{"id":21963,"date":"2026-08-17T06:39:36","date_gmt":"2026-08-17T04:39:36","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=21963"},"modified":"2026-08-16T11:40:13","modified_gmt":"2026-08-16T09:40:13","slug":"je-nai-pas-appris-a-vivre-marianne-oswald","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=21963","title":{"rendered":"Je n&rsquo;ai pas appris \u00e0 vivre  &#8211; Marianne OSWALD"},"content":{"rendered":"<p><em><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_0003-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-21971\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_0003-scaled.jpeg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"1920\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_0003-scaled.jpeg 2560w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_0003-300x225.jpeg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_0003-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_0003-768x576.jpeg 768w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_0003-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_0003-2048x1536.jpeg 2048w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/IMG_0003-1320x990.jpeg 1320w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/a><br \/>\n\u00c9ditions Benoit Broyard, 358 pages, publi\u00e9 en mars 2024 , premi\u00e8re \u00e9dition en 1948\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Introduction de Jacques Pr\u00e9vert<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/3.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-724 alignleft\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/3.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>\u00c9trange destin\u00e9e que ce livre autobiographique de Marianne Oswald, n\u00e9e Sarah Alice Bloch, en 1901 \u00e0 Sarreguemines alors allemande, dans une famille de commer\u00e7ants ais\u00e9s juifs. Marianne Oswald a d&rsquo;abord fait une carri\u00e8re de chanteuse de cabaret et a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;amie de Jacques Pr\u00e9vert, Robert Desnos, Max Jacob et d&rsquo;autres po\u00e8tes et hommes du spectacle, elle fuit le nazisme aux USA et quand elle revient en France en 1946, elle a \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9e et sa carri\u00e8re a beaucoup de mal \u00e0 red\u00e9marrer. Et c\u2019est \u00e0 cette date qu&rsquo;elle \u00e9crit ce t\u00e9moignage qui ne conna\u00eetra pas un grand succ\u00e8s, malgr\u00e9 la pr\u00e9face de Jacques Pr\u00e9vert.<\/p>\n<p>Ce livre raconte son enfance, et son malheur de ne pas \u00eatre un gar\u00e7on. La famille avait d\u00e9j\u00e0 une fille , et attendait un h\u00e9ritier m\u00e2le. Sa s\u0153ur, de 8 ans son a\u00een\u00e9e, va la rejeter compl\u00e8tement et sa m\u00e8re attendra d&rsquo;\u00eatre sur son lit de mort pour lui t\u00e9moigner un peu d&rsquo;affection. Son p\u00e8re aimera cette petite fille et elle aura aussi la chance d&rsquo;avoir une nourrice qui lui apportera un amour inconditionnel. \u00c0 l&rsquo;\u00e2ge de 16 ans, elle est orpheline, et son oncle tuteur l&rsquo;envoie en pension \u00e0 Munich. On lui d\u00e9couvre un goitre, il faudra l&rsquo;op\u00e9rer et contrairement aux pr\u00e9visions (et aux espoirs de son oncle) elle survit et apr\u00e8s de graves difficult\u00e9s elle retrouvera sa voix et pourra m\u00eame chanter. Le r\u00e9cit s&rsquo;arr\u00eate quand elle arrive \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>Tout est racont\u00e9 du point de vue d&rsquo;une enfant qui subit la cruaut\u00e9 des adultes vis \u00e0 vis d&rsquo;elle . Mais l&rsquo;enfance c&rsquo;est aussi la joie de se faire des amies qui sont souvent tr\u00e8s gentilles, elle raconte leurs jeux et la d\u00e9couverte de la sexualit\u00e9. La vie \u00e0 Sarreguemines est bien rendue, avec les Lorrains fran\u00e7ais