Cita­tion de Charles de Gaulle

» Les possé­dants sont possé­dés par ce qu’ils possèdent »

Je trouve que ce livre complète bien la lecture du précé­dent car il permet de décou­vrir le prin­ci­pal diri­geant qui a vu gran­dir ma géné­ra­tion et celle de Jean-Pierre Le Goff. On sent la très grande admi­ra­tion de Gérad Badry pour « le » Géné­ral. Derrière l’homme de la résis­tance, celui qui a sorti la France des erreurs de la quatrième Répu­blique et qui a permis la déco­lo­ni­sa­tion, il y a donc un homme chré­tien et respec­tueux des femmes. Il n’a rien d’un fémi­niste et pour­tant … il voulait depuis long­temps donner le droit de vote aux femmes, il a permis la contra­cep­tion et a voulu que les femmes puissent travailler et élever leurs enfants. Sa vision de la femme est marquée par le rôle de mère qui lui semble sacré. C’est à ce titre, qu’il a systé­ma­ti­que­ment exercé son droit de grâce pour les femmes à la libé­ra­tion. Mais plus que ses idées poli­tiques, ce qui m’a inté­res­sée c’est son entière probité, son respect des femmes et ce qui m’a le plus touchée sa grande affec­tion pour sa petite Anne enfant triso­mique qu’il a tant aimée. C’est un homme éton­nant, d’une autre époque et d’une autre culture, il vient à la fois de la chré­tienté et de l’amour de la patrie et son carac­tère a été forgé par l’armée fran­çaise. Je ne savais pas qu’il avait fait entrer au gouver­ne­ment une femme musul­mane d’origine algé­rienne Nafissa Sid Cara qui a un parcours très inté­res­sant. Le portrait de Gene­viève de Gaulle-Antho­nioz est passion­nant et méri­te­rait à lui seul un livre entier. C’est une plon­gée dans un autre monde, celui juste­ment qui a vu naître et gran­dir Jean-Pierre Le Goff mais un monde ne pouvait pas comprendre que les adoles­cents de mai 1968 n’étaient pas unique­ment porteurs de « chien­lit ».

Citations

Entrée en bourse des femmes

C’est aussi sous de Gaulle, en 1967, que les femmes seront auto­ri­sées à entrer à la Bourse de Paris pour y spécu­ler. Leur arri­vée à la corbeille ou s’affairaient depuis toujours un aéro­page exclu­sif de messieurs, en cravate et costumes sombres, fait d’abord sensa­tion, avant que d’élégantes jeunes diplô­mées en finance n’occupent des poste de commis. Dans les milieux bour­sier, un authen­tique bastion mascu­lin, la résis­tance avait été très forte pour refu­ser de parta­ger les codes, les secrets et les moeurs avec la gente fémi­nine. La seule femme ayant pu s’introduire à la corbeille l’avait fait, en 1925, habillée en homme et portant une barbe postiche. Condam­née à 3 ans de prison pour escro­que­rie et abus de confiance pour avoir vendu des titres appuyés sur des société fictives, Marthe Hanau avait fini par se donner la mort en prison, en 1935, renfor­çant l’opposition des hommes à l’entrée de toute femme dans l’univers de la Bourse. L’histoire roma­nesque de Marthe Hanau devait, en 1980, inspi­rer le film « la Banquière » de Fran­cis Girod avec Romy Schnei­der.

Trente-deux ans plus tard, les portes du palais Bron­gniart s’ouvraient enfin aux femmes.

la loi Neuwirth

En Conseil des ministres, le géné­ral se montre rési­gné. Il déclare : « Les mœurs se modi­fient. C’est évolu­tion est en cours depuis long­temps, nous n’y pouvons à peu près rien. En revanche, il faut accen­tuer notre poli­tique nata­liste. Puis il ajoute.

:» Il ne faut pas faire payer les pilules par la sécu­rité sociale. Ce ne sont pas des remèdes. Les Fran­çais veulent une plus grande liberté des mœurs mais nous n’allons tout de même pas leur rembour­ser la baga­telle. »

Probité

Leur première tâche a été de remettre de l’ordre dans le fonc­tion­ne­ment de la prési­dence pour y intro­duire plus de rigueur. Il a été souvent raconté que, le jour même de leur arri­vée, les de Gaulle avait exigé qu’un comp­teur indi­vi­duel soit posé pour payer de leur poche l’électricité de leurs appar­te­ments. C’est exact. Mais on s’est moins qu’Yvonne a mis immé­dia­te­ment fin à l’utilisation de la vais­selle d’État, en porce­laine de Sèvres, pour leurs repas quoti­diens en tête à tête. Au volant de sa voiture, au premier jour de leur instal­la­tion, elle s’est rendue au Bon Marché, son maga­sin préféré, pour y ache­ter -avec leur argent- un service de table ordi­naire qui fut utilisé jusqu’à la démis­sion du géné­ral en 1969. De même, Yvonne deman­dera à l’intendant de l’Élysée de lui présen­ter chaque fin de mois la note corres­pon­dant au repas pris par les membres de la famille venus déjeu­ner avec eux le dimanche.

On trouve un autre exemple de cette honnê­teté sans faille des de Gaulle dans leur déci­sion de faire instal­ler un oratoire à l’Élysée pour y assis­ter à la messe domi­ni­cale à l’abri des regards. Créé dans l’ancien bureau des chauf­feurs encore envahi par les odeurs de pastis, cette petite chapelle – une table servant d’autel, quatre chaises prie-Dieu et quelques orne­ments- a été tota­le­ment payé avec l’argent person­nel du couple.

Portrait de la secrétaire de de Gaulle Elisabeth de Miribel

Les Miri­bel, comme les Mac-Mahon, ont le culte de l’honneur et de la disci­pline. Ils affichent leur dédain pour l’argent et pour la poli­tique. » Élevée dans ce milieu conser­va­teur et catho­lique, je n’ai jamais entendu mes parents discu­ter de poli­tique à la maison. Autant il leur paraît normal de mourir pour la patrie, si possible en gants blancs, autant il faut éviter de se salir les mains en se mêlant de poli­tique » expli­quera-t-elle dans son auto­bio­gra­phie.

Le patrio­tisme, le don de soi pour la France, la foi chré­tienne, le dédain pour l’argent et pour la poli­tique, c’est tout ce qu’elle retrou­vera et qu’elle aimera chez de Gaulle.

