Éditions Philippe Rey, 409 pages, août 2011

Traduit de l’anglais (Inde) par Bernard Turle

 

 

Elle sourirait quand elle apprendrait qu’aux toilettes du troisième étage une plaque indiquait « Dames » et l’autre « Scientifiques ».

Toujours dans la série des livres qui ne sortent pas de la médiathèque, voici un roman pour faire mieux connaître l’Inde. J’ai remarqué qu’il n’a pas non plus un grand succès sur Babelio. C’est pourtant un livre que j’ai lu attentivement jusqu’au bout. Il prend comme sujet, ce qui fait sans doute la gloire la plus incontestable de ce grand pays : la recherche scientifique. Dans ce centre de recherche le personnel est séparé selon les fameuses castes qui soi-disant n’existent plus ! tous les chercheurs sont des brahmanes masculins, aucun personnel de service ne l’est et le héros du livre, Ayyan est « dalit » parce qu’on ne dit plus jamais « intouchable ». Comme l’auteur Ayyan ne supporte lus cette division , et il regarde d’un œil critique tous ces scientifiques qui se gargarisent de leur savoir sans poser leur regard sur les gens qui les servent. Il les espionne et enregistre leurs conversations, ce qui va lui être utile pour son plan de vengeance. Il n’en peut plus de vivre dans une cité immonde où s’entassent des milliers de personnes, avec son épouse Orva et son fils Adi ils vivent dans moins de 20 m2 et les WC sont dans la cour commune à tout l’immeuble. C’est d’ailleurs un lieu important pour propager des nouvelles vraies ou fausses. Adi est sourd d’une oreille et, à l’école, il vit des moments difficiles, jusqu’à ce que père réussisse à le faire passer pour une enfant surdoué. Pour cela il lui fait apprendre par cœur des phrases piochées dans son centre de recherche, l’enfant de 10 ans les dit en classe et commence fortement à agacer ses professeurs. Ayyan paye un journaliste pour écrire un article sur son fils qui aurait gagné un concours prestigieux en Suisse. Ensuite le mensonge s’emballe mais Ayyan garde le contrôle jusqu’au bout.

Cette partie du roman est drôle et on a vraiment envie de savoir comment la supercherie sera découverte. Mais, le roman s’éloigne un peu de son propos en ridiculisant complètement les scientifiques indiens. Ils s’écharpent sur le « Big-Bang » et la façon de savoir comment entrer en contact avec des « extra-terrestre » est ridicule et pas crédible. La passion amoureuse du grand savant à la tête de l’institut avec une jeune femme est importante pour l’intrigue, mais c’est aussi une charge terrible contre les femmes arrivistes en Inde ce qui est assez pénible . Les deux femmes du roman ne sont pas des personnages intéressants. La femme d’Allyan est emprisonnée dans ses croyances religieuse et la superbe femmes scientifique s’avère être une garce destructrice. Le personnage principal est loin d’être sympathique mais peut-il faire autrement avec les cartes biaisées qu’il a en mains.

Je comprends la rage du Journaliste écrivain, Manu Joseph, de voir que son pays ne se débarrasse pas des mépris de castes et la description de la survie des « Dalits » est vraiment bien racontée, la charge contre le monde scientifique est drôle parfois, mais il est vrai aussi que l’Inde fourni au monde des chercheurs remarquables.

Pour moi, ce roman fleuve prend trop de temps pour le fil du récit, et pour dénoncer ce qui ne va pas en Inde. Je salue , évidemment, le regard acéré de cet auteur sur son pays qui rend son roman intéressant à lire.

Extraits.

Dès le début un talent de conteur.

 Cheveux noirs épais ramenés sur le côté, Ayyan Mani se faisait une raie, à la va-comme-je-te-pousse, en dents de scie telles les frontières tracées jadis par les Britanniques entre deux voisins hostiles. Il avait le regard acéré de l’homme à qui on n’en compte pas. Sa moustache drue abritait un perpétuel sourire. Sombre de peau, propre sur lui, il n’en avait pas moins l’air pauvre.
 Il observait les promeneurs du crépuscule. Des centaines sur la longue promenade face à la mer d’Oman. Des jeunes femmes solitaires, bien chaussées, marchaient à vive allure, comme si elles fuyaient un sort funeste qui les aurait fait ressembler à leur mère. Leurs fières poitrines rebondissaient, la chair de leurs cuisses tremblotait à chacun de leurs pas. Déformé par des grimaces de sportive, le visage de ces femmes des hautes castes à la peau claire et à l’expression blasée, luisait de sueur..

