Édition Albin Michel. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Ce roman permet de revivre les,expériences de Char­cot à la Salpê­trière. Comme le célèbre tableau d’An­dré Brouillet nous en laisse la trace.
Ce tableau m’a, de tout temps, mise mal à l’aise : je lui ai toujours trouvé une dimen­sion d’un érotisme déran­geant. La femme est très belle, trop dénu­dée, entou­rée de regards d’hommes qui se veulent scien­ti­fiques. La science n’est très certai­ne­ment qu’un alibi pour de nombreux spec­ta­teurs
Et cette pauvre femme comment peut-elle guérir de quoi que ce soit quand on sait à quel point l’hys­té­rie tout en ayant des mani­fes­ta­tions publiques relève de l’in­time.
Bref ce livre avait tout pour me plaire sauf que.… Il est écrit par une jeune auteure qui n’a qu’un but prou­ver que les hommes de cette époque sont tous des tortion­naires pervers en puis­sance.
On ne peut nier les méfaits de la société patriar­cale et que des hommes aient abusé de leur pouvoir pour inter­ner leur femme ou leur fille a existé, j’en suis certaine. Mais dans ce roman à part le bien pâle Theo­phile le frère d’Eu­gè­nie Cléry l’in­ter­née qui parle avec les défunts et dont nous allons suivre l’in­ter­ne­ment aucun homme n’est posi­tif. Le rôle de Char­cot n’est analysé qu’à travers ces séances publiques sur l’hys­té­rie. Aucune allu­sion aux décou­vertes sur les mala­dies dégé­né­ra­tives qui sont pour­tant à mettre à son crédit.
En revanche, le regard de l’écri­vain sur ces femmes qu’on inter­nait si faci­le­ment est très compa­tis­sant et sûre­ment proche de la réalité. Le person­nage de l’in­fir­mière respon­sable du pavillon est aussi très riche et on croit à ce person­nage. L’hé­roïne qui voit et entend les défunts lui parler est touchante, mon problème est que j’ai beau­coup de mal avec le spiri­tisme. Je ne comprends pas le choix de l’au­teure, s’il y avait tant d’in­ter­ne­ments abusifs dans des familles bour­geoises pour­quoi ne pas prendre un exemple qui aurait convaincu tout le monde même ceux qui ne croient pas que les morts viennent parler aux vivants… je cite deux exemples qui hantent ma mémoire l’in­ter­ne­ment de Camille Clau­del et la lobo­to­mie en 1941 de Rose Marie Kennedy qui aimait trop les garçons… ceci dit ce roman se lit faci­le­ment et on suit avec inten­sité le suspens qui monte autour de la possi­bi­lité d’éva­sion d’Eu­gè­nie Cléry lors du bal de la Salpê­trière. Le titre vient de cet événe­ment festif qui avait lieu tous les ans à la mi-carême, auquel le Tout-Paris se préci­pi­tait pour voir de plus près ces folles que la société avait enfer­mées.

Citations

Une assistante complètement sous le charme du grand patron

Gene­viève esquisse un sourire. Chaque fois qu’elle le regarde s’adres­ser à ses spec­ta­teurs avides de la démons­tra­tion à venir, elle songe au début de l’homme dans le service. Elle l’a vu étudier, noter, soigner, cher­cher, décou­vrir ce qu’au­cun n’avait décou­vert avant lui, penser comme aucun n’avait pensé jusqu’ici. À lui seul, Char­cot incarne la méde­cine dans toute son inté­gra­lité, toute sa vérité, toute son utilité.

Deux personnages

Thérèse l’internée Geneviève l’infirmière cheffe

Thérèse est la seule que l’an­cienne ne peut contre­dire. Les deux femmes se côtoient entre les murs de l’hô­pi­tal depuis vingt ans. Les années ne les ont pas rendues fami­lières pour autant ‑concept incon­ce­vable pour Gene­viève. Mais la proxi­mité à laquelle oblige ces lieux, et les épreuves morales auxquelles ils soumettent ont déve­loppé entre l’in­fir­mière et st l » ancienne putain un respect mutuel, une entente aimable, donc elle ne parle pas mais qu’elle n’ignore pas. Chacune a trouvé sa place et conçoit son rôle avec dignité, Thérèse, mère de cœur pour les alié­nées , Gene­viève, mère ensei­gnante pour les infir­mières. Entre elles a souvent lieu un échange de bons procé­dés, la Trico­teuse rassure ou alerte Gene­viève sur une inter­née en parti­cu­lier ; l’An­cienne renseigne Thérèse sur les avan­cées de Char­cot et les événe­ments à Paris. Thérèse est d’ailleurs la seule avec qui Gene­viève se soit surprise à parler de sujet autre que la Salpê­trière. À l’ombre d’un arbre une jour­née d’été, dans un coin du dortoir un après-midi d’averse , l’alié­née et l’in­ten­dante ont parlé avec pudeur, des hommes qu’elles ne côtoient pas, des enfants qu’elles n’ont pas, de Dieu en qui elles ne croient pas, de la mort qu’elle ne redoute pas.

Le rôle des hommes

Mais la majo­rité des alié­nées le furent par des hommes, ceux dont elles portaient le nom. C’est bien le sort le plus malheu­reux : sans mari, sans père, plus aucun soutien, plus aucune consi­dé­ra­tion n’est accor­dée à son exis­tence.

La peur de quitter l’hôpital après 30 ans d’internement

Son état géné­ral s’était à ce point stabi­lisé que lorsque le docteur Babinski l’avait exami­née hier, il avait décidé aucun signe ne s’op­po­sait plus à une sortie. Ces propos avaient ébranlé l’in­ter­née qui avait main­te­nant un certain âge. La pers­pec­tive de sortir et de retrou­ver Paris, ses rues, ses parfums, de traver­ser la scène dans laquelle elle avait poussé son amant, de marcher à côté d’autres hommes dont elle igno­rait les inten­tions, de fouler ses trot­toirs qu’elle connais­sait trop l’avait enva­hie d’une épou­vante incon­trô­lable.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Édition Nouvelle Édition Ouest & Compa­gnie

Encore un roman poli­cier, et sans pouvoir dire que j’aime beau­coup ce genre de lecture, j’ai trouvé celui-ci assez inté­res­sant. En le lisant, je pensais sans cesse que cela ferait un bon film. Et pour une fois, l’écri­vain présente assez bien la ville où j’ha­bite. La réalité sociale de notre époque est bien décrite, le roman débute dans un quar­tier popu­laire de Rennes, Cleu­nay, où s’entraînent deux jeunes espoirs du basket local. Fatou, une jeune noire et Rim une jeune arabe. Le sport de haut niveau les a aidées à se forger un mental d’acier et un corps superbe. Leur quar­tier connaît l’is­la­mi­sa­tion et elles espèrent grâce au sport pouvoir échap­per aux carcans de leur classe sociale. En atten­dant, elles se retrouvent à Dinard pour un défilé de haute couture car Rim a été recru­tée pour une première expé­rience de manne­quin. Dinard où se croisent des gens très fortu­nés, ce jour là des gens de la mode et des employés très sympa­thiques des travaux publics et des jeunes qui veulent s’en sortir. C’est dans ce creu­set qu’un meurtre va écla­bous­ser tout le monde. J’ai bien aimé le croi­se­ment des classes sociales et aussi l’écri­ture de cet écri­vain. Mais j’es­père que notre club va ralen­tir le rythme des romans poli­ciers parce que, pour moi, c’est un peu un pensum à chaque fois que je dois en lire un.
Je n’ai trouvé que peu d’er­reurs dans celui-ci une quand même : Rim et Fatou s’en­traînent à Rennes rue Papu et non « Paput » ; je rappelle que Fran­çois Papu est honoré à Rennes car origi­naire de cette ville, il est mort pendant les jour­nées révo­lu­tion­naire de 1830 ainsi que Louis Vanneau , (ayant été scola­ri­sée à l’école Papu et mes frères à l’école Vanneau, je sais de quoi je parle !)

