{"id":8952,"date":"2017-12-26T07:04:25","date_gmt":"2017-12-26T06:04:25","guid":{"rendered":"http:\/\/luocine.fr\/?p=8952"},"modified":"2017-12-19T11:52:02","modified_gmt":"2017-12-19T10:52:02","slug":"toutes-les-familles-heureuses-herve-le-tellier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=8952","title":{"rendered":"Toutes les familles heureuses  &#8211; Herv\u00e9 LE TELLIER"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/familles-e1510409156679.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-8953\" src=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/familles-e1510409156679.jpg\" alt=\"\" width=\"1080\" height=\"608\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/familles-e1510409156679.jpg 1080w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/familles-e1510409156679-300x169.jpg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/familles-e1510409156679-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/familles-e1510409156679-768x432.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1080px) 100vw, 1080px\" \/><\/a><\/p>\n<p><em>Lu dans le cadre du club de lecture de\u00a0<a href=\"http:\/\/www.lourse.fr\/\">la m\u00e9diath\u00e8que de Dinard<\/a>.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/4.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-725 alignleft\" src=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/4.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><br \/>\n<\/a>Encore un \u00e9crivain qui raconte d&rsquo;o\u00f9 il vient et, comme par hasard, ce n&rsquo;est pas tr\u00e8s gai. Notre club a discut\u00e9 avec passion d&rsquo;un autre livre de souvenirs d&rsquo;une \u00e9crivaine&#160;: Chantal Thomas et \u00ab&#160;ses souvenirs de la mar\u00e9e basse&#160;\u00bb que j&rsquo;ai peu appr\u00e9ci\u00e9 contrairement \u00e0 d&rsquo;autres lectrices qui voulaient lui attribuer un coup de c\u0153ur. Je me dois donc d&rsquo;expliquer pourquoi ce livre me fait plaisir. Pour son humour d&rsquo;abord, je me suis d\u00e9j\u00e0 resservie de la description de Guy et sa fa\u00e7on de ralentir \u00ab&#160;au feu vert de peur qu&rsquo;il ne passe \u00e0 l&rsquo;orange&#160;\u00bb. Dans une soir\u00e9e o\u00f9 vous \u00eates avec des conducteurs qui racontent leurs points de permis en moins vous \u00eatres s\u00fbr de l&rsquo;\u00e9clat de rire g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. J&rsquo;appr\u00e9cie aussi sa fa\u00e7on de faire revivre une \u00e9poque, je reconnais tr\u00e8s bien les lieux et les impressions de sa jeunesse, la maison de campagne aux tapisserie style Vasar\u00e9ly. Et surtout la galerie de portraits des gens qui ont peupl\u00e9 son enfance est absolument extraordinaire. Commen\u00e7ons par celle qui est un personnage de roman \u00e0 elle toute seule&#160;: sa m\u00e8re, qui toute sa vie aura v\u00e9cu pour rendre malheureux les gens qui l&rsquo;entourent sans pour autant en avoir le moindre plaisir. Son couple avec Guy, le beau p\u00e8re de Herv\u00e9 Le Tellier est terrible. C&rsquo;est digne de Mauriac, et Bazin r\u00e9unis. Le pauvre homme comment a-t-il pu supporter tout cela, le myst\u00e8re est entier. Elle semble ne l&rsquo;avoir jamais aim\u00e9, ni lui ni sa famille dont elle jalouse les titres de noblesse. Elle est tout enti\u00e8re dans la ranc\u0153ur et dans la jalousie. le p\u00e8re biologique (dont elle a effac\u00e9 m\u00eame le nom&#160;!) est totalement absent et ne cherche pas du tout \u00e0 conna\u00eetre son fils.<\/p>\n<p>Pourtant, cet auteur ne fait pas une peinture si sombre de son enfance, il y a des portes de sorties \u00e0 cet univers aigri et amer, ses grands-parents, une tante plus libre que sa m\u00e8re. Et surtout comme dit l&rsquo;auteur lui m\u00eame<\/p>\n<blockquote><p><em>\u00ab&#160;Je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 un enfant malheureux, ni priv\u00e9, ni battu, ni abus\u00e9. Mais tr\u00e8s jeune, j\u2019ai compris que quelque chose n\u2019allait pas, tr\u00e8s t\u00f4t j\u2019ai voulu partir, et d\u2019ailleurs tr\u00e8s t\u00f4t je suis parti.