Éditions Philippe Rey, 409 pages, août 2011

Traduit de l’anglais (Inde) par Bernard Turle

 

 

Elle sourirait quand elle apprendrait qu’aux toilettes du troisième étage une plaque indiquait « Dames » et l’autre « Scientifiques ».

Toujours dans la série des livres qui ne sortent pas de la médiathèque, voici un roman pour faire mieux connaître l’Inde. J’ai remarqué qu’il n’a pas non plus un grand succès sur Babelio. C’est pourtant un livre que j’ai lu attentivement jusqu’au bout. Il prend comme sujet, ce qui fait sans doute la gloire la plus incontestable de ce grand pays : la recherche scientifique. Dans ce centre de recherche le personnel est séparé selon les fameuses castes qui soi-disant n’existent plus ! tous les chercheurs sont des brahmanes masculins, aucun personnel de service ne l’est et le héros du livre, Ayyan est « dalit » parce qu’on ne dit plus jamais « intouchable ». Comme l’auteur Ayyan ne supporte lus cette division , et il regarde d’un œil critique tous ces scientifiques qui se gargarisent de leur savoir sans poser leur regard sur les gens qui les servent. Il les espionne et enregistre leurs conversations, ce qui va lui être utile pour son plan de vengeance. Il n’en peut plus de vivre dans une cité immonde où s’entassent des milliers de personnes, avec son épouse Orva et son fils Adi ils vivent dans moins de 20 m2 et les WC sont dans la cour commune à tout l’immeuble. C’est d’ailleurs un lieu important pour propager des nouvelles vraies ou fausses. Adi est sourd d’une oreille et, à l’école, il vit des moments difficiles, jusqu’à ce que père réussisse à le faire passer pour une enfant surdoué. Pour cela il lui fait apprendre par cœur des phrases piochées dans son centre de recherche, l’enfant de 10 ans les dit en classe et commence fortement à agacer ses professeurs. Ayyan paye un journaliste pour écrire un article sur son fils qui aurait gagné un concours prestigieux en Suisse. Ensuite le mensonge s’emballe mais Ayyan garde le contrôle jusqu’au bout.

Cette partie du roman est drôle et on a vraiment envie de savoir comment la supercherie sera découverte. Mais, le roman s’éloigne un peu de son propos en ridiculisant complètement les scientifiques indiens. Ils s’écharpent sur le « Big-Bang » et la façon de savoir comment entrer en contact avec des « extra-terrestre » est ridicule et pas crédible. La passion amoureuse du grand savant à la tête de l’institut avec une jeune femme est importante pour l’intrigue, mais c’est aussi une charge terrible contre les femmes arrivistes en Inde ce qui est assez pénible . Les deux femmes du roman ne sont pas des personnages intéressants. La femme d’Allyan est emprisonnée dans ses croyances religieuse et la superbe femmes scientifique s’avère être une garce destructrice. Le personnage principal est loin d’être sympathique mais peut-il faire autrement avec les cartes biaisées qu’il a en mains.

Je comprends la rage du Journaliste écrivain, Manu Joseph, de voir que son pays ne se débarrasse pas des mépris de castes et la description de la survie des « Dalits » est vraiment bien racontée, la charge contre le monde scientifique est drôle parfois, mais il est vrai aussi que l’Inde fourni au monde des chercheurs remarquables.

Pour moi, ce roman fleuve prend trop de temps pour le fil du récit, et pour dénoncer ce qui ne va pas en Inde. Je salue , évidemment, le regard acéré de cet auteur sur son pays qui rend son roman intéressant à lire.

Extraits.

Dès le début un talent de conteur.

