Category Archives: 3 Coquillages

J’apprécie mais…

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Sylvie Schnei­ter. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Un roman qui est construit comme une suite de frag­ments de vie, autour des souve­nirs de Jacque­line Wood­son, écri­vaine spécia­liste de litté­ra­ture pour la jeunesse. Dans ce livre, c’est sa propre jeunesse qui l’occupe et elle se souvient, d’abord de la mort de sa mère qu’elle a essayé de toutes ses forces d’oublier. C’était avant Brook­lyn, quand la famille vivait dans une ferme du Tennesse :«Sweet­Grove ». Moments de bonheurs boule­ver­sés par la mort. Celle de Clyde le frère de sa mère mort au combat au Viet­nam. Puis celle de sa mère qui ne surmon­tera jamais ce deuil, alors le père entraîne ses deux enfants à Brook­lin, « où est maman ?» demande le petit frère d’August (prénom fémi­nin, celui de la narra­trice), « elle vient demain ou après demain ou encore après » répond inlas­sa­ble­ment August qui est surtout atti­rée par les trois filles qui semblent possé­der les clés pour vivre heureuse à Brook­lin.

L’auteure sait si bien nous les décrire ces quatre filles qui parcourent les rues de la grande ville en se tenant par les épaules et en se défen­dant quand elles le peuvent de tout le mal que peuvent faire les habi­tants d’un quar­tier voué à la misère que nous la voyons cette bande : Sylvia Angela Gigi et August, on entend leurs rires et leurs peurs. Leurs vies peuvent deve­nir très vite tragiques et la réus­site ne tient qu’à leur courage et à leur déter­mi­na­tion. Le père est un person­nage atta­chant, qui se soucie de l’éducation, on peut imagi­ner son bonheur d’avoir réussi à élever ses deux enfants dans un quar­tier où les dangers les guet­taient à tous les coins de rue. Malgré tous les événe­ments qui forment comme le décor de la vie de cette petite fille : les émeutes qui font fuir les rares blancs de son quar­tier, les pillages des quar­tiers chics et la drogue déjà bien implan­tée à Brook­lyn, ce n’est pas, fina­le­ment, le tragique qui l’emporte mais l’optimisme et la fraî­cheur de l’enfance qui arrive à deve­nir adulte sans trop se perdre.

Citations

Être noire : discours d’une mère à sa fille

Sa mère lui dit qu’elle avait les yeux de son arrière-grand-mère. « Elle est venue au monde en Caro­line du Sud, par un papa chinois et une maman mulâtre. » Gigi regarde à ses yeux, légè­re­ment bridés, marron foncé. « Les cheveux aussi, enchaîna sa mère, soule­vant les tresses de Gigi. Lourds et épais comme les siens. »
» Ta seule malé­dic­tion, c’est ta peau sombre. Je te l’ai trans­mise, conclut sa mère. Tu dois inven­ter un moyen de dépas­ser ta couleur. Inven­ter ta voie pour y échap­per. Reste à l’ombre. Ne la laisse pas deve­nir plus foncée. Ne bois pas de café. »

Mot d’enfant

Une fois, j’étais petite, ma mère m’avait demandé ce que je voulais être quand je serai grande. « Une adulte » avais-je rétor­qué. Mon père et elle avaient éclaté de rire.

La vraie misère

Un homme qui avait grandi dans notre quar­tier marchait dans les rues en uniforme de l’armée. Manchot. Il avait appris à tenir une seringue entre ses dents et à s’injecter avec sa langue, de la cam dans les veines au niveau de l’aisselle.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

J’ai choisi de lire ce livre car l’image des femmes tondues à la libé­ra­tion, est quelque chose qui m’a toujours profon­dé­ment révol­tée. Je ne dis pas qu’il ne fallait pas réagir contre des femmes qui avaient profité de la guerre pour s’enrichir grâce à des soldats alle­mands, mais alors qu’elle soient jugées et non livrées à la vindicte publique, c’est bien en tant que femmes qu’elles sont ainsi humi­liées et non pour des faits de colla­bo­ra­tion. J’ai déjà lu un roman de cette auteure (et toujours dans le cadre du club) « les oubliés de la lande » et je retrouve dans celui-ci un aspect qui ne me touche pas, un mélange du merveilleux de l’ancien monde celtique avec la cruauté du monde moderne. Cepen­dant, j’ai appré­cié que fina­le­ment, au moins dans un roman, toutes les femmes tondues se trouvent venger. Maria Salaün avait une superbe cheve­lure rousse et à l’époque c’était toujours mal vu et appa­renté au diable, les choses ont bien changé , encore que … si on en croit Pascal Sacleux ce n’est toujours pas si facile d’être roux en Bretagne.

