, c’est que pour une ville de 250000 habi­tants.
PS : Véri­fi­ca­tion Hull a plus que 5 lignes sur Wiki­pe­dia

Cette envie de recopier le livre !

Toutes ses écono­mies dila­pi­dées dans un voyage à pile ou face, des mafias engrais­sées, le cache cache avec la police de deux conti­nents, la peur et le froid. Tout cela pour deve­nir esclave à Hull, qui concourt au titre de la ville la plus pour­rie d’Eu­rope. Khalid n’ex­pri­mait aucun regret : « Il vaut mieux être ouvrier à Hul que mort à Kaboul. » Une évidence contre laquelle aucune loi ne peut lutter.
… Dix kilo­mètres jusqu’à la maison. Des cités déca­ties où descen­daient les rouquins à capuche, un immense super­mar­ché Tesco, qui était une des raisons pour lesquelles Azad, Moha­med et Khalid, victimes de la géogra­phie poli­tique avez tenté la vie en Europe. Je travaille à l’usine pour pouvoir voya­ger. Ils avaient beau­coup, beau­coup voyagé pour venir travailler à l’usine.

Bombay

J’ai entendu quelques histoires de jeunes Anglais venus faire de l’hu­ma­ni­taire en Inde en sortant de chez leurs parents, et repar­tant au bout de trois jours, trau­ma­ti­sés par la réalité de la misères. Impos­sible de faire abstrac­tion, dans cette ville où il faut prendre garde à ne pas marcher sur les nouveaux nés qui dorment sur le goudron.

Portrait de surfeurs

Tous ces garçons vivent entre eux dans une colo­nie de vacances perpé­tuelle, voya­geant d’un spot à l’autre autour du monde, mangeant des corn flakes et des sand­wichs à la mayon­naise dans des maisons de loca­tion, torse nu, pendant que le coach les dorlote. Le soir, ils boivent des bières autour d’un barbe­cue. Chaque année, à date fixe, il retrouve Hawaï, la Gold Coast austra­lienne, le Brésil, l’Afrique du Sud ou Laca­nau, sans avoir le temps de connaître les endroits qu’ils traversent. Ils ne se préoc­cupent pas de descendre sous la surface, leur fonc­tion est de rester à flot. Ils gagnent très bien leur vie, ce sont des stars. Leurs perfor­mances spor­tives leur permettent de postu­ler au Statut de surhomme. Musclés et bron­zés, ça va sans dire. Pas très grands, pour des histoires de centre de gravité. Leurs copines sont des splen­deurs, rayon­nantes de santé et de jeunesse, tout cela est très logique. On pour­rait moquer la spiri­tua­lité de paco­tille qui entoure le monde du surf, bric-à-brac de panthéisme cool où l’homme fusionne avec la nature dans l’ac­tion, mais ce n’est pas néces­saire. Ces types consacrent leur vie à la beauté du geste, dans un dépas­se­ment de soi photo­gé­nique. Ils tracent des sillons parfaits, en équi­libre constant entre la perfec­tion et la mort. Ce n’est pas rien.

La Chine

À Chong­qing, je je trouve ce que j’aime dans lex tiers-monde. Le chaos orga­nisé, la vie dans la rue, les gens qui vendent n’im­porte quoi à même le sol, les cireurs de chaus­sures,( l’un deux a voulu s’oc­cu­per de mes tongs), les vieux porteurs voûtés qui char­rient le double de leur poids, les bars qui appar­tiennent à la mafia et les chiens qui n’ap­par­tiennent à personne.

À Pékin, on a posé une Chine en plas­tique sur la Chine. Et ça fonc­tionne très bien. Ils ont réussi à cacher les pauvres et les cras­seux. À Chong­qing, il n’y a pas de jeux olym­piques. Les pauvres et les cras­seux côtoient les costards cravates. Des ouvriers cassent les vieux immeubles à la masse, torse et pieds nus, à 15 mètres du sol. Les normes de sécu­rité ne sont pas opti­males. Mais un centre commer­cial doit ouvrir dans 20 minutes à cet empla­ce­ment , alors il faut faire le boulot.

Portrait féroce et réducteur de l’autre.…

Elle est prof. De maths. Alle­mande. Un sacré boute-en-train. Elle passe son temps à détailler de A à Z, tous les points de désac­cord avec la culture chinoise. Je ne compren­drai jamais les gens qui, sortant de chez eux, ne supportent pas qu’on ne se comporte pas comme chez eux. De son côté, elle ne comprend pas que les Fran­çaises s’épilent les jambes régu­liè­re­ment. C’est pour l’ins­tant, le plus gros choc cultu­rel de mon séjour.