Citations

Les quartiers qui changent

Dans la cité où, depuis deux ans, les barbus et les voiles fleu­rissent à vue d’œil. À croire que la beauté glabre d’un visage frise l’ana­thème ou qu’il fallait à tout prix se voiler la face. Masque obli­ga­toire au quoti­dien, poils pour les hommes, voiles pour les filles, le peuple des tours subit la férule d’un imam réac­tion­naire.

Description sympa et exacte

Je me retourne pour lancer un dernier regard vers Saint-Malo. Plus nous nous éloi­gnons, plus la ville m’ap­pa­raît dans sa compa­cité. Construite sur la mer, elle se blot­tit derrière ces forti­fi­ca­tions, mono­li­thique, inex­pug­nable, élégante. La beauté austère de Saint-Malo éclate davan­tage depuis le large, contrai­re­ment aux rivages de Dinard dont les mystères se révèlent à mesure qu’on les approche.Vallonnés, boisés, fleu­ris, décou­pés, truf­fés de luxueuses maisons au parfum d’An­nées folles, ils offrent mille surprise à l’ombre d’une végé­ta­tion exotique. Tout en festons et coquet­te­ries, la station balnéaire s’op­pose à la recti­tude miné­rale de la cité corsaire. De part et d’autre de l’es­tuaire , chacun reven­dique sa place. Les guer­riers d’un côté, leur repos de l’autre.

Traduit de l’al­le­mand par Rose Labou­rie ; édition Acte Sud

Encore une fois un livre que je dois à la blogo­sphère mais en ayant oublié de noter préci­sé­ment l’au­teur du blog heureu­se­ment Keisha s’est rappe­lée à mon bon souve­nir !. Je dois dire que j’ai failli passer à côté de cet essai, parce que cet homme m’a éner­vée au début de son récit. Il a de tels moyens finan­ciers et ceci grâce aux prébendes que l’ONU distri­bue de façon écœu­rante à tous les membres de cette admi­nis­tra­tion, et de voir les parti­ci­pants rece­voir en plus de leur très confor­table salaire de grosses enve­loppes de liquides pour aller aux quatre coins du monde parler du sous-déve­lop­pe­ment ou de l’éco­lo­gie est abso­lu­ment révol­tant. Que ce soit de cette façon là que Wolf Küper ait réussi à mettre assez d’argent de côté pour passer deux années à ne rien faire d’autre que s’oc­cu­per de sa petite fille atteinte d’une mala­die mentale qui l’empêche de se déve­lop­per norma­le­ment a failli me faire refer­mer le livre. Et puis, le charme incroyable de cette petite fille m’a conquise moi aussi et j’ai donc suivi le parcours en camping car de cette famille à travers les plus beaux endroits de la planète.

Aucune famille avec un enfant handi­capé ne peut prendre exemple sur cette famille, mais eux ont réussi à donner deux années de bonheur à leur petite fille qui est peut être plus armée main­te­nant pour affron­ter la vie qui, sans doute, ne sera pas très facile.

Citations

Un père face au handicap de sa fille

Je m’en souviens comme si c’était hier, peu avant notre départ, Nina avait fait la course avec d’autres enfants sur une grande pelouse. Évidem­ment, ils ne pouvaient pas se conten­ter de jouer tran­quille­ment. Les enfants, en parti­cu­lier les garçons, ont la compé­ti­tion dans le sang. Ils ont besoin de se mesu­rer pour savoir qui court le plus vite, grimpe le plus haut, plonge le plus profond, saute le plus loin, et ainsi de suite. Et au milieu : Nina qui voulait abso­lu­ment parti­ci­per. Mrs. Lonte en en personne, qui m’avait fait black­bou­ler de toutes les courses de ma vie. Je n’ar­ri­vais pas à comprendre. Pour­quoi s’obs­ti­nait-elle ? Pour­quoi se mettait-elle sans arrêt en posi­tion de perdre contre les autres ? J’ai dit : « Y en a marre de toujours faire la course, venez, on va jouer à un autre jeu », et ce genre de choses. Dans le feu de l’ac­tion, les enfants ne m’ont même pas entendu, mais ce sont tous plus ou moins alignés, non sans que les garçons échangent quelques insultes – forcé­ment. Mon cœur battait la chamade, ils se sont élan­cés en pous­sant des cris perçants.
En moins de trois secondes, Nina était déjà la dernière, alors qu’il y avait aussi des enfants bien plus petits qu’elle. À la moitié du trajet, elle était loin derrière. On aurait dit qu’elle allait dispu­ter cette course tout seul. Presque en soli­taire. Elle chan­ce­lait sur la pelouse, penchée en avant, les bras tendus sur les côtés, et elle tanguait telle­ment que je n’ar­rê­tais pas de me dire : Cette fois, elle va tomber. J’ar­ri­vais à peine à la regar­der. Quand elle est arri­vée au bout, les autres avaient déjà repris leur jeu. J’ai vu Nina zigza­guer entre eux, hors d’ha­leine. Si je me souviens aussi préci­sé­ment de cette scène, une parmi les centaines d’autres, c’est parce que ce moment-là, j’ai eu terri­ble­ment mal pour elle, mal pour un autre que moi.

Un bel endroit le lac Tepako et un beau moment dans les étoiles

L’illu­mi­na­tion était donc venu lors de notre première nuit ici, au lac Tekapo, trois décen­nies plus tard, en montant sur un rocher, je m’étais rendu compte que les étoiles ne se trou­vaient pas « au-dessus » mais tout autour de moi. Il y en avait même qui scin­tillaient en dessous de moi à l’ho­ri­zon, et alors que mon vertige semblait se dissi­per j’avais aperçu l’éblouis­sante Voie Lactée, telle­ment gigan­tesque que j’en avais eu le souffle coupé, brillant de milliards de feu, des centaines de milliers d’an­nées lumière d’un hori­zon à l’autre, toute la folie de l’uni­vers en 3D. Et en couleur. Et oui, il y a des étoiles bleues et vertes et rouges, et violette aussi, certaines clignotent fréné­ti­que­ment, d’autres pulsent lente­ment, partout, des étoiles filantes zébraient le ciel tandis que les satel­lites traçaient pares­seu­se­ment leur route. En Nouvelle-Zélande, il est impos­sible de croire que la terre est au centre de quoique ce soit, parce que rien qu’à l’oeil nu, on voit bien que nous ne sommes qu’une pous­sière perdue dans un coin de l’uni­vers.

Je me demande si c’est vrai

Et avec les gens impor­tants, il faut toujours garder son sérieux, ne jamais être de meilleure humeur que le client, c’est la règle numéro 1 quand on fait du conseil, surtout auprès d’hommes poli­tiques.