Traduit de l’allemand (Autriche) par Elisa­beth Landes

Encore un coup de cœur de notre club, qui avait déjà couronné Le Tabac Tres­niek que j’ai préféré à celui-ci. On est vrai­ment pris par cette lecture et pour­tant, il ne se passe pas grand chose dans ce roman, si ce n’est qu’une vie entière y est racon­tée. Egger a d’abord été un enfant marty­risé par un oncle paysan qui n’avait aucune envie d’élever cet orphe­lin « batard », puis il devien­dra un paysan dur à la tâche dans une Bavière des années 30. Enfin, il connaî­tra l’amour et quelques années il sera heureux avec une jeune femme malheu­reu­se­ment dispa­rue dans une avalanche qui détruira son chalet et sa vie. Il sera alors employé dans une compa­gnie qui construira des télé­phé­riques et verra peu à peu sa montagne se trans­for­mer en lieu de loisirs . La grande histoire lui passe au dessus de la tête, lui qui n’a connu l’amour et l’affection que si peu de temps. Les risques qu’il prend dans les construc­tions en montagne, la guerre et surtout sa capti­vité en Russie sovié­tique aurait dû le voir mourir lui qui a perdu sa raison de vivre, il en revient, en 1952, encore plus soli­taire. Oui, c’est toute une vie d’un homme simple et mal aimé qui se déroule devant nos yeux et l’auteur sait nous la rendre présente sans pour autant qu’aucun pathos ne se mêle à cette desti­née soli­taire.

Citations

Un enfant martyre

Comme toujours, le fermier avait trempé la tige dans l’eau pour l’assouplir. Elles fendait l’air d’un trait en sifflant, avant d’atterrir sur le derrière d’Egger dans un bruit de soupir. Egger ne criait jamais, cela exci­tait le fermier qui frap­pait encore plus dur. Dieu endur­cit l’homme fait à son image, pour qu’il règne sur la terre et tous ce qui s’affaire dessus. L’homme accom­plit la volonté de Dieu et dit la Parole de Dieu. L’homme donne la vie à la force de ses reins et prend la vie à la force de ses bras. L’homme est la chair, il est la terre, il est paysan, et il se nomme Hubert Kranz­sto­cker.

L’enfant mal aimé

Pendant toutes ces années passées à la ferme, il demeura l’étranger, celui qu’on tolé­rait, le bâtard d’une belle-sœur châtiée par -Dieu, qui devait la clémence du fermier au seul contenu d’un porte­feuille de cuir pendu à son cou. En réalité, on ne le consi­dé­rait pas comme un enfant. Il était une créa­ture vouée à trimer, à prier et à présen­ter son posté­rieur à la baguette de coudrier.

Camp de prisonniers en Russie

Au bout de quelques semaines, Egger cessa de comp­ter les morts qu’on enter­rait dans un petit bois de bouleaux, derrière le camp. La mort faisait partie de la vie comme les moisis­sures faisaient partie du pain. La mort, c’était la fièvre. La mort, c’était la fin. C’était une fissure dans le mur de la baraque, qui lais­sait passer le siffle­ment du vent.

La fin des camps de prisonniers en Russie

Il s’écoula encore près de six années avant que ne s’achève le temps d’Egger en Russie. Rien n’avait annoncé leur libé­ra­tion, mais, un beau jour de l’été dix-neuf cent cinquante et un, les prison­niers furent rassem­blés tôt le matin devant les bara­que­ments et reçurent l’ordre de se désha­biller et d’entasser leurs vête­ments les uns sur les autres. Ce gros tas puant fut arrosé d’essence, puis allumé, et, tandis que les hommes fixaient les flammes, leurs visages trahis­saient leur terreur d’être fusillés sur-le-champ ou d’un sort plus terrible encore. Mais les Russes riaient et parlaient fort à tort et à travers, et quand l’un d’eux saisit un prison­nier aux épaules, l’enlaça et se mit à effec­tuer avec ce fanto­ma­tique sque­lette nu un grotesque pas de deux autour du feu, la plupart sentirent que ce jour-là serait un jour faste. Pour­vus chacun de vête­ments propres et d’un quignon de pain, les hommes quit­tèrent le camp dans l’heure même, pour s’acheminer vers la gare de chemin de fer la plus proche.

Andreï Makine est un auteur que j’apprécie et depuis long­temps. Je retrouve ici les thèmes qui l’obsèdent : les souf­frances causées par le tota­li­ta­risme sovié­tique. Mais au-delà de cette folle idéo­lo­gie meur­trière, il cerne ici plus préci­sé­ment ce qui dans le compor­te­ment de chaque être humain , conduit à accep­ter l’inacceptable. Mais, juste­ment, c’est un peu cela qui m’a fait moins adhé­rer à ce roman, je le trouve trop didac­tique, à force de vouloir nous prou­ver quelque chose, les effets deviennent atten­dus et le récit perd en inten­sité.

La traque d’un évadé d’un camp de personnes dépla­cées permet de cerner cinq person­na­li­tés qui ont toutes, de façons diffé­rentes sauvé leur peau face aux purges stali­niennes en étant à des degrés divers de véri­tables ordures. L’un était commis­saire poli­tique pendant la deuxième guerre mondiale, il a fusillé un grand nombre d’officiers qui n’avaient rien fait, l’autre a parti­cipé à des liqui­da­tions de villages en Letto­nie, tuant femmes et enfants, le moins « coupable » a vu sa femme et son enfant mourir de façon atroce durant le siège de Lenin­grad. Tous les cinq se tiennent par la peur d’être cata­lo­gué suspect par le commis­saire poli­tique. Une expé­rience tragique qui résume à elle seule la vie en 1952 en URSS. Lâcheté, bravoure, dénon­cia­tion, survie sont les balises qui tracent un chemin pour survivre et personne n’en sort indemne. La traque elle même nous fait décou­vrir la taïga et se termine dans une région aussi magique qu’effrayante le golfe de Tougour. Mais ce récit qui voit dispa­raître un à un les chas­seurs au profit du fugi­tif perd d’intensité au fur et à mesure que les mêmes effets se répètent. La fin qui suppose une vie heureuse de deux êtres dans l’île de Bélit­chy est peu crédible .

Citations

Une constante du comportement humain

J’étais fier de ne pas m’être abaissé à le dénon­cer. Pour­tant, je savais qu’il ne me pardon­ne­rait pas ce geste d’humanité. Une constante psycho­lo­gique dont j’étais curieux de véri­fier la fata­lité.