Fierté française

Pour ceux qui l’au­raient un peu oublié, le béton précon­traint figure au nombre des fier­tés fran­çaises, avec le roma­née-conti, la cathé­drale de Chartes, le N°5 de Chanel et bien d’autres. 


Merci Keisha, qui a été la première à me donner envie de lire ce livre, depuis j’ai lu d’autres avis tout aussi élogieux sur ce « roman » qui mérite plus le titre de « docu­men­taire », à mon avis. J’ai écouté Laurence Cossé parler de son livre, elle explique qu’elle voit ce monu­ment comme l’ex­pres­sion de la tragé­die de son archi­tecte : Johann Otto von Spre­ckel­sen. Celui-ci a démis­sionné de ce projet en 1986 lorsque le gouver­ne­ment de Jacques Chirac renonce au « Carre­four Inter­na­tio­nal de la Commu­ni­ca­tion » et il meurt quelques mois plus tard en exigeant que son nom ne soit pas asso­cié à la « grande Arche ». Mais aupa­ra­vant, il avait négo­cié des royal­ties sur toutes les photos prises de la grande Arche, et c’est d’ailleurs le seul lien que sa veuve gardera avec la France : les royal­ties !

L’au­teure est très critique aussi pour le monde poli­tique mais curieu­se­ment dans les entre­tiens, elle en veut plus à la droite (Juppé et Chirac) qu’à Mitter­rand. Or en lisant ce livre, on est abasourdi par la façon dont ce président a dépensé l’argent de la France. C’est peu de dire qu’il n’avait aucun soucis d’éco­no­mie et que le fait du prince a coûté très cher aux fran­çais et pas toujours pour de bonnes raisons. Comme cette volonté de ne pas trai­ter le marbre qu’il faut aujourd’­hui rempla­cer. Laurence Cossé critique la droite de ne pas savoir su donner vie « au Carre­four Inter­na­tio­nal de Commu­ni­ca­tion » mais personne ne savait quoi mettre derrière ce nom ronflant. La lecture de l’ar­ticle de Libé­ra­tion explique bien les enjeux poli­tiques de ce projet. Il est vrai que chaque gouver­ne­ment avait son idée pour occu­per cet espace et que ce n’est pas la plus mauvaise des idées qui a été rete­nue. Seule­ment voilà Spre­ckel­sen (qui touchera quand même ces 10 pour cent d’un bâti­ment qui coûtera trois milliards sept), n’avait pas derrière lui un bureau d’études capable de mener ce projet à son terme et si, deux noms peuvent être ratta­chés à ce bâti­ment c’est celui de Paul Andreu qui fera tout pour que ce bâti­ment se construise malgré les énormes défis archi­tec­tu­raux et les magouilles poli­tiques et Robert Lion direc­teur de la caisse et des dépôts et consi­gna­tion qui a trouvé les budgets pour finan­cer la construc­tion.

Le problème majeur de ce bâti­ment ce n’est pas tant les prouesses tech­niques auxquelles il a fallu faire face que le fait que personne n’ait pu lui donner une affec­ta­tion qui permette aux communs des mortels de venir le visi­ter. Il s’ins­crit à tout jamais dans une belle pers­pec­tive pari­sienne et même si son entre­tien est compli­qué à cause des choix esthé­tiques de l’ar­chi­tecte danois il reste un monu­ment qui a de l’al­lure. Encore aujourd’­hui, l’af­fec­ta­tion de la grande Arche n’est pas défi­nie mais on peut de nouveau monter sur son toit et appa­rem­ment s’y restau­rer. Laurence Cossé vous entraî­nera dans cette aven­ture avec un talent éton­nant, moi qui suis peu tech­nique j’ai lu avec grand inté­rêt ce qu’elle dit sur les diffi­cul­tés des maître d’ou­vrages. J’ai soupiré avec elle, quand elle avoue avoir souf­fert en cher­chant à rendre clairs les problèmes archi­tec­tu­raux , mais elle a réussi son pari : on comprend très bien ce qu’elle explique. Comme elle, je vous conseille l’ar­ticle de Wiki­pé­dia, c’est beau­coup moins inté­res­sant que son roman mais cela permet de suivre les diffé­rentes péri­pé­ties de la construc­tion jusqu’à aujourd’­hui..

