{"id":6053,"date":"2016-05-05T07:19:05","date_gmt":"2016-05-05T05:19:05","guid":{"rendered":"http:\/\/luocine.fr\/?p=6053"},"modified":"2016-05-05T14:13:38","modified_gmt":"2016-05-05T12:13:38","slug":"mendiants-et-orgueilleux-albert-cossery","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=6053","title":{"rendered":"Mendiants et Orgueilleux       &#8211; Albert Cossery"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/3.jpg\" rel=\"attachment wp-att-724\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-6061\" src=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/20160331_191026-e1459512786249-1024x576.jpg\" alt=\"20160331_191026\" width=\"580\" height=\"326\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/20160331_191026-e1459512786249-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/20160331_191026-e1459512786249-300x169.jpg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/20160331_191026-e1459512786249-768x432.jpg 768w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/20160331_191026-e1459512786249.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 580px) 100vw, 580px\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-724 alignleft\" src=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/3.jpg\" alt=\"3\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a><\/p>\n<p>Je ne parle pas souvent des maisons d&rsquo;\u00e9dition car je trouve, le plus souvent, qu&rsquo;elles font seulement leur travail (ce qui n&rsquo;est pas si mal, \u00e9videmment&#160;!). Or, gr\u00e2ce \u00e0 ce roman, j&rsquo;ai d\u00e9couvert la maison de Jo\u00eblle Losfeld et ses qualit\u00e9s m\u00e9ritent d&rsquo;\u00eatre soulign\u00e9es. En plus du texte parfaitement pr\u00e9sent\u00e9, et donc, agr\u00e9able \u00e0 lire, d&rsquo;une couverture utilisant une photo de statut de l&rsquo;antiquit\u00e9 \u00e9gyptienne o\u00f9 l&rsquo;on croit reconna\u00eetre le sourire \u00e9nigmatique de Gohar (le personnage principal, ex-philosophe), l&rsquo;\u00e9diteur a enrichi ce livre d&rsquo;une s\u00e9rie de documents nous permettant de mieux conna\u00eetre <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Albert_Cossery\">Albert Cossery<\/a>. Cet auteur c\u00e9l\u00e8bre dans les ann\u00e9es 50 dans le petit monde de Saint Germain-des-Pr\u00e9s est quelque peu oubli\u00e9 aujourd&rsquo;hui. Cette maison d&rsquo;\u00e9dition sait le faire revivre et j&rsquo;aurais plaisir \u00e0 garder ce bel objet-livre qui dans ma biblioth\u00e8que.<\/p>\n<p>Je dois cette lecture \u00e0 <a href=\"http:\/\/deslivresetdesfilms.com\/2016\/03\/23\/la-maison-de-la-mort-certaine-de-albert-cossery\/\">Goran<\/a> un nouveau venu dans ma blogosph\u00e8re, et je me suis rendu compte en allant chercher ce titre dans une bonne librairie parisienne, que cet auteur \u00e9tait pour de nombreux lecteurs une r\u00e9f\u00e9rence indispensable pour la litt\u00e9rature \u00e9gyptienne. \u00c9gyptienne&#160;? \u00e9crit par un homme ayant surtout v\u00e9cu en France, il a d\u2019ailleurs re\u00e7u le prix de la Francophonie en 1992, et visiblement tr\u00e8s influenc\u00e9 par la litt\u00e9rature fran\u00e7aise. On pense tout de suite \u00e0 un autre Albert, Camus celui-l\u00e0. Le mendiant le plus int\u00e9ressant, Gohar, est un super Meursault, il a encore moins que lui de raison de tuer et il est autrement plus puissant car il entra\u00eene celui qui aurait d\u00fb le punir dans son sillage du monde de l&rsquo;absurde ou la notion du bien et du mal dispara\u00eet. Un mendiant de plus, un ancien policier, hantera les rues du Caire dans des lieux consacr\u00e9s uniquement \u00e0 la survie, et o\u00f9 le plus important c&rsquo;est de respecter un code de l&rsquo;honneur fond\u00e9 surtout sur l&rsquo;esprit de d\u00e9rision. Ce n&rsquo;est ni cet aspect, ni l&rsquo;enqu\u00eate polici\u00e8re assez mal men\u00e9e qui a fait pour moi l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de ce livre, c&rsquo;est la d\u00e9couverte de ce monde et de toutes les petites ficelles pour survivre. Le crime gratuit me r\u00e9vulse, et le c\u00f4t\u00e9 philosophique du d\u00e9passement du bien et du mal est tellement dat\u00e9 que cela ne m&rsquo;int\u00e9resse plus. En revanche, la vie de ces \u00eatres qui n&rsquo;ont plus rien est tr\u00e8s bien d\u00e9crite.