<\/em><br \/>\n<em>Mon p\u00e8re, mon beau-p\u00e8re sont morts, ma m\u00e8re est folle. Ils ne liront pas ce livre, et je me sens le droit de l\u2019\u00e9crire enfin. Cette \u00e9trange famille, j\u2019esp\u00e8re la raconter sans col\u00e8re, la d\u00e9crire sans me plaindre, je voudrais m\u00eame en faire rire, sans regrets. Les enfants n\u2019ont parfois que le choix de la fuite, et doivent souvent \u00e0 leur \u00e9vasion, au risque de la fragilit\u00e9, d\u2019aimer plus encore la vie.&#160;\u00bb<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Enfin ce livre tient surtout par la qualit\u00e9 de son style, cet humour en distance et un peu triste donne beaucoup de charme \u00e0 ce r\u00e9cit.<\/p>\n<h1>Citations<\/h1>\n<h3>Sa m\u00e8re et les mensonges<\/h3>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv0931225088yMail_cursorElementTracker_1510318551561\">\u00a0<em>J&rsquo;ai compris pourtant vite qu&rsquo;il \u00e9tait difficile d&rsquo;accorder le moindre cr\u00e9dit \u00e0 ce que ma m\u00e8re racontait. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas qu&rsquo;elle aim\u00e2t particuli\u00e8rement mentir, mais accepter la v\u00e9rit\u00e9 exigeait trop belle. Elle accumulait ainsi les mensonges, et elle les imposait \u00e0 tous.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>Ce que cache le d\u00e9vouement<\/h3>\n<div id=\"yiv1049365003yMail_cursorElementTracker_1510313665094\">\n<blockquote>\n<div id=\"yiv1049365003yMail_cursorElementTracker_1510313596912\"><em>La maladie de mon grand-p\u00e8re fut l&rsquo;occasion pour ma m\u00e8re de se lancer dans une course au d\u00e9vouement dont, pour plus de s\u00fbret\u00e9, elle posa les r\u00e8gles. Elle insista pour le conduire \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital pour chaque transfusion. C&rsquo;\u00e9tait souvent tr\u00e8s t\u00f4t le matin et Rapha\u00eblle, qui habitait plus loin et devait d\u00e9poser ses enfants \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, partait avec handicap. Et lorsqu&rsquo;elle se lib\u00e9rait pour l&#8217;emmener, la cadette se joignait \u00e0 eux, ne supportant ni d&rsquo;\u00eatre supplant\u00e9e dans l&rsquo;abn\u00e9gation ni de laisser son p\u00e8re seul avec Rapha\u00eblle. Cette derni\u00e8re finit par se d\u00e9courager. Ma m\u00e8re ne cessait jamais de le lui reprocher, tout en signalant l&rsquo;exemplarit\u00e9 de son propre sacrifice. Cas remarquable de d\u00e9sint\u00e9ressement int\u00e9ress\u00e9.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<h3>Portrait de Guy<\/h3>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv0933646246yMail_cursorElementTracker_1510312476215\">\u00a0<em>Guy, ainsi, portait la cravate. A priori &#8211; ceci pos\u00e9 pour rassurer tout lecteur cravat\u00e9-, on n&rsquo;en saurait rien d\u00e9duire. D&rsquo;autant que c&rsquo;\u00e9tait une cravate simple en soie , passe-partout, ni slim, trop d\u00e9contract\u00e9, ni en tricot, trop risqu\u00e9e car il n&rsquo;e\u00fbt su avec quoi la porter. Elle \u00e9tait presque toujours unie, dans les bleus profonds, mais il arrivait qu&rsquo;une tr\u00e8s fines rayures l&rsquo;\u00e9gay\u00e2t. Je lui avais offert des cravates d&rsquo;autres coloris, ou aux motifs fantaisie, en vain. Elles avaient \u00e9chou\u00e9 au fond d&rsquo;un tiroir, au mieux. Les autres, une cinquantaine, \u00e9taient suspendues \u00e0 une longue double tringle m\u00e9tallique dans son placard et j&rsquo;aurais \u00e9t\u00e9 bien incapable de les distinguer entre elles.