La femme aimée

L’infirmière, je l’ai épou­sée… Après la guerre, elle a pris sa revanche sur la faim, a grossi, est deve­nue même une belle femme, une femme d’officier, quoi, auto­ri­taire, grin­cheuse, un peu capo­ral en jupon. Et l’autre, celle que je voyais en mourant n’existait plus… Les popes racontent comme quoi l’homme est puni pour ses péchés, bref, l’enfer et le feu éter­nel. Mais le vrai châti­ment, ce n’est pas ça… C’est quand une femme qu’on a aimé dispa­raît… Comment dire ? Oui, elle dispa­raît dans celle qui conti­nue à vivre avec vous…

Difficile d’être du bon côté en URSS sous Staline

En 1937, le jour du 20e anni­ver­saire de la Révo­lu­tion, le chan­tier du barrage fut relancé. Peu après, le nouveau chef de travaux allait être arrêté pour fait de sabo­tage anti­so­vié­tique. J’étais déjà capable de tirer ce bilan, si un mari jaloux n’avait pas tué mes parents, on les aurait empri­son­nés parmi ces milliers de respon­sable accu­sés de gaspillage, de sabo­tage, d’espionnage… Alors, reje­ton e ces traître à la Patrie j’aurais croupi dans une colo­nie de réédu­ca­tion.

Les bourreaux après leurs crimes

Pendant la guerre, Lous­kass luttait contre les éléments « défai­tistes » et les « éléments idéo­lo­gi­que­ment hostiles », comme on disait à l’époque. De bons offi­ciers souvent. Il en a fusillé des centaines !.Il dési­gnait vite fait un ennemi et, hop, le pelo­ton d’exécution !Sans autre forme de procès. J’en ai croisé des types qui faisait le même sale boulot que lui. Certains, Et ce devait être le cas de Lous­kass, préfé­raient tuer avec leur pisto­let de service. Ques­tion de goût. Une balle dans la nuque et le dossier est clos. Sauf que, tu vois,même s’il tirait dans la nuque, il ne pouvait pas ne pas voir, avant l’exécution, les yeux de tous ses soldats… Et main­te­nant dans son sommeil ses regards reviennent. Il tire, les nuque éclatent mais les yeux le vrillent . Et il hurle. Jusqu’à sa mort, ces yeux le pour­sui­vront.

Sans doute le sens du livre

Durant cette veille, mes pensées luttaient contre l’insoluble simpli­cité de nos vies. Il y avait cette femme dans la nuit soli­taire et, à si peu de distance d’elle, nous – ces hommes qui, quelques heures aupa­ra­vant, était prêt à la tortu­rer dans une saillie de bête… Les philo­sophes préten­daient que l’homme était corrom­pue par la société et les mauvais gouver­nants. Sauf que le régime le plus noir pouvait, au pire, nous ordon­ner de tuer cette fugi­tive mais non pas de lui infli­ger ce supplice de viols. Non, ce violeur logeait en nous, tel un virus, et aucune société idéale n’aurait pu nous guérir.

De cette auteure j’ai lu et beau­coup appré­cié « la femme de l’Allemand », je retrouve ici son sens de la nuance et la volonté de ne pas juger avec des prin­cipes moraux si répan­dus une situa­tion somme toute très banale. J’ai donc suivie l’avis d’Aifelle qui voit dans ce roman une façon pour Marie Sizun de combler les manques d’une généa­lo­gie incom­plète.

Un homme, Léonard, aime sa jeune femme Hulda à qui il fait cinq enfants. Il embauche une gouver­nante, Livia qui devien­dra sa maîtresse et qui aura aussi un enfant de lui. Cet amour à trois, sous le même toit à quelque chose de destruc­teur et effec­ti­ve­ment la santé d’Hulda ne résis­tera pas à cette situa­tion. L’amour ancil­laire (oui la langue fran­çaise à un même un mot pour décrire cela ! faut-il que cette situa­tion soit banale !) n’est pas le seul respon­sable de la destruc­tion d » Hulda. Cette très jeune fille suédoise de la très bonne société s’est enti­chée d’un séduc­teur fran­çais qui devra divor­cer de sa femme anglaise pour pouvoir l’épouser.

Ce Léonard est bien étrange, amou­reux de la litté­ra­ture fran­çaise il devient repré­sen­tant en vin et « ses affaires » le retiennent très souvent loin de sa famille. Hulda exilée à Meudon ne trouve que dans Livia la gouver­nante suédoise et aussi la maîtresse de son mari, une amitié qui la réconforte.C’est un triangle infer­nal et Marie Sizun a beau vouloir redon­ner une dignité à chacun de ses person­nages, j’ai vrai­ment eu du mal à accep­ter le rôle de Léonard. C’est d’ailleurs le person­nage le plus faible. On ne comprend pas, l’auteure ne le dit pas, pour­quoi il fait de mauvaises affaires, et quelles sont les raisons qui le poussent à être toujours aussi loin de chez lui. Ce qu’on sait de lui le rend peu sympa­thique à quarante ans marié à une femme anglaise dépres­sive, il séduit une jeune fille de dix sept ans. Puis Leonard et Hulda forment un couple presque heureux tant qu’ils sont en Suède. Ils partent en France et ce repré­sen­tant en vin laisse sa jeune femme se débrouiller à Meudon sans beau­coup d’argent et gérer la grande maison de Meudon et leurs quatre enfants. De son amour avec la gouver­nante, on ne sait pas non plus grand chose, le talent de Marie Sizun arrive à donner un peu de consis­tance au portrait de Livia.

Marie Sizun explique qu’il s’agit d’un roman d’amour, je trouve que c’est un roman de l’enfermement, j’ai étouffé dans ce triangle et j’ai regretté que personne ne renvoie à Léonard Sèze­neau son rôle de préda­teur que j’ai ressenti pendant tout le roman. Hélas ! seul le frère d’Hulda , Anders, a une vision assez juste de la person­na­lité de Léonard, il sent le piège qui se referme sur sa sœur, mais c’est aussi un person­nage falot para­site inca­pable d’aider quelqu’un d’autre. Je comprends bien la volonté de Marie Sizun de retrou­ver un sens à cette histoire qui est en partie la sienne, mais il y a trop d’éléments qui lui manquent . Elle n’a pas voulu inven­ter et elle s’est en tenue au plus probable et au plus digne de chaque person­nages. Je suis souvent restée sur ma faim trou­vant en quelque sorte qu’il y avait bien des « blancs » dans cette histoire.

