{"id":21495,"date":"2026-05-21T06:41:47","date_gmt":"2026-05-21T04:41:47","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=21495"},"modified":"2026-03-17T18:37:32","modified_gmt":"2026-03-17T17:37:32","slug":"le-lit-clos-sophie-brocas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=21495","title":{"rendered":"Le Lit Clos    &#8211; Sophie Brocas"},"content":{"rendered":"<p><em><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IMG_0843-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-21503\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IMG_0843-scaled.jpeg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"1920\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IMG_0843-scaled.jpeg 2560w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IMG_0843-300x225.jpeg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IMG_0843-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IMG_0843-768x576.jpeg 768w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IMG_0843-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IMG_0843-2048x1536.jpeg 2048w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IMG_0843-1320x990.jpeg 1320w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/a><br \/>\n\u00c9ditions J&rsquo;ai lu, 313 pages, d\u00e9cembre 2025<\/em><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/4.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-725 alignleft\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/4.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>J&rsquo;ai vraiment h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 attribu\u00e9 4 coquillages \u00e0 ce r\u00e9cit, car j\u2019ai pas mal de r\u00e9serves, mais pour la description de la lutte des femmes de Douarnenez, ce livre les m\u00e9rite. Comme le titre l&rsquo;indique, il y a aussi une histoire qui se passe dans un \u00ab&#160;lit clos&#160;\u00bb entre les deux protagonistes de cette gr\u00e8ve que j&rsquo;ai trouv\u00e9e un peu (pas compl\u00e8tement cependant) r\u00e9\u00e9crite avec des yeux d&rsquo;une autrice du 21\u00b0 si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Deux femmes sont au c\u0153ur du roman, Rose qui vient du monde rural, tr\u00e8s arri\u00e9r\u00e9, monde dans lequel la religion domine tous les aspects du quotidien. Le roman commence par un drame, la m\u00e8re de Rose meurt lors de l&rsquo;accouchement d&rsquo;un quatri\u00e8me enfant. Rose sera toute sa vie emplie de haine pour celui qu&rsquo;elle surnomme \u00ab&#160;l&rsquo;assassin&#160;\u00bb. Ce pauvre b\u00e9b\u00e9 sera m\u00eame victime de maltraitance de sa part, sans aller jusqu&rsquo;\u00e0 le tuer , elle souhaite ardemment sa mort. Comme le p\u00e8re a besoin d&rsquo;argent, il l&rsquo;envoie \u00e0 l&rsquo;usine pour mettre les sardines en bo\u00eetes. Et la voil\u00e0 donc \u00ab&#160;Pen- Sardine&#160;\u00bb comme on nomme ces ouvri\u00e8res.<\/p>\n<p>La description du travail des ouvri\u00e8res dans les usines m&rsquo;a beaucoup int\u00e9ress\u00e9e, je savais cela mais cela fait du bien de le relire. Le travail des enfants de 12 ans alors que c&rsquo;est interdit, nous sommes en 1924 , les heures qui ne d\u00e9pendent que de l&rsquo;arriv\u00e9e des sardines et qui obligent les ouvri\u00e8res \u00e0 rester travailler la nuit sans \u00eatre pay\u00e9e plus, le travail dans l&rsquo;odeur de l&rsquo;huile br\u00fblante et de poisson. La contremaitre qui s&rsquo;autorise \u00e0 humilier et m\u00eame \u00e0 des coups de torchon lorsqu&rsquo;elle trouve le travail mal fait.<\/p>\n<p>Louise vient d&rsquo;un milieu totalement diff\u00e9rent, elle a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9e dans un milieu r\u00e9publicain, a suivi son premier mari \u00e0 Paris , mais est revenue travailler \u00e0 l&rsquo;usine \u00e0 Douarnenez. Elle aura tr\u00e8s vite un r\u00f4le important dans la prise de conscience de l&rsquo;injustice de la condition ouvri\u00e8re.<\/p>\n<p>La gr\u00e8ve est vot\u00e9e pour obtenir un meilleur salaire et la prise en compte des heures suppl\u00e9mentaires, Rose et Louise se retrouvent et la petite campagnarde confite en religion d\u00e9couvre gr\u00e2ce \u00e0 Louise la libert\u00e9. Comme elles dorment dans le m\u00eame lit clos, elles vont aussi s&rsquo;aimer.