Voici les cheveux de Char­lotte, ils me donnent le sourire à chaque fois que je les vois. Et je ne suis pas la seule …

Citations

Préjugés contre les rousses

- La couleur du diable. Celle du feu et de tous les rous­sis de l’enfer.

Super­sti­tieuse, Margue­rite refusa de toucher aux cheveux de l’enfant.
Son père s’occuperait de la toilette de la fillette tandis que la vieille serait char­gée de la nour­rir, de la prome­ner et de la diver­tir par quelques histoires de son cru.
Passant le seuil de la porte, il n’était pas rare de la voir s’immobiliser, demeu­rer comme inter­dite et cesser là tout ouvrage, oublier même celui qu’elle s’apprêtait à conduire. Aussi pouvait-elle entrer d’un pied ferme dans la chambre où l’enfant gazouillait et resté planté là, l’instant d’après, sans oser faire un pas de plus. C’était cette histoire de cheveux qui la para­ly­sait. Rien à faire, elle ne s’y habi­tait pas. Elle préten­dait voir une couronne de flammes ceindre la tête de la gamine. Quand ce n’était pas des grappes de vipère qui s’agitait en tous sens.
Malheur, quel malheur ! Clamait la vieille à tout bout de champ impos­sible de savoir si elle parlait toujours des cheveux de l’enfant, de sa nais­sance qui avait tué sa fille, de la vie qui l’avait fait veuve trop tôt, ou de l’avenir de la petite.

traduit de l’anglais par Fran­chita Gonza­lez Batlle

Après avoir lu les nouvelles « la cité de la pous­sière rouge » je voulais connaître cet auteur pour les romans qui l’avaient rendu célèbre : les romans poli­ciers. Malgré mon peu d’appétence pour le genre, j’ai été inté­res­sée par cette enquête qui se déroule à Shan­ghai en 1990. Une jeune femme est décou­verte assas­si­née, jetée à la rivière dans une bâche plas­tique et l’inspecteur Chen et son adjoint Yu vont cher­cher à savoir ce qui s’est passé alors que visi­ble­ment autour d’eux personne n’a trop envie de savoir. Quand, en plus, l’enquête touche aux hautes sphères du Parti Commu­niste alors, non seule­ment le silence des uns et des autres devient pesant, mais de plus très mena­çant. La fin est horrible et telle­ment dans ce qu’on connaît de la Chine : recon­nue coupable, la personne est exécu­tée le lende­main de son procès lais­sant bien peu de place aux doutes et à l’éclaircissement total des affaires. Beau­coup plus que l’enquête poli­cière, ce qui m’a plu, c’est le monde chinois en muta­tion. Les amateurs de polars aime­ront sans doute plus que moi cette enquête, mais tous ceux et toutes celles qui ont lu « la cité de la pous­sière rouge » aime­ront trou­ver sous la plume de cet excellent écri­vain la société de Shan­ghai en route pour une forme de gouver­nance origi­nale et impi­toyable :«le capi­ta­lisme communiste«dont la devise pour­rait être : tout est permis sur le plan écono­mique mais ne touchez pas au PARTI ni à ses diri­geants.

Citations

Formatage politique

C’est absurde, se dit-il, que la poli­tique puisse mode­ler une vie de cette façon. Si Guan avait épousé Lai, elle n’aurait pas connu un tel succès dans la vie poli­tique. Elle n’aurait pas été travailleuse modèle mais une épouse ordi­naire qui tricote un pull pour son mari, trans­porte une bouteille de propane sur le porte-bagage de son vélo, essaie de payer trois sous de moins quand elle fait son marché, râle comme un disque rayé et joue avec un bel enfant assis sur ses genoux – mais elle aurait été vivante.

