{"id":21712,"date":"2026-07-08T06:20:53","date_gmt":"2026-07-08T04:20:53","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=21712"},"modified":"2026-05-06T17:18:13","modified_gmt":"2026-05-06T15:18:13","slug":"ton-cadavre-exquis-marion-quantin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=21712","title":{"rendered":"Ton cadavre exquis   &#8211; Marion QUANTIN"},"content":{"rendered":"<p><em><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/IMG_0861-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-21719\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/IMG_0861-scaled.jpeg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"1920\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/IMG_0861-scaled.jpeg 2560w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/IMG_0861-300x225.jpeg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/IMG_0861-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/IMG_0861-768x576.jpeg 768w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/IMG_0861-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/IMG_0861-2048x1536.jpeg 2048w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/IMG_0861-1320x990.jpeg 1320w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/a><br \/>\n\u00c9ditions POL, 183 pages, janvier 2026.<\/em><\/p>\n<p><em>Lu dans le cadre du\u00a0<a href=\"https:\/\/mediatheques.cote-emeraude.fr\/club-de-lecture-de-dinard\">club de lecture<\/a>\u00a0de la\u00a0<a href=\"https:\/\/mediatheques.cote-emeraude.fr\/l-ourse\">m\u00e9diath\u00e8que de Dinard.<\/a><\/em><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/4.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-725 alignleft\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/4.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>J&rsquo;ai vraiment h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 choisir ce roman, dans le choix propos\u00e9 pour le club de lecture&#160;: Quoi une femme, thanatopractrice, qui s&rsquo;occupe du corps de son p\u00e8re alcoolique, pour le rendre pr\u00e9sentable le jour de sa mort, quelle horreur&#160;!<\/p>\n<p>Et bien non cette lecture n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 horrible du tout. Bien s\u00fbr elle m&rsquo;a oblig\u00e9e \u00e0 penser au traitement que l&rsquo;on r\u00e9serve aux corps morts dans notre soci\u00e9t\u00e9, mais cela m&rsquo;a permis de r\u00e9fl\u00e9chir avec elle, \u00e0 la fa\u00e7on dont on escamote les cadavres, pour passer au plus vite loin de la mort dans notre monde. Son enfance avec ce p\u00e8re d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9, elle, elle dit fou, car elle n&rsquo;a pas peur des mots , et surtout alcoolique est poignante. Elle raconte si bien, le drame de l&rsquo;enfant qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 , elle a ador\u00e9 ce p\u00e8re hors du commun qui \u00e9tait son \u00ab&#160;roi&#160;\u00bb et qui a entra\u00een\u00e9 sa famille dans des d\u00e9lires les plus amusants, jusqu&rsquo;au jour elle n&rsquo;a plus ri du tout. Alors elle l&rsquo;a ha\u00ef aussi fort q&rsquo;lle l&rsquo;avait ador\u00e9. Elle raconte bien aussi la d\u00e9ch\u00e9ance physique, morale, psychologique du grand alcoolique. Et tout cela en lui accordant les derniers gestes d&rsquo;amour et de respect, qu&rsquo;une thanatopractrice fait aux corps pour le moment final des obs\u00e8ques. Il sera pr\u00e9sentable aux regards des autres, dans sa mort, lui qui ne l&rsquo;\u00e9tait plus dans la vie.<\/p>\n<p>C&rsquo;est vraiment un tr\u00e8s beau roman et j&rsquo;esp\u00e8re que l&rsquo;auteure qui a eu un p\u00e8re alcoolique a pu gr\u00e2ce \u00e0 ce r\u00e9cit s&rsquo;\u00e9loigner de tous les malheurs de sa vie. Elle a eu besoin pour cela d&rsquo;utiliser une langue pr\u00e9cise qui fait mal, mais qui vise juste aussi. Peut-\u00eatre que vous penserez&#160;: encore un livre pour se gu\u00e9rir, c&rsquo;est vrai et c&rsquo;est aussi ma r\u00e9serve mais elle le fait bien et c&rsquo;est aussi un beau texte sur la mort.