Éditions Flammarion, 478 pages, avril 2026

J’avais déjà lu un roman policier de Ian Manook Yeruldegger et j’ai donc voulu savoir si cet auteur saurait m’intéresser en racontant les scandales qui ont secoué la Corée à propos des adoptions d’enfants comme le dit la quatrième de couverture : Cent quarante mille enfants coréens vendus dans le cadre d’un trafic humain géré et financé par l’état. Des dizaines de milliers de « minjungs » traités en parias par le dictature et raflées pour présenter au monde une Corée étincelante des J.O de Séoul en 1988.

C’est sur ce point une réussite, les scandales dont il est question dans ce deuxième tome consacré à la Corée m’a permis de me rendre compte de la réalité de ce qu’il s’est passé dans ce pays qui me semblait tellement plus sympathique que son voisin immédiat la Corée du Nord. Dans la premier tome le personnage principal est celui que l’on retrouve ici , Gangnam, est un ancien enfant enlevé et réduit en esclavage par des institutions qui étaient liées à la fois au pouvoir et au clan mafieux. C’est un ancien policier, et il va reprendre du service car son douloureux passé l’empêche de rester passif quand il s’agit de révéler les anciens scandales et la façon dont ceux qui ont permis les enlèvements d’enfants et qui ont réduit des sans abris en esclaves, n’ont jamais été vraiment punis et recommencent à revenir aux manettes du gouvernement coréen.

Sur le plan policier, je ne suis pas vraiment apte à en juger, et j’ai du mal avec toute la violence qui se dégagent des histoires de mafias soutenues par un gouvernement coréen. De façon un peu rapide, et peut-être injuste, je trouve que le personnage principal Gangnam, se sort de situations incroyablement dangereuses alors que les méchants meurent facilement. C’est toute la difficulté de construire un roman policier avec un personnage positif qui doit risquer sa vie sans cesse mais qui doit quand même aller jusqu’au bout du roman. Et peut être, jusqu’au bout de la série car je me demande si tout n’est pas en place pour un troisième tome.

Je comprends quand même très bien pourquoi cet auteur connaît un réel succès car comment alerter l’opinion publique bien tranquille dans un monde confortable face à de tels scandales, nous sommes concernés, car la France a accueilli 11 000 enfants coréens : est ce que les organismes qui ont aidé à ces adoptions ont été complices de crimes de trafics humains ?

Donc si vous aimez les romans policiers, si vous voulez en savoir plus sur les scandales qui ont secoué la Corée, lisez ce roman, il est réussi mais commencez par le premier tome de la série « Gangnam ». Et merci à Babelio et aux éditions Flammarion de m’avoir envoyé ce roman.

 

Extraits

Début.

1986 
…qu’il emprisonne sur le champ.
 Les feuilles mortes mordorent le sous-bois, au pied du panache d’airain des ginkos, percés des torches écarlates des érables, dans le parfum sucré des arbres à caramel aux frondaisons bigarade. Par endroits, des chênes cuivrées disputent au safran des séquoias les reflets obliques du soleil d’automne.

Genre de propos typiques des polars.

« Je sais que si je ne rembourse pas les dix mille dollar que je dois au bookmaker du clan des Quatre lanternes avant Noël, leur dragon va m’offrir une chirurgie des deux genoux à vif à la perceuse-visseuse de chantier et toute la rééducation au baston qui va avec. »

Petit déjeuner coréen.

 Pour Gangnam, un petit déjeuner, c’est soupe de pousse de soja ou de raviolis, riz blanc, chou fermenté épicé, légumes sautés à l’huile de sésame, œuf à la vapeur et poire nashi s’il y en a.

Comment on perd la foi.

 Je me suis défroqué moi même il y a bien longtemps, quand les bouddhistes ont massacré des chrétiens au Sri Lanka ou des musulmans en Birmanie, quand des temples entiers ont été testés positifs à la méthamphétamine en Thaïlande ou que des moines ont été dénoncés pour pédophilie, et quand j’ai réalisé que bien des temples en Corée avaient fait de leurs moines des marchands de lampions, d4ex-voto, de tuiles superstitieuses et autres puits pour exaucer des vœux qui n’ont jamais dépendu de Bouddha, contre espèces sonnantes et trébuchantes.

Les rapports sociaux en Corée à travers la langue.

 Qui ne serait pas stressé au quotidien, dans un pays où il existe trois formes de tutoiements et trois formes de vouvoiement en fonction du niveau de politesse, de l’ancienneté de la connaissance, du sexe, de l’âge, de la hiérarchie sociale ou familiale, ou de la manière dont on s’est connus ?

Pour lutter contre le gueule de bois.

L’idée d’une bonne soupe traditionnelle contre la gueule de bois, à base de bouillon d’os, de bœuf de vingt quatre heures, enrichie de sang coagulé et d’épine dorsale de porc, d’os de vaches, de choux et d’autres légumes, n’est pas pour déplaire à Gangnam..

Le tourisme en Corée .

C’est le temple, préféré des touristes, accroché à une falaise déchiquetée. C’est le plus mercantile aussi. Tout ce qui y est beau est marchandé. Les petits papillons de papier gribouillés de souhaits à exaucer des tonnelles en ex-voto, les plafonds de lampions colorés avec les demandes qui pendouillent, les tuiles offrandes avec leur exigence à Bouddha : « Donnez-moi une belle femme », « Faites-moi gagner à la loterie », le jeu sur le petit pont du haut duquel il faut jeter des pièces dans trou rochers creusés pour que Bouddha vous accorde la chance que vous méritez. Le pèlerin interlope paie pour verser une louche d’eau sur la tête d’un petit bouddha boudeur, pour obtenir d’un distributeur à tirette des dictons de sagesse et des conseils de vie. Les moines savent y faire.