Là où, ce livre m’a tellement écœuré que j’ai failli le laisser tomber.

Depuis que j’avais commencé à travailler régu­liè­re­ment comme expert pour les Nations Unies, j’ai gagné pour la première fois beau­coup d’argent. Vrai­ment beau­coup. Rien que les indem­ni­tés de défraie­ment qu’on vous verse chaque semaine corres­pondent au revenu mensuel net d’un post doc avec douze années de forma­tion univer­si­taire en Alle­magne. Le tout non impo­sable. Au Nations Unies, on vous remet sans ciller d’épaisses enve­loppe marron avec des liasses de billets de cinquante dollars, presque comme dans un film de mafieux. Ça ne rentre même pas dans le porte-monnaie. Les billets sont soigneu­se­ment atta­chés par vingt à l’aide d’un trom­bone. Offi­ciel­le­ment, ces indem­ni­tés exor­bi­tantes servent à voya­ger dans des condi­tions « appro­priées et repré­sen­ta­tives ». Soudain, j’avais, ce qu’on appelle un niveau de vie élevé, accès aux lounges VIP et vol en première classe. Programme grand voya­geur et ainsi de suite.….

Jusqu’à l’écœurement des réunions à l’ONU des ONG sur l’environnement

Le genre de chose qui ne mérite pas qu’on s’y attarde une seconde, sans même parler d’en­fer débattre plusieurs milliers de délé­gués sur payer venu du monde entier.
Une civi­li­sa­tion qui se prend pour le fleu­ron de la créa­tion célèbre ici sa propre déchéance. Je fais un rapide calcul : le para­graphe comporte envi­ron 70 mots. Au cours des 95 minutes que dure ce cirque, il y a 22 objec­tions et 19 correc­tion. Ça doit être incroya­ble­ment diffi­cile de formu­ler le rien.

Traduit du néer­lan­dais (Belgique) par Isabelle Rosse­lin

Edition poche Folio

En lisant le billet de Domi­nique je m’étais fait une promesse, mettre ce livre dans ma liste, puis dans ma pile à côté de mon lit, et puis fina­le­ment de le lire. Promesse tenue. J’ai bien aimé cette lecture dont un bon tiers est occupé par le récit de la guerre 1418 vu du côté des Belges. Stefan Hert­mans a voulu redon­ner vie à un grand-père très digne et très pieux. Il a voulu aller plus loin que son appa­rence d’homme sévère habillé en costume et portant tous les jours une laval­lière noire et un borsa­lino. Il a trouvé un homme meur­tri par la guerre et qui ne s’est jamais remis des souf­frances qu’il a ressen­ties dans son corps et celles qui ont blessé et tué de façon horrible ses compa­gnons. La force avec laquelle sont racon­tés ces combats m’ont permis de me rendre compte de l’hé­roïsme de cette armée dont je savais si peu de chose avant de lire ce roman. Un autre aspect que j’ai décou­vert, c’est la domi­na­tion à l’époque du fran­çais sur le flamand (les temps ont bien changé !). Les pauvres soldats flamands non gradés devaient donc obéir à des ordres parfois absurdes et qui, surtout, pouvaient les emme­ner à la mort donnés par des offi­ciers qui ne s’ex­pri­maient qu’en fran­çais d’un ton le plus souvent mépri­sant. Plusieurs fois, dans ce récit on ressent la langue fran­çaise comme une façon de domi­ner les flamands. Comme ce lieu­te­nant qu’il entend dire derrière son dos

Ils ne comprennent rien, ces cons de Flamands

Au delà des récits de guerre, on découvre un homme Urbain Martien (pronon­cez Martine) qui a aimé et a été aimé par ses parents. Son père, grand asth­ma­tique, lui a donné le gout du dessin mais malheu­reu­se­ment, il lais­sera trop tôt sa femme veuve avec ses quatre enfants. Urbain connaî­tra la misère celle où on a faim et froid et pour aider sa mère il travaillera dans une fonde­rie sans aucune protec­tion et dans des condi­tions effroyables. Fina­le­ment il s’en­ga­gera à l’ar­mée et sera formé au combat ce qui le conduira à être un cadre sous offi­cier pendant la guerre.
Il connaî­tra l’amour et sera passion­né­ment amou­reux d’une jeune femme qui ne survi­vra pas à la grippe espa­gnole ; il épou­sera sa sœur et ensemble, ils forme­ront un couple raison­nable.

J’ai eu quelques réserves à la lecture de cette biogra­phie, autant le récit de la guerre m’a passion­née car on sent à quel point il est authen­tique : nous sommes avec lui sous les balles et les des canons enne­mis, on patauge dans la boue et on entend les rats courir dans les tran­chées. Autant la vie amou­reuse de son grand-père m’a lais­sée indif­fé­rente. En revanche, sa jeunesse permet de comprendre cet homme et explique pour­quoi la reli­gion tient tant de place dans sa vie. Pour la pein­ture puisque c’est l’autre partie du titre disons que le talent d’un copiste même merveilleux n’est pas non plus très passion­nant, la seule ques­tion que je me suis posée c’est pour­quoi il n’a que copié des tableaux et n’a pas cher­ché expri­mer ses propres émotions.

Quand je suis éton­née d’ap­prendre que la ville où j’ha­bite se situe dans le Nord de la France :

Blessé une deuxième fois sur le front de l’Yser, touché par une balle à la cuisse, juste en dessous de l’aine, il avait été évacué ; pour sa réédu­ca­tion, il avait été envoyé dans la ville côtière de Dinard, dans le nord de la France. Depuis la ville voisine de Saint-Malo, il avait fait la traver­sée, avec quelques compa­gnon en réédu­ca­tion, vers Southamp­ton, pour rendre visite au fils de son beau-père, mais à peine était-il en haute mer une tempête s’était levée, qui avait duré un jours et demi.

Et voici la photo de la foule qui attend l’ar­ri­vée des bles­sés de la guerre 1418 qui vont être soignés à Dinard dont a fait partie Urbain Martien .

Citations

Pourquoi cette référence à Proust

Le tailleur l’en­voie d’un ton bourru cher­cher à l’école le fils de cette famille bour­geoise. Au bout d’un certain temps, il est chargé chaque jour de cette tâche et doit porter le cartable rempli de livres du jeune monsieur en prenant garde de rester deux pas derrière lui, pour éviter de rece­voir un coup de canne que ce garçon de douze ans manie déjà avec une suffi­sance prous­tienne.

Le couple de ses grand-parents

Son mariage avec Gabrielle était sans nuages pour quiconque n’était pas plus avisé.Enchevêtrés comme deux vieux arbres qui, pendant des décen­nies, ont dû pous­ser à travers leurs cimes respec­tives, luttant contre la rareté de la lumière, ils vivaient leur jour­née simple, unique­ment entre­cou­pées par la gaieté appa­rem­ment frivole de leur fille, leur unique enfant. Les jour­nées dispa­rais­saient dans les répliques du temps diffus. Il peignait.

