{"id":22201,"date":"2026-09-19T06:39:08","date_gmt":"2026-09-19T04:39:08","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=22201"},"modified":"2026-09-18T08:08:13","modified_gmt":"2026-09-18T06:08:13","slug":"les-jours-de-verre-nicoletta-verna","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=22201","title":{"rendered":"Les jours de verre    &#8211; Nicoletta VERNA"},"content":{"rendered":"<p><em><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/IMG_0026-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-22203\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/IMG_0026-scaled.jpeg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"1920\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/IMG_0026-scaled.jpeg 2560w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/IMG_0026-300x225.jpeg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/IMG_0026-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/IMG_0026-768x576.jpeg 768w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/IMG_0026-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/IMG_0026-2048x1536.jpeg 2048w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/IMG_0026-1320x990.jpeg 1320w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/a><br \/>\n\u00c9ditions Gallimard NRF, 498 pages, avril 2026.<\/em><\/p>\n<p><em>Traduit de l&rsquo;italien par Romane Lafore<\/em><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/3.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-724 alignleft\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/3.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>Ce roman permet de prendre conscience des diff\u00e9rentes facettes du fascisme italien. L\u2019intrigue se situe dans la r\u00e9gion du nord de l\u2019Italie, \u00e0 Castrocaro, non loin du village de naissance de Benito Mussolini. La famille sur laquelle se concentre l\u2019\u00e9crivaine est d\u2019une pauvret\u00e9 extr\u00eame, les enfants ont faim et froid. Le r\u00f4le des hommes est primordial pour le bonheur (relatif) de la famille. En g\u00e9n\u00e9ral, il boit et cogne sur sa femme et ses enfants sauf exception. Et pourtant, les femmes sont loin d\u2019\u00eatre soumises, elles crient et se lamentent si fort que tout le monde est au courant de leurs malheurs. La grand m\u00e8re, Fafina, est une femme forte, infirmi\u00e8re elle conna\u00eet bien la noirceur de l\u2019\u00e2me humaine. Elle \u00e9l\u00e8ve des enfants \u00ab&#160;des b\u00e2tards&#160;\u00bb et les enfants de sa fille dont Redenta, qui ne parle pas. Il faut dire que sa m\u00e8re, Adalgisa, avant sa naissance avait accouch\u00e9 de deux enfants morts- n\u00e9s et d\u2019une petite fille qui n\u2019a v\u00e9cu que quelques jours. Elle est all\u00e9e voir une sorte de magicien qui lui a promis la naissance d\u2019une enfant vivante mais porteuse de la guigne. Et de la guigne, elle en a eu puisque son p\u00e8re l&rsquo;a mari\u00e9e \u00e0 une ordure de fasciste \u00e0 l\u2019\u0153il de verre (d\u2019o\u00f9 le titre) qui la martyrisera de fa\u00e7on absolument horrible. La seule personne qui aurait plu la sauver, c\u2019est Bruno, celui qu\u2019elle aime depuis l\u2019enfance car il est un des b\u00e2tards \u00e9lev\u00e9 par sa grand-m\u00e8re.<br \/>\nLes aspects les plus noirs des comportements humains sont d\u00e9crits avec pr\u00e9cision et rendent la lecture de ce roman p\u00e9nible, le m\u00e9lange du fascisme avec le machisme italien est une horreur en particulier pour les femmes.<br \/>\nJ\u2019ai toujours pens\u00e9 que le fascisme n\u2019\u00e9tait pas le nazisme, et c\u2019est vrai, mais quand un r\u00e9gime donne les pleins pouvoirs \u00e0 des salauds de la pire esp\u00e8ce, pour les victimes, fascisme ou nazisme, cela ne faisait pas une grande diff\u00e9rence.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9pisode la guerre en \u00c9thiopie est une horreur absolue, il fait partie des moments o\u00f9 j\u2019ai eu du mal \u00e0 lire ce roman. Avancer au milieu des cadavres d\u2019enfants, voir des gens br\u00fbler vifs, r\u00e9duire en cendre des villages de gens sans d\u00e9fense, par des soldats italiens arm\u00e9s de mitraillettes, dont le p\u00e8re de Redenta, et son futur mari, voil\u00e0 un exemple de ce que je veux dire par une lecture p\u00e9nible.<br \/>\nL\u2019\u00e9criture est rude, je pense que l\u2019auteure a voulu s\u2019exprimer comme les gens de la campagne. Ce n\u2019est pas toujours facile \u00e0 comprendre, et comme le plus souvent on voit la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 partir des yeux de Redenta, sa na\u00efvet\u00e9 et en m\u00eame temps son absence totale de dissimulation rendent les faits de torture auxquelles elle est soumise, presque \u00ab&#160;normaux&#160;\u00bb , sauf pour le lecteur&#160;!