Où on retrouve l’auteur de » la Cité de la poussière poussière rouge »

Il habi­tait une vieille maison Shiku­men à un étage- un style répandu au début des années trente, où une maison comme celle-là était construite pour une famille. Soixante ans plus tard, elle en abri­tait plus d’une douzaine, toutes les pièces avaient été divi­sées pour loger de plus en plus de monde. Seule la porte d’entrée peinte en noir était restée la même, elle ouvrait sur une petite cour jonchée d’objets divers, une sorte d’entrepôt de ferraille, d’où l’on entrait dans un vesti­bule haut de plafond et flan­qué de deux ailes. Le vesti­bule autre­fois vaste était trans­formé en cuisine et réserve collec­tive. Des rangées de réchauds à char­bon avec leurs piles de briquettes indi­quaient que sept familles vivaient au rez-de-chaus­sée.

Traduit de l’italien par Elise GRUAU. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Roman qui se lit agréa­ble­ment mais je pense que je l’oublierai assez vite. Il raconte cepen­dant un point de vue inté­res­sant, une jeune femme, fille d’un artiste reconnu et célèbre, part avec celui qui n’a pas su être un père dans un voyage à travers l’Italie alpine . On sent tout de suite que c’est leur dernière chance de se comprendre : tant de choses les ont sépa­rés. Elle est la fille d’un couple qui n’a pas su s’aimer et d’un père célèbre trop souvent absent. Elle est la femme d’un mari qui ne la fait plus rêver et la mère d’une petite fille qu’elle aime de toutes ses forces. Il faudra du temps pour que ce père mutique et fuyant arrive à lui faire comprendre qui il est : au-delà de l’artiste célèbre et consa­cré se cache un enfant blessé et un homme meur­tri. Accep­tera-t-elle de quit­ter sa posi­tion de victime (qu’elle est) pour lui tendre la main ? Ce qui est certain c’est qu’elle ne sortira pas indemne de ce voyage vers une Italie des origines où se mêlent aux drames d’une enfance tragique des forces mysté­rieuses et magiques.

Pour que cette histoire soit plau­sible, c’est à dire pour comprendre pour­quoi le père et la fille se connaissent si peu, il faut que les secrets qui les séparent soient à la fois énormes et crédibles. Sinon ils se résument en une phrase trop banale et quelque peu sordide. Son père a épousé sa mère par inté­rêt mais était amou­reux d’une autre femme. Je ne trahis en rien le roman car tout le travail de l’écrivain c’est d’habiller cette triste réalité par des senti­ments très forts, des pouvoirs magiques venant de femmes puis­santes, des mystères de la créa­tion artis­tique. Malgré cela, je ne peux pas dire que j’ai été très convain­cue par ce roman qui m’a semblé telle­ment » italien », dans la descrip­tion du senti­ment amou­reux.

Citations

Personnalité masculine

-Et puis que veux-tu que je te dises Viola ? Que je suis un ingrat ?
Il avait tout à coup pris ce visage que je détes­tais, celui qui disait : « Saute moi dessus si tu penses que cela peut te faire du bien, ou pardonne-moi. Mais ensuite, oublie et mets un point final. Tu n’arriveras pas à me faire chan­ger, de même que personne n’a jamais réussi à le faire. »

L’artiste et les femmes

-Oliviero place dans toutes ses sculp­tures quelque chose qui m’appartient et qu’il me dérobe en perma­nence, conti­nua-t-elle, en s’efforçant de masquer ces mots avec la stupeur d’une flat­te­rie. Il finira par m’avoir tout prix, ajouta-t-elle en souriant.
Ma mère ne perdit pas de temps, et à la première occa­sion elle raconta à mon père ce qui lui avait été confié. Et si Oliviero pouvait suppor­ter la jalou­sie de Pauline, il était en revanche trop jaloux de son art pour accep­ter qu’elle s’en serve pour se vanter face à une incon­nue.
- Comment as-tu pu dire à cette femme une chose pareille, telle­ment à nous ?
- Tu as fait bien pire : pour elle, tu détruis la seule chose qui soit vrai­ment à nous. L’amour.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.


