{"id":22349,"date":"2026-10-05T06:20:01","date_gmt":"2026-10-05T04:20:01","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=22349"},"modified":"2026-10-04T20:16:25","modified_gmt":"2026-10-04T18:16:25","slug":"la-soif-andrei-guelassimov","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=22349","title":{"rendered":"La soif     &#8211; Andre\u00ef GUELASSIMOV"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_0036-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-22358\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_0036-scaled.jpeg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"1920\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_0036-scaled.jpeg 2560w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_0036-300x225.jpeg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_0036-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_0036-768x576.jpeg 768w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_0036-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_0036-2048x1536.jpeg 2048w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/IMG_0036-1320x990.jpeg 1320w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/a><br \/>\n\u00c9ditions Acte Sud, 131, pages, Novembre 2004<\/em><\/p>\n<p><em>Traduit du russe par Jo\u00eblle Dublanchet<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><em><strong>La vodka c&rsquo;est comme la crasse on en trouve partout.<\/strong><\/em><\/h3>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-726 alignleft\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>Toujours dans la s\u00e9rie des livres qui ne sortent jamais des rayonnages de ma m\u00e9diath\u00e8que, voici une v\u00e9ritable p\u00e9pite. D&rsquo;abord ce roman est original aussi bien pour le sujet, que pour l&rsquo;\u00e9criture, que pour la construction du r\u00e9cit et d\u00e9passe tout ce que j&rsquo;ai lu sur le retour des soldats bless\u00e9s en Russie. Mais il est aussi profond\u00e9ment humain, et il m&rsquo;a beaucoup \u00e9mue. Constantin, Kostia, est revenu de l&rsquo;horrible guerre de Tch\u00e9tch\u00e9nie, avec le visage compl\u00e8tement br\u00fbl\u00e9, il est si d\u00e9figur\u00e9 qu&rsquo;il fait peur aux gens. Sa voisine Olga, l&rsquo;utilise pour faire peur \u00e0 son petit gar\u00e7on pour que celui-ci accepte de se coucher , sinon Kostia le menace de l&#8217;emmener chez lui. Cela fait trois ans qu&rsquo;il est revenu de la guerre , et il n&rsquo;en peut plus il d\u00e9cide de boire de la vodka jusqu&rsquo;\u00e0 tomber dans le coma. Deux de ses camarades qui \u00e9taient avec lui dans le v\u00e9hicule o\u00f9 ils ont tous failli mourir, arrivent \u00e0 temps, et ensemble ils partent \u00e0 la recherche du quatri\u00e8me, S\u00e9rioja, qui a disparu. C&rsquo;est lors de ce voyage que Kostia va retrouver l&rsquo;envie de dessiner puis finalement de vivre. Il retrouve son p\u00e8re, et les fragments de sa vie.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai un peu mis \u00e0 plat ce r\u00e9cit mais ce qui fait sa force, c&rsquo;est le m\u00e9lange des temporalit\u00e9s, on passe de son enfance avec un p\u00e8re qui a fui ses responsabilit\u00e9s pour vivre avec une femme plus jeune que sa m\u00e8re abandonnant son fils, \u00e0 sa formation scolaire, o\u00f9 il rencontre un personnage incroyable, le directeur, Alexandre St\u00e9panovitch, un homme ob\u00e8se dont le seul effort consiste \u00e0 tendre le bras pour attraper son verre de Vodka, \u00e0 la guerre en Tch\u00e9tch\u00e9nie et toutes les horreurs qui vont avec, au voyage pour retrouver leur ami. On passe de l&rsquo;une \u00e0 l&rsquo;autre de ses temporalit\u00e9s en \u00e9prouvant des sentiments tr\u00e8s diff\u00e9rents, la jalousie, la compassion, la haine , l&rsquo;indiff\u00e9rence. Et le lien de tous ces \u00e9clats de vie&#160;: LA VODKA , mais aussi la force d&rsquo;expression du dessin, c&rsquo;est par lui que Kostia va arriver \u00e0 communiquer avec les autres. La vodka coule \u00e0 flots dans ce r\u00e9cit, il n&rsquo;y a aucun jugement de valeur ni positif ni n\u00e9gatif&#160;: est-ce comme \u00e7a que les hommes vivent en Russie&#160;? La fin m&rsquo;a arrach\u00e9 un sourire plein de tendresse .