Je souris à ce portrait.

De petite taille, il donnait l’impression de se tenir très droit parce que son dos n’était pas assez long. À voir la façon dont sa chemise était tendue, Ayyan devina qu’il la coinçait dans son caleçon pour qu’elle tienne mieux -mode intime de beaucoup d’hommes de sa connaissance. Une fine ceinture marron faisait quasiment deux fois le tour de sa taille. Sa poche de chemise ployait sous le poids de son contenu. Un peigne rouge sortait de la poche arrière, de son pantalon.

L’incroyable histoire des BDD à Bombay.

BDD était une ruche de dix mille appartements d’une pièce répartis dans cent vingt bâtiments de trois étages, tous identiques, alignés comme des ruines, grisâtres car d’anciennes pluies en avaient depuis longtemps effacé les peintures. Un million de vêtements pendaient aux grilles d’une multitude de petites fenêtres sombres. Des pans de façade, parfois même des toitures, s’effondraient, surtout pendant les calamiteuses pluies de la mousson en août. Les cités avaient été construites par les Britanniques, quatre-vingts ans plus tôt pour loger les sans abris dans un tardif sursaut de bonne conscience. Mais les travaux avaient été tellement baclés que les gens avaient refusé d’y emménager, ne voyant pas pourquoi ils auraient dû renoncer à jouir du monde entier et du ciel bleu, pour se satisfaire d’une petite pièce sombre ouvrant sur un long couloir lugubre. Les bâtiments furent donc convertis en prison pour combattants de la liberté. Les studios dédaignés devinrent des cellules dont l’on ne pouvait s’échapper. Dans ce lieu, dont, quatre-vingts ans plus tôt, même les sans abris n’avaient pas voulu, dans ce lieu, qui avait ensuite été une prison, vivaient désormais plus de quatre-vingts mille personnes qui peinaient sous le fardeau d’union matrimoniale dont elle ne serait libérées que par la mort.

Les scientifiques.

Acharya était le genre d’homme qui, d’abord, décidait de croire en une vérité de son choix puis, ensuite et seulement ensuite, cherchait pendant tout le restant de leur vie cette chose de peu qu’on appelle la preuve.

La mendicité.

 Parce que la navette de l’Institut fut bloquée dans un embouteillage sur Coloba Causeway, il vit des gamins mendier à la fenêtre d’un taxi. Le jeune couple, à l’intérieur, faisait mine de ne pas les voir. Comme ils auraient aimé donner une roupie ! Mais ils avaient lu dans un journal de langue anglaise une enquête comme il en paraît au moins une par an sur la cruauté des syndicats de mendiants censés exploiter les enfants. En refusant de donner une roupie aux gamins, ils frappaient les syndicats en plein cœur. Tant de philosophie pour une transaction à une roupie ….

Le « journaliste » qui a écrit l’article à propos du fils de Ayyan.

Thambe, reporter à « Yug » , était l’un de ces hommes toujours excités qui font des choses pour lesquelles il n’existe pas de nom : il pouvait récupérer des licences perdues, vous procurez des mini-cartes de rationnement et connaissait le numéro de portable d’employés du gouvernement. (….)
– Tu me demandes si mon supérieur sait que j’écris des articles contre de l’argent ? Soit direct. Nous sommes amis maintenant. Bien sûr qu’il le sait. Tu veux connaître mon salaire ? Huit cents roupies. En m’engageant, il m’a dit : « Nous ne payons pas beaucoup. » Puis il a sorti une carte de presse avec ma photo dessus et m’a dit :  » À partir de maintenant, tu peux aller partout et faire ce que tu veux avec. « 

Raisonnement d’un scientifique.

 Il avait toujours honni les disproportions . C’est pourquoi, à une époque, il avait méprisé les dirigeables au même titre que de petites femmes blanches au volant de longues berlines. L’engin et sa fonction devaient être proportionnés Mais était-ce une exigence raisonnable ? L’engin étant un objet physique, il avait forcément une taille. De son côté, la fonction, elle, étant abstraite, ne pouvait être qualifiée par sa taille. La petite femme blanche n’était pas la fonction de la berline. La sonde dans la nacelle du ballon, n’était pas la fonction de ce dernier. Le but de la berline était que la petite femme blanche se rende quelque part – disons, au hasard à un enterrement. La fonction du ballon était de confirmer qu’il y avait de la matière extraterrestre dans le cosmos. Que venez donc faire la disproportion dans tout ça ?