Il s’agit de rhum et chez moi, certains ne plai­santent pas avec cette bois­son, entre ceux qui parfument la pâte à crêpe et ceux qui le dégustent avec un petit carré de choco­lat noir. Il y a même sur cette photo une bouteille de rhum de la même origine que cet auteur franco-véné­zué­lien. Miguel Bonne­foy part dans ce roman à la recherche du trésor d’un pirate des Caraïbes, et ils nous entraînent dans des contrées aussi fasci­nantes que dange­reuses. Il ne s’agit pas d’un récit réaliste mais évoca­teurs des diffi­cul­tés à vivre dans ces pays domi­nés par une nature luxu­riante et des hommes faci­le­ment violents surtout s’ils sont en quête de trésors. C’est un auteur dont on parle sur les ondes radio­pho­niques et j’ai beau­coup entendu que Séréna, la femme et person­nage prin­ci­pal, est du type « Emma Bovary » , et que Miguel Bonne­foy nous livrait là un conte philo­so­phique épicé au merveilleux d’Amérique latine. Le roman flotte entre ses eaux là, et se lit très faci­le­ment.

Si aimer lire et connaître le monde grâce aux romans c’est faire du bova­rysme alors je pense que nous sommes nombreuses à en faire ; si faire mourir sur un tas d’or une femme trop cupide c’est de la philo­so­phie, cela m’étonne un peu ; si décrire un incen­die qui mettra trois ans à s’éteindre c’est faire du merveilleux, pour­quoi pas ? L’aspect que j’ai préféré c’est bien l’évocation de ces régions, la végé­ta­tion luxu­riante, les excès de pluies puis de séche­resse, le soleil trop violent puis la nuit trop sombres. Oui tout est « trop » dans ce pays des caraïbes . Et on ne peut survivre qu’en maîtri­sant ses peurs et ses fièvres. Le rhum doit bien aider un peu, et vous saurez tout sur la façon d’en fabri­quer un de grande qualité. Les person­nages sont peu crédibles mais ce n’était visi­ble­ment pas le propos de cet auteur. Malheu­reu­se­ment, je fais partie des lecteurs qui aiment penser aux person­nages et comprendre un peu leur choix de vie sans cet aspect je sais que je ne garde­rai pas en mémoire très long­temps ce roman. Je me souvien­drai d’une odeur de rhum, d’une nature éton­nante et de la cupi­dité des cher­cheurs d’or.

Citation

Portrait de femme soumise

Elle aimait rece­voir des louanges sur l’entretien de sa vais­selle, sur le choix de ses meubles, sur la santé de son mari. Ses draps étaient toujours parfu­més de fleurs glis­sées entre leurs plis. C’était une femme d’une patience miné­rale et, jusqu’à la fin de sa vie, prépara des soupes créoles, les yeux effa­cés au fond des marmites, dans sa cuisine où pendaient des jambons secs.

Jolie figure de style

L’heure n’avait pas d’ombre, la chaleur était forte, le soleil mordait la nuque, mais les deux hommes ne faiblis­saient pas. 

Le pouvoir des livres

Ces livres ensei­gnèrent à Séréna tout à la fois la servi­tude et la révolte, l’infidélité et le crime, la magie d’une descrip­tion et la perti­nence d’une méta­phore. Ils lui firent décou­vrir les diverses aspects de la viri­lité, donc elle igno­rait presque tout. Elle appris que la tour de Pise penchait, qu’une muraille entou­rait la Chine, que des langues étaient mortes, et que d’autres devaient naître.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. (thème Holly­wood).


Dans la famille Musso, voici Valen­tin, le frère de Guillaume, en atten­dant Julien à qui se roman est dédié. Il s’agit d’un roman poli­cier très bien ficelé et que les aficio­na­dos du genre se rassurent, je ne vais pas racon­ter la fin (par laquelle j’ai débuté ma lecture …) . David Badina, le person­nage prin­ci­pal et narra­teur de cette histoire, est le fis d’Elizabeth, une jeune actrice qui, en 1959, a disparu lors du tour­nage du film qui devait défi­ni­ti­ve­ment lancer sa carrière, sans que l’on sache ni pour­quoi, ni comment. Son fils avait un an et quarante plus tard, ce passé se rappelle à lui car le célé­bris­sime metteur en scène qui avait choisi sa mère comme actrice pour ce rôle l’appelle pour lui confier un travail.