de c\u0153ur \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 de ceux qui sont fiers d&rsquo;\u00eatre allemands et qui v\u00e9n\u00e8rent leur cher Kaiser. L&rsquo;enfant se d\u00e9brouille avec les autorit\u00e9s scolaires, souvent soutenue par son p\u00e8re qui ne croit pas trop aux r\u00e8gles germaniques. Sa m\u00e8re et sa s\u0153ur, veulent donner des gages de respectabilit\u00e9 \u00e0 tous les habitants et en veulent beaucoup \u00e0 la petite qui fait des b\u00eatises d&rsquo;enfant mal-aim\u00e9. Le magasin de tissu et de confection marche tr\u00e8s bien et la famille est tr\u00e8s riche.<\/p>\n<p>Ce qui est tr\u00e8s \u00e9trange et que j&rsquo;aimerais comprendre, c&rsquo;est pourquoi la jud\u00e9it\u00e9 de la famille n&rsquo;est jamais \u00e9voqu\u00e9e. L&rsquo;auteure a \u00e9crit ce livre en 1947&#160;: est ce qu&rsquo;\u00e0 ce moment l\u00e0 c&rsquo;\u00e9tait trop dur de parler de ses origines juives&#160;? Je ne trouve pas d\u2019explication, c\u2019est tr\u00e8s bizarre&#160;: la famille est d\u00e9crite comme catholique et le mariage de sa s\u0153ur, semble se passer \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise. Elle n&rsquo;a voulu raconter que son ressenti de petite fille que sa m\u00e8re n&rsquo;arrive pas \u00e0 aimer, et cela rend ce r\u00e9cit tr\u00e8s poignant. Mais j&rsquo;ai des r\u00e9serves sur cette autobiographie&#160;: l&rsquo;arri\u00e8re plan sociologique, me manque&#160;: est ce parce qu&rsquo;ils \u00e9taient juifs que la m\u00e8re est si attach\u00e9e aux conventions&#160;? Comme commer\u00e7ante se devait-elle d&rsquo;\u00eatre absolument irr\u00e9prochable pour garder sa client\u00e8le&#160;?<br \/>\nL\u2019adolescente rencontre un moment un regard bienveillant d&rsquo;adulte qui se penche sur la destin\u00e9e de cette jeune fille, il s&rsquo;agit d&rsquo;un psychanalyste \u00e0 Munich qui lui donne quelques cl\u00e9s pour comprendre ce qu&rsquo;elle a subi et lui expliquer la fin tragique de son p\u00e8re. Elle avait si peur de devenir folle comme lui, ce que sa charmante famille lui avait r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019envie. En r\u00e9alit\u00e9 la tuberculose de son p\u00e8re a attaqu\u00e9 son cerveau et c\u2019est ce qui l\u2019a conduit \u00e0 avoir des gestes de d\u00e9mences&#160;: ce n\u2019est donc pas h\u00e9r\u00e9ditaire.<\/p>\n<p>Ce r\u00e9cit prend sa place dans la longue s\u00e9rie des enfances malheureuses, c&rsquo;est bien racont\u00e9 mais il lui manque un ancrage dans la r\u00e9alit\u00e9 juive qui permettrait de comprendre bien des aspects de la vie de cette famille. Elle a compl\u00e8tement disparu aujourd\u2019hui puisque au d\u00e9but de cette r\u00e9\u00e9dition, les \u00c9ditions Benoit Broyard cherche si Marianne OSWALD n\u00e9e Sarah Alice Bloch a un quelconque h\u00e9ritier.<\/p>\n<h1>Extraits.<\/h1>\n<h3>D\u00e9but.<\/h3>\n<blockquote>\n<div><em>La ville de Sarreguemines est n\u00e9e juste \u00e0 l&rsquo;endroit o\u00f9 la Blies quitte en dansant les champs verts de la Lorraine, pour rejoindre la Sarre.<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Sarreguemines marque la fronti\u00e8re entre la Lorraine fran\u00e7aise et la Sarre allemande. Le pont principal prolonge la Neuenkirchenstrasse de Sarreguemines jusqu&rsquo;\u00e0 Neuenkirchen et rejoint la grand&rsquo;route de Sarrebr\u00fcck, la ville mini\u00e8re de la Sarre, la ville noire de fum\u00e9e et de charbon.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div>\n<h3>Le d\u00e9but de la guerrec14\/18 \u00e0 Sarreguemines.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>De chaque c\u00f4t\u00e9, toutes les discussions se terminaient toujours par une pri\u00e8re \u00e0 Dieu, Dieu qui devait avoir le dernier mot dans cette guerre.<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Dieu&#160;?