Citations

Le professeur français séduit sa jeune élève suédoise

Comme histoire, ici, se préci­pite !
Hulda a-t-elle osé, elle, la jeune fille sage, se glis­ser parfois dans l’appartement aban­donné par la malheu­reuse anglaise ? De quelle façon les amants se sont-ils retrou­vés , en quel lieu ? Personne n’a rien vu. Toujours est-il qu’au prin­temps 1868 le scan­dale éclate, soit qu’ils aient été surpris, soit que la petite ait parlé à sa mère : elle est enceinte. Un coup de tonnerre pour la famille du banquier. Sigrid Chris­tians­son pleure beau­coup, son mari tonne, fulmine, se désole. Comment aurait-on pu prévoir une telle incon­duite de la part d’une enfant si sérieuse, si pure ? Sa fille chérie, le trahir pareille­ment.

Noël en Suède

On prépare Noël. La maison n’a jamais été aussi lumi­neuse, aussi joyeuse, car on allume à plai­sir lampes et bougies, on en met partout, jusque sur l’appui des fenêtres, et c’est beau dans la nuit toutes ces fenêtres éclai­rées. Les enfants, les bonnes sont tout exci­tés à l’idée de la fête. Hulda elle-même se laisse gagner par cette gaieté. Avec Livia, elle parle de déco­ra­tion de table, de sapin de Noël, de cadeaux. Comme tout semble harmo­nieux dans la musique des airs de Noël qu’elles jouent au piano à quatre mains, la gouver­nante et elle, pour la grande joie des enfants !

Le drame

- Maman n’était pas malade, inter­vient Isidore. Elle était juste triste. D’être ici, dans cet affreux pays, comme nous, d’ailleurs, mais plus que nous. »

Surprise par la dureté de son regard, Livia regarde le petit garçon : « Je ne sais pas, Isidore. Et c’est vrai que la tris­tesse peut deve­nir une mala­die… En tout cas, de bébé Alice n’y est pour rien, et elle a comme vous perdu sa mère. Elle a besoin de vous. »
Et à travers les mots qu’elle s’entend pronon­cer, dont elle voit le reflet sur le visage des quatre petits, elle éprouve elle-même singu­liè­re­ment la cohé­sion de ces enfants là, de cette fratrie, elle sent de façon presque doulou­reuse la force qu’ils repré­sentent autour du bébé tous les cinq, dans la profon­deur de leur unité. Alors qu’elle, la gouver­nante, n’est et ne sera jamais qu’une étran­gère.

Traduit de l’anglais par Ch.Romey et A. Rolet revue et préfa­cée par Isabelle Viéville Degeorges

Ainsi donc Keiha a éprouvé un grand plai­sir de lecture avec ce court roman. Je n’avais jamais rien lu d’Anne Brontë ce qui n’est pas éton­nant puisqu’elle n’a pas eu beau­coup de temps d’écrire avant de mourir de la tuber­cu­lose, comme trois de ses sœurs . Son frère a préféré mourir de la drogue et sa mère de cancer quand Anne avait 18 mois. Seule Char­lotte survi­vra mais pas très long­temps. Quelle famille et quelle horreur que la tuber­cu­lose !

Ce roman auto­bio­gra­phie raconte le destin d’une jeune fille pauvre et éduquée. Elle a peu de choix même le mariage est compli­qué car elle n’a pas de dot. Elle peut être insti­tu­trice ou gouver­nante. Anne sera gouver­nante et elle raconte très bien ce que repré­sente cet étrange statut dans une riche famille anglaise du 19 siècle. Obli­gée de se faire respec­ter d’enfants qui méprisent les employés de leurs parents et qui, par jeu ou méchan­ceté, refusent d’apprendre. On sent que c’est une mission impos­sible et que les gouver­nante ont bien peu de marge de manœuvre. Mais en lisant ce texte je me disais sans cesse qu’elle avait aussi bien peu d’idées pour inté­res­ser ses élèves en dehors de les obli­ger à se fier à sa bonté et à son savoir. Elle semble fort regret­ter de ne pas pouvoir les frap­per à sa guise. Du moins dans la première famille. Dans la deuxième, elle partage la vie d’une jeune beauté qui veut se marier mais qui aupa­ra­vant exerce ses talents de séduc­trice sur tous les hommes du village dont le jeune vicaire qui a touché le cœur de la gouver­nante. Je suis déso­lée Keisha mais cette romance sous l’autorité et la béné­dic­tion de l’église est d’un ridi­cule achevé. La collec­tion Arle­quin fait dans le hard à côté de cette histoire d’amour. Sans l’analyse du rôle de la gouver­nante dans la bonne société anglaise ce roman n’a aucun inté­rêt mais, il est vrai, que c’est bien le sujet prin­ci­pal du roman. Pour le style, on savoure l’imparfait du subjonc­tif et les tour­nures vieillottes. J’ai plus d’une fois été agacée par ce procédé de style dont elle abuse du genre :

Pour ne point abuser de la patience de mes lecteurs, je ne m’étendrais pas sûr mon départ. .… 
J’avais envie de lui dire, « et bien si, étends-toi ou alors n’en parle pas !»

Citations

L’éducation britannique

Quelques bonnes tapes sur l’oreille, en de semblables occa­sions, eussent faci­le­ment arrangé les choses ; mais, comme il n’aurait pas manqué d’aller faire quelque histoire à sa mère, qui, avec la foi qu’elle avait dans sa véra­cité (véra­cité dont j’avais déjà pu juger la valeur), n’eût pas manquer d’y croire, je réso­lus de m’abstenir de le frap­per, même dans le cas de légi­time défense. Dans ses plus violents accès de fureur, ma seule ressource était de le jeter sur son dos et de lui tenir les pieds et les mains jusqu’à ce que sa fréné­sie fût calmée. À la diffi­culté de l’empêcher de faire ce qui ne devait pas faire, se joignait celle de le forcer de faire ce qu’il fallait. Il n’y arri­vait souvent de se refu­ser posi­ti­ve­ment à étudier, à répé­ter ses leçons et même à regar­der sur son livre. Là encore, une bonne verge de bouleau eût été d’un bon service ; mais mon pouvoir étant limité, il me fallait faire le meilleur usage possible du peu que j’avais.

