Je ne sais pourquoi…

Je ne sais pourquoi

Mon esprit amer
D’une aile inquiète et folle vole sur la mer.
Tout ce qui m’est cher,
D’une aile d’effroi
Mon amour le couve au ras des flots. Pour­quoi, pourquoi ?

Mouette à l’essor mélancolique,
Elle suit la vague, ma pensée,
À tous les vents du ciel balancée,
Et biai­sant quand la marée oblique,
Mouette à l’essor mélancolique.

Ivre de soleil
Et de liberté,
Un instinct la guide à travers cette immensité.
La brise d’été
Sur le flot vermeil
Douce­ment la porte en un tiède demi-sommeil.

Parfois si tris­te­ment elle crie
Qu’elle alarme au loin le pilote,
Puis au gré du vent se livre et flotte
Et plonge, et l’aile toute meurtrie
Revole, et puis si tris­te­ment crie !

Je ne sais pourquoi
Mon esprit amer
D’une aile inquiète et folle vole sur la mer.
Tout ce qui m’est cher,
D’une aile d’effroi
Mon amour le couve au ras des flots. Pour­quoi, pourquoi ?

Paul Verlaine, Sagesse (1881)

Quand je suis triste cette mouette à l’es­sor mélan­co­lique emporte avec elle mon cafard au-dessus des flots.

La poésie du jeudi l’idée en revient à Aspho­dèle

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