Citations

Le début de Mitterrand

Il y avait une ambiance extra­or­di­naire, de foi d’es­poir… inima­gi­nable aujourd’­hui. On baignait dans l’illu­sion lyrique, tous les fantasmes de la gauche au cœur. N’ayant jamais été au pouvoir, à part de rares excep­tions, les nouveaux diri­geants pensaient qu’il y avait énor­mé­ment à distri­buer.

Les absurdités des musées et bibliothèques

Ces films et les quelques livres sur Spre­ckel­sen se trouvent à la biblio­thèque de la Cité de l’Ar­chi­tec­ture, au Troca­déro. Un endroit lumi­neux, mais où il faut éviter de se rendre en juillet et en août. Car, si la cité est ouverte ces mois-là, la biblio­thèque est fermée. Sans doute les auto­ri­tés font-elles l’hy­po­thèse que ceux qui s’in­té­ressent à l’ar­chi­tec­ture ont le dos fati­gué et doivent aller s’al­lon­ger deux bons mois sur la plage. 
C’est pour­tant là une biblio­thèque idéale, il serait heureux de pouvoir s’y poser une heure ou deux en été : un aqua­rium calme et blanc en plein Paris, des milliers de livres, des milliers d’ar­ticles, des ordi­na­teurs, vingt lecteur jeunes et du genre le plus sérieux et dix biblio­thé­caires aux petits soins.

Gabegie d’état

Il y a des pratiques un peu diffi­cile à comprendre dans l’ur­ba­nisme, en France. Par exemple d’un candi­dat puisse gagner un concours, ou une consul­ta­tion, et que jamais ensuite son projet ne soit construit. Cela s’est pour­tant fait cent fois. Souvent c’est poli­tique.…

Ce que l’on ne dit pas au contri­buable, c’est que l’on fait accep­ter l’ar­bi­traire à l’ar­chi­tecte évincé en le dédom­ma­geant. Toutes les maquettes de projet écar­tés qui s’en­tassent dans les réserves des musée de l’ar­chi­tec­ture valent chacune leur poids d’or.

Les Danois et nous

Il portait ces préven­tions en lui depuis long­temps, avec tous les Danois. Nous avons du mal à le croire, nous autres fran­çais qui nous croyons ratio­na­listes, orga­ni­sés et pour tout dire très intel­li­gents, mais aux yeux de beau­coup de nos voisins nous sommes des passion­nels, des idéo­logues, des phra­seurs, des agités, des indi­vi­dua­listes, enfin des gens peu sûrs.
Le plus triste c’est que la réalité a donné raison à Spre­ckel­sen et à ses craintes. Dans les derniers moments de sa vie, trois ans plus tard, dans le film de Tschernia‑, il parle sans rancoeur mais il a des mots défi­ni­tifs sur le peu de sens du contrat en France, sur les remises en cause inces­santes des choix collec­tifs, sur la violence des affron­te­ments entre camps poli­tiques. Et là, il parle d’ex­pé­rience.

Les débuts de l’informatique

Spre­ckel­sen n’a jamais touché un ordi­na­teur mais ADP commence à en être équipé. La période est unique dans l’his­toire. On est à cheval sur deux ères. Les quan­ti­tés docu­ments ont été dessi­nés à la main sur papier. Après les avoir numé­risé, il faut les faire viser par les auteurs puis obte­nir l’ap­pro­ba­tion des archi­tecte en chef. À vouloir conci­lier les deux systèmes, certains se demande si on ne perd pas plus de temps qu’on en gagne. À l’époque, à l’ob­ser­va­toire de Meudon, un vieil astro­nome qui se méfie de l’in­for­ma­tique refait tous les calculs de l’or­di­na­teur, de la façon dont tu as toujours fait.

