{"id":4447,"date":"2015-08-17T09:02:40","date_gmt":"2015-08-17T07:02:40","guid":{"rendered":"http:\/\/luocine.fr\/?p=4447"},"modified":"2015-08-17T11:08:09","modified_gmt":"2015-08-17T09:08:09","slug":"le-ventre-de-paris-emile-zola","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=4447","title":{"rendered":"Le ventre de Paris &#8211; \u00c9mile ZOLA"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/20150718_154916.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-4448\" src=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/20150718_154916-1024x576.jpg\" alt=\"20150718_154916\" width=\"580\" height=\"326\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/20150718_154916-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/20150718_154916-300x169.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 580px) 100vw, 580px\" \/><\/a><br \/>\nUne fois n&rsquo;est pas coutume je vais commencer mon article par une citation, si (et seulement si) vous \u00eates all\u00e9 sans d\u00e9plaisir au bout de la lecture alors, je vous conseillerai de \u00ab&#160;re\u00a0\u00bblire ce roman&#160;:<\/p>\n<blockquote>\n<div id=\"yui_3_16_0_1_1439322496659_26758\"><em> P\u00eale-m\u00eale, au hasard du coup de filet, les algues profondes, o\u00f9 dort la vie myst\u00e9rieuse des grandes eaux, avaient tout livr\u00e9&#160;: les cabillauds, les aiglefins, les carrelets, les plies, les limandes, b\u00eates communes d&rsquo;un gris sale, aux t\u00e2ches blanch\u00e2tres&#160;; les congres, ces grosses couleuvres d&rsquo;un bleu de vase , aux minces yeux noirs, si gluantes qu&rsquo;elles semblent ramper, vivantes encore&#160;; les raies \u00e9largies, \u00e0 ventre p\u00e2le bord\u00e9 de rouge tendre, dont les dos superbes, allongeant les n\u0153uds saillants de l&rsquo;\u00e9chine, se marbrent jusqu&rsquo;aux baleines tendues des nageoires , de plaques de cinabre coup\u00e9es par des z\u00e9brures de bronze florentin, d&rsquo;une bigarrure assombrie de crapaud et de fleurs malsaines&#160;; les chiens de mer, horribles, avec leur t\u00eates rondes , leurs bouches largement fendues d&rsquo;idoles chinoises, leurs courtes ailes de chauves &#8211; souris charnues, monstre qui doivent garder de leurs abris les tr\u00e9sors des grottes marines. Puis venaient les beaux poissons , isol\u00e9s, un sur chaque plateau d&rsquo;osier&#160;; les saumons , d&rsquo;argent guilloch\u00e9, dont chaque \u00e9caille semble un coup de burin dans le poli du m\u00e9tal&#160;; les mulets , d&rsquo;\u00e9cailles plus fortes, de ciselures plus grossi\u00e8res&#160;; les grands turbots, les grandes barbues, d&rsquo;un grain serr\u00e9 et blanc comme du lait caill\u00e9&#160;; les thons , lisses et vernis, pareils \u00e0 des sacs de cuir noir\u00e2tres&#160;; les bars arrondis, ouvrant une bouche \u00e9norme, faisant songer \u00e0 quelque \u00e2me trop grosse, rendue \u00e0 pleine gorge dans la stup\u00e9faction de l&rsquo;agonie. Et , de toutes parts, les soles , par paires, grises ou blondes , pullulaient&#160;; les \u00e9quilles , minces, raidies, ressemblaient \u00e0 des rognures d&rsquo;\u00e9tain&#160;; les harengs, l\u00e9g\u00e8rement tordus, montraient tous, sur leurs robes lam\u00e9es , la meurtrissure de leurs ou\u00efes saignantes&#160;; les dorades grasses se teintaient d&rsquo;une pointe de carmin, tandis que les maquereaux, dor\u00e9s , le dos stri\u00e9s de brunissures verd\u00e2tres, faisaient luire la nacre changeante de leurs flancs, et que les grondins roses, \u00e0 ventre blancs, les t\u00eates rang\u00e9es au centre des mannes, les queues rayonnantes \u00e9panouissaient d&rsquo;\u00e9tranges floraisons, panach\u00e9es de blanc de perle et de vermillon vif. Il y avait encore des rougets de roche, \u00e0 la chair exquise, du rouge enlumin\u00e9 des cyprins, des caisses de merlans aux reflets d&rsquo;opale, des paniers d&rsquo;\u00e9perlans, de petits paniers propres , jolis comme des paniers de fraises, qui laissaient \u00e9chapper une odeur puissante de violette. Cependant , les crevettes roses, les crevettes grises , dans les bourriches, mettaient , au milieu de la douceur effac\u00e9e de leur tas, les imperceptibles boutons de jais de leurs milliers d&rsquo;yeux&#160;; les langoustes \u00e9pineuses, les homards tigr\u00e9s de noir&rsquo; vivants encore, se tra\u00eenant sur leur pattes cass\u00e9es, craquaient.