<\/em><\/div>\n<div id=\"yiv0933646246yMail_cursorElementTracker_1510312833257\"><em>Il \u00e9tait trop court de buste et pas assez fort de col, et il choisissait ces cravate trop longues. Il avait beau en coincer l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 dans le pantalon, elle finissait toujours par s&rsquo;\u00e9chapper, pour flotter de mani\u00e8re incontr\u00f4l\u00e9e sur la boucle de ceinture.<\/em><\/div>\n<div id=\"yiv0933646246yMail_cursorElementTracker_1510313433766\"><em>J&rsquo;ignore d&rsquo;o\u00f9 lui venait son go\u00fbt pour cette bande d&rsquo;\u00e9toffe d\u00e9corative. Enseigner l&rsquo;anglais dans le secondaire n&rsquo;exigeait guerre qu&rsquo;il en port\u00e2t une. J&rsquo;imagine qu&rsquo;inconsciemment il s&rsquo;agissait pour lui d&rsquo;\u00e9tablir avec ses \u00e9l\u00e8ves une ligne Maginot vestimentaire infranchissable. A moins que la tradition anglaise, \u00ab&#160;Tie&#160;\u00bb, qui signifie aussi, \u00ab&#160;lien&#160;\u00bb, \u00ab&#160;attache&#160;\u00bb, ne soit une clef d&rsquo;analyse. Quoi qu&rsquo;il en soit, une fois rentr\u00e9 chez nous il ne la retirait pas, ne desserrait m\u00eame pas le col. Longtemps je mis cela sur le compte de la fatigue. Arriva l&rsquo;\u00e2ge de la retraite. Il ne l&rsquo;abandonna pas. Il nouait son n\u0153ud tous les matins, par tous temps, en toutes circonstances. Il la portait indiff\u00e9remment sous une veste, sous un pull, un blouson, un anorak, tout cela convergeant pour lui conf\u00e9rer l&rsquo;allure d&rsquo;un vigile d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 de gardiennage. Au sport d&rsquo;hiver, ses mauvais genoux l&#8217;emp\u00eachaient de skier mais il y emmenait parfois mon fils, il portait la cravate jusqu&rsquo;au bas des pistes de ski, et il pouvait m\u00eame manger une fondue, cravat\u00e9, dans les restaurants d&rsquo;altitude. J&rsquo;ai la photo. L&rsquo;\u00f4ter pour dormir o\u00f9 se baigner devait \u00eatre un d\u00e9chirement.<\/em><\/div>\n<div id=\"yiv0933646246yMail_cursorElementTracker_1510313296679\"><em>Son conformisme \u00e9tait si extr\u00eame qu&rsquo;il confinait \u00e0 l&rsquo;originalit\u00e9.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div>\n<h3>Toujours Guy qui devait \u00e9nerver plus d&rsquo;une personne sur la route<\/h3>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv7652747474yMail_cursorElementTracker_1510313991939\">\u00a0<em>Nous d\u00e9marrions alors, mais seulement apr\u00e8s que le si\u00e8ge eut \u00e9t\u00e9 r\u00e9gl\u00e9 au millim\u00e8tre, et les r\u00e9troviseurs repositionn\u00e9s. Sortir en cr\u00e9neau de sa place lui prenait plus de temps qu&rsquo;il en eut fallu \u00e0 quiconque pour y entrer. Au premier feu tricolore, il ralentissait malgr\u00e9 le vert pour \u00e9viter de passer \u00e0 l&rsquo;orange. Et lorsque le feu quittait le rouge, il n&rsquo;arriva jamais que la voiture qui nous suivait ne klaxonn\u00e2t pas au moins une fois.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div>\n<h3>Quand son humour rejoint celui de Jean Louis Fournier<\/h3>\n<div id=\"yiv1921145712yMail_cursorElementTracker_1510318861465\"> <em>Une \u00e9glise sur le fronton de laquelle \u00e9tait \u00e9crit&#160;: \u00ab&#160;Ah qu&rsquo;il est bon le bon Dieu&#160;!&#160;\u00bb Ce n&rsquo;\u00e9tait pas de l&rsquo;humour, d&rsquo;autant qu&rsquo;\u00e0 tout prendre, un \u00ab&#160;Ah qu&rsquo;elle est vierge la Vierge Marie&#160;!&#160;\u00bb eut \u00e9t\u00e9 plus amusant.<\/em><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lu dans le cadre du club de lecture de\u00a0la m\u00e9diath\u00e8que de Dinard. Encore un \u00e9crivain qui raconte d&rsquo;o\u00f9 il vient et, comme par hasard, ce n&rsquo;est pas tr\u00e8s gai. 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