Le statut de gouvernante

Je retour­nai pour­tant avec courage à mon œuvre, tâche plus ardue que vous ne pouvez l’imaginer si jamais vous n’avez été chargé de la direc­tion et de l’instruction de ces petits rebelle turbu­lent et malfai­sants, qu’aucun effort ne peut atta­cher à leur devoir, pendant que vous êtes respon­sable de leur conduite envers des parents qui vous refusent toute auto­rité. Je ne connais pas de situa­tion compa­rable à celle de la pauvre gouver­nante qui, dési­reuse de réus­sir, voit tous ces efforts réduit à néant parce qu’ils sont au-dessus d’elle et injus­te­ment censuré par ceux qui sont au-dessus.

Traduit de l’anglais Etats-Unis par Aline AZOULAY

Un article sur le blog de Keisha m’a conduite à m’intéresser à cette auteure. J’attendrai que sa trilo­gie (Un siècle améri­cain) soit traduite entiè­re­ment pour la lire, car je n’ai pas cette cette chance incroyable de pouvoir lire en anglais. (Heureu­se­ment les traduc­teurs, en l’occurrence pour ce roman une traduc­trice, font un excellent travail !). Je suis donc partie dans la vie de Marga­ret Mayfield de 1883 à 1942. Et n’en déplaise à certaines que je ne nomme­rai pas, le roman commence par la fin grâce à un prologue qui devrait plutôt se nommer « post-logue » nous sommes en 1942 pendant quelques pages. Nous sommes dans un lieu où des Japo­nais ont été regrou­pés aux Etats-Unis car ce pays est en guerre contre le Japon. Si leurs condi­tions de vie ont peu de choses à voir avec les camps japo­nais ou nazis, ce sont quand même des condi­tions de vie très rudes où l’humanité a peu de place. Ensuite nous suivons cette Marga­ret et surtout sont très curieux mari le capi­taine Early. Voici un person­nage fort inté­res­sant et peu souvent l’objet de romans. Il s’agit d’un scien­ti­fique raté, les deux termes sont impor­tants, il est vrai­ment scien­ti­fique et fait des recherches incroyables et parfois à la limite du génial, mais raté car ses convic­tions l’emportent sur la raison. Il passera une grande partie de sa vie à dénon­cer les erreurs d’Einstein et essaiera de convaincre la commu­nauté scien­ti­fique de son char­la­ta­nisme. Il se mettra à dos tous ses confrères scien­ti­fiques et fera le malheur autour de lui. Marga­ret sent que son mari ne tourne pas très rond, mais elle a peu de moyen de le contre­dire, une seule personne pour­rait l’aider la mère du colo­nel Early, malheu­reu­se­ment celle-ci dispa­raî­tra dans le séisme de San-Fran­cisco

Après la mort de sa mère Andrew Early m’a plus aucun frein à sa méga­lo­ma­nie. Evidem­ment il trouve sur sa route des disciples pour flat­ter son ego et la tris­tesse de la vie de son épouse est acca­blante, surtout que celle-ci n’a pas pu avoir d’enfant. Je ne suis pas surprise que Jane Smiley ait écrit une trilo­gie de l’histoire améri­caine car dans ce roman déjà , les person­nages sont très ancrés dans l’histoire des Etats-Unis. C’est d’ailleurs un ressort impor­tant de ce roman. La person­na­lité de Marga­ret m’a lais­sée assez froide, je comprends mal sa passi­vité ou son peu d’intérêt pour son mari . Je trouve que cet entre deux est agaçant, elle ne mène pas sa propre vie le titre fran­çais le dit assez bien elle est « à part » .

Citations

Portrait d’un américain le grand père du personnage principal à la fin du 19 siècle prononcé par le prêtre à sa mort.

John Gentry fit son entrée dans l’état du Missouri assis à l’arrière d’un chariot. Enfant du Sud, il prouva son patrio­tisme à une nation élar­gie et gagna le respect des deux parties.
– Certes, mais le fusil à la main, murmura Lavi­nia.
Il prit soin de ses esclaves et, après ça, de ses domes­tiques, de ses ouvriers agri­coles, de ses mules, de ses arpents, de ses chevaux, de ses filles et de ses petites filles. Il conti­nua à entre­te­nir des rapports avec ses amis et ses rela­tions des deux camps, ce que l’on ne saurait dire de beau­coup de Missou­riens. Et ainsi, il prit soin de son âme. Aussi, nous comp­tons bien le retrou­ver là-haut, où il est certain qu’on lui a déjà attri­bué quelques charges.

Coïncidence

Je viens de regar­der un docu­men­taire à propos de Tesla cela corres­pond à l’idée que j’avais de lui .
-Que pensez-vous de Tesla ?
Nikola Tesla ! Enfin du véri­table talent, quoique euro­péen jusqu’à l’os. Vous l’avez rencon­tré ? Oui.
Un homme étrange, reprit Andrew. Bavard. Il vous inter­rompt sans cesse pour déve­lop­per ses idées. Il ne vous écoute pas, en fait, même si vous compre­nez parfai­te­ment ces idées et que vous en avez une meilleure à lui expo­ser.

Le mariage

Personne ne lui avait jamais dit ce qu’elle avait appris au fil des années, que le mariage était usant et terri­fiant.

Le choix d’une épouse et le sort des femmes.

C’était lors de ce prin­temps-là qu’il lui avait fait sa demande, finis­sant par se confor­mer au choix de sa mère d’épouser une vieille fille du coin, inof­fen­sive mais utile, qui pour­rait prendre soin de lui. Marga­ret réflé­chit un instant. Elle était certaine que Lavi­gna avait été au courant, et que les deux mères avaient commu­ni­qué à son insu. Avait-elle perçu que Marga­ret n’était pas dépourvu de cette fierté missou­rienne que possé­dait Andrew ? N’avait-elle alors songé qu’à la préci­pi­ter dans ce piège ? Sans doute. Lavi­nia n’avait jamais envi­sagé que les aspects pratiques du mariage. L’amour est toujours le premier acte d’une tragé­die, disait-elle. Lavi­nia l’avait envoyée porter des châles et des plats à des dames soli­taires et dépen­dantes pour lui montrer ce qu’était la vie d’une vieille fille : jeune, vous deviez rendre service à tout le monde, et une fois vieille, vous atten­diez patiem­ment qu’on vous vienne en aide.

Phrases finales d’une femme qui est passée à côté de sa vie.

