{"id":22412,"date":"2026-10-14T06:04:25","date_gmt":"2026-10-14T04:04:25","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=22412"},"modified":"2026-10-14T08:04:10","modified_gmt":"2026-10-14T06:04:10","slug":"letrange-defaite-marc-bloch","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=22412","title":{"rendered":"L&rsquo;\u00e9trange d\u00e9faite       &#8211; Marc BLOCH"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_0049-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-22418\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_0049-scaled.jpeg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"1920\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_0049-scaled.jpeg 2560w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_0049-300x225.jpeg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_0049-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_0049-768x576.jpeg 768w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_0049-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_0049-2048x1536.jpeg 2048w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_0049-1320x990.jpeg 1320w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/a><\/p>\n<p>\u00c9ditions Folio histoire, 208 pages, juillet septembre 1940, juillet 2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><em><strong>Les Allemands croyaient \u00e0 l&rsquo;action et \u00e0 l&rsquo;impr\u00e9vu. Nous avions donn\u00e9 notre foi \u00e0 l&rsquo;immobilit\u00e9 et au d\u00e9j\u00e0 fait.<\/strong><\/em><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><em><strong>Notre commandement \u00e9tait un commandement de vieillards.<\/strong><\/em><\/h3>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-726 alignleft\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>Ce texte a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit en 1940 et a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9dit\u00e9 de nombreuses fois. Cette \u00e9dition est enrichie de diff\u00e9rents \u00e9crits de Marc Bloch mais je ne vais, ici, parler que de \u00ab&#160;l&rsquo;\u00c9trange d\u00e9faite&#160;\u00bb. Pour tous ceux et celles qui ont beaucoup lu sur cette \u00e9poque, je le dis tout de suite ce texte est absolument indispensable.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir expliqu\u00e9 qui il \u00e9tait, dans un court chapitre qu&rsquo;il intitule \u00ab&#160;Pr\u00e9sentation du t\u00e9moin&#160;\u00bb, dans une premi\u00e8re partie, qu&rsquo;il nomme \u00ab&#160;la d\u00e9position d&rsquo;un vaincu&#160;\u00bb, il analyse les d\u00e9faillances de l&rsquo;\u00e9tat major qui ont conduit \u00e0 la d\u00e9route fran\u00e7aise. Il a voulu \u00e9crire tr\u00e8s rapidement ses souvenirs pour que son t\u00e9moignage soit au plus pr\u00e8s de ce qu&rsquo;il a v\u00e9cu. Dans la deuxi\u00e8me partie , \u00ab&#160;Examen de conscience d&rsquo;un fran\u00e7ais&#160;\u00bb, il \u00e9largit son point de vue pour trouver les responsabilit\u00e9s au del\u00e0 de l&rsquo;arm\u00e9e, dans la r\u00e9alit\u00e9 fran\u00e7aise en particulier politique.<\/p>\n<p>C&rsquo;est donc un proc\u00e8s que l&rsquo;on va lire dont il ne s&rsquo;exon\u00e8re absolument pas, pourtant, on sait que Marc Bloch a \u00e9t\u00e9 un vaillant combattant de la guerre 14\/18 et aurait pu ne pas faire celle de 39\/45 puisqu&rsquo;il \u00e9tait \u00e2g\u00e9 et p\u00e8re de 5 enfants. Il s&rsquo;est engag\u00e9 car il voulait que la France gagne cette guerre. Il a compris tout de suite que l&rsquo;arm\u00e9e de 1940 \u00e9tait incapable de battre l&rsquo;arm\u00e9e allemande, les cadres voulaient absolument stabiliser le front alors que les Allemands \u00e9taient toujours en mouvement. C&rsquo;est un peu comme si, de la guerre 14\/18 l&rsquo;\u00e9tat major fran\u00e7ais avaient conclu que pour gagner une guerre, il fallait construire des super tranch\u00e9es imprenables, (d&rsquo;o\u00f9 la ligne Maginot) et les Allemands au contraire qu&rsquo;il ne fallait jamais rester en place. Ce qui est incroyable, c&rsquo;est que la France a eu plusieurs mois pour se pr\u00e9parer, et a vu l&rsquo;arm\u00e9e allemande en action en Pologne , mais rien n&rsquo;y a fait, immobile on voulait \u00eatre et les attendre de pied ferme, immobile, l&rsquo;arm\u00e9e l&rsquo;est rest\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 la perc\u00e9e en Belgique.