 Cheveux noirs épais ramenés sur le côté, Ayyan Mani se faisait une raie, à la va-comme-je-te-pousse, en dents de scie telles les frontières tracées jadis par les Britanniques entre deux voisins hostiles. Il avait le regard acéré de l’homme à qui on n’en compte pas. Sa moustache drue abritait un perpétuel sourire. Sombre de peau, propre sur lui, il n’en avait pas moins l’air pauvre.
 Il observait les promeneurs du crépuscule. Des centaines sur la longue promenade face à la mer d’Oman. Des jeunes femmes solitaires, bien chaussées, marchaient à vive allure, comme si elles fuyaient un sort funeste qui les aurait fait ressembler à leur mère. Leurs fières poitrines rebondissaient, la chair de leurs cuisses tremblotait à chacun de leurs pas. Déformé par des grimaces de sportive, le visage de ces femmes des hautes castes à la peau claire et à l’expression blasée, luisait de sueur..

Je souris à ce portrait.

De petite taille, il donnait l’impression de se tenir très droit parce que son dos n’était pas assez long. À voir la façon dont sa chemise était tendue, Ayyan devina qu’il la coinçait dans son caleçon pour qu’elle tienne mieux -mode intime de beaucoup d’hommes de sa connaissance. Une fine ceinture marron faisait quasiment deux fois le tour de sa taille. Sa poche de chemise ployait sous le poids de son contenu. Un peigne rouge sortait de la poche arrière, de son pantalon.

L’incroyable histoire des BDD à Bombay.

BDD était une ruche de dix mille appartements d’une pièce répartis dans cent vingt bâtiments de trois étages, tous identiques, alignés comme des ruines, grisâtres car d’anciennes pluies en avaient depuis longtemps effacé les peintures. Un million de vêtements pendaient aux grilles d’une multitude de petites fenêtres sombres. Des pans de façade, parfois même des toitures, s’effondraient, surtout pendant les calamiteuses pluies de la mousson en août. Les cités avaient été construites par les Britanniques, quatre-vingts ans plus tôt pour loger les sans abris dans un tardif sursaut de bonne conscience. Mais les travaux avaient été tellement baclés que les gens avaient refusé d’y emménager, ne voyant pas pourquoi ils auraient dû renoncer à jouir du monde entier et du ciel bleu, pour se satisfaire d’une petite pièce sombre ouvrant sur un long couloir lugubre. Les bâtiments furent donc convertis en prison pour combattants de la liberté. Les studios dédaignés devinrent des cellules dont l’on ne pouvait s’échapper. Dans ce lieu, dont, quatre-vingts ans plus tôt, même les sans abris n’avaient pas voulu, dans ce lieu, qui avait ensuite été une prison, vivaient désormais plus de quatre-vingts mille personnes qui peinaient sous le fardeau d’union matrimoniale dont elle ne serait libérées que par la mort.

Les scientifiques.

Acharya était le genre d’homme qui, d’abord, décidait de croire en une vérité de son choix puis, ensuite et seulement ensuite, cherchait pendant tout le restant de leur vie cette chose de peu qu’on appelle la preuve.

La mendicité.

 Parce que la navette de l’Institut fut bloquée dans un embouteillage sur Coloba Causeway, il vit des gamins mendier à la fenêtre d’un taxi. Le jeune couple, à l’intérieur, faisait mine de ne pas les voir. Comme ils auraient aimé donner une roupie ! Mais ils avaient lu dans un journal de langue anglaise une enquête comme il en paraît au moins une par an sur la cruauté des syndicats de mendiants censés exploiter les enfants. En refusant de donner une roupie aux gamins, ils frappaient les syndicats en plein cœur. Tant de philosophie pour une transaction à une roupie ….

Le « journaliste » qui a écrit l’article à propos du fils de Ayyan.

Thambe, reporter à « Yug » , était l’un de ces hommes toujours excités qui font des choses pour lesquelles il n’existe pas de nom : il pouvait récupérer des licences perdues, vous procurez des mini-cartes de rationnement et connaissait le numéro de portable d’employés du gouvernement. (….)
– Tu me demandes si mon supérieur sait que j’écris des articles contre de l’argent ? Soit direct. Nous sommes amis maintenant. Bien sûr qu’il le sait. Tu veux connaître mon salaire ? Huit cents roupies. En m’engageant, il m’a dit : « Nous ne payons pas beaucoup. » Puis il a sorti une carte de presse avec ma photo dessus et m’a dit :  » À partir de maintenant, tu peux aller partout et faire ce que tu veux avec. « 

Raisonnement d’un scientifique.