Je me rends compte que je m’en souviens à présent que j’ose y penser . Il y a telle­ment de choses que j’aurais dû oser.

traduit de l’américain par Fran­çoise Adel­stain

Lu dans le cadre de :

La photo dit bien combien j’aime lire les romans d’Irvin Yalom et encore je n’ai pas retrouvé « Et Nietzsche a pleuré » qui est sans doute mon préféré. Je l’ai sans doute prêté à quelqu’un qui l’aime tant qu’il a oublié de me le rendre (ce n’est très grave mes livres sont de grands voya­geurs). Alors, quand Babe­lio a proposé la lecture de l’autobiographie de cet auteur, je n’ai pas hésité. Et ? Je suis déçue ! l’auteur est beau­coup plus inté­res­sant dans ses romans que lorsqu’il se raconte. Ce n’est pas si éton­nant quand on y réflé­chit bien : Irvin Yalom est non seule­ment un bon écri­vain mais aussi un grand spécia­liste de l’âme humaine et un psycho­thé­ra­peute encore en exer­cice (à 85 ans !). Alors l’âme humaine, il connaît bien et la sienne en parti­cu­lier, donc aucune surprise ni de grandes émotions dans cette auto­bio­gra­phie, il maîtrise très (trop !) bien son sujet. On a l’impression qu’il dresse entre lui et son lecteur une vitre derrière laquelle il se protège. Un peu comme ses étudiants qui regar­daient ses séances de psycho­thé­ra­pie derrière une glace sans tain. On voit tout, mais on apprend du meneur du groupe que ce qu’il veut bien montrer de lui. Oui, il se raconte dans ce livre et pour­tant on a l’impression de ne pas le connaître mieux qu’à travers ses romans. Le dernier chapitre est, peut être plus émou­vant celui qu’il a nommé « l’apprenti vieillard » . Je dois dire que je me suis aussi ennuyée ferme en lisant toutes les diffé­rentes approches de la psycho­lo­gie clinique. Cela plaira sans doute aux prati­ciens tout ce rappel histo­rique des diffé­rents tendances des théra­pies de groupes. Une dernière critique : cet auteur qui se complaît à racon­ter ses succès litté­raires c’est vrai­ment étrange et assez enfan­tin. En résumé, j’ai envie de donner ce curieux conseil : » Si vous aimez cet auteur ne lisez pas sa biogra­phie, vous serez déçu par l’homme qui se cache derrière les romans que vous avez appré­ciés ».

Citations

Quand Irving Yalom s’auto-analyse

Avant ma rébel­lion de la bar-mits­vah, j’avais commencé à trou­ver ridi­cule les lois qui pres­crivent de manger ceci ou cela. C’est une plai­san­te­rie, et surtout elles m’empêchent d’être améri­cains. Quand j’assiste à un match de base-ball avec mes copains, je n’peux pas manger un hot-dog. Même des sand­wichs salades ou au fromage grillé, j’y ai pas droit, parce que mon père explique que le couteau qui sert à les décou­per a peut-être servi à couper un sand­wich au jambon. Je proteste :«Je deman­de­rai qu’on n’les coupe pas !» » Non, pense à l’assiette, dans laquelle il y a peut-être eu du jambon, répondent mon père ou ma mère. C’est pas « traif » pas « kasher ». Vous imagi­nez, entendre ça, docteur Yalom, quand on a treize ans ? C’est dingue ! Il y a tout l’univers, des milliards d’étoiles qui meurent et qui naissent, des catas­trophes natu­relles chaque minute sur terre, et mes parents qui clament que Dieu n’a rien de mieux à faire que de véri­fier qu’il n’y a pas une molé­cule de jambon sur un couteau de snack ?

Un récit qui manque d’empathie

Nous avions trouvé une maison en plein centre d’Oxford, mais peu avant notre arri­vée, un avion de ligne britan­nique s’est écrasé, tuant tous les passa­gers, y compris le père de la famille qui nous louait la maison. À la dernière minute, il nous a donc fallu remuer ciel et terre pour dégo­ter un autre logis. Faute de succès dans Oxford même, nous avons loué un char­mant vieux cottage au toit de chaume à une tren­taine de minutes de là, dans le petit village de Black Burton, avec un seul et unique pub !

Raconter ses succès c’est impudique et inintéressant

Le lende­main, j’ai eu une autre séance de signa­ture dans une librai­rie du centre d’Athènes, Hestia Books. De toutes les séances de ce genre auxquelles j’ai parti­cipé dans ma carrière, celle-ci fut la crème de la crème. La queue devant le maga­sin s’allongeait sur huit cent mètres, pertur­bant consi­dé­ra­ble­ment la circu­la­tion. Les gens venaient ache­ter un nouveau livre et appor­taient les anciens afin de les faire dédi­ca­cer, ce qui consti­tuait une épreuve, car je ne savais pas comment écrire ces prénoms incon­nus, Docia, Icanthe, Nereida, Tatiana… On demanda alors aux ache­teurs d’écrire leur nom en capi­tal sur des petits bouts de papier jaune qu’ils me tendaient avec le livre. Nombreux étaient ceux qui prenaient des photos, ralen­tis­sant ainsi la progres­sion de la queue, on dû les prier de ne plus en prendre. Au bout d’une heure, on leur dit que je ne pour­rai signer, outre celui qu’il ache­tait, un maxi­mum de quatre titres par personne, puis on descen­dit à trois, à deux pour finir a un. Même ainsi la séance a duré quatre heures , j’ai signé plus de huit cents livres neufs et d’innombrables anciens.

Je retrouve le thérapeute que j’apprécie

Ce livre, je l’ai conçu comme une oppo­si­tion à la pratique cogni­tivo-compor­te­men­tale, rapide, obéis­sant à des proto­coles, obéis­sant à des pres­sions d’ordre écono­mique, et un moyen de combattre la confiance exces­sive des psychiatres en l’efficacité des médi­ca­ments. Ce combat se pour­suit encore main­te­nant, malgré les preuves indé­niables four­nies par la recherche de la réus­site d’une psycho­thé­ra­pie repose sur la qualité de la rela­tion entre le patient et son théra­peute, son inten­sité, sa chaleur, sa sincé­rité. J’espère aider à la préser­va­tion d’une concep­tion humaine et plein d’humanité des souf­frances psycho­lo­giques.