C’est aujourd’hui un scéna­riste réputé, il a connu un très grand succès succès pour son premier film mais depuis son inspi­ra­tion semble d’être tarie. Ce qu’il croyait être le plus enfoui en lui, la dispa­ri­tion inex­pli­quée de sa mère refait surface avec une telle force que l’on sent bien qu’il devra aller jusqu’au bout de ses recherches pour pouvoir enfin vivre sa vie : le roman poli­cier raconte cela.

Ce qui m’a plu, c’est la pein­ture des années soixante dans le monde du cinéma holly­woo­dien qui est très bien décrite. L’on a des person­nages à la « Harvey Wein­stein », et comme dans les séries TV, les enquêtes du FBI, si le Maccar­thysme est terminé, les habi­tudes et les mœurs de la police améri­caines n’ont pas encore complè­te­ment changé . Alors cette star nais­sante du cinéma, qui voulait la faire dispa­raître ? Et puis est-ce que David appren­dra par la même occa­sion qui est son père ? Il y a du Michael Connely dans cette enquête moins (hélas !) la person­na­lité d’Harry Bosch .

Citations

Le métier de scénariste

Le côté néga­tif de ce métier, c’est que les scéna­ristes ont souvent l’impression d’avoir fait quatre vingt dix pour cent du boulot et d’être tota­le­ment ignoré à la sortie du film. Le côté posi­tif, c’est que, lorsque ledit film ne marche pas, ce sont rare­ment eux qui essuient le tir des balles.

Los Angeles : question que je me pose aussi

Je me suis toujours demandé comment on pouvait être prêt à traver­ser la moitié de la planète rien que pour voir l’étoile de Sharon Stone ou de Tom Hanks dans cette rue sale, bondée de monde et de vendeurs à la sauvette qui ne vous lâchent pas d’un pouce. En fait, je ne connais aucun habi­tants qui prenne plai­sir à se bala­der dans cette attrape-touriste géant. Les endroits clin­quants de L.A.-ils ne manquent pas- m’ont toujours déprimé, on dirait qu’ils ont été inven­tés que pour dissi­mu­ler aux yeux des gens les rêves brisés et les échecs dont se repaît cette ville.

Passage qui s’adapte bien au contexte actuel

Grands fumeurs de cigares qu’il faisait venir de Cuba, gros buveur de whisky, connu pour son sexisme légen­daire, Welles draguait tout ce qui portait jupon à Holly­wood. Plusieurs sources lais­saient entendre qu’il avait fréquem­ment harcelé des actrices dans des suites de luxueux hôtels et qu’il était presque toujours parvenu à ses fins. Il était de ces grands mani­tous capables de faire ou de défaire une carrière à Holly­wood d’un simple claque­ment de doigts. Vu la terreur qu’il inspi­rait, je compre­nais parfai­te­ment que de jeunes actrices en quête de gloire n’aient pas eu le cran de le repous­ser malgré l’aversion qu’elle devait ressen­tir.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.


Roman très vivant qui permet de retra­cer l’histoire d’un enga­ge­ment person­nel d’un homme Edmond Char­lot pour diffu­ser la culture en Algé­rie. Autour de lui et de sa librai­rie les éner­gies posi­tives de Camus, Jacques Temple, Robles, Amrouche, Jean Roy, Kateb Yacine, Mouloud Feraoun.…et tant d’autres, se regroupent pour lui permettent de faire exis­ter son projet. Ce roman mêlent trois fils, le plus puis­sant et le plus posi­tif celui de la créa­tion litté­raire, Le plus fort celui de l » âme algé­rienne qui veut être recon­nue. Et enfin ce jeune Rhyad qui doit vider la vieille librai­rie biblio­thèque et qui n’aime pas les livres. Trois époques, trois points de vue qui se retrouvent dans ce tout petit lieu destiné dans l’Algérie moderne à la vente des beignets. Il faut ajou­ter à cela que Kaou­ther Adimi sait très bien rendre l’atmosphère de l’endroit chargé d’une histoire sanglante. Elle nous rappelle dans des passages courts mais très forts les deux épisodes qui ont tragi­que­ment scellé le sort de la France en Algé­rie. Les événe­ments de Sétif et la répres­sion par Papon de la mani­fes­ta­tion des Algé­riens à Paris.
Mais ce n’est pas du tout le thème prin­ci­pal de son livre. Elle a cher­ché à retrou­ver l’élan litté­raire qui dans les années 1930 – 1940 faisait de l’Algérie un lieu de l’effervescence litté­raire. Et évidem­ment faire de cet endroit un maga­sin de beignets doit la dépi­ter quelque peu. La fin de ce livre assez court, se défait la tension qui était à la créa­tion de cette petite librai­rie retombe dans les méandres de l’administration algé­rienne qui n’a pris de sa consœur fran­çaise que sa lour­deur et son inef­fi­ca­cité. La voix d’Edmond Char­lot est trans­mise via un carnet sur lequel il note tous ses succès et diffi­cul­tés. C’est quelque peu ennuyeux, le monde des lettres n’est guère glorieux et en parler sans le trai­ter à fond fait perdre l’intensité de ce roman.