Dispute entre mathématiciens (calculer la vitesse de propagation des nouvelles dans l’institut).

 Même s’il était vrai que les nouvelles voyageaient, elle ne voyageaient pas dans un espace physique, d’où l’on en déduisait qu’il était impossible de parler de vitesse. Le premier mathématicien, hochant vigoureusement la tête, rétorqua qu’entrait en ligne de compte une distance « non linéaire » et que les nouvelles voyageaient donc à travers un espace physique. Ayyan ne comprenait pas entièrement ce que ces gens entendaient par « probabilités » et « distance non linéaire », mais il n’eut pas le cœur de quitter la cantine. Au bout d’environ une heure, les deux mathématiciens convinrent autour d’une troisième assiette en carton, que les mauvaises nouvelles voyageaient plus vite que les bonnes. Ayan aurait pu le leur dire dès le début. 

Humour.

 Ayyan avait l’impression d’être un personnage dans un film d’art et d’essai. Rien n’arrive pendant un bon moment, après quoi il ne se passe encore rien, puis c’est déjà le générique de fin.


Édition Albin Michel, 376 pages, mai 2025

traduit de l’anglais par Cécile Arnaud

C’est un roman qui se lit très facilement et qui a l’avantage de nous faire découvrir un aspect de la vie de Venise à la fin du XVII° siècle. C’est une cité très riche mais y être pauvre et orpheline, c’est une catastrophe. Comme souvent dans les régions prospères de l’époque (et peut être encore aujourd’hui) les exclus vivent dans une misère encore plus sordide, face à la richesse des uns. Venise ne fait pas exception, et lorsqu’une jeune femme accouche d’un bébé hors mariage, elle peut soit le noyer dans la lagune, soit, si c’est une fille, le mettre dans un « trou » du mur de la  » Ospedale della Pieta » et là elle est sauvée et surtout pourra, si l’enfant est douée en musique, appartenir à l’orchestre de cette institution.

C’est là que grandit Anna Maria, héroïne du roman, inspirée d’une musicienne qui a vraiment existé. Elle croise « le maestro » qui sans être nommé ressemble à ce qu’on sait de Vivaldi. Ensemble, ils se confrontent à la musique et au violon. L’auteure émet l’hypothèse qu’Anna Maria et l’orchestre des « figlie« , a largement contribué à composer les œuvres du Maître. On retrouve ici le féminisme du 21° siècle qui tente de redonner toute leur place aux femmes à une époque où elles étaient invisibilisées.

Le roman raconte aussi la terrible condition des jeunes orphelines de cette institution, mais qui ont quand même l’espoir de vivre mieux grâce à la musique.

Pourquoi ai-je des réserves ? On sait évidemment tout de suite que cette jeune prodige de 8 ans va avoir un destin hors norme. L’écrivaine s’appuie sur une réalité connue mais lui forge une personnalité à laquelle je n’ai pas cru. On sait, parce que c’est historique, qu’elle deviendra à son tour « Maestro » , mais pour cela l’auteure imagine qu’elle ne s’est jamais embarrassée de liens amicaux et que toute sa vie elle a écarté les autres pour devenir la meilleure. Cela ne la rend ni sympathique ni très intéressante, elle a imaginé aussi une recherche de sa mère qui aurait failli la noyer dans la lagune, qui n’a d’autre intérêt que de nous faire découvrir les bas-fonds et les bordels vénitiens.

J’ai tourné les pages de ce roman avec plaisir, mais je n’ai pas été passionnée.

Extraits

Début

Venise 1695

 À la tombée de la nuit, la cloche de la Marangona sonne sur la Piazza San Marco. Les carillons sortent en frémissant de la bouche de bronze, glissent au-dessus du dôme de la basilique, lèchent les coquillages tapissant le canal envasé et se faufilent par le jour entre le pavage et la porte en bois. Derrière, dans un étroit couloir faiblement éclairé, une jeune fille lève la tête.

 

 


Éditions Acte sud, Babel, 267 pages, juin 2025

Traduit de l’anglais (Inde) par Myriam Bellehigue

Si tous les hommes arrivaient au monde en pleurant, disait cette chanson, peu d’entre eux le quittaient en souriant.