Le 20 siècle

Il a consi­gné ses souve­nirs ; il me les a donnés quelques,mois avant sa mort en 1981. Il était né en 1891, sa vie semblait se résu­mer à l’in­ver­sion de deux chiffres dans une date. Entre ces deux dates étaient surve­nus deux guerres, de lamen­tables massacres à grande échelle, le siècle plus impi­toyable de toute l’his­toire de l’hu­ma­nité, la nais­sance et le déclin de l’art moderne, l’ex­pan­sion mondiale de l’in­dus­trie auto­mo­bile, la guerre froide, l’ap­pa­ri­tion et la chute des grandes idéo­lo­gies, la décou­verte de la baké­lite, du télé­phone et du saxo­phone, l’in­dus­tria­li­sa­tion, l’in­dus­trie ciné­ma­to­gra­phique, le plas­tique, le jazz, l’in­dus­trie aéro­nau­tique, l’at­ter­ris­sage sur la lune, l’ex­tinc­tion d’in­nom­brables espèces animales, les premières grandes catas­trophes écolo­giques, le déve­lop­pe­ment de la péni­cil­line et les anti­bio­tiques, Mai 68, le premier rapport du club du club de Rome, la musique pop, la décou­verte de la pilule, l’éman­ci­pa­tion des femmes, l’avè­ne­ment de la télé­vi­sion, des premiers ordi­na­teurs – et s’était écoulé sa longue vie de héros oublié de la guerre.

Les goûts musicaux

En revanche, il éprou­vait du dégoût et de la colère en enten­dant Wagner et faisait ainsi sans le savoir le même choix que le grand philo­sophe au marteau : Nietzsche écri­vit en effet à la fin de sa vie qu’il préfé­rait la légè­reté méri­dio­nale, l’af­fir­ma­tion de la vie et de l’amour chez Bizet, au fume­rie d’opium teutonnes des ténèbres mystique de Wagner. Offen­bach rendait mon grand-père joyeux, et quand il enten­dait les marches mili­taires, il se rani­mait . Il connais­sait par cœur la pasto­rale de Beetho­ven surtout le mouve­ment où le coucou lance son appel dans la fraîche forêt vien­noise.

L’accent français en Belgique

En face, dans la boutique d’al­lure vien­noise du boulan­ger juif Bloch, les femmes de la bonne société prenaient un café servi dans une petite cafe­tière en argent accom­pa­gné d’un crois­sant beurré, tandis qu’elle lisait un livre acheté chez Hercken­rath, le papier d’emballage soigneu­se­ment plié en quatre à côté de leur main baguée. Elles étaient telle­ment chics qu’elle affec­taient une pointe d’ac­cent fran­çais en parlant flamand.

Avancées techniques allemande 1914

Le fort de Loncin est mis hors de combat par un tir de plein fouet sur la poudrière. Le béton n’était pas encore armée, ce qui fut fatal au vieux masto­donte, dernier vestige d’une époque candide. (.….) En chemin nous appre­nons que presque tous les forts sont tombés et que toute résis­tance est deve­nue vaine. Les Alle­mands utilisent des mortiers lourds d’un calibre de 420 milli­mètres dont nous igno­rions tota­le­ment l’exis­tence. Leurs tirs ont ouvert des brèches dans tous les forts liégeois ; ces cita­delles désuètes peuvent tout au plus résis­ter un calibre 210 milli­mètres.

Les troupes allemandes en Belgique

Un matin, une semaine plus tard, nous enten­dîmes pleu­rer un enfant. Un garçon­net d’une dizaine d’an­nées était debout sur l’autre rive. Le comman­dant nous inter­dit d’al­ler le cher­cher. Carlier dit que c’était une honte, il retira son uniforme, sauta dans l’eau et nagea jusqu’à l’autre côté. Au moment où il voulut tendre la main à l’en­fant, celui-ci détala . Les Alle­mands se mirent à tirer avec toutes leur bouches de feu, nous n’avions aucune idée d’où prove­naient les tirs. Carlier tomba à la renverse, roula sur la berge jusque dans l’eau, plon­gea en profon­deur, ne ressor­tit que lors­qu’il fut arrivé de notre côté. Tout le monde avait suivi la scène en rete­nant son souffle ; Carlier fut hissé à terre, le comman­dant dit qu’il méri­tait en réalité une lourde sanc­tion, mais en voyant à quel point le procédé des Alle­mands nous avait indi­gnés, il en resta là.
Nous prîmes conscience que nous avions en face de nous ennemi sans le moindre scru­pule. Ce genre de tactique de guerre psycho­lo­gique était nouveau pour nous, nous avions été éduqués avec un sens rigou­reux de l’hon­neur mili­taire, de la morale et de l’art de la guerre, nous avions appris à faire élégam­ment de l’es­crime et à réali­ser des opéra­tions de sauve­tage, nous avions appris à réflé­chir à l’hon­neur du soldat et de la patrie. Ce que nous voyons ici et était d’un autre ordre. Cela boule­ver­sant nos pensées et nos senti­ments, nous ressen­tions, le cœur rempli d’an­goisse, que nous reve­nions d’autres hommes prêts à tout ce que nous avions évité aupa­ra­vant.

Les atrocités de la première guerre ont-elles entraîné celles de la seconde ?

Toutes ses vertus d’une autre époque furent réduites en cendres dans l’en­fer des tran­chées de la Première Guerre mondiale. On enivrait sciem­ment les soldats avant de les amener jusqu’à la ligne de feu (un des plus grands tabous pour les histo­riens patrio­tiques, mais les récits de mon grand-père sont clairs à ce sujet) ; les bouis-bouis, comme les appe­lait mon grand-père, se multi­pliaient, on en voyait pour ainsi dire partout à la fin de la guerre, de ces lieux où l’on encou­ra­geait les soldats à apai­ser leurs frus­tra­tions sexuelles pas toujours en douceur ‑une nouveauté en soi, sous cette forme orga­ni­sée. Les cruau­tés les massacres trans­for­mèrent défi­ni­ti­ve­ment l’éthique , la concep­tion de la vie, les menta­li­tés et les mœurs de cette géné­ra­tion. Des champs de bataille à l’odeur de prés piéti­nés, des mourants comme au garde-à-vous jusqu’à l’heure de leur mort, des scènes pictu­rales mili­taires avec en toile de fond la campagne du dix-huitième siècle remplie de collines et de boque­teaux , il ne resta que des décombres mentaux asphyxiés par le gaz moutarde, des champs remplis de membres arra­chés , une espèce humaine d’un autre âge qui fut litté­ra­le­ment déchi­que­tée.

Toutes les après-guerres se ressemblent

Partout surgissent de véhé­ments patriotes, qui pendant la guerre se livraient à un commerce clan­des­tin mais inten­sif avec les Alle­mands. Partout des traces et des témoi­gnages sont fiévreu­se­ment effa­cés. Partout j’as­siste à des querelles, de l’ani­mo­sité, des ragots, des trahi­sons, des lâche­tés et des pillages, tandis que les jour­naux exultent en évoquant une paix bien­heu­reuse. Nous, les soldats qui reve­nons du front, nous sommes mieux infor­més. Nous nous taisons, luttons contre nos cauche­mars, écla­tant parfois en sanglots en sentant l’odeur du linge fraî­che­ment repassé ou d’une tasse de lait chaud.