<\/p>\n<p>J&rsquo;ai vraiment d\u00e9vor\u00e9 ce tr\u00e8s court texte d&rsquo;une traite et je l&rsquo;ai relu plus lentement, je ne peux le comparer \u00e0 aucun roman car il n&rsquo;a pas son \u00e9quivalent, sur Luocine en tout cas J&rsquo;esp\u00e8re vous avoir donn\u00e9 envie de le lire et j&rsquo;ai h\u00e2te de retrouver vos avis sur la blogosph\u00e8re.<\/p>\n<h1>Extraits.<\/h1>\n<h3>D\u00e9but<\/h3>\n<div><\/div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Je n&rsquo;avais pas r\u00e9ussi \u00e0 caser toute la vodka dans le frigo. J&rsquo;avais d&rsquo;abord essay\u00e9 de poser les bouteilles debout, puis je les avais couch\u00e9es les unes sur les autres. Elle ressemblait comme \u00e7a \u00e0 des poissons transparents. Tapis et silencieux. Mais je n&rsquo;avais plus de place pour les dix derni\u00e8res.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>Description de son p\u00e8re par son beau p\u00e8re.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Il entrait dans ma chambre s&rsquo;asseyait et parlait. Il n&rsquo;arr\u00eatait pas de me dire que mon p\u00e8re \u00e9tait un vrai con, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 tous les deux \u00e9taient \u00e9l\u00e8ves officiers dans le m\u00eame r\u00e9giment. Et que ma m\u00e8re avait fait une connerie en l&rsquo;\u00e9pousant. Il la laissait sans arr\u00eat, et alors m\u00eame qu&rsquo;elle \u00e9tait enceinte, il ne se privait pas de b\u00e9coter les filles juste sous la fen\u00eatre. Et quand je suis n\u00e9, il disparaissait tout le temps Dieu sait o\u00f9. Un jour, elle \u00e9tait venue \u00e0 la caserne, et avait dit qu&rsquo;elle n&rsquo;avait pas de quoi me nourrir. J&rsquo;avais deux ans, et on ne savait pas o\u00f9 \u00e9tait mon p\u00e8re, ils avaient tous fait une sorte de collecte pour donner \u00e0 manger au pauvre gamin affam\u00e9. Par la suite, on avait voulu jouer un sale tour \u00e0 mon p\u00e8re. On en \u00e9tait rest\u00e9 \u00e0 vrai dire au stade de l&rsquo;intention parce que mon p\u00e8re \u00e0 cette \u00e9poque \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 commandant de la compagnie, et il leur avait dit&#160;: &#160;\u00bb Eh bien, allez-y&#160;\u00bb. \u00c7a les avait arr\u00eat\u00e9s. Bref, c&rsquo;\u00e9tait vraiment un sale type.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<h3>Portrait du directeur du lyc\u00e9e.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Le directeur ne buvait jamais sa vodka dans les petits verres habituels. Il se la versait dans un bon gros verre et l&rsquo;avalait comme si c&rsquo;\u00e9tait effectivement de l&rsquo;eau. Comme s&rsquo;il avait soif tout simplement.<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0En homme qui avait la gorge s\u00e8che,.<\/em><\/div>\n<div><em>Il buvait un verre apr\u00e8s l&rsquo;autre, sans m\u00eame reprendre son souffle, il regardait mes dessins n&rsquo;\u00e9tait jamais ivre. Il \u00e9tait tranquillement assis dans son fauteuil en face de moi et il me disait qu&rsquo;il ne fallait pas que je me monte la t\u00eate.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>Les br\u00fblures de guerre.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Kostia&#160;! Kostia&#160;! crie-t-il tu es vivant&#160;? Tu m&rsquo;entends&#160;?