PARLONS CHIFFRES

Un point n’est pas conflic­tuel ‑et d’ailleurs jamais évoqué dans la litté­ra­ture sur les grands travaux‑, les archi­tectes sont très bien payés. Inge Reit­zel en sourit : » Nous étions voisins des Spre­ckel­sen, à côté de Copen­hague. Dans l’été 1985, allant chez eux, nous avons vu deux Jaguar devant la maison. »

Rien là d’ex­cep­tion­nel. Pei pour le Louvre, Ott et Bick pour la Bastille, Tschumi et Fain­sil­ber pour la Vilette, Cheme­tov pour Bercy, tous les archi­tectes des grands travaux touchent les hono­raires d’usage, quelque dix pour cent du total du coût de la construc­tion. La moder­ni­sa­tion du Louvre attein­dra plus de six milliards de francs, la grande biblio­thèque huit milliards, l’Opéra Bastille trois milliards, la Cité de la Musique un milliard trois , l’Arche trois milliards sept. Cela fait pour chacun des archi­tectes, » une bonne pincée », comme dit Andreu.
Spre­ckel­sen est parti­cu­liè­re­ment bien traité quand on sait que son travail n’est pas compa­rable à ce que produit Pei, par exemple. Le second a dans sa manche un grand bureau d’études et va très loin dans le détail. Les entre­prises qui construisent sous sa gouverne n’ont qu’à exécu­ter ses plans. Le premier à quelques colla­bo­ra­teurs pour la circons­tance, et la qualité du travail tech­nique indis­pen­sable à son projet est sous la respon­sa­bi­lité d’An­dreu. « Je ne sais pas comment Spre­ckel­sen s’était débrouillé pour obte­nir des hono­raires pareils », se demande encore Dauge qui, aussi­tôt, esquisse une hypo­thèse : « Il avait l’ap­pui du président « .
Sur un autre chapitre de son contrat, Spre­ckel­sen a été bien conseillé aussi. Il a obtenu l’ex­clu­si­vité des droits sur l’image. On aura besoin de son auto­ri­sa­tion pour repro­duire l’Arche et, qu’on l’ait ou non demandé, tous les droits de repro­duc­tion lui revien­dront. Il ne se publiera pas une carte postale qu’il n’ait droit à une rede­vance.
En théo­rie, rien de nouveau. Cela fait plus d’un siècle que les archi­tectes se sont vu recon­naître ce droit dérivé de la propriété artis­tique. Dans les années 80, cepen­dant, la plupart en sont restés à la concep­tion selon laquelle ce qui appar­tient à la rue, à la ville ou au paysage appar­tient à tout le monde, et ne demande pas de droits sur l’image de leurs œuvres. Spre­ckel­sen en demande. Il en demande.l’exclusivité. 
Quand ses confrères décou­vri­ront de quoi il retourne, ils commen­ce­ront par s’of­fus­quer, puis ils s’y mettront à leur tour. Il y a souvent plus à gagner aujourd’­hui à vendre les images que ses œuvres mêmes. Un archi­tecte comme Pei touche des millions sur les photos de ses ouvrages archi­tec­tu­raux. Les peintres et les sculp­teurs ne sont pas en reste. Buren s’en est fait une spécia­lité. Jusqu’aux proprié­taires de sites natu­rels, qui ont pensé être fondés à préle­ver leur dîme sur des photos publi­ci­taires où figu­raient leurs terres – en vain, quant à eux.

Des aspects techniques

Les fonda­tion n’en sont pas , du moins au sens clas­sique. L » Arche n’est pas ancrée en profon­deur comme usuel­le­ment les immeubles et les tours, elle repose sur des pilliers. Ce n’est pas le premier édifice fondé de la sorte, les ponts le sont souvent, quelques centrales nucléaires, et Paul Andreu a eu recours au procédé de l’aé­ro­gare de Roissy. Mais on n’a jamais vu cela dans le bâti­ment. Le toit n’a pas grand-chose d’un toit puisque c’est un palais suspendu d’un hectare posé sur deux immeubles aux extré­mi­tés. La cage à ascen­seurs externe sera le plus grand ouvrage en acier inoxy­dable jamais assem­blé, les dômes en altu­glas qui coif­fe­ront les ascen­seurs les plus spacieux jamais réali­sés. …tout est excep­tion­nel, on va donc devoir inno­ver beau­coup. Ainsi, on emploie pour la première dans ces propor­tions un hyper­bé­ton, deux fois plus résis­tant que le béton ordi­naire mais beau­coup plus fluide, et diffi­cile à manier.
Ça n’a l’air de rien pour le béotien, mais quand Andreu écrit « person­nel­le­ment je n’avais jamais utilisé ce béton à haute résis­tance » , c’est un peu comme si un comman­dant de sous-marin décla­rait au moment de plon­ger qu’il est curieux de décou­vrir un nouveau système de ballast. 