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-723 alignleft\" src=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/2.jpg\" alt=\"2\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a><br \/>\nL&rsquo;\u00e9t\u00e9 est propice aux relectures, dans toutes les biblioth\u00e8ques il tra\u00eene un roman de Zola. J&rsquo;ai lu autrefois tous les Rougon Macquart, certains m&rsquo;ont laiss\u00e9 un souvenir tr\u00e8s pr\u00e9cis. Ils flottent dans ma m\u00e9moire des sc\u00e8nes vari\u00e9es , souvent tragiques, comme la fin de Gervaise dans \u00ab&#160;L\u2019assommoir&#160;\u00bb , parfois sensuelles, comme les \u00e9mois de Lantier remontant dans l&rsquo;ascenseur de la mine contre le corps de Catherine Maheu, presque toujours trop charg\u00e9es en trag\u00e9dies violentes. Le seul roman que j&rsquo;ai relu sans d\u00e9plaisir c&rsquo;est \u00ab&#160;Au bonheur des dames&#160;\u00bb, enfin un roman qui ne d\u00e9crit pas que la noirceur de l&rsquo;\u00e2me humaine.<\/p>\n<p>J&rsquo;avais compl\u00e9tement oubli\u00e9 \u00ab&#160;le ventre de Paris&#160;\u00bb et en le relisant j&rsquo;ai facilement compris pourquoi. A l&rsquo;\u00e9poque, si je d\u00e9vorais les romans, je sautais all\u00e9grement les descriptions trop longues qui m&rsquo;ennuyaient, je ne me souvenais donc d&rsquo;un h\u00e9ros, Florent, trop na\u00eff et sans d\u00e9fense qui ne m&rsquo;avait gu\u00e8re int\u00e9ress\u00e9e. Or le personnage principal du roman, ce n&rsquo;est pas lui, mais les Halles que Zola, nous d\u00e9crit avec une passion peu commune. Il y voit le symbole m\u00eame de la bourgeoisie du second empire, engonc\u00e9e dans ses certitudes et son embonpoint, et qui corrompt tout ce qu&rsquo;elle touche. Les fruits sont tous au bord de la d\u00e9composition, les produits laitiers sentent trop fort, les viandes d\u00e9goulinent de graisses et d&rsquo;odeurs r\u00e9pugnantes. Le seul personnage positif qui aurait pu sauver Florent (d\u00e9sol\u00e9e de \u00ab&#160;divulgacher&#160;\u00bb ainsi la fin du roman) est une certaine Fran\u00e7oise qui cultive des beaux l\u00e9gumes frais aux portes de Paris, mais il suffit qu&rsquo;ils passent la porte de halles pour qu&rsquo;aussit\u00f4t ils se transforment en trognons, \u00e9pluchures, et autres objets r\u00e9pugnants.<\/p>\n<p>En lisant ce roman j&rsquo;ai pens\u00e9 qu&rsquo;il constituait une mine de renseignements pour des reconstitutions historiques. A c\u00f4t\u00e9 de ce Florent doux r\u00eaveur r\u00e9volutionnaire, se dresse Lisa , la belle charcuti\u00e8re. Zola veut nous montrer \u00ab&#160;que ces gredins d&rsquo;honn\u00eates gens&#160;\u00bb comme les traite Claude Lantier , peintre de son \u00e9tat (il sera le personnage principal de \u00ab&#160;l\u2019\u0153uvre&#160;\u00bb), sont des gens monstrueux \u00e0 leur mani\u00e8re. Le pari est difficile car la belle Lisa, est avant tout une femme travailleuse, honn\u00eate et attach\u00e9e \u00e0 sa famille. Mais derri\u00e8re cette apparence douceur se cache une violence implacable qui sera fatale \u00e0 celui qui ne rentre pas dans son cadre de pens\u00e9e.<\/p>\n<p>Tous les personnages ou presque sont remplis d&rsquo;une haine rancuni\u00e8re abominable , c&rsquo;est un monde de femmes o\u00f9 toutes les passions se d\u00e9cha\u00eenent sans aucune retenue, bref c&rsquo;est du \u00ab&#160;Zola&#160;\u00bb. Je me suis dit que je n&rsquo;aurais pas aim\u00e9 expliquer ce roman \u00e0 des jeunes aujourd&rsquo;hui, car quelque soit les d\u00e9fauts de la belle charcuti\u00e8re, c&rsquo;est une femme qui aime son travail et veut le bien de sa famille.