<\/p>\n<h1>Extraits<\/h1>\n<h3>D\u00e9but.<\/h3>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>La salle de thanatopraxie, ma table de travail en m\u00e9tal, une housse mortuaire sur un brancard, un corps. Je me demande ce que je fous l\u00e0, alors que j&rsquo;ai bataill\u00e9 pendant des mois pour convaincre ma famille et mes coll\u00e8gues, que c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 moi d&#8217;embaumer mon p\u00e8re. Il fait plus froid que d&rsquo;habitude.\u00a0<\/em><\/div>\n<div><em>Tu es mort cette nuit., tu n&rsquo;es pas d\u00e9c\u00e9d\u00e9. Je tiens au mot et \u00e0 leur sens. Le go\u00fbt de la nuance est une chose tant oubli\u00e9e et avec elle s&rsquo;en va l&rsquo;effort pour toucher du doigt une intouchable sensation. Alors, je prends soin des mots comme je prends soin des morts. J&rsquo;y trouve un lien, les mots n&rsquo;\u00e9tant que des lettres mortes qu&rsquo;on aligne pour en faire une langue vivante, destin\u00e9e \u00e0 ressusciter une \u00e9motion, une pens\u00e9e qui s&rsquo;affole, un \u00e9clair de v\u00e9rit\u00e9 absolue, mais que nous ne pourrons jamais saisir. Mort ou d\u00e9c\u00e9d\u00e9 ne veulent pas dire la m\u00eame chose. Mort vient de \u00ab&#160;mor&#160;\u00bb, mourir, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 de \u00ab&#160;decedere&#160;\u00bb sortir de la vie. Tu es mort, mais tu n&rsquo;es pas sorti de la vie. Tu es encore dans la mienne et dans celle de tous ceux qui pensent et penseront \u00e0 toi, ou qui n&rsquo;y penseront jamais, mais auront re\u00e7u quelques cadeaux ou fardeaux en h\u00e9ritage. Tu passes de la vie \u00e0 la mort comme on passe un flambeau au prochain.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<h3>Soins pour son p\u00e8re alcoolique.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Je vais te d\u00e9shabiller enti\u00e8rement pour te d\u00e9sinfecter et acc\u00e9der au parti de ton buste que j&rsquo;inciserai plus tard. Depuis quand n&rsquo;ai-je pas vu ton corps nu&#160;? Six ans environ, quand, \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, tu m&rsquo;avais hurl\u00e9 dessus apr\u00e8s un malaise pour que je te tienne le sexe afin de pisser dans une bassine.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>Les paroles qui tuent.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Seuls les mots se sont permis d&rsquo;\u00eatre meurtriers et j&rsquo;ai d\u00e9gain\u00e9 un \u00ab&#160;Si tu veux crever, alors fous-toi par la fen\u00eatre, qu&rsquo;on en finisse. Tu soulageras tout le monde&#160;\u00bb. Tu m&rsquo;as renvoy\u00e9e \u00e0 la honte de mes paroles et j&rsquo;ai eu honte, profond\u00e9ment honte. Pas d&rsquo;avoir voulu te finir, mais de l&rsquo;avoir exprim\u00e9 pour la premi\u00e8re fois \u00e0 voix haute, alors que tu \u00e9tais mourant et que nous le savions tous les deux.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<h3>Mort et morbide .<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Je suis encore vivante et l&rsquo;on peut travailler avec des morts sans \u00eatre morbide. Un autre mot que les gens utilisent \u00e0 mon encontre, sans en conna\u00eetre le sens. Leur ignorance m&rsquo;attriste et m&rsquo;inqui\u00e8te. \u00catre morbide, c&rsquo;est d\u00eener devant le JT de TF1 avec ses enfants en regardant les enfants des autres, d\u00e9nutris et d\u00e9chiquet\u00e9s \u00e0 Gaza. Nous avons d\u00e9r\u00e9alis\u00e9 la mort comme nous d\u00e9r\u00e9alisons tout le reste. Mon m\u00e9tier est, je crois, un acte de r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;heure o\u00f9 les choses disparaissent. On vous annonce un d\u00e9c\u00e8s, c&rsquo;est un fait. Il est irr\u00e9futable. Il suscite l&rsquo;inqui\u00e9tude, la surprise, de l&rsquo;angoisse, mais ce n&rsquo;est ni tenable, ni tangible. Se recueillir, toucher le mort est un espace de repos, la possibilit\u00e9 d&rsquo;acter, de se souvenir, et de r\u00e9aliser l&rsquo;impensable.