La vieillesse

Enfant, j’ai toujours été le plus jeune – de ma classe, de l’équipe de Base­ball, de l’équipe de tennis, de ma cham­brée en camp de vacances. Aujourd’hui, où que j’aille, je suis le plus vieux, – à une confé­rence, au restau­rant, à une lecture de livre, au cinéma, un match de Base­ball. Récem­ment, j’ai pris la parole à un congrès de deux jours sur la forma­tion médi­cale conti­nue des psychiatres, patronné par le Dépar­te­ment de psychia­trie de Stan­ford. En regar­dant l’auditoire de collègues venus de tout le pays, je n’ai vu que quelques types à cheveux gris, aucun à cheveux blancs. Je n’étais pas seule­ment le plus âgé, j’étais de loin le plus vieux.

Traduit de l’espagnol Vanessa Capieu

J’ai telle­ment aimé « une mère » que je n’ai pas hésité à lire ce roman, j’aurais dû me méfier, j’ai beau­coup de mal à comprendre l’amour absolu des maîtres pour les chiens. Je comprends très bien que l’on aime bien son animal de compa­gnie et qu’on le traite bien, mais j’aime qu’il reste un animal et non pas le substi­tut d’une personne. Ici, c’est le cas, le chien devient le rempla­çant de l’être aimé et aussi bien pour la mère que pour toute la famille le deuil d’un chien semble équi­valent à la mort d’un être humain. On retrouve dans ce récit le charme d’ « Une mère » et certains passages sont drôles. Mais l’effet de surprise n’existe plus on sait qu’Amalia ne perd la tête qu’en appa­rence et qu’elle veut surtout que ses trois enfants connaissent une vie plus heureuse que la sienne. Ce qui n’est pas très diffi­cile. Ses efforts pour trou­ver un nouveau compa­gnon à son fils sont souvent aussi drôles qu’inefficaces. Elle s’est mise en tête que cet homme doit être Austra­lien, blond, vété­ri­naire et gay évidem­ment ! pas si simple à trou­ver mais cela ne l’empêche pas de cher­cher et de poser des ques­tions éton­nantes à tous les Austra­liens (ils sont heureu­se­ment peu nombreux !) êtes vous Vété­ri­naire ? êtes vous homosexuels?et inver­se­ment aux homo­sexuels ; êtes vous vété­ri­naire …

Bref un roman assez drôle mais qui reprend trop les effets du premier roman, je me suis donc beau­coup moins amusée.

Citations

Mort d’un chien

Cette impos­si­bi­lité à défi­nir, ce trou noir d’émotion, fait de sa mort des limbes étranges dont il est diffi­cile de parta­ger l’intensité, parce que pleu­rer un chien, c’est pleu­rer ce que nous lui donnons de nous, et qu’avec lui s’en va la vie que nous n’avons donnée à personne, les moments que personne n’a vu. Lorsque s’en va le gardien des secrets, s’en vont égale­ment avec lui les secrets, le coffre, le puzzle rangé dedans et aussi la clé, et notre vie en reste tron­quée.

Un éclat de rire

(Pour le comprendre vous devez savoir qu’Amalia qui perd un peu la tête essaie de cacher à sa fille -très écolo– qu’elle est encore tombée assez rude­ment par terre sans les protec­tions que celle-ci lui a fait ache­ter. La serveuse Raluca d’origine chinoise avait donc donné à Amalia des torchons remplis de glaçons parce que ses genoux sont couverts de bleus)

« Alors tu veux pas torchon ?»
Nouveau sourire de maman. Sylvia pousse un feule­ment et Emma un haus­se­ment d’épaules.
« Non, ma fille, répond maman. J’en ai plein chez moi, je te remer­cie. Main­te­nant que je sais que tu en vends, à si bon prix, en plus, je te les pren­drais à toi quand j’en aurai besoin. C’est promis. Je n’irai plus les ache­ter au marché. »
Et comme Raluca reste plan­tée là sans rien comprendre, le plateau en l’air, mani­fes­te­ment prête à deman­der des préci­sions que maman n’est pas le moins du monde dispo­sée à donner, et que Sylvia ouvre de nouveau la bouche, elle ajoute :
« Et si tu as des culottes, mais des orga­nique, hein dis-le moi surtout. Tu sais, précise-t-elle avec un clin d’œil entendu, de celles qui font le ventre plat. »
Silva et Raluca se regardent et Emma, qui bien sûr est tout autant perdue que Sylvia, baisse la tête et se passe le main sur le front.

Traduit du slovène par Andrée Lück-Gaye.

Repéré chez Blogart , je pensais vrai­ment tomber sous le charme de ce roman, mais ma lecture fut beau­coup plus labo­rieuse que la sienne. La construc­tion du roman est origi­nale : l’auteur scrute cette photo prise pendant la deuxième guerre mondiale et anime ces person­nages statiques en leur donnant une person­na­lité enri­chie de ses connais­sances histo­riques.

Ce départ est vrai­ment très inté­res­sant : vous voyez ces deux jeune filles, l’une d’elles regarde des hommes en uniforme alle­mand. Tout le drame de la Slové­nie est dans ce regard. Voici donc la jeune Slovène, Sonja, qui sait que son amour, Valen­tin, est dans les geôles de la Gestapo qui est diri­gée par un Slovène, Ludek, fervent mili­tant de l’idéal Nazi. Il est plus alle­mand que n’importe quel soldat de la Wehr­macht. Pour cela, il oublie son iden­tité slovène et veut se faire appe­ler Ludwig. Contre les faveurs de la jeune fille, il accep­tera de libé­rer son amou­reux que nous suivrons dans les maquis de la résis­tance yougo­slave. Aux horreurs nazies s’opposent les horreurs des maqui­sards, la popu­la­tion est broyée par des brutes sangui­naires qui se méfient de tout le monde. Que reste-t’il de l’âme d’un peuple lorsque de telles logiques tota­li­taires se mettent en place ? Pas grand chose, des bribes de poésies qui hantent encore les mémoires et parfois des person­nages qui gardent leur huma­nité, mais ils sont si seuls. C’est un roman déses­pé­rant et diffi­cile à lire car on change souvent de point de vue, les mêmes faits se répètent racon­tés par des person­nages diffé­rents. Et puis parfois, les faits décrits sont tout simple­ment insou­te­nables, comme les assas­si­nats par les commu­nistes de pauvres gens qui n’ont que le tort d’être là au mauvais moments, comme les tortures dans les geôles nazies. Personne n’est à l’abri, surtout quand on commence à penser que les espions peuvent être partout. Ce roman montre, une fois de plus que lorsque l’horreur s’abat sur un pays personne n’en sort indemne contrai­re­ment aux versions offi­cielles construites par les vain­queurs.