Citations

C’est encore comme ça

17 décembre 1938
Aujourd’hui encore, des clients inté­res­sés unique­ment par les derniers prix litté­raires. J’ai essayé de leur faire décou­vrir de nouveaux auteurs, de les inci­ter à ache­ter « L’envers et l’endroit » de Camus, mais totale indif­fé­rence. Je parle litté­ra­ture, ils répondent auteur à succès !

Alger 1923

On nous exhibe parce que nous ressem­blons à des cartes postales orien­ta­listes et deve­nons exotiques dans notre propre pays. Jean Guille­min, le direc­teur de l’École Normale, écrit un rapport sur la réor­ga­ni­sa­tion de l’enseignement des indi­gènes. Le 20 mars 1923, il alerte l’inspection d’Académie d’Alger sur le danger qu’il y aurait à mélan­ger indi­gènes et fran­çais. C’est un homme éminent. Il a la mine grave. Sa mission est fort impor­tante, faire en sorte que les deux commu­nau­tés coha­bitent au sein de l’école sans se rencon­trer. Il recom­mande système à deux vitesses, deux niveaux, car il serait trop humi­liant d’avoir un indi­gène meilleur qu’un fran­çais dans la même classe. Jean Guille­min se préoc­cupe de la fierté de certains de ses élèves.

Changement de propriétaire fermeture d’une bibliothèque

Il a pensé naïve­ment pouvoir convaincre les repré­sen­tants de l’État de l’importance de main­te­nir ce lieu ouvert. Il a télé­phoné au minis­tère de la Culture mais personne ne lui a répondu. Le numéro de télé­phone était occupé en perma­nence et il n’y avait pas moyen de lais­ser un message car le répon­deur était saturé. Il s’est déplacé pour entendre le gardien lui rire au nez. À la Biblio­thèque natio­nale, on l’écoute longue­ment avant de le raccom­pa­gner à la porte sans un mot, sans une promesse. Lorsque le nouveau proprié­taire est venu visi­ter « les vraies richesses », Abdal­lah lui a demandé ce qu’il comp­tait faire de la librai­rie. « La vider entiè­re­ment, virer ses vieilles étagères, repeindre les murs pour permettre à l’un de mes neveux d’y vendre des beignets. Il y aura tout type de beignet possibles : au sucre, à la pomme, au choco­lat. Nous sommes proche de l’Université, il y a un gros poten­tiel. J’espère que vous serez l’un de nos premiers clients. »

Humour

Que fait quelqu’un qui préfère les mala­dies aux livres dans une librai­rie ?
-Je dois la vider et la repeindre.
- Pour­quoi ?
- Cest mon travail.
-Détruire une librai­rie c’est un travail ça ?
-C’est un stage.
- Un stage ? Tu veux deve­nir destruc­teur de librai­rie ? C’est un métier ?
-Non, ingé­nieur.
- Les ingé­nieurs construisent, ils ne détruisent pas.
- Je dois faire un stage ouvrier.
- tu es ingé­nieur ou ouvrier ?
- Je dois faire un stage manuel pour vali­der mon année d’ingénierie. Je vide le lieu, je répond, je pars. Sans réflé­chir.
- Tu vas dans une librai­rie pour ne pas réflé­chir, Toi ?
- Je dois juste la vider, pas lire les livres qui s’y trouvent.
- Dans quelle univer­sité on t’a prend une chose pareille ?
-À Paris.
- Pff…Maintenant on nous envoie des démo­lis­seurs de France. Des ouvriers-ingé­nieurs, oui monsieur ! Ceux d’ici ne sont pas assez bien ! Vous les jeunes, vous ne savez que casser.
-Nous les jeunes, nous les jeunes…
- Quoi ?
-Rien, « nous les jeunes »,rien du tout. On fait ce qu’on peut avec ce que vous nous avez laissé.
- Qui t’envoie ?
-Personne. J’ai juste accep­ter ce travail j’ai froid nous devrions rentrer.
-Il ne fait pas froid, c’est dans ta tête. Qui t’envoie qui t’a donné ce travail ? Il s’appelle comment ?
-Je ne connais pas c’est quelqu’un qui connaît quelqu’un qui en a parlé à mon père.
-Même pour détruire il faut du piston.….. Partout la même chose piston et corrup­tion partout depuis le gardien de cime­tière jusqu’au sommet de l’État.