Un roman extraordinaire, qui m’a fait partir en Inde, dans le sud, dans un village fictif de Kummarapet. Nous sommes à la fois avec Sara, jeune indienne qui bénéficie d’une bourse pour étudier en Angleterre, et avec sa famille dans ce petit village rural. L’histoire est centrée sur Elango, qui apprendra à l’enfant l’art de la poterie, et Zorah la femme dont il est éperdument amoureux. Oui, mais … lui est hindou, elle musulmane. Et rien n’aurait dû exister entre eux. Le village va déchainer sa violence contre eux, attisée par un homme qui voit là un bon moyen d’expulser des pauvres qui habitent dans des masures qu’il convoite pour construire de beaux immeubles rentables. Le récit commence en douceur, avec les souvenirs de l’enfance de Sara de sa sœur Tia, sa mère journaliste, et de son père qui est un grand spécialiste de la formation de la terre. sa famille est aimante et athée, ce qui leur donne à tous une ouverture d’esprit bien loin du fanatisme ambiant. La mère journaliste écrit la rubrique du courrier des lecteurs et elle lit les faits divers si souvent horribles. Un couple s’est fait agresser par une bande de voyous assassins, la femme a été violée mais le mari et la femme sont vivants alors qu’ils avaient été laissés pour mort sur la route.. En revanche ils ont perdu leur petit chien. Ce fait divers est important car le récit fait une grande place à ce chien : Chinna qu’Elango a adopté puis au moment de sa fuite laissé à la famille de Sara. Elango a une sorte d’hallucination et se voit construire « un cheval en feu » comme le faisaient ses ancêtres. Il décide d’unir dans cette œuvre monumentale les Hindous et les Musulmans, en laissant un vieux scribe, grand père de Zorah, écrire un poème en tamoul.

On entend souvent parler des fureurs des foules indiennes, c’est un moment très fort du roman. Le village va se déchaîner contre le couple, et saccagera son œuvre. Elando et Zorah ne devront leur survie qu’aux parents de Sara et à son ami, Sudhakar.
La vie de la jeune Sara en Angleterre est moins passionnante, mais plus sûre.Dans ce pays de grisaille, elle connaît la sécurité mais comme tous les exilés, les couleurs et les saveurs lui manquent. Elle sera victime d’un geste raciste, violent certes, mais sans aucune comparaison avec les violences de son pays.

Mon ami qui m’a offert ce livre, l’avait acheté en pensant que c’était l’auteure de « Le Dieu des petits Riens », livre que j’ai beaucoup aimé aussi, ces deux femmes partagent le même nom de famille : Roy mais leurs prénoms sont différents : Arhundati pour l’une et Anuradah pour celle-ci.

J’espère vous avoir convaincu de mettre ce roman à votre programme. J’ai passé en le lisant des moments de dépaysements incroyables et j’en retire une impression de profonde humanité même si ces valeurs ne sont pas toujours gagnantes surtout face à une foule déchaînée.

Extraits.

Début.

Jeudi 11 octobre
 C’est l’automne et je suis étudiante dans un université anglaise. Je n’ai jamais connu d’automne. Là où j’ai grandi, la baisse des températures qui suivaient la mousson, annonçait un hiver doux pour lequel les feuilles ne prenaient pas la peine de changer de couleur. Puis, en quelques jours, c’était de nouveau la fournaise infernale de l’été. Ici la lumière est verte et dorée et, dans le rectangle d’arbres que découpe ma fenêtre, des feuilles orangées et rougeoyantes tombent du ciel en virevoltant, vivante dans un souffle d’air.

Le courrier des lecteurs .

Le rédacteur en chef l’a convoquée. « Les histoires d’amour ça marche mieux, lui a t-il expliqué. L’amour c’est l’espoir et le plaisir. La mort c’est chiant. Ça arrive à tout le monde, alors que l’amour est réservé à quelques privilégiés. Tu n’es pas d’accord ? Douze lignes de moins pour les troubles cardiaques, douze lignes de plus pour les peines de cœur, et dans douze mois, on fait le point sur les ventes. »

 L’occident, l’Inde.

Un gros four à gaz installé dans une pièce attenante, tel un autel qu’il nous est interdit d’approcher. Des seaux d’émaux, de minerais et d’oxydes dans lesquels on peut puiser si on veut fabriquer nos propres émaux. C’est l’Occident. Un atelier dans une prestigieuse université occidentale, où tout est gratuit où presque où tout est à notre disposition.
Hier , un agent de police m’a souri.
– Belle matinée, n’est ce pas.
Il n’avait pas l’air de vouloir me matraquer pour passer le temps. J’étais encore sur mes gardes. Comme Elango, je ne peux baisser la garde. Là d’où je viens, on sait depuis longtemps qu’une existence ordinaire peut exploser sans crier gare et vous laissez brisé, contraint de rassembler les morceaux épars sans savoir très bien par où commencer.

