{"id":22465,"date":"2026-10-26T06:15:34","date_gmt":"2026-10-26T05:15:34","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=22465"},"modified":"2026-10-24T12:27:28","modified_gmt":"2026-10-24T10:27:28","slug":"traverser-les-forets-caroline-hinault","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=22465","title":{"rendered":"Traverser les for\u00eats     &#8211; Caroline HINAULT"},"content":{"rendered":"<p><em><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_0056-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-22472\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_0056-scaled.jpeg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"2560\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_0056-scaled.jpeg 2560w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_0056-300x300.jpeg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_0056-1024x1024.jpeg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_0056-150x150.jpeg 150w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_0056-768x768.jpeg 768w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_0056-1536x1536.jpeg 1536w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_0056-2048x2048.jpeg 2048w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_0056-1320x1320.jpeg 1320w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/a><br \/>\n\u00c9ditions la brune au Rouergue, 183 pages, avril 2024<\/em><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-726 alignleft\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>J&rsquo;ai trouv\u00e9 ce roman dans les rayons de ma m\u00e9diath\u00e8que, et, oh surprise&#160;! la biblioth\u00e9caire m&rsquo;a dit l&rsquo;avoir mis au club de lecture et qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas re\u00e7u de coup de c\u0153ur, mes pauvres coquillages n&rsquo;effaceront pas ce scandale. Il m\u00e9rite un coup de c\u0153ur, autant pour la qualit\u00e9 d&rsquo;\u00e9criture que par le sujet. Le seul reproche que je pourrais lui faire, vient de mon inculture, je n&rsquo;ai pas lu Dante et je n&rsquo;ai donc pas \u00e9t\u00e9 sensible \u00e0 la construction inspir\u00e9e de la Divine com\u00e9die. Mais cela ne m&rsquo;a pas emp\u00each\u00e9e de beaucoup appr\u00e9cier cette lecture. Et de confirmer pour moi le talent de cette \u00e9crivaine que j&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 ressenti \u00e0 la lecture de \u00ab&#160;<a href=\"https:\/\/aleslire.wordpress.com\/2026\/10\/07\/rentree-litteraire-nous-aussi-anne-godard\/\">Ce qui se joue<\/a>&#160;\u00bb<\/p>\n<p>Vous souvenez vous de cette pure horreur d\u00e9cid\u00e9e par Alexandre Loukachenko&#160;: en 2021 son r\u00e9gime d\u00e9cide de donner un visa \u00e0 des milliers de personnes fuyant la Syrie, la Libye, l&rsquo;Irak, l&rsquo;Afghanistan arriv\u00e9s en Bi\u00e9lorussie, l&rsquo;arm\u00e9e a pouss\u00e9 ces pauvres gens vers la fronti\u00e8re polonaise o\u00f9 ils ont \u00e9t\u00e9 refoul\u00e9s sans m\u00e9nagement. Derri\u00e8re ces simples phrases, se cachent des souffrances humaines qui ont touch\u00e9 Caroline Hinault, elle sait nous faire partager ses \u00e9motions, et nous aide \u00e0 ne pas oublier. Beaucoup de ses r\u00e9fugi\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 contraints de revenir vers leurs pays, d&rsquo;autres ont essay\u00e9 de traverser \u00e0 tout prix cette fronti\u00e8re en passant par la for\u00eat la plus inhospitali\u00e8re qu&rsquo;il soit&#160;: la for\u00eat de Bialowieza. C&rsquo;est la seule for\u00eat primaire en Europe, et elle va devenir un personnage important de ce r\u00e9cit.<\/p>\n<p>Trois femmes donc&#160;: Alma, qui avec son cousin est anim\u00e9e par une certitude&#160;: ne jamais retourner en Syrie depuis que sa s\u0153ur a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9e par un r\u00e9gime qui a aussi bombard\u00e9 son immeuble. Elle \u00e8re avec son cousin, Bessem, dans une for\u00eat qui ne la prot\u00e8ge pas des hommes qui la renvoient en Bi\u00e9lorussie d\u00e8s qu&rsquo;elle r\u00e9ussit par miracle \u00e0 passer les barbel\u00e9s. Dans cette for\u00eat habite aussi Nina, une jolie jeune femme polonaise, qui a cru un moment que son physique lui ouvrirait le m\u00e9tier de mannequin \u00e0 Varsovie. Elle est mal dans sa peau, elle a un petit gar\u00e7on avec Adam qui s&rsquo;est s\u00e9par\u00e9 d&rsquo;elle et de son insatisfaction perp\u00e9tuelle. Elle habite chez ses parents au milieu de la for\u00eat et proche de la fronti\u00e8re.