Traduit de l’anglais par Jean-Pierre Aous­tin. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.


Lu en une nuit et sans aucune passion. Ce pauvre Benja­min vit dans une famille suisse très riche qui a les appa­rences d’une famille très heureuse. Malheu­reu­se­ment pour lui, elle n’a que ça, les appa­rences. Sa vie est à jamais boule­ver­sée par la dispa­ri­tion de sa sœur Summer, et vingt cinq ans plus tard, il est anéanti par ce souve­nir qu’il croyait avoir maîtrisé. Il lui faudra un courage incroyable pour remon­ter dans des souve­nirs et comprendre peu à peu ce qui était évident pour son entou­rage.

L’intérêt du roman vient de ce que nous parta­geons les efforts de cet homme dont le cerveau est embrumé par les mensonges de sa famille. Mais je n’ai pas été inté­res­sée par cette lecture, je me rendais compte que j’étais indif­fé­rente à l’histoire et pour­tant Monica Sabolo sait très bien la racon­ter, elle ne tranche jamais entre la mort ou la dispa­ri­tion de Sumer et ceci grâce à son narra­teur, celui qui était là, mais qui est aveu­glé par le poids de sa famille.

Citation

Voici la clé de l’histoire

- Et puis tes parents…
- Quoi, mes parents ? J’avais été surpris par le son d e ma voix, j’avais peut-être crié. Il fixait le mur, comme s’il regar­dait les images qui défi­laient derrière mon dos.
- On finit toujours par retrouve les gens, tu sais. Ils laissent une trace quelque part, ils passent un coup de télé­phone, se font repé­rer dans un super­mar­ché. J’avais envie d e vomir. Il avait des traces sombres de trans­pi­ra­tion sous les bras ; alors évidem­ment, s’il n’y a aucun indice aucun mouve­ment…

L’inspecteur a soupiré, comme si cette idée était trop déplai­sante. Il avait brus­que­ment baissé les yeux sur moi.

- quoi qu’il en soit, les gens ne dispa­raissent pas comme ça. Il y a toujours une expli­ca­tion. Et elle est souvent extrê­me­ment simple. A portée de main.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Emma­nuelle Ertel.
Livre criti­qué dans le cadre du programme Masse Critique de Babe​lio​.com


Je m’étais bien promis de ne plus répondre aux tentantes solli­ci­ta­tions de Babe­lio, non pas que ce site propose de mauvais titres mais je suis obli­gée de lire en trois semaines, et au moment de Noël mon emploi du temps est si chargé que j’ai failli ne pas tenir les délais. Il faut dire qu’un livre de 813 pages à l’écriture assez serrée ne se dévore pas en une soirée, d’autant qu’il ne s’agit pas d’un roman qui se lit faci­le­ment.

Nous entrons, en effet, très en profon­deur dans les méandres de la psycho­lo­gie de quatre amis new-yorkais, Jude, le plus mysté­rieux et celui autour duquel tourne le roman, J.B , l’artiste très doué, Malcom un archi­tecte et Willem un acteur qui rencontre le succès. Bien malgré lui, Jude fait le malheur de tous ceux qu’ils croisent et il est inca­pable d’expliquer pour­quoi il souffre et fait autant souf­frir les autres malgré sa volonté de ne leur vouloir que du bien. Il faudra 700 pages à l’auteur pour dire toute la souf­france de cet homme dont le lecteur entre­voit la teneur peu à peu. C’est peu dire que le style de cette auteure joue avec la lenteur, elle s’y complaît et cela donne encore un énorme pavé à l’américaine. J’avais en tête la réflexion de Jean d’Ormesson disant qu’aucun auteur fran­çais contem­po­rain (ou presque) n’était traduit en anglais et n’était connu aux États-Unis alors que presque tous les auteurs améri­cains sont traduits en fran­çais. Je me demande même si le lecto­rat fran­çais n’est pas visé par les éditeurs outre-atlan­tique. Je me demande aussi quel lecteur ou lectrice fran­çaise accep­te­rait de lire 900 pages sur la réus­site de quatre Pari­siens, dont l’un se scari­fie­rait pour oublier son enfance.