<\/em><\/div>\n<div><em>J&rsquo;ouvre la bouche. Sur le visage de Pacha une expression d&rsquo;horreur. Il \u00e9teint le feu sur moi, \u00e0 mains n&rsquo;est. Je veux fermer les yeux, mais je n&rsquo;ai plus de paupi\u00e8res, elles ont br\u00fbl\u00e9..<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<h3>Le regard des autres sur un d\u00e9figur\u00e9 .<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Nous avons sillonn\u00e9 Moscou et d&rsquo;autres villes pendant pr\u00e8s de deux semaine. En quinze jours, j&rsquo;ai vu dans la jeep de Gu\u00e9na tout ce que je n&rsquo;avais pas vu pendant trois bonnes ann\u00e9es. J&rsquo;avais l&rsquo;impression que le monde \u00e9tait devenu compl\u00e8tement diff\u00e9rent, et c&rsquo;est avec int\u00e9r\u00eat que je le regardais par la vitre. D&rsquo;autant plus que le verre en \u00e9tait teint\u00e9. Si on m&rsquo;avait propos\u00e9 avant de voyager en voiture, je n&rsquo;aurais pas d\u00e9clin\u00e9 l&rsquo;offre pour ne pas risquer d&rsquo;effrayer les passants avec ma t\u00eate. Seulement voil\u00e0, personne ne me l&rsquo;avait propos\u00e9. Jusqu&rsquo;\u00e0 ce que les m\u00e9decins m&rsquo;enl\u00e8vent mes pansements, \u00e7a n&rsquo;avait rien d&rsquo;anormal de marcher dans les rues. Mais apr\u00e8s \u00e7a n&rsquo;a plus \u00e9t\u00e9 pareil. Surtout quand je rencontrais des gens que je connaissais. Je ne sais qui \u00e9tait le plus mal \u00e0 l&rsquo;aise, eux ou moi. C&rsquo;est qu&rsquo;il fallait faire des efforts et faire comme si on ne remarquait rien. C&rsquo;est pourquoi le plus souvent je restais chez moi et dans les appartements o\u00f9 je faisais des travaux . C&rsquo;est par t\u00e9l\u00e9phone que je communiquais avec les propri\u00e9taires et quand ils venaient ce n&rsquo;est pas moi qui les int\u00e9ressais. Ils ne jouaient presque pas la com\u00e9die.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<h3>Les horreurs de la guerre.<\/h3>\n<div>\n<div><\/div>\n<blockquote>\n<div>\n<p>\u00a0<em>Une femme russe \u00e0 Grozny\u00ef. D&rsquo;une cinquantaine d&rsquo;ann\u00e9es. Elle s&rsquo;est mise \u00e0 pleurer quand on s&rsquo;est approch\u00e9s et qu&rsquo;on a saut\u00e9 du blind\u00e9. Mais peut-\u00eatre qu&rsquo;elle pleurait avant qu&rsquo;on arrive. Son mari \u00e9tait tch\u00e9tch\u00e8ne. Ils avaient fait leurs \u00e9tudes ensemble \u00e0 l&rsquo;institut de p\u00e9dagogie. On l&rsquo;avait tortur\u00e9 \u00e0 mort dans la prison de Tchernozovo. Ce sont les n\u00f4tres qui avaient fait \u00e7a. Avant la guerre, il enseignait la biologie. Cette femme, s&rsquo;\u00e9tait cach\u00e9e avec ses enfants dans une cave, avec d&rsquo;autres femmes russes. Jusqu&rsquo;\u00e0 ce que les Tch\u00e9tch\u00e8nes y balancent des grenades. Une, puis deux, puis trois, semble-t-il. Elle ne se rappelait pas bien, elle savait seulement qu&rsquo;elle n&rsquo;avait plus personne. Elle se souvenait des explosions et aussi de l&rsquo;expression des enfants. \u00ab&#160;Celui qui est en prison pour un certain nombre d&rsquo;ann\u00e9es sait pourquoi il attend. Mais mon malheur \u00e0 moi n&rsquo;aura jamais de fin.&#160;\u00bb\u00a0<\/em><\/p>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<div><\/div>\n<\/div>\n<blockquote>\n<div><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; \u00c9ditions Acte Sud, 131, pages, Novembre 2004 Traduit du russe par Jo\u00eblle Dublanchet &nbsp; La vodka c&rsquo;est comme la crasse on en trouve partout. Toujours dans la s\u00e9rie des livres qui ne sortent jamais des rayonnages de ma m\u00e9diath\u00e8que, voici une v\u00e9ritable p\u00e9pite. 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