 Il avait toujours honni les disproportions . C’est pourquoi, à une époque, il avait méprisé les dirigeables au même titre que de petites femmes blanches au volant de longues berlines. L’engin et sa fonction devaient être proportionnés Mais était-ce une exigence raisonnable ? L’engin étant un objet physique, il avait forcément une taille. De son côté, la fonction, elle, étant abstraite, ne pouvait être qualifiée par sa taille. La petite femme blanche n’était pas la fonction de la berline. La sonde dans la nacelle du ballon, n’était pas la fonction de ce dernier. Le but de la berline était que la petite femme blanche se rende quelque part – disons, au hasard à un enterrement. La fonction du ballon était de confirmer qu’il y avait de la matière extraterrestre dans le cosmos. Que venez donc faire la disproportion dans tout ça ?

Dispute entre mathématiciens (calculer la vitesse de propagation des nouvelles dans l’institut).

 Même s’il était vrai que les nouvelles voyageaient, elle ne voyageaient pas dans un espace physique, d’où l’on en déduisait qu’il était impossible de parler de vitesse. Le premier mathématicien, hochant vigoureusement la tête, rétorqua qu’entrait en ligne de compte une distance « non linéaire » et que les nouvelles voyageaient donc à travers un espace physique. Ayyan ne comprenait pas entièrement ce que ces gens entendaient par « probabilités » et « distance non linéaire », mais il n’eut pas le cœur de quitter la cantine. Au bout d’environ une heure, les deux mathématiciens convinrent autour d’une troisième assiette en carton, que les mauvaises nouvelles voyageaient plus vite que les bonnes. Ayan aurait pu le leur dire dès le début. 

Humour.

 Ayyan avait l’impression d’être un personnage dans un film d’art et d’essai. Rien n’arrive pendant un bon moment, après quoi il ne se passe encore rien, puis c’est déjà le générique de fin.


Éditions Denoël, 356 pages, janvier 2026

Après Ingannmic, Alexandra , Keisha , et sans doute d’autres dont je n’ai pas noté l’adresse.

Nous suivons une guerre sans merci entre deux paléontologues américains : Othniel Charles Marsh, et Edward Drinker Cope. L’auteur visiblement s’amuse des défauts respectifs de ces deux montres d’égoïsme, gonflés d’orgueil qui se sont pris de passion pour les recherches des os des différents fossiles de dinosaures dans les territoires américains. Ce n’est pas par hasard, si c’est dans ces vastes contrées inhabitées, ou presque, que l’on trouve les plus beaux spécimens des squelettes prouvant que la terre a été habitée avant deux cents millions d’années, avant l’arrivée des hommes dans une période nommée le mésozoïque, par des créatures qui ont provoqué l’étonnement absolu des hommes de la fin du XIX ° siècle, par leur taille et surtout parce qu’ils ressemblaient à des dragons ou à des créatures fabuleuses qui nourrissent depuis cette époque l’imagination des hommes , comme le montre le film « Jurassic park ».

Ce roman permet aussi à l’auteur de faire revivre ce pays dans les années 1850, c’est un pays qui ne connaît pas encore toutes les ressources de son immense territoire, bien sûr il y a cette population autochtone qui résiste encore un peu, mais qui va bientôt complètement disparaître au fond de réserves dont le pouvoir américain les chasse dès que les terres sur lesquelles ils sont parqués révèlent une quelconque richesse. Mais ce n’est pas là l’essentiel du roman évidemment, les deux hommes connaissent des fortunes variées, Charles Marsh s’impose grâce à l’argent de son oncle Peabody et un poste (sans traitement) à Yale. Il aurait eu une carrière d’un chercheur sans soucis d’argent tout à fait classique sans Edward Cope, qui, lui, a été considéré comme un surdoué et se passionne pour la paléontologie mais n’a pas la carrière classique de son ennemi. Tous les deux se suivent sans cesse et cherchent à se nuire tout le temps .