<\/p>\n<p>Marc Bloch analyse aussi les rapports avec les Britanniques, qui n&rsquo;ont gu\u00e8re eu confiance dans le commandement fran\u00e7ais. Lors du recul de l&rsquo;arm\u00e9e, la volont\u00e9 de cr\u00e9er un front \u00e9tait toujours retard\u00e9e par des lenteurs dues \u00e0 l&rsquo;\u00e9norme appareil bureaucratique, rien ne pouvait \u00eatre rapide, et tout \u00e9tait beaucoup trop lent. On sent que pour lui il aurait fallu faire un recul, significatif tout de suite et tr\u00e8s loin pour pouvoir dans un deuxi\u00e8me temps repartir au combat. Mais pour cela il aurait fallu une \u00e9nergie combattante qui n&rsquo;existait pas vraiment surtout au niveau des \u00e9tats majors. Les diff\u00e9rents portraits des officiers fran\u00e7ais sont parfois cruels mais h\u00e9las, je le crois aussi, authentiques. Les qualit\u00e9 qu&rsquo;il faut \u00e0 l&rsquo;homme d&rsquo;action, peuvent \u00eatre duplicables pour d&rsquo;autres responsables en dehors de l&rsquo;arm\u00e9e. Cette partie est passionnante, je me suis demand\u00e9 qui aura le courage de faire un film sur cette incroyable d\u00e9faite qui ressemble plus \u00e0 une d\u00e9bacle. Si quelqu&rsquo;un en a, un jour, le courage, il pourrait s&rsquo;inspirer de ce t\u00e9moignage.<\/p>\n<p>Dans la deuxi\u00e8me partie, il commence par dire que si l&rsquo;arm\u00e9e en \u00e9tait l\u00e0 c&rsquo;est qu&rsquo;elle refl\u00e8te l&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;esprit du pays. Et il a des mots tr\u00e8s durs sur le parlementarisme de la III\u00b0 R\u00e9publique, qui n&rsquo;a pas su armer le France, qui est gangr\u00e9n\u00e9e par des id\u00e9es pacifistes. Il conduit une analyse tr\u00e8s int\u00e9ressante du pacifisme, et du communisme, qui \u00e9tait en France contre la guerre car Staline avait sign\u00e9 un pacte avec Hitler. Cette partie est moins longue, j&rsquo;y ai appris moins de choses.<\/p>\n<p>Ensuite, mon \u00e9dition propose diff\u00e9rents \u00e9crits de Marc Bloch et un t\u00e9moignage de George Altman qui rappelle son r\u00f4le dans la r\u00e9sistance, son arrestation, sa mort apr\u00e8s avoir tortur\u00e9, le 16 juin 1944 , on retrouvera son corps et celui de 27 r\u00e9sistants dans un foss\u00e9 \u00e0 Saint-Didier-Sur-Formans.<\/p>\n<p>J&rsquo;esp\u00e8re lire vos commentaires si vous l&rsquo;avez d\u00e9j\u00e0 lu, sinon j&rsquo;esp\u00e8re vous donner envie de le lire.<\/p>\n<h1>Extraits<\/h1>\n<h3>D\u00e9but<\/h3>\n<div><\/div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Pr\u00e9sentation du t\u00e9moin.<\/em><\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div><em>\u00a0Ces pages seront-elles jamais publi\u00e9es, je ne sais. Il est probable, en tout cas, que, de longtemps, elles ne pourront \u00eatre connues, sinon sous le manteau, en dehors de mon entourage imm\u00e9diat. Je me suis cependant d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 les \u00e9crire, l&rsquo;effort sera rude&#160;: combien il me semblerait plus commode de c\u00e9der aux conseils de la fatigue et du d\u00e9couragement. Mais un t\u00e9moignage ne vaut que fix\u00e9 dans sa premi\u00e8re fra\u00eecheur, et je ne puis me persuader que celui-ci doit \u00eatre tout \u00e0 fait inutile. Un jour viendra t\u00f4t, ou tard, j&rsquo;en ai la ferme esp\u00e9rance o\u00f9 la France verra de nouveau s&rsquo;\u00e9panouir sur son vieux sol b\u00e9ni d\u00e9j\u00e0 de temps de moissons, la libert\u00e9 de penser et de jugement.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<h3>Portraits d&rsquo;officiers.