Citations

Traitement des prisonniers par les SS

Il s’agit de creuser des tombes pour les fusillés

Là il y a des hommes condam­nés défi­ni­ti­ve­ment qui purgent une peine de prison ça pour­rait se faire. Et les prison­niers de guerre du camp de Melje. Les Anglais ? demanda quelqu’un à travers un nuage de fumée. Ça n’ira pas. Ça ne peut abso­lu­ment pas être des Anglais, d’après la conven­tion de Genève, les prison­niers de guerre anglais ne peuvent pas faire ce travail. Mais on a des Russes, eux, on peut les utili­ser.

Un pays en guerre

Mais même si c’était la guerre et si les infor­ma­tions toujours plus mauvaises, parfois même terri­fiantes se bous­cu­laient, les gens vivaient leur vie de tous les jours. Dès que les sirènes s’arrêtaient de hurler et des bombes de tomber, ils allaient au théâtre et au cinéma ou avant chaque film on passait une revue hebdo­ma­daire, Wochen­shau, où des mili­taires en tanks que débou­laient toujours plus super­be­ment dans les plaines polo­naises et défen­daient la fron­tière occi­den­tale de l’invasion des Barbares, d’autres allaient aux expo­si­tions à Paris et mangeaient des crois­sants dans les café en compa­gnie de femmes, d’autres encore faisaient tour­ner les roues des canons et leurs obus déchi­raient le ciel nocturne au-dessus de l’Allemagne et battaient les avions qui appor­taient la mort avec leurs bombes. C’était la guerre, en ville, la vie conti­nuait, on obte­nait de la nour­ri­ture avec des cartes de ration­ne­ment, les trafi­quants du marché noir gagnaient de l’argent grâce à la viande qu’ils rappor­taient des fermes envi­ron­nantes, les bureaux travaillaient impec­ca­ble­ment, les travailleurs conti­nuaient à sortir de l’usine. On ne savait pas on ne voulait pas savoir ce qui se passait dans les bureaux où aller travailler Ludwig Misch­kol­nig et Hans Hoch­bauer ni dans les caves où Johann retrous­sait ses manches.

L’amour et la guerre

L’amour triomphe de la distance, l’amour triomphe de tout. Sauf de la guerre. La guerre triomphe de tout, même de ceux qui se battent. Et de ceux qui attendent que ça passe.

Le militant le courage en temps de guerre.

Avec une mitrailleuse, au-dessus de Vitanje, il avait tenu la posi­tion tout un après-midi dans la neige de sorte qu’on avait pu se replier. Un combat­tant, un fou. Peut-être qu’il n’aurait pas dû deve­nir chef du rensei­gne­ment. Un commu­niste. Un idéa­liste. Mais entre l’idéalisme et le sadisme, la voie est parfois étroite, esti­mait Vasja, le sadique est celui qui sait quel démon il a en lui.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Sylvie Schnei­ter. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Un roman qui est construit comme une suite de frag­ments de vie, autour des souve­nirs de Jacque­line Wood­son, écri­vaine spécia­liste de litté­ra­ture pour la jeunesse. Dans ce livre, c’est sa propre jeunesse qui l’occupe et elle se souvient, d’abord de la mort de sa mère qu’elle a essayé de toutes ses forces d’oublier. C’était avant Brook­lyn, quand la famille vivait dans une ferme du Tennesse :«Sweet­Grove ». Moments de bonheurs boule­ver­sés par la mort. Celle de Clyde le frère de sa mère mort au combat au Viet­nam. Puis celle de sa mère qui ne surmon­tera jamais ce deuil, alors le père entraîne ses deux enfants à Brook­lin, « où est maman ?» demande le petit frère d’August (prénom fémi­nin, celui de la narra­trice), « elle vient demain ou après demain ou encore après » répond inlas­sa­ble­ment August qui est surtout atti­rée par les trois filles qui semblent possé­der les clés pour vivre heureuse à Brook­lin.

L’auteure sait si bien nous les décrire ces quatre filles qui parcourent les rues de la grande ville en se tenant par les épaules et en se défen­dant quand elles le peuvent de tout le mal que peuvent faire les habi­tants d’un quar­tier voué à la misère que nous la voyons cette bande : Sylvia Angela Gigi et August, on entend leurs rires et leurs peurs. Leurs vies peuvent deve­nir très vite tragiques et la réus­site ne tient qu’à leur courage et à leur déter­mi­na­tion. Le père est un person­nage atta­chant, qui se soucie de l’éducation, on peut imagi­ner son bonheur d’avoir réussi à élever ses deux enfants dans un quar­tier où les dangers les guet­taient à tous les coins de rue. Malgré tous les événe­ments qui forment comme le décor de la vie de cette petite fille : les émeutes qui font fuir les rares blancs de son quar­tier, les pillages des quar­tiers chics et la drogue déjà bien implan­tée à Brook­lyn, ce n’est pas, fina­le­ment, le tragique qui l’emporte mais l’optimisme et la fraî­cheur de l’enfance qui arrive à deve­nir adulte sans trop se perdre.

Citations

Être noire : discours d’une mère à sa fille

Sa mère lui dit qu’elle avait les yeux de son arrière-grand-mère. « Elle est venue au monde en Caro­line du Sud, par un papa chinois et une maman mulâtre. » Gigi regarde à ses yeux, légè­re­ment bridés, marron foncé. « Les cheveux aussi, enchaîna sa mère, soule­vant les tresses de Gigi. Lourds et épais comme les siens. »
» Ta seule malé­dic­tion, c’est ta peau sombre. Je te l’ai trans­mise, conclut sa mère. Tu dois inven­ter un moyen de dépas­ser ta couleur. Inven­ter ta voie pour y échap­per. Reste à l’ombre. Ne la laisse pas deve­nir plus foncée. Ne bois pas de café. »

Mot d’enfant

Une fois, j’étais petite, ma mère m’avait demandé ce que je voulais être quand je serai grande. « Une adulte » avais-je rétor­qué. Mon père et elle avaient éclaté de rire.

La vraie misère

Un homme qui avait grandi dans notre quar­tier marchait dans les rues en uniforme de l’armée. Manchot. Il avait appris à tenir une seringue entre ses dents et à s’injecter avec sa langue, de la cam dans les veines au niveau de l’aisselle.