J’ai été intéressée par cette lecture mais pas passionnée car j’ai trouvé ces deux hommes complètement nuls et à l’opposé des valeurs qui pour moi doivent être celles des universitaires au service de leur science ou de de leurs découvertes. Ils m’ont fatiguée ces deux là, et malgré le talent de l’écrivain qui ne nous épargne aucune de leurs vilénies, j’avais hâte d’abandonner cette lecture pour retrouver des gens qui partagent un peu plus mes valeurs. Bref, deux personnages sans aucun idéal qui ont eu assez d’argent pour découvrir ce qui était à la portée de tous ceux qui auraient eu l’idée, le temps, l’argent et le courage de chercher, bien loin de ceux ou celles que j’admire : ceux et celles qui se donnent à fond pour leurs découvertes et respectent ceux ou celles qui les aident pour mener à bien leur travail universitaire.

Extraits.

Début et fin du prologue.

 Dans le sud-est du Wyoming, à deux cents kilomètres de la ville de Cheyenne, sous les cieux d’un bleu intense où chaque nuage est une esquisse, s’élève une éminence rocheuse qui s’appelle Como Bluff ou « la falaise de Côme ».
Non, il ne reculeront devant rien.
 La guerre des os sera sans pitié.

Début.

 Il a fallu qu’une extinction se produise pour que le dinosaure apparaissent.
La Grande Hécatombe a lieu il y a deux cent cinquante millions d’années lors du permien, qui marque la fin de l’ère paléozoïque.

Famille de Charles Marsh, Caleb son père.

Caleb ouvre boutique et fait faillite, se remarie et repart pour l’état de New York où il procrée à tour de bras, le devoir conjugal occupe les soirées et quand on échoue dans tout le reste, il reste encore le costume de « pater familias » à endosser. Bientôt, Charles et Mary se retrouvent avec une ribambelle de demi-frères et sœurs.

L’art de raconter.

 Il demeure toutefois une question à régler, à peine un détail, une bagatelle, vraiment : l’université consent à lui conférer le titre de professeur, mais, hélas ne dispose pas des fonds nécessaires afin de le rémunérer. Pour n’importe qui d’autres, ce serait contrariant, pour ne pas dire rédhibitoire, mais pour Charles, qui reçoit une allocation de son oncle et figure en bonne place dans le testament de ce dernier , c’est à peine un problème, tout juste un léger désagrément et même, d’un certain point de vue, une opportunité, car si Yale ne lui verse pas d’argent, il ne lui doit pas d’enseignement non plus. Tout se passe donc idéalement pour lui qui obtient le Saint Graal le 24 juillet 1866 : un poste de professeur sans élèves – ces individus pénibles qui ont tendance à ne pas connaître ce que vous savez à vous faire perdre un temps précieux avec leurs questions – entièrement dévolu à la recherche.

Le début de leur haine.

 Prenant Edward à part et s’adressant à lui aussi doucement que possible, Charles lui fait observer que la tête de l’animal ne se trouve pas à la bonne extrémité : »Vous vous êtes trompé, professeur Cope, cela arrive au meilleur d’entre nous. Votre squelette est à rebours vous avez pris un bout pour un autre. » À ces mots, Edward devient livide, comme s’il était accusé d’un acte contre-nature, comme si son visiteur qui, depuis longtemps l’exaspère avec ses manières pontifiantes, ses petites provocations, sa manière de l’appeler « Professeur Cope » au terme d’une légère hésitation, comme pour lui signifier qu’il ne mérite plus ce titre depuis qu’il a démissionné de son poste à Haverford College, venait de lui cracher au visage tout le mépris qu’il le soupçonne d’avoir pour sa personne.

Rivalités.

 Que son rival ait exhumé un spécimen de pterrodactyle encore plus grand que le sien, Charles le prend mal, il le prend même personnellement. En temps normal, il est déjà du genre possessif, du genre a regarder tous les fossiles de l’ouest comme sa propriété exclusive, comme si les dinosaures lui avaient expressément légué leur squelette avant d’être balayé par une météorite. Mais dans ce cas précis, il est d’autant plus indigné qu’Edward est venu chasser sur ses terres pour reléguer au second plan l’une de ses principales découvertes.