<\/p>\n<p>Un roman important pour la prise de conscience des r\u00e9alit\u00e9s du fascisme italien, mais un roman volontairement confus, sans doute parce qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque il \u00e9tait difficile de comprendre tous les enjeux.<\/p>\n<h1>Extraits.<\/h1>\n<h3>D\u00e9but. (Et quel d\u00e9but&#160;!)<\/h3>\n<div><\/div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>C&rsquo;\u00e9tait beaucoup mieux avant, quand je n&rsquo;\u00e9tais pas l\u00e0 et qu&rsquo;il n&rsquo;y avait aucun de mes fr\u00e8res et s\u0153urs, ni les vivants, ni les morts. Qu&rsquo;il n&rsquo;y avait que ma m\u00e8re, qui se retournait sur le matelas de sa canfouine et hurlait&#160;: &#160;\u00bb Tuez-moi, bordel de Dieu&#160;\u00bb, ce \u00e0 quoi la Fafina r\u00e9pondait&#160;: \u00ab&#160;Ferme-la ou tu vas rameuter le diable&#160;\u00bb, et comme \u00e7a pendant trois jours et tous nuits, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que ma m\u00e8re pousse un cri f\u00e9roce et que sorte Goffredo, le premier de mes fr\u00e8res morts. Quand on le gifla pour le faire pleurer, il ne pleura pas, si bien que la Fafina secoua la t\u00eate et dit&#160;: &#160;\u00bb Il faut croire que J\u00e9sus Christ avait besoin d&rsquo;un angelot l\u00e0-haut.&#160;\u00bb<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<h3>La polio.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div>&#160;\u00bb C<em>&lsquo;est la polio&#160;\u00bb<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Grand-m\u00e8re poussa un cri et se jeta par terre.<\/em><\/div>\n<div><em>\u00ab&#160;Bont\u00e9 divine, la polio&#160;\u00bb<\/em><\/div>\n<div><em>&#8211; Courage, il le faut., les cas de polio sont nombreux, vous savez.&#160;\u00bb<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Le docteur savait bien soigner les malades, et quand il n&rsquo;y avait plus rien \u00e0 faire, Il savait tout aussi bien dire la v\u00e9rit\u00e9. Il le faisait dans le respect de la souffrance des gens qui \u00e9tait toujours la m\u00eame, et pourtant toujours diff\u00e9rente. Tant\u00f4t terreur, tant\u00f4t \u00e9puisement, tant\u00f4t chagrin., il vit que pour la Fafina, c&rsquo;\u00e9tait de la nervosit\u00e9.\u00a0<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<blockquote>\n<div><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>Les hallucinations.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>J&rsquo;esp\u00e9rai que mes fr\u00e8res et ma s\u0153ur mort reviennent, mais ils devaient en avoir assez de me tenir compagnie. Je n&rsquo;en avais parl\u00e9 \u00e0 personne, on m&rsquo;aurait dit que la polio ne s&rsquo;\u00e9tait pas content\u00e9e de me rendre infirme, mais qu&rsquo;elle m&rsquo;avait aussi rendue cinoque.\u00a0<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<h3>Sagesse de la tenanci\u00e8re du bordel.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div>&#8211;\u00a0<em> Mais vous ou plut\u00f4t \u00ab&#160;nous&#160;\u00bb&#160;: que pouvons-nous conna\u00eetre des hommes qu&rsquo;avons-nous en commun avec eux&#160;? Si l&rsquo;homme pouvait \u00ab&#160;ne pas faire&#160;\u00bb, je n&rsquo;aurais pas ce travail.\u00a0<\/em><\/div>\n<div><em>&#8211; Si, il pouvait, il pouvait se retenir par respect pour moi.<\/em><\/div>\n<div><em>Et vous, est-ce que vous parvenez \u00e0 retenir, pardonnez mon audace, votre sang menstruel, c&rsquo;est la nature humaine et elle nous commande. Elle a voulu ceci pour la femme et cela pour l&rsquo;homme. Ce que nous rejetons par le sang, eux, le rejette par le sperme. Ils ne peuvent pas s&rsquo;en dispenser. Celui qui n&rsquo;est pas fait ainsi, soit il est malade, soit c&rsquo;est un inverti.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<h3>La vraie mis\u00e8re.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Ma m\u00e8re en avait fini, avec les lupins, et tout le p\u00e9cule de la famille se r\u00e9sumait aux deux sous par jour que mon p\u00e8re rapportait \u00e0 la maison. Ma m\u00e8re souffrait de la faim et de tous ses tracas et passait ses journ\u00e9es \u00e0 se creuser la cervelle pour nous sortir de la mis\u00e8re. Parfois, elle se laissait envahir par la fureur et hurlait que j&rsquo;\u00e9tais sa ruine et que c&rsquo;\u00e9tait moi qui avait fait mourir Cl\u00e9lia, parce que la guigne se refilait comme la peste ou la grippe espagnole. Je me disais qu&rsquo;elle avait raison, et alors je pleurais et me morfondais \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;avoir tu\u00e9 une pauvre vieille innocente.