<\/p>\n<h1>Citations<\/h1>\n<h3>La belle charcuti\u00e8re<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div id=\"yui_3_16_0_1_1439322496659_51162\"><em>Il pardonnait \u00e0 Lisa ses tendresses pour l&#8217;empereur, parce que disait-il, il ne faut jamais caus\u00e9 politique avec les femmes, et que la belle charcuti\u00e8re \u00e9tait apr\u00e8s tout , une femme tr\u00e8s honn\u00eate qui faisait aller joliment son commerce.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div>\n<h3 id=\"yui_3_16_0_1_1439322496659_34249\">La religion de Lisa<\/h3>\n<blockquote>\n<div id=\"yui_3_16_0_1_1439322496659_34234\"><em>Aussi lorsque Lisa allait dans une \u00e9glise, elle se montrait recueillie. Elle avait achet\u00e9 un beau paroissien, qu&rsquo;elle n&rsquo;ouvrait jamais, pour assister aux enterrements et aux mariages. Elle se levait , s&rsquo;agenouillait , aux bons endroits, s&rsquo; appliquant \u00e0 garder l&rsquo; attitude d\u00e9cente qu&rsquo;il convenait d&rsquo;avoir. C&rsquo;\u00e9tait pour elle une sorte de tenue officielle que les gens honn\u00eates, les commer\u00e7ants et les propri\u00e9taires devaient garder devant la religion.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>Les honn\u00eates gens<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div id=\"yui_3_16_0_1_1439322496659_42819\"><em>Ma conscience ne me reproche rien. Je ne dois pas un sou, je ne suis dans aucun tripotage, j&rsquo;ach\u00e8te et je vends de bonne marchandise , je ne fais pas payer plus cher que le voisin&#8230; Alors pourquoi parles-tu de renverser le gouvernement, qui te prot\u00e8ge et te permets de faire des \u00e9conomies&#160;? Tu as une femme, tu as une fille, tu te dois \u00e0 elle avant tout. Tu serais coupable, si tu risquais leur bonheur. Il n&rsquo;y a que les gens sans feu ni lieu, n ayant rien \u00e0 perdre, qui veulent le coup de fusil. Tu n&rsquo;entends pas \u00eatre le dindon de la farce peut \u00eatre&#160;? Reste donc chez toi, grande b\u00eate, dors bien , mange bien, gagne de l&rsquo;argent, aie la conscience tranquille, dis-toi que la France se d\u00e9barbouillera toute seule , si l&rsquo;Empire la tracasse. Elle n&rsquo;a pas besoin de toi la France.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>La pauvret\u00e9<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>On trouve toujours quelqu&rsquo;un pour vous payer \u00e0 boire, on ne rencontre jamais personne qui vous paie \u00e0 manger.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une fois n&rsquo;est pas coutume je vais commencer mon article par une citation, si (et seulement si) vous \u00eates all\u00e9 sans d\u00e9plaisir au bout de la lecture alors, je vous conseillerai de \u00ab&#160;re\u00a0\u00bblire ce roman&#160;: P\u00eale-m\u00eale, au hasard du coup de filet, les algues profondes, o\u00f9 dort la vie myst\u00e9rieuse des grandes eaux, avaient tout <span class=\"ellipsis\">&hellip;<\/span> <span class=\"more-link-wrap\"><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/?p=4447\" class=\"more-link\"><span>Read More &rarr;<\/span><\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":822092,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[43,24,31],"tags":[],"class_list":["post-4447","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-2-coquillages","category-france","category-grand-classique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4447","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/822092"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4447"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4447\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4447"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4447"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4447"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}