Explication du titre, et fin du livre

Ainsi, ce para­doxe fut une constante dans sa vie : ce ballot­te­ment entre le mili­taire qu’il avait été par la force des choses et l’ar­tiste qu’il aurait voulu être. Guerre et téré­ben­thine. La paix de ces dernières années lui permit de prendre peu à peu congé de ses trau­ma­tisme. En priant Notre-Dame des Sept Douleurs, il trouva la séré­nité. Le soir avant sa mort, il est parti se coucher en pronon­çant ces mots : je me suis senti si heureux aujourd’­hui, Maria.

Édition Slatkine&compagnie. Traduit de l’al­le­mand par Isabelle Liber

Voici donc ma troi­sième et dernière parti­ci­pa­tion au chal­lenge d’Éva. Un livre de langue alle­mande que j’ai lu grâce à la traduc­tion d’Isabelle Liber. Mes trois coquillages prouvent que je n’ai pas été complè­te­ment conquise. Pour­tant je suis sûre de l’avoir acheté après une recom­man­da­tion lue sur le blogo­sphère. Ce roman m’a permis de me remettre en mémoire l’hor­rible acci­dent du ferry Esto­nia entre l’Es­to­nie et la Suède, acci­dent qui a causé la mort de 852 personnes en 1994. Mais si ce naufrage est bien le point central du roman, celui-ci raconte surtout la diffi­culté de rapports entre un fils et ses parents. Laurits Simon­sen rêvait d’être pianiste, mais son père d’une sévé­rité et d’un égoïsme à toute épreuve l’a forcé à deve­nir méde­cin. Le jour où Laurits compren­dra l’am­pleur des manœuvres de son père, il fuira s’ins­tal­ler en Esto­nie.
De ruptures en ruptures, de drames en drames, il est, à la fin de sa vie, rede­venu pianiste sous l’iden­tité de Lawrence Alexan­der, loin d’être un virtuose, il anime les croi­sières et tient le piano-bar. C’est ainsi que nous le trou­vons au deuxième chapitre du roman, le premier étant consa­cré à l’ap­pel au secours de l’Es­to­nia le 28 septembre 1994. Les diffi­cul­tés dans lesquelles dès l’en­fance le narra­teur s’est trouvé englué à cause de l’égo surdi­men­sionné d’un père tyran­nique nous appa­raît peu à peu avec de fréquents aller et retour entre le temps du récit et le passé du narra­teur.

Le récit est impla­cable et très bien mené mais alors pour­quoi ai-je quelques réserves, j’ai trouvé le récit un peu lourd, très lent et trop démons­tra­tif pour moi. J’ai vrai­ment du mal à croire au person­nage du père mais peut-être ai-je tort ! Il existe, sans doute des êtres inca­pables à ce point d’empathie ! Je pense, aussi, que je lis beau­coup de livres et que j’en demande peut être trop à chacun d’entre eux. Mais, à vous, donc de vous faire une idée de ces quelques « feuilles alle­mandes ».

Citations

l’alcool et le chagrin

J’ai vidé dans le lavabo ce qui restait de la bouteille de whisky. Ce truc n’a fait qu’empirer les choses. Ça n’avait que le goût du chagrin.

Le titre

J’étais heureux d’ar­ri­ver dans le port de Venise après un long voyage ‑cette ville est la seule que j’ar­rive à suppor­ter plus de trois jours, elle est un entre deux, ni terre, ni mer.

Le naufrage

1h48. Au plus noir de la nuit, dans les lotis­se­ments de la tempête, le bateau bleu et blanc dressa une dernière fois sa proue vers le ciel et, moins d’une heure après son appel de détresse, dispa­rut dans les eaux avec un profond soupir. Avec lui sombraient les rêves et les espoirs, les désirs, les inquié­tudes, les peurs et les lende­mains de tout ceux qui était restés à bord.

Édition Albin Michel. Traduit de l’ita­lien par Domi­nique Vittoz.
A obtenu un coup de cœur au club de lecture de la média­thèque de Dinard

Le point de départ de ce roman écrit par une jeune auteure italienne est un fait véri­dique Margot Wölk a bien été recru­tée parmi dix autres femmes pour goûter les plats d’Hit­ler , quand celui-ci était dans ce qu’on appe­lait alors « la tanière du loup » et qui est aujourd’­hui en Pologne. À partir de ce récit que vous pouvez entendre si vous cliquez sur ce lien, vous saurez ce qui a déclen­ché l’en­vie pour l’au­teure de racon­ter cette histoire et d’en faire un roman. Les lectrices du club étaient très élogieuses, je le suis un peu moins. C’est compli­qué pour une femme jeune et étran­gère de rendre avec préci­sion l’am­biance entre des femmes sous le régime nazi. Elle a imaginé des rapports plus proches de la cama­ra­de­rie de lycéennes et puis comme elle est italienne elle y a mêlé une histoire d’amour. Pour faire plus véri­dique et plus tragique, il y a, aussi, une jeune fille juive parmi les goûteuses. Tout ce que l’au­teure a imaginé est plau­sible mais cela en dit davan­tage sur la façon dont les Italiens se racontent le nazisme . Quand on écoute Margot Wölk on sent que ses souve­nirs sont surtout marqués par les viols des soldats russes, plus que par son rôle de goûteuse des plats d’Hit­ler. Tout ce qui concerne ce crimi­nel psycho­pathe inté­resse les gens, et ce roman doit son succès à cela mais il n’est pas pour autant raco­leur. Disons qu’il n’est pas indis­pen­sable à la connais­sance de ce qui s’est passé en Alle­magne et surtout, j’ai plus tendance à croire les auteurs germa­niques qui, eux ou leurs ancêtres, ont vécu cette période.

Citation

Son mari lui écrit cette lettre du front russe

« Ils sont deux à ne pas avoir compris qu’il fait froid en Russie, m’avait-il écrit. L’un est Napo­léon. » Il n’avait pas mentionné l’autre par prudence.

Édition Actes Sud

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Avec 68 pages Éric Vuillard, exprime toute sa rage et son déses­poir face aux révoltes qui ont traversé le XVI° siècle. On est loin de la vision de l’his­toire dont j’ai gardé quelques souve­nirs de mes années lycée. Les condi­tions d’extrême pauvreté engendrent des révoltes très violentes. Et quand en plus, les popu­la­tions sont soumises à une reli­gion qui dans les textes d’ori­gine demande à ses disciples de recon­naître son frère dans le plus pauvre des humains on comprend que certains se demandent : « Où est le vœu de pauvreté dans l’opulence de l’église de leur époque ? ». Et puis, Gutem­berg invente l’im­pri­me­rie, alors tout le monde pourra lire la Bible dans le texte et consta­tera que l’église les trompe lour­de­ment. Il n’est plus besoin alors de se soumettre mais bien plutôt de se révol­ter et de reve­nir aux sources du chris­tia­nisme. Livre incan­des­cent et soutenu par un style incan­ta­toire. Il se lit très vite, mais ne s’ou­blie pas de sitôt. Si l’im­pri­me­rie a permis le schisme protes­tant, c’est bien l’ar­ri­vée de l’in­ter­net qui soutient les révoltes actuelles. La soumis­sion et la pauvreté engendrent toujours des mouve­ments violents, ils sont souvent répri­mées éner­gi­que­ment égale­ment mais beau­coup moins qu’au XVI° siècle.