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Le capitaine B&#8230; du 3e bureau, levant haut vers le ciel sa t\u00eate vide, semblait offrir \u00e9ternellement \u00e0 la v\u00e9n\u00e9ration des foules, comme un saint-sacrement, la science livresque, jadis re\u00e7u en d\u00e9p\u00f4t au cours de tactique. Le capitaine X&#8230;- de chez nous celui-ci &#8211; fort en gueule , plut\u00f4t que grand dans l&rsquo;action, avait r\u00e9ussi en quelques mois \u00e0 s&rsquo;attirer la haine de tout le personnel des secr\u00e9taires, qu&rsquo;il se croyait par la gr\u00e2ce d&rsquo;une vocation native au commandement, charg\u00e9 de \u00ab&#160;mettre au pas&#160;\u00bb&#160;: quand il s&rsquo;en allait coucher \u00e0 la cave, quels ricanements derri\u00e8re son dos.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>L&rsquo;homme d&rsquo;action.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Un des privil\u00e8ges du v\u00e9ritable homme d&rsquo;action est sans doute que dans l&rsquo;action, ses travers s&rsquo;effacent, tandis que les vertus, jusque-l\u00e0 en sommeil paraissent alors chez lui avec un \u00e9clat inattendu. Telle fut la m\u00e9tamorphose dont notre camarade donna un remarquable exemple, consciencieux et sinc\u00e8re, il l&rsquo;avait toujours \u00e9t\u00e9&#160;; il cessa de s&rsquo;attacher aux petites choses et son go\u00fbt de la contradiction disparut. Toujours pr\u00eat \u00e0 donner un renseignement ou une directive, il fut le chef qui sait laisset aux ex\u00e9cutants la libert\u00e9 n\u00e9cessaire tout en prenant la responsabilit\u00e9 de tout. Il fut patient, calme aux pires heures, prodigue de sa propre fatigue autant que m\u00e9nager celle des autres. Et si bon gar\u00e7on avec cela&#160;! J&rsquo;avais fait la d\u00e9couverte d&rsquo;un homme.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>L&rsquo;erreur principale.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Beaucoup d&rsquo;erreurs diverses, dont les effets s&rsquo;accumul\u00e8rent, ont men\u00e9 nos arm\u00e9es au d\u00e9sastre. Une grande carence, cependant, les domine toutes. Nos chefs ou ceux qui agissaient en leur nom n&rsquo;ont pas su penser cette guerre. En d&rsquo;autres termes, le triomphe des allemands fut essentiellement une une victoire intellectuelle. Et c&rsquo;est peut-\u00eatre l\u00e0 ce qu&rsquo;il y a eu en lui de plus grave.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Une arm\u00e9e en d\u00e9route.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Tout le long de la campagne, les allemands conserv\u00e8rent la f\u00e2cheuse habitude d&rsquo;appara\u00eetre l\u00e0 o\u00f9 ils n&rsquo;auraient pas d\u00fb \u00eatre. Ils ne jouaient pas le jeu. Nous avions entrepris, \u00e0 Landrecies, vers les d\u00e9buts du printemps, l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;un d\u00e9p\u00f4t d&rsquo;essence \u00ab&#160;semi-fixe&#160;\u00bb&#160;: grande pens\u00e9e du CQG, con\u00e7ue \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;un type de guerre qui ne se r\u00e9alisa jamais que sur le papier. Un beau jour du mois de mai, l&rsquo;officier, qui avait la charge de l&rsquo;installation, rencontra dans la rue un d\u00e9tachement de chars. Il les jugea d&rsquo;une couleur singuli\u00e8re. Mais quoi&#160;! connaissait-il tous les mod\u00e8les en usage dans l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise&#160;? Surtout, la colonne lui parut bizarrement engag\u00e9e&#160;: elle filait vers Cambrai, alors que la direction du front \u00e9tait de toute \u00e9vidence \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9. Dans une petite ville, aux voies un peu tournantes n&rsquo;arrive-t-il pas que les guides s&rsquo;orientent de travers&#160;? Notre homme s&rsquo;appr\u00eatait \u00e0 courir apr\u00e8s le chef du convoi pour le remettre dans le droit chemin quand un quidam, mieux avis\u00e9 le h\u00e9la &#160;\u00bb Attention&#160;! ce sont des Allemands&#160;\u00bb.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Alliance avec les Anglais lors de la perc\u00e9e allemande.