Bref trop lourd pour moi ce roman m’a surtout encom­brée et pour­tant il est certain que cette auteure a tout fait pour faire revivre le tragique d’une desti­née d’un homme bafoué et marty­risé dans son enfance et qui ne peut pas avoir « une vie comme les autres » malgré tous ses efforts et tout l’amour qu’il suscite quand il réus­sit à deve­nir adulte.

Citations

L’argent et les artistes sans problème d’argent

Et non seule­ment Ezra n’aurait jamais besoin de travailler, mais ses enfants et ses petits-enfants non plus : ils pour­raient créer des œuvres médiocres, inven­dables, parfai­te­ment dénuées de talent, géné­ra­tion après géné­ra­tion, et ils auraient toujours les moyens, quand cela leur chan­te­rait, d’acheter des tubes de pein­ture à l’huile de la meilleure qualité ou des lofts dange­reu­se­ment spacieux dans le sud de Manhat­tan qu’ils pour­raient sacca­ger de leurs désas­treuses déci­sions archi­tec­tu­rales ; et, quand ils se fati­gue­raient de leur vie d’artiste -et JB était convaincu qu’Ezra en aurait assez à un moment-, il leur suffi­rait de passer un coup de fil à leur admi­nis­tra­teur fidu­ciaire pour rece­voir un énorme verse­ment, d’un montant tel qu’aucun des quatre( à part, peut-être, Malcom) ne pouvait même imagi­ner entre­voir en toute une vie.

Les petites jeux des universitaires

Le prof de lettres clas­siques pour lequel il travaillait avait décidé de ne commu­ni­quer avec lui en latin ou grec ancien, y compris pour lui trans­mettre des instruc­tions du type : « j’ai besoin de trom­bones supplé­men­taires », ou « N’oubliez pas de leur deman­der de mettre un peu plus de lait de soja dans mon cappuc­cino demain matin ».

Pour les juristes

Le domaine le plus authen­tique, le plus intel­lec­tuel­le­ment stimu­lant, le plus riche domaine du droit, est de loin, et le droit des contrats. Les contrats ne se réduisent pas à des feuilles de papier vous promet­tant un travail, une maison, ou bien un héri­tage, au sens le plus pur, le plus véri­table, le plus large, les contrats régissent tous les domaines du droit. Quand nous choi­sis­sons de vivre en société, nous choi­sis­sons de vivre selon les règles d’un contrat, et de se soumettre aux règles qu’il nous dicte – la Consti­tu­tion elle-même est un contrat, certes malléable, et la ques­tion de savoir à quel point il est malléable consti­tue préci­sé­ment le lieu où droit et poli­tique se croisent-, et ce sont les règles de ce contrat (qu’elles soient expli­cites ou non), que nous suivons quand nous nous enga­geons à ne pas tuer, à payer nos impôts et à ne pas voler. Mais dans ce cas précis, nous sommes à la fois les concep­teurs de ce contrat et lié par lui :.en tant que citoyen améri­cain, nous partons du prin­cipe que, dès la nais­sance, nous avons une obli­ga­tion de respec­ter et suivre les termes, et nous le faisons quoti­dien­ne­ment.

Le droit

Mais la justice n’est pas le seul, ni même le plus impor­tant, aspect du droit : le droit n’est pas toujours juste. Les contrats ne sont pas justes, pas toujours. Mais parfois elles sont néces­saires, ces injus­tice, parce qu’elles sont néces­saires au bon fonc­tion­ne­ment de la société. Dans ce cours, vous appren­drez la diffé­rence entre ce qui est juste et ce qui est équi­table et, ce qui est tout aussi impor­tant, la diffé­rence entre ce qui est juste et ce qui est néces­saire.