Les fêtes de la mitterandie

Dans l’après-midi de semaine 14 juillet , le quin­zième sommet des sept pays les plus riches du monde s’est ouvert au Louvre où Fran­çois Mitter­rand a inau­guré cette fois la petite pyra­mide et l’im­mense sous-sol signé Peu. Le lende­main le 15, les chefs d’État, leurs suites et la presse du monde entier se trans­portent en haut de l’Arche. 
Le faste du moment et inima­gi­nable aujourd’­hui en France. Un des grands espaces carrés du toit a été trans­formé en salle de confé­rence ronde par l’ar­chi­tecte et le musi­cien Franck Hammou­tène. Chacun des meuble de ce Saint des saints, dessiné pour la circons­tance, ne servira qu’à cette unique occa­sion, y compris la table-monu­ment de verre et de granit, ronde, elle aussi, comme il se doit,et si vaste, avec ses sept mètres vingt de diamètre, qu’il a fallu la monter en pièces déta­chées en héli­co­ptère. Quelques Rodin, Minet et Picasso ont été prêtée par les musées natio­naux pour égayer la pièce. Dans les autres salles du toit, Andrée Putman à installé des lieux de repos dont elle a conçu le mobi­lier lui aussi éphé­mère au sens litté­ral, une salle à manger, un bar en demi cercle, autant de salons que de délé­ga­tions, stric­te­ment iden­tiques à part les couleurs, « taupe, ivoire, cigogne, camel », d’une bana­lité parfaite et donc propres à éviter tout inci­dent diplo­ma­tique. 
Tout cela sera démonté dans les jours suivants. Grosse rentrée en vue pour le Mobi­lier natio­nal.

Les mesquineries des politiques

Habi­le­ment, le concours est ouvert aux seuls archi­tecte fran­çais. Très ouvert : une esquisse seule est requise, et le règle­ment est léger. Le président Mitter­rand se dit favo­rable au projet d’une tour de bureau, lui dont ce n’est pour­tant pas le genre. Une seule expli­ca­tion : c’est que Michel Rocard, son premier ministre et le vieil adver­saire à gauche, s’op­pose pour sa part à de nouveaux immeubles de bureaux à la Défense. 

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.


Roman très vivant qui permet de retra­cer l’his­toire d’un enga­ge­ment person­nel d’un homme Edmond Char­lot pour diffu­ser la culture en Algé­rie. Autour de lui et de sa librai­rie les éner­gies posi­tives de Camus, Jacques Temple, Robles, Amrouche, Jean Roy, Kateb Yacine, Mouloud Feraoun.…et tant d’autres, se regroupent pour lui permettent de faire exis­ter son projet. Ce roman mêlent trois fils, le plus puis­sant et le plus posi­tif celui de la créa­tion litté­raire, Le plus fort celui de l » âme algé­rienne qui veut être recon­nue. Et enfin ce jeune Rhyad qui doit vider la vieille librai­rie biblio­thèque et qui n’aime pas les livres. Trois époques, trois points de vue qui se retrouvent dans ce tout petit lieu destiné dans l’Al­gé­rie moderne à la vente des beignets. Il faut ajou­ter à cela que Kaou­ther Adimi sait très bien rendre l’at­mo­sphère de l’en­droit chargé d’une histoire sanglante. Elle nous rappelle dans des passages courts mais très forts les deux épisodes qui ont tragi­que­ment scellé le sort de la France en Algé­rie. Les événe­ments de Sétif et la répres­sion par Papon de la mani­fes­ta­tion des Algé­riens à Paris.
Mais ce n’est pas du tout le thème prin­ci­pal de son livre. Elle a cher­ché à retrou­ver l’élan litté­raire qui dans les années 1930 – 1940 faisait de l’Al­gé­rie un lieu de l’ef­fer­ves­cence litté­raire. Et évidem­ment faire de cet endroit un maga­sin de beignets doit la dépi­ter quelque peu. La fin de ce livre assez court, se défait la tension qui était à la créa­tion de cette petite librai­rie retombe dans les méandres de l’ad­mi­nis­tra­tion algé­rienne qui n’a pris de sa consœur fran­çaise que sa lour­deur et son inef­fi­ca­cité. La voix d’Ed­mond Char­lot est trans­mise via un carnet sur lequel il note tous ses succès et diffi­cul­tés. C’est quelque peu ennuyeux, le monde des lettres n’est guère glorieux et en parler sans le trai­ter à fond fait perdre l’in­ten­sité de ce roman.