<\/em><\/div>\n<div><em>C&rsquo;\u00e9tait \u00e0 son sujet que j&rsquo;\u00e9tais le plus troubl\u00e9e. Avec qui \u00e9tait-il r\u00e9ellement&#160;? Combien de nuits blanches devaient-ils passer avec tout le bruit que l&rsquo;on faisait autour de lui d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 comme de l&rsquo;autre&#160;?<\/em><\/div>\n<div><em> Le soir avant que mes paupi\u00e8res ne tombent de sommeil, et en priant Dieu de faire tout son possible pour que la guerre finisse tr\u00e8s vite afin que je parte pour Paris, Je ne pouvais m&#8217;emp\u00eacher de penser et de repenser&#160;:<\/em><\/div>\n<div><em>&#160;\u00bb Comment Dieu va-t-il faire pour s&rsquo;en sortir&#160;? Comment va-t-il faire pour ne pas se f\u00e2cher avec toute la terre&#160;?&#8230;&#160;\u00bb<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<blockquote>\n<div><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>Elle retrouve sa voix et trouve sa voie.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Un jour j&rsquo;entendis un homme dire dans la salle&#160;: &#160;\u00bb C&rsquo;est entendu cette fille n&rsquo;a pas une voix de rossignol, mais avez-vous vu quelle flamme&#160;? Elle n&rsquo;a peut-\u00eatre pas de voix du tout, mais il faut reconna\u00eetre qu&rsquo;avec cette voix, qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas, elle donne la chair de poule.&#160;\u00bb<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Alors je compris que c&rsquo;\u00e9tait ma voix qui malgr\u00e9 moi avait bless\u00e9 et irrit\u00e9 tous les autres auditeurs en leur mettant sur la gorge la lame du souvenir, ma voix qui tressaillait encore de terreur et de douleur n&rsquo;ayant pu oublier ni les murs blancs de l&rsquo;h\u00f4pital ni le couteau du chirurgien, ni l&rsquo;\u00e9pouvantes du r\u00e9veil sous le chloroforme.<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Mais cette voix racontait aussi, \u00e0 travers les pauvres paroles des simples chansons de Catherine, toute mon enfance (..)<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Et toutes les autres voix de ma vie qui \u00e9clataient en m\u00eame temps dans mon c\u0153ur. C&rsquo;\u00e9tait le sang de ses voix m\u00eal\u00e9es \u00e0 mon propre sang qui battait dans mes chansons. Derri\u00e8re le rideau, je cessais alors de pleurer et j&rsquo;oubliais la pluie d&rsquo;injures battant mon visage comme une vitre, j&rsquo;oubliais l&rsquo;orage de ses voix agressives, et je savais que je n&rsquo;\u00e9tais plus seule dans cette foule hostile, puisque quelques-uns, malgr\u00e9 tout m&rsquo;avaient d\u00e9fendu. Et je savais qu&rsquo;un jour, ils seraient plus nombreux encore, ceux qui aimeraient mes chansons, celles de Catherine et d&rsquo;autres, qui diraient les malheurs et la beaut\u00e9 de la vie, ses orages et ses \u00e9claircies.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Une des chansons qui l&rsquo;a rendue c\u00e9l\u00e8bre c&rsquo;est la chasse \u00e0 l&rsquo;enfant \u00e9crit par Jacques Pr\u00e9vert. Je pense qu&rsquo;elle \u00e9tait bien plac\u00e9e pour ressentir ce texte .<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Marianne Oswald - La chasse \u00e0 l&amp;apos;enfant\" width=\"580\" height=\"435\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/upyoX-MRsNk?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>Extraits<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9ditions Benoit Broyard, 358 pages, publi\u00e9 en mars 2024 , premi\u00e8re \u00e9dition en 1948\u00a0 Introduction de Jacques Pr\u00e9vert \u00c9trange destin\u00e9e que ce livre autobiographique de Marianne Oswald, n\u00e9e Sarah Alice Bloch, en 1901 \u00e0 Sarreguemines alors allemande, dans une famille de commer\u00e7ants ais\u00e9s juifs. 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