Citations

Un homme révolté

John Wyclif eu l’idée qu’il existe une rela­tion directe entre les hommes et Dieu. De cette première idée découle, logi­que­ment, que chacun peut se guider lui-même grâce aux Écri­tures. Et de cette deuxième idée en découle une troi­sième ;,les prélats ne sont plus néces­saires. Consé­quence : il faut traduire la Bible en anglais. Wyclif – qui n’était pas, comme on le voit, à court d’idées – eut encore deux ou trois autres pensées terribles : ainsi, il proposa qu’on désigne les papes par tirage au sort. Dans son élan, il n’était plus à une folie prêt, il déclara que l’es­cla­vage est un péché. Puis il affirma que le clergé devait vivre désor­mais selon la pauvreté évan­gé­lique. Enfin, pour vrai­ment emmer­der le monde, il répu­dia la trans­sub­stan­tia­tion, comme une aber­ra­tion mentale. Et, pour finir, il eut sa plus terrible idée, et prôna l’éga­lité des hommes.

La haine de l’église

Bien sûr, Rome condamna John Wyclif, et, malgré sa parole profonde et sincère, il mourut isolé. Et plus de quarante ans après sa mort, condamné par le concile de Constance, on exhuma son cadavre, on brûla ses osse­ments. On avait contre lui la haine tenace.

Édition Stock

Lu dans le cadre du Club de Lecture de la média­thèque de Dinard

Autant je n’avais pas appré­cié la précé­dente lecture de Laurence Tardieu, « Un temps fou » , autant celle là m’a inté­res­sée. Pour­tant ça commen­çait assez mal, car encore l’uni­vers de cette femme et de sa famille que sa fille a fui me semblait bien loin de mes centres d’in­té­rêt. Et puis peu à peu , le roman s’est densi­fié et le récit de cette jour­née pendant laquelle Hannah pense atteindre l’apo­gée de la souf­france et qui verra aussi Lydie sa meilleure amie souf­frir à son tour, a été beau­coup plus riche que je ne m’y atten­dais. Cette belle amitié entre ces deux femmes donne un ton plus opti­miste au roman et en fait un des charmes pour moi. Le drame d’Han­nah , tient en peu de mots : sa fille Lorette a décidé de rompre sans aucune expli­ca­tion avec sa famille. Ce deuil qui n’en est pas un, est d’une violence qui depuis sept ans ronge Hannah, artiste peintre qui n’ar­rive même plus à peindre. En remon­tant dans le temps, on comprend à la fois l’his­toire de sa famille dont les grands parents ont été exécu­tés en 1942 parce qu’ils étaient juifs et de l’actualité du monde de 1989 à aujourd’­hui. Hannah a vécu dans la liesse (comme nous tous) l’ef­fon­dre­ment du mur de Berlin, puis a été terri­fiée par la guerre en Bosnie. Sa fille qu’elle aime d’un amour fusion­nel, perd peu à peu confiance dans cette mère qui est une véri­table écor­chée vive et qui s’in­té­resse trop aux malheurs du monde. Le roman se déroule, donc, sur une jour­née , le matin Hannah croit voire ou voit réel­le­ment Lorette sur le trot­toir d’en face, toute sa jour­née elle revit les moments de crise de sa famille et elle sait qu’elle doit télé­pho­ner à Lydie qui l’a invi­tée à dîner avec des amis, elle se sent inca­pable de retrou­ver son amie. Fina­le­ment, elles se retrou­ve­ront mais pas exac­te­ment comme l’avait prévue Lydie. Hannah va sans doute recom­men­cer à peindre ce qui est la fin la plus opti­miste qu’on puisse imagi­ner. Je ne peux en dire plus sans divul­gâ­cher l’in­trigue. Les deux ressorts du roman sont le mélange de l’ac­tua­lité et de la vie person­nelle, et l’hé­ré­dité du malheur des gens qui ont été touchés par la Shoa, la souf­france de cette mère privée de sa fille sert de cadre à ces deux fils conduc­teurs. Un bon roman, bien meilleur en tout cas que mes premières impres­sions.

Citations

Description si banale des couples qui s’usent.

Tout s’était délité sans qu’il s’en aper­çoive. Il se rappe­lait pour­tant avoir été très amou­reux lors­qu’il l’avait rencon­trée, à trente ans. Elle, socio­logue, jeune femme rousse à la peau pâle, au rire presque silen­cieux, au regard obsé­dant (enchan­te­ment dont il avait fini, après plusieurs mois, par iden­ti­fier l’ori­gine : un très léger stra­bisme, dont on pouvait diffi­ci­le­ment se rendre compte à moins de fixer long­temps les deux yeux, et à l’ins­tant même où il avait compris ce qui depuis des mois le rendait fou, le regard gris-vert avait perdu de sa magie) et que tous ses copains lui envoyaient. Lui, jeune cancé­ro­logue passionné par son métier, promis à un brillante à venir. Oui, la vie avait été belle, et joyeuse, et sexuelle,avec Claire. Que s’était-il passé pour qu’au­jourd’­hui les rares paroles qu’ils échangent concernent des pots de yaourt, le chauf­fa­giste à faire venir, la litière du chat ? Que s’était-il passé, d’atro­ce­ment banal, qu’il n’avait pas vu se former, et contre quoi aujourd’­hui il ne pouvait plus lutter, comme si Claire et lui avaient commencé, il y a bien long­temps, et alors même qu’ils ne le savaient pas encore, à glis­ser le long d’une pente, et qu’il n’y avait aujourd’­hui plus de retour en arrière possible, plus de possi­bi­lité de bonheur ?

Le drame de la famille

Hannah, alors tout jeune adoles­cente, avait soudain vu, effa­rée, le visage de cette tante d’or­di­naire silen­cieuse et discrète se tordre, comme si la peau deve­nait du chif­fon, et les larmes rouler sur ses joues, et elle avait entendu, ils avaient tous entendu, la brève phrase demeu­rée depuis comme un coup de tonnerre dans la nuit, dont Hannah se deman­dait parfois, à force de l’avoir répé­tée menta­le­ment pendant des années, si elle ne l’avait pas inven­tée : « De toute façon, s’ils avaient pu tous nous faire dispa­raître, ils l’au­raient fait. On est restés là David et moi cachés dans notre trou, à les regar­der partir pour la mort comme des chiens, on est restés là, impuis­sants, à les regar­der partir. »

La mort

Tu vois, ce qu’il y a de très violent lorsque meurt quel­qu’un qu’on a beau­coup aimé, c’est qu’au début, on a le senti­ment de perdre cette personne, de la perdre réel­le­ment. On ne peut plus lui parler, on ne peut plus la toucher, on ne peut plus la regar­der, se dire que cette couleur lui va bien, qu’elle a le visage reposé… On ne peut plus l’en­tendre rire… Mais ensuite, avec le temps, si on se souvient d’elle, si on se souvient d’elle vrai­ment, je veux dire si on se concentre pour se rappe­ler le grain exact de sa peau, la façon qu’elle avait de sourire, de parler, l’ex­pres­sion de son visage lors­qu’elle vous écou­tait , la manière qu’elle avait de poser une main sur votre épaule, d’en­fi­ler un manteau, de décou­vrir un cadeau, de piquer un fou rire, alors c’est comme si on parve­nait à faire reve­nir cette personne du royaume des morts, à la faire reve­nir douce­ment parmi nous, mais cette fois : en nous. Elle ne fait plus partie des vivants, elle ne déam­bu­lera plus parmi nous, mais elle occupe désor­mais notre cœur, notre mémoire. Notre âme. C’est un petit miracle, une victoire acquise sur la dispa­ri­tion.