<\/p>\n<p>Je doute totalement de la v\u00e9racit\u00e9 des personnages car ils sont d\u00e9crit par un intellectuel \u00e0 l&rsquo;abri du besoin et r\u00e9sidant en France. Je pense que c&rsquo;est toujours plus facile d&rsquo;imaginer les tr\u00e8s pauvres dans une forme de bonheur et refusant les facilit\u00e9s de notre soci\u00e9t\u00e9 que comme des exclus du syst\u00e8me et qui aimerait bien en profiter un peu. Mais l\u00e0 n&rsquo;est pas du tout le propos du roman et je rajoute que c&rsquo;est un livre qui se lit facilement et agr\u00e9ablement, j&rsquo;ai tort d&rsquo;avoir un jugement moral sur son propos car c&rsquo;est justement ce que d\u00e9nonce Albert Cossery&#160;: cette morale occidentale qui fait fi de l&rsquo;\u00e9norme mis\u00e8re des pauvres en \u00c9gypte, ce que nous dit cet auteur c&rsquo;est que puisqu&rsquo;on ne peut rien y changer le meilleur moyen c&rsquo;est encore de vivre comme les mendiants du Caire. Une absence de volont\u00e9 de poss\u00e9der quoique ce soit est, pour lui, beaucoup plus dangereuse pour l&rsquo;\u00e9quilibre de la soci\u00e9t\u00e9 qu&rsquo;une quelconque r\u00e9volte. On peut le penser comme une premi\u00e8re pierre \u00e0 l&rsquo;\u00e9difice de la compr\u00e9hension de ce pays, mais je pense que des roman comme \u00ab&#160;<a href=\"http:\/\/luocine.fr\/?p=1452\">Taxi<\/a>&#160;\u00bb de Kaled Khamissi ou \u00ab&#160;<a href=\"http:\/\/luocine.fr\/?p=1480\">L&rsquo;immeuble Yakoubian<\/a>&#160;\u00bb de Alaa El Aswani mettent en sc\u00e8ne une \u00c9gypte beaucoup plus contemporaine et les auteurs ne sont plus encombr\u00e9s par le poids des id\u00e9es des intellectuels fran\u00e7ais (marxisme, existentialisme et autres structuralisme).<\/p>\n<h1>Citations<\/h1>\n<h3>L&rsquo;ironie<\/h3>\n<blockquote><p>P<em>eut-\u00eatre \u00e9tait-il atteint d&rsquo;une maladie contagieuse. &#160;\u00bb Les microbes&#160;!&#160;\u00bb se dit-il avec angoisse. Mais presque aussit\u00f4t la peur des microbes lui parut risible. Si l&rsquo;on devait mourir des microbes, pensa-t-il, il y a longtemps que nous serions tous morts. Dans un monde aussi d\u00e9risoire, m\u00eame les microbes perdaient de leur virulence.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<h3>Le pays paradisiaque (\u00e7a a bien chang\u00e9&#160;! mais peut-\u00eatre pas pour ce d\u00e9tail)<\/h3>\n<blockquote><p><em>En Syrie, la drogue n&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;objet d&rsquo;aucune interdiction. Le haschisch y poussait librement dans les champs, comme du v\u00e9ritable tr\u00e8fle&#160;; on pouvait le cultiver soi-m\u00eame.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<h3>Une putain heureuse de l&rsquo;\u00eatre<\/h3>\n<blockquote><p><em>\u00ab&#160;Pourquoi irais-je \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, dit Arnaba d&rsquo;un ton m\u00e9prisant . Je suis une putain, moi. Quand on a un beau derri\u00e8re, on n&rsquo;a pas besoin de savoir \u00e9crire.&#160;\u00bb<\/em><\/p><\/blockquote>\n<h3>La ville europ\u00e9enne<\/h3>\n<blockquote><p><em>L&rsquo;avenue Fouad s&rsquo;ouvrit au centre de la ville europ\u00e9enne comme un fleuve de lumi\u00e8re. El Kordi remontait l&rsquo;avenue, d&rsquo;un pas de fl\u00e2neur, avec le sentiment inqui\u00e9tant d&rsquo;\u00eatre dans une ville \u00e9trange. Il avait beau se dire qu&rsquo;il se trouvait dans son pays natal, il n&rsquo;arrivait pas \u00e0 y croire&#8230; Quelque chose manquait \u00e0 cette cohue bruyante&#160;: le d\u00e9tail humoristique par quoi se reconna\u00eet la nature de l&rsquo;humain.<\/em><\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je ne parle pas souvent des maisons d&rsquo;\u00e9dition car je trouve, le plus souvent, qu&rsquo;elles font seulement leur travail (ce qui n&rsquo;est pas si mal, \u00e9videmment&#160;!). Or, gr\u00e2ce \u00e0 ce roman, j&rsquo;ai d\u00e9couvert la maison de Jo\u00eblle Losfeld et ses qualit\u00e9s m\u00e9ritent d&rsquo;\u00eatre soulign\u00e9es. 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