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<h3>L&rsquo;injustice.<\/h3>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>&#160;\u00bb C&rsquo;est du chiqu\u00e9 elle n&rsquo;a rien vol\u00e9.<\/em><\/div>\n<div><em>&#8211; Ah, bon&#160;?<\/em><\/div>\n<div><em>&#8211; J&rsquo;ai cach\u00e9 les draps dans sa chambre parce que j&rsquo;avais besoin de la renvoyer, je dois engager une fille du parti.&#160;\u00bb<\/em><\/div>\n<div><em>Bruno en resta coi.<\/em><\/div>\n<div><em>&#160;\u00bb Donc tu as retir\u00e9 \u00e0 une malheureuse son travail et son honneur pour arranger tes affaires.<\/em><\/div>\n<div><em>&#8211; C&rsquo;est la vie, petit. Il faut que des brebis meurent pour que les siens aient du boulot.<\/em><\/div>\n<div><em>&#8211; En effet tu n&rsquo;es qu&rsquo;un chien, Gualtiero, r\u00e9pondit Bruno et lui cracha au visage. Un chien et un poltron.&#160;\u00bb<\/em><\/div>\n<div><em>(&#8230;)<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div>\n<blockquote>\n<div><\/div>\n<\/blockquote>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>&#160;\u00bb Mais de quoi est-ce que tu t&rsquo;es encore m\u00eal\u00e9&#160;? Occupe-toi de tes affaires&#160;!&#160;\u00bb<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Il garda les oreilles baiss\u00e9es comme un \u00e2ne sous la pluie.<\/em><\/div>\n<div><em>&#160;\u00bb Tu veux trop de chose en m\u00eame temps, Bruno. Tu veux avoir un travail et tu veux \u00eatre l&rsquo;avocat des causes perdues. Mais on se salit les pieds \u00e0 courir et chier en m\u00eame temps.<\/em><\/div>\n<div><em>&#8211; Je veux rien, noir, je veux juste la justice.<\/em><\/div>\n<div>\n<p><em>&#8211; Mais qui t&rsquo;a mis cette id\u00e9e dans la t\u00eate&#160;? La justice, m\u00eame le Seigneur, Il ne sait pas ce que c&rsquo;est. S&rsquo;Il le savait, tu penses qu&rsquo;on vivrait dans un monde pareil&#160;?&#160;\u00bb<\/em><\/p>\n<\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<\/div>\n<h3>Les fascistes italiens valaient bien les nazis allemands.<\/h3>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>&#160;\u00bb Il y a des enfants ici, viens me donner un coup de main&#160;\u00bb, cria une voix derri\u00e8re lui. Il se retourna&#160;: V\u00e9tro. Il tenait dans ses bras quatre petits n\u00e8gres aussi ch\u00e9tifs que des chiots qui se d\u00e9battaient et hurlaient. Il accourut. Les enfants \u00e9taient des brindilles pourtant Vetro les tenait dans ses bras sans r\u00e9ussir \u00e0 les dompter.<\/em><\/div>\n<div><em>&#160;\u00bb C&rsquo;est qui, ils viennent d&rsquo;o\u00f9&#160;?&#160;\u00bb<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Vetro d\u00e9signa du menton une cabane en flammes.<\/em><\/div>\n<div><em>&#160;\u00bb Ils se sont \u00e9chapp\u00e9s par la fen\u00eatre.<\/em><\/div>\n<div><em>&#8211; Je m&rsquo;en occupe.&#160;\u00bb<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Mon p\u00e8re leur donna un coup de coude \u00e0 la base du nez, pr\u00e9cis, rapide, et les petits se ramollirent comme des marionnettes. Un seul, le plus grand, qui devait avoir six ans, ne tomba pas dans les pommes et continua \u00e0 se plaindre doucement, son nez pissant le sang.<\/em><\/div>\n<div><em>&#160;\u00bb Bien, acquies\u00e7a Vetro, comme \u00e7a.&#160;\u00bb<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Il jeta les quatre enfants dans le b\u00fbcher, l&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre., celui qui \u00e9tait encore \u00e9veill\u00e9 agita ses jambes, tandis qu&rsquo;il volait vers l&rsquo;incendie, comme s&rsquo;il courait dans les airs.\u00a0<\/em><\/div>\n<div><em>\u00ab&#160;Allez, on continue par ici, du nerf&#160;\u00bb<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Ils r\u00e9pandirent du k\u00e9ros\u00e8ne dans les cahutes et allum\u00e8rent le feu avec leur torche, en veillant bien \u00e0 ce que personne n&rsquo;arrive \u00e0 s&rsquo;\u00e9chapper. Si un n\u00e8gre trouvait une issue, il le rejetait \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur un coup de matraque. Il les br\u00fblait vif, sans leur tirer dessus, histoire d&rsquo;\u00e9conomiser les munitions .<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<blockquote>\n<div>\n<div><\/div>\n<\/div>\n<\/blockquote>\n<div>\n<blockquote>\n<div><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9ditions Gallimard NRF, 498 pages, avril 2026. Traduit de l&rsquo;italien par Romane Lafore Ce roman permet de prendre conscience des diff\u00e9rentes facettes du fascisme italien. L\u2019intrigue se situe dans la r\u00e9gion du nord de l\u2019Italie, \u00e0 Castrocaro, non loin du village de naissance de Benito Mussolini. 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