Amours interdits.

. Tout ce qui les séparait lui interdisait de parler de Zohra à qui que ce soit, hormis à Sudhakar. Certains soirs, il se récitait à lui-même, les mots qu’il choisirait pour annoncer la nouvelle à Vasu :  » Il y a une fille qui me plaît, elle est.. » Mais le désespoir dévorait la fin de sa phrase. Il lui était impossible de dire à voix haute ce qu’elle était. Musulmane. L’espace qui les divisait était un charnier empli de chair humaine calcinée et ensanglantée, une immense crevasse dans la terre, une gueule ouverte prête à l’engloutir.
 Il lui était impossible d’imaginer une vie sans Zorah. C’était insupportable. Mais il n’osait pas non plus imaginer une vie avec elle. C’était inconcevable. Il s’était confié à Sudhakar.
 -Laisse tomber, lui avait dit son ami. Dans ce pays il n’y a que les vedettes de cinéma où les joueurs de cricket qui peuvent épouser qui ils veulent.
 – Espèces de salaud ! Moi qui pensais que tu étais un ami …
 – Mais je suis ton ami. C’est pour ça que je te dis, laisse tomber.

Les folies religieuses.

 J’ai fini par comprendre qu’il essayait de m’expliquer ce qui était arrivé à Elango et à son cheval. C’était lié à la religion, a-t-il poursuivi,. Qui pouvait mener les gens à une forme de folie. Les fanatiques n’avaient besoin d’aucune provocation, et Akka auraient tôt ou tard découvert ce que Elingo fabriquait au bord de l’étang, même sans les informations que je lui avait données. Si ça n’avait pas été le cheval, elle aurait trouvé une autre manière de les détruire. Si elle n’avait pas déclaré la guerre à Elango et à Zohra, quelqu’un d’autre l’aurait fait à sa place. Musulman et Hindous – ce n’est pas tant une histoire de religion qu’un conflit de sang, comme dans « Roméo et Juliette ».

 

 


Éditions Les Léonides, 396 pages, janvier 2026

 

 L’éternité, n’est pas dans ce qu’on possède, mais dans ce qu’on transmet..

Je dois à Keisha d’avoir repéré ce roman au rayon livre de mon supermarché, je luis dois un grand merci et deux jours de pluie que je n’ai pas vu passer, car je ne pouvais pas lâcher ce roman. Ce livre permet de découvrir un monde que je ne connais absolument pas, les diamantaires d’Anvers. Notre héros Bennie est juif, son père Moshé a refusé de suivre le chemin de son père et de son frère, des diamantaires importants d’Anvers. Moshé est un homme sensible, qui est attiré par une vie consacrée à la religion et à sa famille, sa femme meurt de cancer et sa tristesse est absolue. Bennie ne se sent pas bien dans cette atmosphère faite de contraintes religieuses et il veut absolument devenir un homme important : devenir diamantaire comme son grand-père et son oncle.
Nous allons assister à son ascension et sa réussite, à sa chute et à sa vengeance. Il deviendra aussi un homme plus riche moins sur le plan financier que sur la belle personnalité qu’il a réussi à construire malgré tous les coups tordus qu’on lui a joués et on lui souhaite de réussir son histoire d’amour avec Eve .

C’est un monde passionnant et l’auteur a su donner vie à un domaine qui n’est vraiment pas le mien, les diamantaires, car les personnages qui habitent son roman son crédibles et attachants. Quelques chapitres sont consacrés à la Pologne dans les années 30 et hélas 39, quand obéir aux préceptes religieux voulaient dire terminer dans les chambres à gaz et les fours crématoires. C’est à Varsovie que le patriarche Yéhuda, a perdu une grand part de son humanité. On comprend aussi pourquoi il ne pouvait que difficilement accepté que son fils se tourne vers la religion. Je ne vous en dit pas plus car beaucoup de révélations sont faites dans les derniers chapitres. que je ne veux pas vous divulgâcher. Mais l’auteur s’attache aussi à nous décrire les juifs d’Anvers qui ne sont pas riches, mais qui ont une vie de famille avec des liens très forts, parfois encombrants mais toujours chaleureux.