Son père lui parle

Ce qui est arrivé un jour de prin­temps 1942 et qui s’est produit sous mes yeux n’en finit pas de nous faire sombrer, de nous aspi­rer, on croit que c’est arrivé à mes parents un jour de l’an­née 1942 et ça conti­nue à nous arri­ver, ça conti­nue à nous arri­ver à nous tous, Hannah, à moi, à toi, à Lorette, comme si la défla­gra­tion ne s’était jamais arrê­tée … Ce jour-là la nuit est entrée dans toutes les vies de notre famille, les vies présentes et celles à venir. Je crois, Hannah, je crois que nos corps se souviennent de ce qu’ils n’ont pas vécu, de ce qui a assiégé ceux qui nous ont mis au monde, nos corps se souviennent de la peur, ils se souviennent de l’ef­froi..

Je sais que je dois cette lecture à un blog, mais j’ai hélas oublié de noter son nom . Si je le retrouve, je mettrai immé­dia­te­ment un lien.

Ce livre est un essai du fils du « sauvé », Georges Heis­bourg pour cerner la person­na­lité de son « sauveur » le baron von Hoinin­gen. C’est une plon­gée très inté­res­sante dans la deuxième guerre mondiale et en parti­cu­lier dans le nazisme. L’au­teur s’at­telle à une tâche rendue complexe par la person­na­lité du baron qui n’a jamais raconté ce qu’il a fait pendant la guerre et qui ne s’est jamais glori­fié de quoi que ce soit. « Un taiseux » et un « hyper » discret nous est donc présenté par quel­qu’un qui ne veut surtout pas roman­cer cette histoire. Au passage, je me suis demandé si ce n’était pas là un trait de la haute société luxem­bour­geoise, car le père de l’au­teur n’a pas raconté grand chose non plus. Et si l’au­teur se plaint de n’avoir qu’une photo du baron, il ne met aucune photo de son père dans ce livre. Les sources d’archives proviennent surtout de l’Al­le­magne, car la Gestapo avait la manie de tout écrire pour faire des dossiers sur tout le monde et ce mili­taire haut gradé et noble avait tout pour finir pendu. Il n’a dû son salut qu’à sa fuite au dernier moment de la guerre, alors que l’ar­mée alle­mande recu­lait sur tous les fronts. Mais cela n’empêchait pas la Gestapo de lancer ses sbires à la recherche du fugi­tif soup­çonné à juste titre d’avoir des accoin­tances avec les conju­rés qui ont essayés en vain d’as­sas­si­ner Hitler. Tout ce qu’a fait ce baron est bien analysé et s’ap­puie sur des témoi­gnages de ceux qui ont profité de son enga­ge­ment. Tous le décrivent comme un homme « bien ». Mais alors pour­quoi sa propre famille ne veut pas témoi­gner ? Par pudeur ? De crainte de révé­ler un secret ? L’au­teur comme le lecteur en est réduit aux hypo­thèses. Enfin, le livre se termine sur une réflexion à propos du bien . C’est inté­res­sant de voir que même dans le pire système, il y a des indi­vi­dus qui ne feront pas exac­te­ment ce que des tortion­naires au pouvoir attendent d’eux. C’est ce que l’au­teur défi­nit comme « la bana­lité du bien » qui est en chacun de nous . Alors que » la bana­lité du mal » expres­sion si mal comprise d » Hannah Arendt est le fait d’êtres sadiques et dépra­vés qui se cachent derrière des êtres dont l’ap­pa­rence et la vie sont banales.

Citations

Le recrutement nazi

L’une des forces du Nazisme sera hélas d’avoir su recru­ter aux deux extrêmes du spectre des compé­tences : d’un côté les brutes mena­cées de déclas­se­ment , profil large­ment répandu chez les Gaulei­ter, de l’autre les surdi­plô­més, notam­ment dans les disci­plines juri­diques, qui aurait réussi dans n’im­porte quel système et que l’on trou­vera souvent chez les SS, spécia­le­ment dans les Einsatz­kom­man­dos exter­mi­na­teurs sur le front de l’Est.

Je ne savais pas ça !

Un pasteur proche de la branche natio­nal-socia­liste du protes­tan­tisme, les tenant du « Deut­scher-Christ » (un Jésus non pas juif mais aryen)

Cet étrange Nazi

En ligne de résul­tats : Franz von Hoinin­gen a contri­bué à tirer au moins 574 Juifs, (964 avec « le dernier convoi ») des griffes des nazis au Luxem­bourg, dont de l’ordre de 470 vers un naufrage défi­ni­tif hors d’Eu­rope. Les recherches les plus récentes estime à 890 le nombre total des Juifs du Luxem­bourg qui ont pu quit­ter l’Eu­rope occu­pée pendant la guerre : plus de la moitié de ces sauve­tages défi­ni­tifs doivent être attri­bués, au moins entre autres, au baron.

Un luxembourgeois conservateur : son père.

Un conser­va­teur luxem­bour­geois, c’est d’abord quel­qu’un qui soutient l’exis­tence même du grand-duché et de la dynas­tie grand-ducale. Nonobs­tant l’in­fluence cultu­relle alle­mande et la langue alle­mande dans le pays, et spécia­le­ment à travers une église alors puis­sante, ce natio­na­lisme est davan­tage anti­prus­sien et anti­al­le­mand qu’an­ti­fran­çais ou qu’an­ti­belge. L’épi­sode de 19141918 avait eu pour effet de confor­ter ce posi­tion­ne­ment. Mon père avait par ailleurs pris goût pour la culture et la langue fran­çaises, d’où son choix d’en­ta­mer ses études supé­rieures à Grenoble et à la Sorbonne, à à l’époque, il n’y avait pas d’uni­ver­sité au grand-duché, et les bache­liers pouvaient choi­sir de pour­suivre leurs études en Belgique, en France ou en Alle­magne. Réac­tion­naire, il l’était, mais démo­crate aussi et affi­chera donc ses senti­ments pro-Alliés pendant la drôle de guerre.

La banalité du bien

Pour­tant, ils sont mis par une combi­nai­son assez simi­laire d’éthique de respon­sa­bi­lité et l’éthique de convic­tion. Ce ne sont pas des cyniques. La formule « noblesse oblige » ne s’ap­plique pas au pied de la lettre, puisque seul Hoinin­gen fait partie de cette confré­rie là : pour­tant elle paraît résu­mer leur approche de la situa­tion excep­tion­nelle dans ces années de feu. Aussi, on ne manquera pas de souli­gner l’im­por­tance capi­tale de la trans­mis­sion éthique dans nos socié­tés, trans­mis­sion qui implique aussi une certaine compré­hen­sion de notre passé.

le cas de la Pologne et de la Hongrie

Des pays comme la Pologne où la Hongrie ne parviennent pas à apai­ser leur rela­tion au passé de la guerre froide en partie parce qu’ils n’ont fait que très impar­fai­te­ment leur travail de mémoire par rapport aux drames de la Seconde Guerre mondiale.