Propos prêtés à Custer le massacrer des Indiens.

 » Méfiez-vous, des Peaux-Rouges ! déclare-t-il en se resservant un verre, heureux d’avoir un auditoire de jeunes blancs becs qu’il est aisé d’impressionner avec sa faconde et ses récits guerriers, ce sont les créatures les plus cruelles les plus sanguinaires qui soient ! Elles infestent le secteur et ne reculent devant rien. Le plus tôt on aura exterminé ces animaux là, le mieux ce sera. On a reçu des instructions du général Schermann, l’ordre de ne pas se poser de questions et de ne pas faire dans la dentelle : homme, femme, enfant, des vieux, les vieilles, avec nous, tout y passe. L’objectif, c’est de frapper leurs villages aussi vite que possible et qu’après notre passage, il n’y ait plus personne pour se reproduire. Par contre, avec les femmes, on prend toujours le temps de s’amuser : l’Indienne, ça se viole facile. »

Tous les coups sont permis.

 Obéissant aux instructions de Charles, Reed détruit les fossiles qu’il est incapable de déplacer, plutôt que de les voir tomber dans les mains d’Edward. Cent cinquante millions d’années de patience pour finir fracasser à coup de pioche : à quelle espèce appartenait ces spécimens ? Personne ne le saura jamais. Je ne sais pas si vous vous rendez compte de la gravité de cette histoire mais, aux yeux des paléontologues, il s’agit d’un crime trop effroyable pour mériter la rédemption. Anéantir des spécimens uniques quand on connaît les chance infinitésimales de leur transmission, la durée vertigineuse qu’ils ont dû traverser pour se trouver sous la main d’un homme à même de les interpréter, c’est un acte qui va à l’encontre de toutes les valeurs d’une profession méticuleuse. Dont les membres passent leur vie à gratter, frotter, analyser les fossiles. Si de nos jours encore, Charles a mauvaise réputation dans la communauté scientifique, il le doit à sa tendance au vandalisme : on l’accuse également d’avoir dynamité les gisements que ses hommes avaient exploités de crainte qu’il n’y reste des spécimens dont son rival aurait pu s’emparer.

Le mandarin dans toute son horreur.

 En descendant les escaliers du Peabody, Oscar songe aux contes que sa mère lui lisait, à ces histoires de sorciers malfaisants qui enlèvent les enfants dans un monde souterrain, dont ils ne pourront jamais s’évader ; gnome enfermé dans les profondeurs de la terre, il s’use à en extirper des trésors. Charles se repose des tâches difficiles sur Oscar, qui rédige l’essentiel de ses articles, tandis qu’il se pavane dans les cercles influent de New York, prend des rendez-vous avec des messieurs haut placés à Washington, savoure de fins soupers chez Delmonico’s dans un décor d’acajou luisant où les miroirs scintillent, comme si la science n’était plus que le moyen d’accroître sa puissance, comme si elle lui permettait d’assouvir une ambition qui se prend elle-même pour objet, son but consistant à faire rayonner son « moi » jusqu’aux confins du monde, à occuper de sa personne, l’intégralité des hommes, à écraser ses ennemis pour demeurer, seul, au milieu d’un paysage dévasté. Parfois, mais de moins en moins souvent et d’une voix toujours plus faible, Iscar Harger plaide sa cause. Il implore Charles de le laisser publier ses propres travaux. C’est qu’il a des idées à lui, de vastes théories au sujet des dinosaures qu’à force de fréquenter plus assidûment que les hommes, ils connaît mieux que la majorité des spécialistes, mieux que Charles lui-même pourrait-il ajouter, des mots qu’il retient de justesse par lâcheté ou instinct de conservation ? Inflexible, Charles menace de le renvoyer, s’il fait paraître ne serait-ce qu’un entrefilet et profite de son indigence pour le maintenir dans une dépendance complète.