La cuite.

 Les Coréens, hommes ou femmes, ont une telle culture de la cuite et de la gueule de bois que la honte ne fait pas vraiment partie des conséquences de leurs beuveries. Ils en rient et ils oublient. Gabrielle, avait même avancé cette théorie selon laquelle le « haejangguk » n’était en rien un remède contre le mal, mais plutôt un rituel social codifié pour sortir sans humiliation de cette situation délicate.

 

 


Éditions Robert Laffont, 251 pages, Décembre 2024

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

J’ai commencé ce roman en étant persuadée qu’il allait fortement me déplaire : pendant la période du confinement une jeune femme rencontre un homme avec qui elle va tromper son mari. Elle sent qu’elle reproduit l’histoire de sa mère qui, elle aussi, a trompé son mari, et qui a avoué à sa fille qu’elle n’est pas la fille de son père mais d’un autre homme que sa mère a aimé avec passion.

Mais j’ai été happée par l’histoire de Luis ce médecin uruguayen, qui a fui la dictature, pour se réfugier à Lille aidée par Mathilde la mère de la narratrice. J’avais oublié que l’Uruguay avait connu une période de dictature militaire et la description de ce qu’il se passe dans les prisons du pouvoir est insoutenable.

Luis est médecin et il doit signer les constats de mort dans les prisons sans parler des tortures que ces pauvres gens ont subies. Cela le mine si fort qu’il finit par s’enfuir en France mais il est détruit par le poids de la culpabilité et la peur que le régime s’en prenne à sa femme et ses enfants.

Mathilde, mariée à un clerc de notaire dont elle a une fille, Sophie, aide cet homme à se reconstruire et emportée par sa passion, ils feront ce bébé , Lucia-Maria (Lucia pour la lumière et Maria du nom de la jeune femme torturée à mort, dans la prison de Montevideo, la dernière dont Luiz signera l’acte de décès par arrêt cardiaque) .

Luis ne sera jamais un père pour cette enfant née en France alors que, lui, est retourné dans son pays pour lutter et rétablir la démocratie. Il occupe maintenant un poste important, La rencontre avec ce père permet à la jeune femme de confronter l’histoire de sa mère avec celle de cet homme, mais c’est tout.

Un roman très classique et pas passionnant si ce n’est pour le rappel du passé tragique de l’Uruguay et j’ai trouvé que Laetitia de Luca le racontait très bien.

Extraits

Début

Paris, avril 2020
 Toutes les familles ont leurs traditions. La nôtre, manifestement, est de tromper son mari. J’ai longtemps cru pouvoir y échapper, mais j’ai présumé de mes forces. Pourtant chacun le sait les chiens ne font pas des chats. D’ailleurs c’est en allant promener le mien que c’est arrivé.

Passage obligé sur le statut de la femme secrétaire d’un grand patron de médecine.

Daller a toutes les raisons d’être satisfait du travail de Mathilde. Elle le materne du matin au soir avec une application de chaque instant qui flatte son égo boursoufflé. Elle range son bureau, trie ses papiers, vide sa poubelle et débarrasse son cendrier qui déborde comme un volcan. Elle s’enquiert de son sommeil quand il a l’air fatigué, s’inquiète pour sa santé à la moindre toux, le sermonne gentiment quand il travaille trop. Elle fait tout ça naturellement, parce que c’est dans l’ordre des choses. Parce que c’est un homme et elle, une femme. À la moindre difficulté le doyen crie « Mathilde » et elle accourt.
 Elle planifie chaque minute de son temps, lui annonce ses prochains rendez-vous, tape à la machine des lettres qu’il lui dicte.trop vite, pour la mettre au défi, parce que la possibilité de son échec est amusante pour lui. Parce qu’il n’a jamais su ce que c’est que de risquer sa place. Elle cale ses déjeuners et ses déplacements professionnels. Elle lui rappelle l’anniversaire de ses enfants, envoie le plombier à son domicile en cas de fuite. La femme du doyen ne travaille pas mais elle n’aurait « ni l’idée ni le temps » de s’en charger elle-même. Mathilde connaît bien madame Daller une très belle femme, grande mince, blonde, elle doit avoir quinze ans de moins que son mari….

Dernière lâcheté avant la fuite.et l’exil

Je ne signerai pas, murmure-t-il en s’effondrant, en larmes. Je ne signerai pas répète-il pour rattraper sa volonté qui déjà l’abandonne.

 Alors qu’il impose finalement son nom sur cet apocryphe, coulent sur sa roue joue, mélangées à la sueur et au filet de sang qui descend sur sa tempe, des larmes d’impuissance, des larmes de honte, et pour la 1re fois des larmes de haine.

Le poids du passé.

 Par son envolé lyrique, il a touché dans le mille les cœurs gonflés d’idéaux de ces jeunes gens. Le professeur se réjouit un instant de leur transmettre ce qu’ils considèrent comme le fondement même de la médecine moderne. Pour un instant seulement, car la seconde d’après sonne l’heure du retour au réel, du retard, des horaires, des contraintes. Il range ses feuilles de cours dans son cartable en cuir et prend congé de ses disciples. En descendant de l’estrade, il se revoit signer les constatations de décès des torturés de Montevideo, la plupart ayant le même âge que ses élèves, des enfants, et il se demande :  » Il était où à ce moment-là le grand professeur humaniste ? »