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>\u00a0Apr\u00e8s que l&rsquo;action commune projet\u00e9e sur Arras, eut avort\u00e9, il semble que des deux parts, sous l&#8217;empire d&rsquo;une sorte de d\u00e9sillusion mutuelle, les \u00e9tats-majors aient presque totalement renonc\u00e9s \u00e0 collaborer. Que de ponts, les britanniques n&rsquo;ont-ils pas alors fait sauter pour couvrir leur retraite, sans se pr\u00e9occuper de savoir s&rsquo;ils ne coupaient pas la n\u00f4tre&#160;! On les vit de m\u00eame malgr\u00e9 les protestations de l&rsquo;ing\u00e9nieur, d\u00e9truire pr\u00e9matur\u00e9ment le central t\u00e9l\u00e9phonique interurbain de Lille retirant ainsi \u00e0 la 1re arm\u00e9e \u00e0 peu pr\u00e8s tous les moyens de transmission. Nous les jugeons sans g\u00eane, et je crois bien, en effet que leur d\u00e9ception sans doute l\u00e9gitime, devant les insuffisances de notre commandement porta certains d&rsquo;entre eux \u00e0 oublier parfois les \u00e9gards dus aux ex\u00e9cutants dans la bravoure n&rsquo;\u00e9tait pas en cause.<\/em><\/div>\n<div>\n<div><em>(&#8230;)<\/em><\/div>\n<div><\/div>\n<div><em>\u00a0Les circonstances \u00e9taient plus que jamais d\u00e9favorables \u00e0 l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;une confiance qui e\u00fbt pu r\u00e9sister aux \u00e9v\u00e8nements seulement si elle avait eu pour elle un long enracinement. Une alliance v\u00e9ritable est une cr\u00e9ation continue&#160;; elle ne s&rsquo;\u00e9crit pas sur le papier&#160;; elle ne subsiste que par une multiplicit\u00e9 de petits rapports humains, dont le total fait un lien solide. Nous l&rsquo;avions \u00e0 la 1re arm\u00e9e, beaucoup trop oubli\u00e9. Nous souffr\u00eemes durement de notre n\u00e9gligence.<\/em><\/div>\n<\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<blockquote>\n<div><\/div>\n<\/blockquote>\n<div>\n<h3>Son honn\u00eatet\u00e9 intellectuelle.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Je crains un peu en avoir toute ma pens\u00e9e de verser dans le p\u00e9ch\u00e9 de la calomnie. Je me suis cependant plus d&rsquo;une fois demand\u00e9 qu&rsquo;elle \u00e9tait dans cette incoh\u00e9rence la part de la maladresse et celle de l&rsquo;astuce&#160;? Tout chef de 2e bureau vit dans la terreur qu&rsquo;au jour du \u00ab&#160;coup dur&#160;\u00bb, les faits viennent d\u00e9mentir les pr\u00e9tendues certitudes dont il a arm\u00e9 le commandement. Offrir \u00e0 celui-ci un grand choix d&rsquo;indications contradictoires, n&rsquo;est-ce pas se r\u00e9server le moyen de dire triomphalement, quoi qu&rsquo;il arrive&#160;: &#160;\u00bb Si vous m&rsquo;aviez cru.&#160;?&#160;\u00bb<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Un passage si r\u00e9v\u00e9lateur.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Vint pour nous commander, un g\u00e9n\u00e9ral anim\u00e9 certainement des meilleures intentions, parfaitement sinc\u00e8res dans sa foi militaire, dur \u00e0 lui-m\u00eame comme aux autres, mais chez qui, le sens psychologique ne s&rsquo;\u00e9levait pas \u00e0 la hauteur des autres qualit\u00e9s. Il jugea que l&rsquo;ambiance n&rsquo;\u00e9tait pas tout \u00e0 fait celle d&rsquo;une caserne bien tenue et voulut y rem\u00e9dier. Les rondes d&rsquo;officiers se multipli\u00e8rent et les observations sur les vareuses incorrectes plurent de toutes parts. \u00c9chapp\u00e9s, a ce que les journaux appelaient d\u00e9j\u00e0, pompeusement, mais non sans quelque justesse, l&rsquo;enfer des Flandres, beaucoup d&rsquo;entre nous avaient cru pouvoir faire venir leur femme, dans les villages o\u00f9 nous logions&#160;: les simples soldats au moins aussi souvent que les officiers, de sorte que l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 n&rsquo;\u00e9tait nullement bless\u00e9e. Le g\u00e9n\u00e9ral, s\u00e9vit. Un guerrier peut, s&rsquo;il lui pla\u00eet, aller au bordel&#160;; les embrassements conjugaux, par contre, sont