La première phrase que j’ai mise en exergue dit tout sur ce roman, la transmission de la culture juive et du lourd passé familial est sans doute plus importante que les diamants même superbes et hors de prix.

Avant et après : la taille d’un beau (très) beau diamant :un diamant avant et après avoir été taillé : r/woahdude

Je viens de repérer une mini série « Diamants bruts », j’espère en la regardant enrichir mes connaissances du monde juif et des diamantaires d’Anvers .

 

Extraits.

 

Début.

Région de Cracovie 1921.
 Le sol tremble sous leurs pieds, frappant le parquet en cadence, martelant l’air au rythme de la prière.
 Ses épaules se soulèvent à chaque souffle, son front est perlé de sueur, marqué par l’effort. Dans le salon d’une maison modeste, un grand homme, d’une quarantaine d’années, vêtue de la vie traditionnelle hassidique et enveloppé dans un talit, scande chaque verset avec ferveur. C’est le rabbin Wiesel.

Le quartier juif d’Anvers en 1979 (pourquoi l’appelle t’on encore ghetto ?)

 Le ghetto juif, pauvre et modeste, est animée par le bruit des vélos, qui filent sur le pavé, par les appels des commerçants et les discussions en yiddish, qui fusent à chaque coin de la rue. Dans l’arrière-boutique, la routine s’étire, immuable. Bennie a désormais dix-huit ans et travaille avec son père, Mosché, et le reste de sa famille à la retoucherie Goodman. Il s’occupe des livraisons.

La taille des diamants.

 Devant lui, deux tables longues d’une cinquantaine de mètres se dressent et accueillent des centaines de tailleurs de diamants. Des hommes au visage fatigué, certains au crâne dégarni, d’autres à la barbe grisonnante, travaillent silencieusement, concentrés devant leur moulin, leurs doigts manipulant des pierres avec une précision chirurgicale.
 Le son est assourdissant. Des centaines de disques tournent en même temps, émettant ce crissement si particulier du diamant contre le métal. Une poussière fine flotte dans l’air, captée par la lumière artificielle des lampes suspendues.

Le diamant brut.

 Bennie attrape le diamant du bout des doigts, surpris par sa texture rugueuse, presque crayeuse. Ce n’est pas du verre, ni un caillou poli par le temps. C’est brut, irrégulier, sans éclat apparent. Il la fait rouler dans sa paume, s’attendant presque à sentir quelque chose de différent sous ses doigts, mais non. Juste un poids surprenant pour une si petite chose.

Les rapports humains dans le monde du diamant.

 À côté de lui, un courtier indien, sa mallette ouverte, présente un lot de diamants bruts enveloppés dans un papier blanc à un homme imposant : Mordehaï, un vieux juif orthodoxe au ton corrosif et aux manières brutales, note immédiatement Bennie. Sa barbe grisonnante est soignée, mais son costume noir est un peu usé, signe qu’il appartient aux anciens, ceux qui ne misent que sur l’expérience et la ruse.
Le jeune tailleur reste en retrait. Il observe Mordehaï, jeter un regard méprisant sur les pierres du lot, puis sans prévenir, dans un accès de colère, les balancer au visage du courtier en criant dans un anglais approximatif avec un fort accent de l’Est :
– C’est quoi ça ? ! réponds-moi !

Vente d’une pierre.

– D’abord, tu montres une pierre. Simple, non ? Le client l’examine, la soupèse, la scrute sous les saloupes comme s’il cherchait un défaut invisible. Puis il fait une offre. Là t’as deux choix : tu acceptes, ou tu retournes voir ton patron pour négocier un meilleur prix.
Il marque une pause, s’assurant que Bennie suit, avant de poursuivre :
– Si tu acceptes, tu places la pierre dans une enveloppe, le client signe dessus et inscrit le prix. C’est ce qu’on appelle un cachet. Une fois scellée, cette pierre ne peut plus être montrée à d’autres acheteurs. C’est une promesse de vente. Mais si le client propose un prix qui ne te convient pas, alors là tu deviens un messager. Tu retournes voir ton patron , tu exposes l’offre, et tu fais l’aller- retour jusqu’à ce que vous trouviez un terrain d’entente.
(…)
– Et le plus important : quand les deux parties s’accordent on se sert la main et on dit « Mazal », et à ce moment-là, c’est vendu.