Appel au témoignage

Il y a une immense noblesse à faire le bien, surtout si cela implique de tour­ner le dos au système de croyances de son clan, de sa tribu. Cepen­dant, l’ac­tion doit être prolon­gée par sa narra­tion. Le taiseux baron, mais pas seule­ment lui, n’y était pas porté. Il est temps d’en parler. Et, en parlant, peut-être susci­te­rons- nous d’autres voca­tions : des langues de proches se délie­ront, des archives fami­liales ou publiques s’ou­vri­ront. En d’autres mots, et en retour­nant l’adage fami­lier : pas seule­ment des actes mais aussi des paroles. Telle est la condi­tion d’une trans­mis­sion durable.

Homère, pour autant qu’il est réel­le­ment existé, paraît avoir été de cet avis. Qui lui donne­rait tort trois mille ans plus tard ?

Édition du seuil

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Un roman déjanté comme je les aime … presque. Cuné chez qui je l’avais noté a moins de réserves que moi. Il y a, en effet, un aspect que j’ai toujours du mal à accep­ter : la déri­sion des meurtres et ici d’un tueur en série. C’est ce qui lui a fait rater une étoile sur Luocine , mais que les amateurs de cet esprit de déri­sion se préci­pitent car dans le genre c’est très bien raconté. C’est drôle et c’est une très bonne satyre des compor­te­ments des humains d’aujourd’hui. La famille belge qui arrive dans un camping avec la radio à fond qui dérange tout le monde avec la plus grande désin­vol­ture est à mourir de rire. Le person­nage prin­ci­pal à qui nous devons cette histoire est un gigolo Dino Scala, il vit au crochet de Lucienne une femme de vingt ans son aînée immen­sé­ment riche. Seule­ment, malheu­reu­se­ment pour lui, il y a aussi la belle mère Macha qui n’aime pas du tout Dino. Celui-ci doit fuir le Luxem­bourg para­dis des million­naires et de Dino et Lucienne après avoir été quelque peu violent avec un banquier. La descrip­tion du Luxem­bourg fait partie des morceaux de bravoure de ce roman. Il arrive dans un camping de la côte d’Azur et rencontre un écri­vain qui pour des raisons person­nelles veut connaître le peuple d’en bas. Charles Desservy et Dino font un couple impro­bable lié par un secret qui les conduira très loin et au passage vous fera beau­coup sourire avec ce qui pour moi est une limite que l’on peut pour rendre la vie encore plus agréable se sépa­rer en les assas­si­nant des empê­cheurs de tour­ner en rond.

Citations

Les vieux

Les vieux sont sympa­thique , en géné­ral . Même ceux qui , plus jeunes, étaient des crevures. On ne peut d’ailleurs jamais savoir comment ils étaient, avant , car ils finissent tous en mode « friendly » . Étant donné qu’il n’y a pas neuf humains dur dix de bien­veillants, on peut en déduire que nos chers aînés s’as­sa­gissent avec l’âge. D’une certaine façon ce sont des faus­saires, des fourbes, à l’image de tous ces digni­taires qui ont terminé leur vie en Argen­tine et qui s’ap­pe­laient Muller. Après avoir bien pourri leur monde, ils se détendent. La raison en est simple : ils se retrouvent en posi­tion de faiblesse. Fini l’au­to­rité, fini les déci­sions et fini le permis de conduire, tiens, plus rien, tu demandes à ta fille pour aller pisser et t’es bien content qu’on te sorte à Noël. La peau comme du carton mouillé, le ventre gonflé, les pommettes tout en bas, les cheveux violets des femmes et le pue-de-la-bouche des hommes. Un naufrage.
La seule arme qui leur reste pour se défendre, c’est la gentillesse. Ils deviennent adorables pour qu’on les préserve et qu’on ne les pique pas.

Humour

J’étais présen­te­ment assis dans une berline de luxe, atten­dant que la porte du garage achève de se lever, dans le silence capi­ta­liste de Kirch­berg, ce quar­tier si paisible de Luxem­bourg. Ici, les Porsche et autres Mase­rati vieillis­saient comme leurs proprié­taires, jamais à plus de 70 km à l’heure.

Le Luxembourg

J’ai pris les courses dans le coffre et je les ai mises dans le monte-charge. Parce que ici, on ne monte pas ses courses. Ce sont les gens qui montent leurs courses et au Luxem­bourg, On n’est pas des gens, on est des Luxem­bour­geois.

Portraits

J’ima­gi­nais très bien quel genre de fille cela pouvait être. De bonnes inten­tions et de l’al­truisme. Elles trouvent que l’Inde est un pays extra et le Pérou l’ave­nir de l’hu­ma­nité. Plus tard, elle roule­ront dans une voiture hybride à quarante mille euros et elles dormi­ront dans des draps de chanvre. Elles mangent des graines et boivent du jus de pomme arti­sa­nal diar­rhéique , font des Nouvel An tofu-tisane et partent à l’autre bout du monde pour ensei­gner l’an­glais a des animaux malades.

Des regrets de n’avoir pas fait d’études

Et pour­quoi je n’ai pas fait des études, tiens ? Pour deve­nir, je ne sais pas moi, méde­cin ? Tout le monde peut le faire, méde­cin, c’est qu’un boucher avec beau­coup de mémoire, un méde­cin.

Le Luxembourg

Le site le plus visité du Luxem­bourg ce n’est ni le Palais-Royal, ni le Musée d’Art Contem­po­rain, ni rien de ce à quoi on pour­rait s’at­tendre. Le site le plus visité du Luxem­bourg est l’aire d’au­to­route de Berchem. On y trouve ce que ce pays a de mieux à offrir aux fron­ta­liers et aux Euro­péens de passage, de l’es­sence et des clopes moins cher qu’ailleurs. Cette station service Shell, déme­su­rée par sa taille et par le nombre de cartouches de ciga­rettes vendues, qui compte un McDo­nald’s et un café Star­bucks, contient en elle-même toute la quin­tes­sence du Luxem­bourg. Elle est la parfaite méta­phore du Grand-Duché, un pays où on ne fait que passer et où l’on ne vient que pour l’argent. Une banque, quoi, avec le petit plus d’une déco­ra­tion sympa, la famille royale.

La différence de classe

Charles et moi avons genti­ment entre­pris de prépa­rer notre soirée, sur sa terrasse à lui. Dans l’ef­fet, je me suis retrouvé avec le couteau à huître dans les mains et Charles avec une coupe de cham­pagne. Le colon et son bougnoule. Avec lui les bulles, moi les doigts massa­crer. Les huîtres, allez, au boulot.

La famille belge tatouée

La famille avait un point commun : les tatouages. Ils évoluaient en portant sur eux les auto­col­lants de frigo de leurs convic­tions, des messages si obscurs qu’ils devaient certai­ne­ment passer des heures à expli­quer le sens des c’est Post-it qu’ils se trim­ba­laient. Genre leur prénom traduit en dialecte inca. Et comment on dit Kevin en Maya, hein ? Et Cindy, en aztèque ? J’ima­gi­nais qu’ils devaient aussi avoir des slogans quelque part, sur un quel­conque tibia, sur un bout de fesse. Un cri de rallie­ment de la contre-culture d’il y a trente ans. D’où j’étais, je pouvais recon­naître sur l’épaule de la mère, une mésange. Enfin ce qui avait dû être une mésange, à l’époque, ressem­blait main­te­nant davan­tage à un chapon.