pour lui p\u00each\u00e9 d&rsquo;amollissement. Comme notre nouveau chef \u00e9tait \u00e0 sa fa\u00e7on, un juste, il commen\u00e7a d&rsquo;ailleurs par infliger quinze jours d&rsquo;arr\u00eats de rigueur au vieux g\u00e9n\u00e9ral du cadre de r\u00e9serve qui nous avait gouvern\u00e9 avant lui&#160;; ne l&rsquo;avait-il pas rencontr\u00e9, un soir bras dessus, bras dessous avec sa v\u00e9n\u00e9rable \u00e9pouse&#160;? On rit. L&rsquo;homme durant n&rsquo;en fut point consol\u00e9. En quelques jours la temp\u00e9rature morale avait chang\u00e9. Sympt\u00f4me significatif&#160;: le salut aux officiers jusque-l\u00e0 offert avec un cordial empressement, ne le fut plus que d&rsquo;une main parcimonieuse et, visiblement par contrainte. Un pseudo dressage avait ruin\u00e9 avec une merveilleuse promptitude, la bonne et saine humeur d&rsquo;une troupe venue du feu et destin\u00e9e, croyait-on, \u00e0 y retourner.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<blockquote>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<\/blockquote>\n<div>\n<h3>Quel aveu&#160;!<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Je me rendis compte, mieux qu&rsquo;auparavant, qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas, au vrai, une Arm\u00e9e fran\u00e7aise, mais, dans l&rsquo;arm\u00e9e plusieurs chasses gard\u00e9es.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<h3>Quel humour&#160;!<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Quand les Allemands eurent refus\u00e9 de jouer leur jeu, selon les r\u00e8gles de l&rsquo;\u00c9cole de Guerre, on se trouva aussi d\u00e9sempar\u00e9 que le mauvais orateur devant l&rsquo;interpellation \u00e0 laquelle son r\u00f4le ne lui fournit pas de r\u00e9plique. On crut tout perdu et, par suite, on laissa tout perdre, parce que pour guider l&rsquo;action, trop tenue en lisi\u00e8re jusque-l\u00e0 par le dogme ou le verbe, il n&rsquo;e\u00fbt plus \u00e9t\u00e9 de ressources que dans un esprit de r\u00e9alisme, de d\u00e9cision et d&rsquo;improvisations auquel un enseignement trop formaliste n&rsquo;avait pas dress\u00e9 les cerveaux..<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<h3>Le pacifisme en 1939.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>Comme la parole qu&rsquo;il pr\u00eachait \u00e9tait un \u00e9vangile d&rsquo;apparente commodit\u00e9, leur sermon trouvait un facile \u00e9cho dans les instincts paresseusement \u00e9go\u00efstes qui, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de virtualit\u00e9s plus nobles, dorment au fond de tout c\u0153ur humain. Ces enthousiastes dont beaucoup n&rsquo;\u00e9taient pas personnellement sans courage, travaillaient inconsciemment \u00e0 faire des l\u00e2ches.<\/em><\/div>\n<div><em>(&#8230;)<\/em><\/div>\n<div><\/div>\n<div><em>\u00a0Ainsi, bien que les besoins g\u00e9n\u00e9raux de la d\u00e9fense nationale se confondissent plus que jamais avec les int\u00e9r\u00eats propres des salari\u00e9s, ces exigences les plus \u00e9videntes trouv\u00e8rent, devant elles, une opinion ouvri\u00e8re tristement incertaine de sa voix. \u00c0 ce d\u00e9sarroi, les invraisemblables contradictions du communisme fran\u00e7ais ajout\u00e8rent encore un nouveau ferment de trouble.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3><strong>Passage int\u00e9ressant .<\/strong><\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>\u00a0Les hommes d&rsquo;extr\u00eame-gauche, comme contre les \u00e9tats-majors &#8211; car il arrive que dans une nation, les pires adversaires respirent sans s&rsquo;en douter la m\u00eame atmosph\u00e8re mentale &#8211; c&rsquo;\u00e9tait il faut l&rsquo;avouer, Hitler qui avait raison. Non pas le Hitler des grandes harangues aux foules. Celui des confidences, qui disait un jour \u00e0 Rauschning, \u00e0 propos, pr\u00e9cis\u00e9ment, du marxisme&#160;: \u00ab&#160;Nous savons nous, qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;\u00e9tat d\u00e9finitif qu&rsquo;il y a une \u00e9volution perp\u00e9tuelle. L&rsquo;avenir est le fleuve in\u00e9puisable des possibilit\u00e9s infinies d&rsquo;une cr\u00e9ation toujours nouvelle.