Prière de tolérance

Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes, et de tous les temps : s’il est permis à de faibles créa­tures perdues dans l’im­men­sité, et imper­cep­tibles au reste de l’uni­vers, d’oser te deman­der quelque chose, à toi qui as tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éter­nels, daigne regar­der en pitié les erreurs atta­chées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos cala­mi­tés.Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égor­ger ; fais

  • que nous nous aidions mutuel­le­ment à suppor­ter le fardeau d’une vie pénible et passagère ;
  • que les petites diffé­rences entre les vête­ments qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuf­fi­sants, entre tous nos usages ridi­cules, entre toutes nos lois impar­faites, entre toutes nos opinions insen­sées, entre toutes nos condi­tions si dispro­por­tion­nées à nos yeux et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appe­lés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution ;
  • que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célé­brer supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ;
  • que ceux qui couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’ai­mer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ;
  • qu’il soit égal de t’ado­rer dans un jargon formé d’une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau ;
  • que ceux dont l’ha­bit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d’un petit tas de la boue de ce monde, et qui possèdent quelques frag­ments arron­dis d’un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu’ils appellent gran­deur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu’il n’y a dans ces vani­tés ni de quoi envier, ni de quoi s’enorgueillir.

Puissent tous les hommes se souve­nir qu’ils sont frères ! Qu’ils aient en horreur la tyran­nie exer­cée sur les âmes, comme ils ont en exécra­tion le brigan­dage qui ravit par la force le fruit du travail et de l’in­dus­trie paisible ! Si les fléaux de la guerre sont inévi­tables, ne nous haïs­sons pas, ne nous déchi­rons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l’ins­tant de notre exis­tence à bénir égale­ment en mille langages divers, depuis Siam jusqu’à la Cali­for­nie, ta bonté qui nous a donné cet instant.Voltaire, Traité sur la Tolé­rance, avril 1763

9 Thoughts on “Attentat à Charlie Hebdo réponse d’un écrivain français : VOLTAIRE

  1. Tout à fait d’ac­tua­lité. Bel hommage

  2. Comme quoi, l’homme n’a pas beau­coup changé, ce qu’on écri­vait au XVIII ème siècle, est encore à répé­ter aujourd’­hui. Contre la haine, la violence, il n’y a que l’édu­ca­tion, qui passe par les mots, les gestes. Je suis avec mes élèves défi­cients et on en a parlé… Certains comprennent tellement…

  3. Comme c’est bon de ressor­tir ces textes là qui font dire que la France au delà de ses défauts c’est aussi ça !!

    • mais ça n’en­lève pas la tristesse

    • c’était aussi ça la France, mais si on assas­sine ceux qui ont de l’es­prit il va rester quoi ? Des gens qui auront peur de dénon­cer l’Is­lam reli­gion ne doit jamais remettre en ques­tion le coran , au risque de se faire trai­ter d’is­la­mo­phobe et d’être suspect d’ap­par­te­nir au front national.

  4. Pour­quoi pas rappe­ler Voltaire pour raison­ner le monde ?
    Mais la raison a ses limites.Lorsque la haine s’empare de gens qui veulent établir leur loi, au détri­ment de nos acquis, il faut aussi savoir sortir ses armes.

    • oui je suis d’ac­cord, je voulais trou­ver un texte qui soit vrai­ment « la France » comme je l’aime. Bien sûr, s’il faut se battre et je pense qu’hé­las, il le faudra, les textes de Voltaire sont insuffisants.

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