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me partie voit leur destin se s\u00e9parer, Louise rejet\u00e9e par Rose qui veut une vie \u00ab&#160;normale&#160;\u00bb avec un mari, part \u00e0 Paris se remettre de son chagrin d&rsquo;amour. Cette partie du roman m&rsquo;a aussi int\u00e9ress\u00e9e car l&rsquo;auteure nous fait d\u00e9couvrir le milieu artistique parisien et la lutte des f\u00e9ministes pour le droit de vote. Louis fera finalement une carri\u00e8re de chanteuse. Tandis que Rose s&rsquo;enferme dans sa vie de femme mari\u00e9e \u00e0 un p\u00eacheur. J&rsquo;ai beaucoup de mal \u00e0 supporter le caract\u00e8re de Rose, elle rumine son hostilit\u00e9 \u00e0 sa belle m\u00e8re chez qui elle vit au d\u00e9but de son mariage, cherche \u00e0 tout prix \u00e0 tomber enceinte le sera d&rsquo;ailleurs d&rsquo;un autre homme que son mari, et surtout la haine de son petit fr\u00e8re continue \u00e0 l&rsquo;animer.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai vraiment eu du mal cette Rose apr\u00e8s l&rsquo;ardeur qu&rsquo;elle a mise pour la gr\u00e8ve des sardini\u00e8res, je ne comprends pas pourquoi l&rsquo;auteure a voulu en faire une femme \u00e9troite d&rsquo;esprit et de sentiments. Je sais que pour faire un roman avec des faits historiques, il faut cr\u00e9er des personnages qui vont donner vie \u00e0 l\u2019histoire, mais je regrette que l\u2019auteure ait donn\u00e9 la grandeur d\u2019\u00e2me \u00e0 la parisienne et l\u2019\u00e9troitesse d\u2019esprit, l\u2019aigreur, la m\u00e9chancet\u00e9 \u00e0 la bretonne.<\/p>\n<p>Mais pour la gr\u00e8ve et la condition ouvri\u00e8re, et aussi pour le milieu artistique parisien des ann\u00e9es 20, je sui tr\u00e8s contente d&rsquo;avoir lu ce roman<\/p>\n<p>Et voici les chants qui ont \u00e9t\u00e9 chant\u00e9 lors de la c\u00e9r\u00e9monie qui a r\u00e9uni toute la ville de Douarnenez pour le centenaire de la lutte des sardini\u00e8res.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"#1 PENN SARDIN \/ Foule Chantante Pemp real a vo \/ Douarnenez\" width=\"580\" height=\"326\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/xk6iuH6eMys?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<h1>Extraits.<\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>D\u00e9but.<\/h3>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Le cri avait d\u00e9chir\u00e9 les entrailles de la m\u00e8re, roul\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 la gorge avant que sa voix, d&rsquo;ordinaire haute et claire ne l&rsquo;expulse comme un crachat long \u00e9pais douloureux. Cela venait de loin du fond de la terre, d&rsquo;un \u00e9cart\u00e8lement violent, d&rsquo;un s\u00e9isme organique.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>L&rsquo;enfance de Rose 1924.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Elle avait grandi dans le creux de la maison entre une m\u00e8re aimante qu&rsquo;elle ne parvenait toujours pas \u00e0 pleurer un p\u00e8re \u00e9trange et deux petits fr\u00e8res turbulents. Elle avait \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e chez les s\u0153urs y avait appris surtout les travaux m\u00e9nagers et la petite couture, mais pas le fran\u00e7ais, son p\u00e8re ne disait-il pas que le fran\u00e7ais ne servait \u00e0 rien d&rsquo;autre qu&rsquo;\u00e0 comprendre les ordres des parisiennes quand il fallait vider leur pots de chambre..<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>Les conserveries<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Depuis que la conserve avait \u00e0 la fin du si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent, lev\u00e9 un vent de folie industriel sur Douarnenez, la ville attirait \u00e0 elle tous les mis\u00e9reux des campagnes alentour. La population avec quintupl\u00e9 en quelques d\u00e9cennies une vingtaine d&rsquo;usines y donnait du travail \u00e0 trois mille ouvri\u00e8res et cinq cent \u00e9quipages. On s&rsquo;entassait dans d&rsquo;\u00e9troites maisons ramass\u00e9es derri\u00e8re des portes basses aux linteaux de granit ocre, des maisons embo\u00eet\u00e9es les unes dans les autres dans les venelles du quartier du Rosemeur. On vivait \u00e0 cinq ou six dans une pi\u00e8ce unique de vingt m\u00e8tre carr\u00e9s. Mais on pr\u00e9f\u00e9rait cette promiscuit\u00e9 dans les quartiers surpeupl\u00e9s du port, avec ces caf\u00e9s bruyants et ses f\u00eates insens\u00e9es, plut\u00f4t que d&rsquo;avoir \u00e0 grimper les rues raides de la ville au rythme des mar\u00e9es.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>Tenue de plage et politique.