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div>\n<h3>Un p\u00e8re destructeur d&rsquo;une adolescente.<\/h3>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>J&rsquo;ai tout accept\u00e9 depuis longtemps sauf une chose. Ton incapacit\u00e9 \u00e0 voir que tu \u00e9tais le danger. \u00c0 t&rsquo;entendre, je ne savais pas choisir mes amis et je finirai pute. Pour me garder sous ta coupe, tu m&rsquo;as appris \u00e0 avoir peur des autres et me sentir humili\u00e9e de mon d\u00e9sir pour eux. Tu avais peur de quoi&#160;? Que je parle&#160;? Je ne crois m\u00eame pas, car pour cela, il aurait fallu que tu voies et admettes qu&rsquo;il y avait un probl\u00e8me. Pour toi, tout allait bien et nous n&rsquo;\u00e9tions que des chieuses. Peut-\u00eatre que ta crainte \u00e9tait simplement que je ne sois plus la tienne, de pute. Pas celle que tu aurais bais\u00e9e, mais celle que tu consid\u00e9rais comme un objet qui t&rsquo;appartient. Entre nous, si tu m&rsquo;as pay\u00e9 de la bouffe et un toit, je crois avoir pay\u00e9 plus cher que toi. La pute, \u00e7a aurait d\u00fb \u00eatre toi. Tu aurais gagn\u00e9 au change. Car, \u00e0 la place du m\u00e9pris, je t&rsquo;aurais admir\u00e9 comme ces femmes qui offrent peut-\u00eatre leur cul, mais surtout une tendresse que la plupart des hommes n&rsquo;auront jamais pour personne.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<h3>L&rsquo;alcool et la personnalit\u00e9.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Longtemps, j&rsquo;ai cru que seul l&rsquo;alcool avait pris ta gentillesse, ta conscience, ta logique. Maintenant, je doute qu&rsquo;il t&rsquo;ait tout vol\u00e9. Tu as \u00e9t\u00e9 violent et tu n&rsquo;as pas \u00e9t\u00e9 violent parce que tu buvais. Tu as \u00e9t\u00e9 aussi violent parce que je ne jouais plus. Tu as \u00e9t\u00e9 sadique et tu n&rsquo;as pas \u00e9t\u00e9 sadique, parce que ton \u00e9tat de sant\u00e9 se d\u00e9gradait. Tu as \u00e9t\u00e9 aussi sadique, parce qu&rsquo;\u00e0 tes yeux, je l&rsquo;\u00e9tais tout autant de te mettre face \u00e0 tes d\u00e9nis. Tu n&rsquo;avais pas la capacit\u00e9 de remettre ton point de vue en question, mais quand une meute commence \u00e0 vous faire douter, il y a deux chemins. Le soin ou la radicalit\u00e9. Et tu as pris les armes, les armes pour te prot\u00e9ger de l&rsquo;assaut familiale.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>Toujours ce p\u00e8re destructeur.<\/h3>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>On ne d\u00e9cide pas d&rsquo;arr\u00eater d&rsquo;aimer. C&rsquo;est la vraie cruaut\u00e9 du sentiment amoureux, de l&rsquo;attachement de l&rsquo;enfant \u00e0 son parent. On peut faire appel \u00e0 la raison et s&rsquo;\u00e9loigner, se prot\u00e9ger, mais le langage du c\u0153ur ne se fait pas berner. Tu me maltraitais, tu m&rsquo;humiliais, tu me d\u00e9go\u00fbtais, tu foutais en l&rsquo;air une immense partie de ma vie et pourtant je t&rsquo;aimais. Je continuais \u00e0 t&rsquo;aimer sinc\u00e8rement. Je me suis d\u00e9test\u00e9e . D&rsquo;\u00eatre faible, \u00e0 ta merci, de te consid\u00e9rer comme si important que je n&rsquo;ai rien pu faire d&rsquo;autre que de te ramener dans ma vie. J&rsquo;\u00e9tais constern\u00e9e d&rsquo;aimer un homme aussi laid, aussi grossier, aussi \u00e9go\u00efste, aussi m\u00e9chant. Je cherchais sans cesse une explication \u00e0 mon comportement. Soit j&rsquo;\u00e9tais conne, soit j&rsquo;\u00e9tais perverse, soit j&rsquo;\u00e9tais folle. Dans tous les cas, je m\u00e9ritais tout le malheur qui m&rsquo;accablait. Je devenais comme toi\u00a0<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9ditions POL, 183 pages, janvier 2026. Lu dans le cadre du\u00a0club de lecture\u00a0de la\u00a0m\u00e9diath\u00e8que de Dinard. 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