<\/p>\n<p>Enfin il y a V\u00e9ra, une militante Bi\u00e9lorusse qui a le statut de r\u00e9fugi\u00e9e politique et qui vit dans la for\u00eat pour essayer \u00e0 travers une solitude volontaire de trouver la force d&rsquo;\u00e9crire. Elle rencontre un militant \u00e9cologiste, Sikorski, qui va l&rsquo;aider \u00e0 comprendre la for\u00eat et lui ouvrir les yeux sur le drame des r\u00e9fugi\u00e9s qui sont condamn\u00e9s \u00e0 mourir de faim si personne ne les accueille . Je n&rsquo;ose vous dire le pr\u00e9nom de Sikorski pour ne pas vous divulg\u00e2cher le roman.<\/p>\n<p>Le dernier personnage c&rsquo;est donc cette for\u00eat travers\u00e9e aujourd&rsquo;hui par un mur pour emp\u00eacher l&rsquo;immigration mais qui s&rsquo;\u00e9tend autant en Bi\u00e9lorussie qu&rsquo;en Pologne. C&rsquo;est un tr\u00e9sor pour tous ceux et celles qui s&rsquo;int\u00e9ressent \u00e0 la richesse de la diversit\u00e9 de la faune et de la flore. La marche y est p\u00e9nible puisqu&rsquo;aucun chemin ne la traverse&#160;: aucun homme ne l&rsquo;a fa\u00e7onn\u00e9e c&rsquo;est une force brutale, sauvage et cruelle pour les r\u00e9fugi\u00e9s et, est un tr\u00e9sor pour ceux qui prot\u00e8gent la nature et dans ce roman ce sont les m\u00eames qui aident le mieux qui le peuvent, les immigr\u00e9s qui s&rsquo;y sont perdus.<\/p>\n<p>Un tr\u00e8s beau roman et une tr\u00e8s belle langue.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>Extraits.<\/h1>\n<h3>D\u00e9but.<\/h3>\n<div><\/div>\n<blockquote>\n<div><em>Almanach<\/em><\/div>\n<div><em>Octobre<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0L&rsquo;espace est mur\u00e9. Partout autour d&rsquo;eux, des arbres tordus, d\u00e9multipli\u00e9q, plant\u00e9s dans les gencives noires de l&rsquo;humus. Bessem ne dit rien. Alma non plus. Ils sont \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat. P\u00e9trifi\u00e9s devant la gorgone v\u00e9g\u00e9tale. \u00c9touff\u00e9s par la pelote de peur qui \u00e9tire son lierre en eux.\u00a0<\/em><\/div>\n<div><em>Alma fixe le barbel\u00e9 de branches. Aspire le sang d&rsquo;une coupure \u00e0 la main.<\/em><\/div>\n<div><em>Crache.<\/em><\/div>\n<div><em>Des oiseaux croassent. Le vent leur souffle au visage, son haleine de compost. L&rsquo;air est encore assombri, le ciel est mort depuis longtemps.<\/em><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p><\/blockquote>\n<h3>Le d\u00e9part.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>Leur passeport est en r\u00e8gle pour la Bi\u00e9lorussie. Leur nom est sur la liste des gens autoris\u00e9s. \u00ab&#160;Ils sont autoris\u00e9s&#160;\u00bb. Le vol est interminable. Des bus attendent \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e. \u00ab&#160;Ils sont attendus&#160;\u00bb. On les\u00a0<\/em><em> d\u00e9pose devant de grandes barres d&rsquo;h\u00f4tels. Le ciel est gris, \u00e9tranger. D&rsquo;autres bus viennent le lendemain. Il y a des militaires. Il faut prendre toutes les affaires. D&rsquo;abord passer au centre commercial, s&rsquo;\u00e9quiper pour le froid. Faire des achats. Bessem et Alma ob\u00e9issent. Gourde. Chaussette. Manteau gris pour lui, doudoune rouge pour elle. Les bus repartent. Prennent de grands axes routiers. Puis de petites routes. C&rsquo;est la campagne. L&rsquo;inconnu. La for\u00eat.\u00a0<\/em><\/div>\n<div><em>Le bus s&rsquo;arr\u00eate.<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Tout le monde descend.<\/em><\/div>\n<div><em>Il y a des arbres.<\/em><\/div>\n<div><em>Le vent froid.<\/em><\/div>\n<div><em>La Pologne c&rsquo;est tout droit.\u00a0<\/em><\/div>\n<div><em>Les gens paniquent. Refusent. Des enfants pleurent.<\/em><\/div>\n<div><em>Les militaires avancent.<\/em><\/div>\n<div><em>La fronti\u00e8re, c&rsquo;est tout droit en vous dit.\u00a0<\/em><\/div>\n<div><em>Le flot humain se met en marche. Tout droit.<\/em><\/div>\n<div><em>Et le silence se dresse.<\/em><\/div>\n<div><em>Devant eux, un mur de barbel\u00e9s.<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9&#160;: une frise d&rsquo;hommes arm\u00e9s, plant\u00e9s dans le sol \u00e0 intervalles r\u00e9guliers.