&#160;\u00bb<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Ne pas succomber \u00e0 la tentation de comparer les \u00e9poques mais &#8230;<\/h3>\n<div>\n<h3>Jugement tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8re.<\/h3>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Le parlementarisme ait trop souvent favoris\u00e9 l&rsquo;intrigue au d\u00e9pend de l&rsquo;intelligence ou du d\u00e9vouement. Il me suffit, pour en \u00eatre persuad\u00e9, de regarder autour de moi. Les hommes qui nous gouvernent aujourd&rsquo;hui sont pour la plupart, issus de ces mar\u00e9cages. S&rsquo;ils renient maintenant les m\u0153urs qui les ont faits ce qu&rsquo;ils sont, ce n&rsquo;est que ruse de vieux renard. L&rsquo;infid\u00e8le employ\u00e9, qui s&rsquo;est ouvert un coffre-fort, ne laisse pas tra\u00eener ses fausses cl\u00e9s&#160;: il aurait bien trop peur qu&rsquo;un plus malin que lui ne les ramasser, pour le d\u00e9pouiller, \u00e0 son tour, du butin.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Une r\u00e9publique de vieux.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Les r\u00e9volutions nous paraissent tant\u00f4t souhaitables, tant\u00f4t odieuses, selon que leurs principes sont ou non les n\u00f4tres. Elles ont cependant toute une vertu, inh\u00e9rente \u00e0 leur \u00e9lan&#160;: elles poussent en avant les vrais jeunes. J&rsquo;abhorre le nazisme. Mais comme la r\u00e9volution fran\u00e7aise, \u00e0 laquelle on rougit de la comparer, la r\u00e9volution nazie a mis aux commandes, que ce soit \u00e0 la t\u00eate des troupes ou \u00e0 la t\u00eate de l&rsquo;\u00c9tat des hommes qui, parce qu&rsquo;ils avaient un cerveau frais et n&rsquo;avaient pas \u00e9t\u00e9 form\u00e9s aux routines scolaires, \u00e9taient capables de comprendre le surprenant et le nouveau. Nous ne leur opposions gu\u00e8re que des monsieurs chenus ou de jeunes vieillards.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div><\/div>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<div><\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div><\/div>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<div><\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9ditions Folio histoire, 208 pages, juillet septembre 1940, juillet 2026 &nbsp; Les Allemands croyaient \u00e0 l&rsquo;action et \u00e0 l&rsquo;impr\u00e9vu. Nous avions donn\u00e9 notre foi \u00e0 l&rsquo;immobilit\u00e9 et au d\u00e9j\u00e0 fait. Notre commandement \u00e9tait un commandement de vieillards. &nbsp; Ce texte a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit en 1940 et a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9dit\u00e9 de nombreuses fois. Cette \u00e9dition est <span class=\"ellipsis\">&hellip;<\/span> <span class=\"more-link-wrap\"><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/?p=22412\" class=\"more-link\"><span>Read More &rarr;<\/span><\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":822092,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[430,46,8,24,96,4],"tags":[],"class_list":["post-22412","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-430","category-5-coquillages","category-essai","category-france","category-guerre-3945","category-mes-preferences"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/22412","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/822092"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=22412"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/22412\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22721,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/22412\/revisions\/22721"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22412"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22412"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22412"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}