<\/h3>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>L&rsquo;ancien maire avait eu l&rsquo;obligeance de prendre un arr\u00eat\u00e9 interdisant l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la plage \u00e0 tous ceux qui ne portaient pas le costume de bain. L&rsquo;aimable \u00e9dile avait ainsi repouss\u00e9 sur les bords de mer plus populeux ouvri\u00e8res et marins qui s&rsquo;obstinaient \u00e0 se baigner en blouse et cale\u00e7on.\u00a0<\/em><\/div>\n<div><em>Cette mesure de salut public avait \u00e9t\u00e9 prise par un maire compr\u00e9hensif quoique radical avant que la ville ne soit ravie par ce Velly , un communiste aux id\u00e9es r\u00e9volt\u00e9es que le pr\u00e9fet fort heureusement avait d\u00e9mis de ses fonctions pour avoir os\u00e9 baptiser une rue du nom de la communarde, Louise Michel.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<h3>Le travail \u00e0 la conserverie.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em> Ici, c&rsquo;est l&rsquo;esclavage. La loi de 8 heures&#160;? Tu parles. Vot\u00e9e, oui, par ces messieurs de Paris, qui n&rsquo;ont jamais pris le r\u00e8glement d&rsquo;application. L&rsquo;interdiction du travail de nuit&#160;? Le patron s&rsquo;assoit dessus, quand la p\u00eache arrive tard, il faut continuer la friture, parfois jusqu&rsquo;\u00e0 1heure ou 2 heures du matin. Et crois-tu qu&rsquo;on soit mieux pay\u00e9, r\u00eave ma fille qu&rsquo;on puisse r\u00e9cup\u00e9rer nos heures&#160;? pas mieux. C&rsquo;est parfois trois jours de suite qu&rsquo;on travaille au-del\u00e0 de minuit sans aucune compensation. Et tout \u00e7a, pour 80 sous de l&rsquo;heure, ces pieuvres nous sucent la vie. Ah , je te jure, les cur\u00e9s ont pas besoin d&rsquo;inventer l&rsquo;enfer pour apr\u00e8s la mort. L&rsquo;enfer, c&rsquo;est tout de suite qu&rsquo;on le vit.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<h3>Sc\u00e8ne tellement plausible.<\/h3>\n<div>\n<div>(Le Flandez est la maire)<\/div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>\u00c0 la sortie, saisie par le froid, la troupe reprit le chemin du m\u00e9tropolitain et Le Flandez, encourag\u00e9e par une l\u00e9g\u00e8re ivresse, enla\u00e7a Louise par la taille. Elle se d\u00e9gagea vivement, mais Le Flandez, y voyant sans doute une minauderie de chatte lui cola une claque virile sur les fesses. \u00c0 laquelle Louise r\u00e9pondit aussi sec par une claque vibrante sur la figure du maire d\u00e9chu. Frottant sa joue autant pour la douleur que pour l&rsquo;humiliation que la gifle lui avait inflig\u00e9e, Le Flandez jeta un regard furieux \u00e0 Louise en se promettant int\u00e9rieurement de lui faire payer un jour cet affront.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<h3>Les cheveux courts 1925<\/h3>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Je repense \u00e0 cette histoire de gar\u00e7on. Femme d\u00e9prav\u00e9es ou pas les cheveux courts se sont r\u00e9pandus dans Paris \u00e0 la vitesse d&rsquo;une grippe. Si j&rsquo;y ai m\u00eame song\u00e9 pour moi couper mes boucles noires, d\u00e9gager la nuque, ce serait comme en finir avec l&rsquo;attente, rompre avec le pass\u00e9, affirmer mon ind\u00e9pendance. \u00c0 Douarnenez, je le sais bien, ce serait un scandale inimaginable, mais ici, tout semble possible, je le comprends \u00e0 pr\u00e9sent Paris est mon laissez-passer pour la libert\u00e9.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>Droit de vote (Marthe Bray)<\/h3>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>C&rsquo;est Marthe Bray, visage rond de lune, bon sourire, carrure solide.<\/em><\/div>\n<div><em>&#8211; Refusez le droit de vote aux femmes, c&rsquo;est s&rsquo;obstiner \u00e0 marcher de l&rsquo;avant \u00e0 reculons&#160;! ass\u00e8ne-t-elle.<\/em><\/div>\n<div><em>Face \u00e0 son auditoire, Marthe s&rsquo;anime pour pr\u00e9senter son projet de cr\u00e9ation prochaine d&rsquo;une ligue pour le vote des femmes. Elle plaide pour le pacifisme, milite pour l&rsquo;enseignement des valeurs citoyennes aux filles, sans renier pour autant leur devoir premier la maternit\u00e9. Dans la salle on approuve, on opine, on applaudit.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<blockquote><p>&nbsp;<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9ditions J&rsquo;ai lu, 313 pages, d\u00e9cembre 2025 J&rsquo;ai vraiment h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 attribu\u00e9 4 coquillages \u00e0 ce r\u00e9cit, car j\u2019ai pas mal de r\u00e9serves, mais pour la description de la lutte des femmes de Douarnenez, ce livre les m\u00e9rite. 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