<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Ce qui a suivi Alma ne veut m\u00eame plus y penser. Bassement et elle comprennent qu&rsquo;ils ne passeront pas la fronti\u00e8re. Pas par l\u00e0. Ils observent longtemps les gens install\u00e9s au pied des barbel\u00e9s. Enfants, femmes, hommes, qui attendent le visage creus\u00e9 d&rsquo;une faille, qu&rsquo;une d\u00e9cision qu&rsquo;une parole quelque chose, d&rsquo;humain vienne entailler le m\u00e9tal et dissiper la brume. Il fait froid. Il va bient\u00f4t faire nuit.<\/em><\/div>\n<div><em>Rien ne vient.<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Alors comme d&rsquo;autres, Bessem et Alma s&rsquo;enfoncent dans la for\u00eat, en qu\u00eate d&rsquo;un passage posible, possible. Et comme d&rsquo;autres, ils se perdent.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>Nina.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>De retour au village, elle avait pris ce travail au supermarch\u00e9, \u00ab&#160;en attendant&#160;\u00bb, travail qu&rsquo;elle d\u00e9testait d&rsquo;autant plus qu&rsquo;il l&rsquo;obligeait \u00e0 exhiber quotidiennement ses mains, la cause m\u00eame de son d\u00e9classement. Elle avait retrouv\u00e9 par d\u00e9faut la bande de ceux qui \u00e9taient rest\u00e9s, dont Adam, l&rsquo;un des plus beaux gar\u00e7ons du lyc\u00e9e. Bien dans ses bottes de jeunes scieur, reconnu pour la qualit\u00e9 de son travail, sa force physique, le visage ouvert et p\u00e9tillant, de ceux qui avancent sans difficult\u00e9 dans les broussailles de l&rsquo;existence. Il la trouvait belle, il \u00e9tait solide. D&rsquo;ici. Elle s&rsquo;\u00e9tait laiss\u00e9e s\u00e9duire, amoureuse de l&rsquo;image qu&rsquo;ils renvoyaient.\u00a0<\/em><\/div>\n<div><em>Leur union avait v\u00e9cu l&rsquo;illusion du bonheur pendant quelques ann\u00e9es avant de battre de l&rsquo;aile, car Nina exprimait une insatisfaction permanente dont elle ne savait pas exactement isoler la source. Dans les moments de conflit, quand Adam finissait par exploser pour lui demander ce qui n&rsquo;allait pas, ce qu&rsquo;elle d\u00e9sirait vraiment, elle r\u00e9pondait piteuse, sinc\u00e8re&#160;: \u00ab&#160;je ne sais pas&#160;\u00bb, pensant confus\u00e9ment qu&rsquo;elle ratait sa vie comme on rate une marche, avec \u00e0 peine le temps de se rendre compte que d\u00e9j\u00e0 tout un champ des possibles s&rsquo;est d\u00e9rob\u00e9 sous les pieds.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<h3>Le regard d&rsquo;un homme qui aime cette for\u00eat.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Ton guide pointe les feuilles \u00e0 na\u00eetre ou s&rsquo;op\u00e8re l&rsquo;alchimie silencieuse la combinaison mol\u00e9culaire qui leur permet de synth\u00e9tiser \u00e0 partir d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments ext\u00e9rieurs leurs propres constituants organiques.<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Pr\u00e8s d&rsquo;une souche renvers\u00e9e, il s&rsquo;arr\u00eate, s&rsquo;accroupit, absorb\u00e9 par la contemplation d&rsquo;\u00e9normes racines tendues vers le ciel. Sous vos pieds, se trouve un outre-monde nourricier, tout un peuple de d\u00e9composeurs qui m\u00e8ne son existence souterraine et se m\u00eale \u00e0 l&rsquo;histoire humaine, guerres et r\u00e9volutions, sans jamais cesser d&rsquo;\u0153uvrer \u00e0 son destin v\u00e9g\u00e9tal.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<h3>V\u00e9ra.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Ta routine foresti\u00e8re s&rsquo;installe n\u00e9anmoins. Le matin, apr\u00e8s avoir mang\u00e9 un peu, tu vas remplir deux bidons \u00e0 la rivi\u00e8re en contrebas, parfois faire un peu de lessive. Kolia se marrerait de te voir frotter tes culottes \u00e0 genoux sur une berge, toi qui as pass\u00e9 ta vie \u00e0 courir en ville et en tribu pour enqu\u00eater sur la corruption politique, les scandales environnementaux et les r\u00e9seaux mafieux.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9ditions la brune au Rouergue, 183 pages, avril 2024 J&rsquo;ai trouv\u00e9 ce roman dans les rayons de ma m\u00e9diath\u00e8que, et, oh surprise&#160;! la biblioth\u00e9caire m&rsquo;a dit l&rsquo;avoir mis au club de lecture et qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas re\u00e7u de coup de c\u0153ur, mes pauvres coquillages n&rsquo;effaceront pas ce scandale. 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