Citations

C’est encore comme ça

17 décembre 1938
Aujourd’­hui encore, des clients inté­res­sés unique­ment par les derniers prix litté­raires. J’ai essayé de leur faire décou­vrir de nouveaux auteurs, de les inci­ter à ache­ter « L’en­vers et l’en­droit » de Camus, mais totale indif­fé­rence. Je parle litté­ra­ture, ils répondent auteur à succès !

Alger 1923

On nous exhibe parce que nous ressem­blons à des cartes postales orien­ta­listes et deve­nons exotiques dans notre propre pays. Jean Guille­min, le direc­teur de l’École Normale, écrit un rapport sur la réor­ga­ni­sa­tion de l’en­sei­gne­ment des indi­gènes. Le 20 mars 1923, il alerte l’ins­pec­tion d’Aca­dé­mie d’Al­ger sur le danger qu’il y aurait à mélan­ger indi­gènes et fran­çais. C’est un homme éminent. Il a la mine grave. Sa mission est fort impor­tante, faire en sorte que les deux commu­nau­tés coha­bitent au sein de l’école sans se rencon­trer. Il recom­mande système à deux vitesses, deux niveaux, car il serait trop humi­liant d’avoir un indi­gène meilleur qu’un fran­çais dans la même classe. Jean Guille­min se préoc­cupe de la fierté de certains de ses élèves.

Changement de propriétaire fermeture d’une bibliothèque

Il a pensé naïve­ment pouvoir convaincre les repré­sen­tants de l’État de l’im­por­tance de main­te­nir ce lieu ouvert. Il a télé­phoné au minis­tère de la Culture mais personne ne lui a répondu. Le numéro de télé­phone était occupé en perma­nence et il n’y avait pas moyen de lais­ser un message car le répon­deur était saturé. Il s’est déplacé pour entendre le gardien lui rire au nez. À la Biblio­thèque natio­nale, on l’écoute longue­ment avant de le raccom­pa­gner à la porte sans un mot, sans une promesse. Lorsque le nouveau proprié­taire est venu visi­ter « les vraies richesses », Abdal­lah lui a demandé ce qu’il comp­tait faire de la librai­rie. « La vider entiè­re­ment, virer ses vieilles étagères, repeindre les murs pour permettre à l’un de mes neveux d’y vendre des beignets. Il y aura tout type de beignet possibles : au sucre, à la pomme, au choco­lat. Nous sommes proche de l’Uni­ver­sité, il y a un gros poten­tiel. J’es­père que vous serez l’un de nos premiers clients. »

Humour

Que fait quel­qu’un qui préfère les mala­dies aux livres dans une librai­rie ?
-Je dois la vider et la repeindre.
- Pour­quoi ?
- Cest mon travail.
-Détruire une librai­rie c’est un travail ça ?
-C’est un stage.
- Un stage ? Tu veux deve­nir destruc­teur de librai­rie ? C’est un métier ?
-Non, ingé­nieur.
- Les ingé­nieurs construisent, ils ne détruisent pas.
- Je dois faire un stage ouvrier.
- tu es ingé­nieur ou ouvrier ?
- Je dois faire un stage manuel pour vali­der mon année d’in­gé­nie­rie. Je vide le lieu, je répond, je pars. Sans réflé­chir.
- Tu vas dans une librai­rie pour ne pas réflé­chir, Toi ?
- Je dois juste la vider, pas lire les livres qui s’y trouvent.
- Dans quelle univer­sité on t’a prend une chose pareille ?
-À Paris.
- Pff…Maintenant on nous envoie des démo­lis­seurs de France. Des ouvriers-ingé­nieurs, oui monsieur ! Ceux d’ici ne sont pas assez bien ! Vous les jeunes, vous ne savez que casser.
-Nous les jeunes, nous les jeunes…
- Quoi ?
-Rien, « nous les jeunes »,rien du tout. On fait ce qu’on peut avec ce que vous nous avez laissé.
- Qui t’en­voie ?
-Personne. J’ai juste accep­ter ce travail j’ai froid nous devrions rentrer.
-Il ne fait pas froid, c’est dans ta tête. Qui t’en­voie qui t’a donné ce travail ? Il s’ap­pelle comment ?
-Je ne connais pas c’est quel­qu’un qui connaît quel­qu’un qui en a parlé à mon père.
-Même pour détruire il faut du piston.….. Partout la même chose piston et corrup­tion partout depuis le gardien de cime­tière jusqu’au sommet de l’État.