{"id":21432,"date":"2026-05-14T06:12:28","date_gmt":"2026-05-14T04:12:28","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=21432"},"modified":"2026-03-04T14:16:13","modified_gmt":"2026-03-04T13:16:13","slug":"le-jardinier-et-la-mort-gueorgui-gospodinov","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=21432","title":{"rendered":"Le jardinier et la mort    Gu\u00e9orgui GOSPODINOV"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IMG_0837-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-21442\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IMG_0837-scaled.jpeg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"1920\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IMG_0837-scaled.jpeg 2560w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IMG_0837-300x225.jpeg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IMG_0837-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IMG_0837-768x576.jpeg 768w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IMG_0837-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IMG_0837-2048x1536.jpeg 2048w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IMG_0837-1320x990.jpeg 1320w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/a><\/p>\n<p><em><br \/>\n\u00c9ditions Gallimard, 230 pages, 2025 .<\/em><\/p>\n<p><em>Traduit du bulgare par Marie Vrinat-Nikolov<\/em><\/p>\n<p><em>Lu dans le cadre du club de lecture de la\u00a0<a href=\"https:\/\/mediatheques.cote-emeraude.fr\/l-ourse\">m\u00e9diath\u00e8que de Dinard<\/a>.<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<h3><strong><em>\u00a0Les fleurs ne sont-elles pas les p\u00e9riscopes secrets des morts qui gisent sous elles et observent le monde \u00e0 travers leurs tiges&#160;?<\/em><\/strong><\/h3>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/4.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-725 alignleft\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/4.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>\u00ab&#160;<em>Rien d&rsquo;effrayant<\/em>\u00ab&#160;<\/p>\n<p>.. voici ce que le p\u00e8re de l&rsquo;auteur lui r\u00e9pond \u00e0 chaque fois que celui-ci s&rsquo;inqui\u00e8te de sa sant\u00e9. Rien d&rsquo;effrayant, mais cela n&#8217;emp\u00eache pas le cancer de lui grignoter les os dans les douleurs que l&rsquo;on ne peut m\u00eame pas imaginer . Gi\u00e9orgui Gospodino est un auteur tr\u00e8s connu dans son pays, et il accompagne les derniers instants de celui qu&rsquo;il a tant aim\u00e9.<\/p>\n<p>La fa\u00e7on dont son p\u00e8re a r\u00e9ussi \u00e0 \u00eatre heureux dans un pays tr\u00e8s compliqu\u00e9, communiste puis ruin\u00e9 par un passage brutale au capitalisme, a \u00e9t\u00e9 de faire un beau jardin o\u00f9 se m\u00ealent fleurs, l\u00e9gumes et fruits. Ce moment d&rsquo;\u00e9criture permet \u00e0 l&rsquo;\u00e9crivain de d\u00e9crire ce moment terrible, mais si important de fin de vie. Je pense que toutes celles et tous ceux qui ont accompagn\u00e9 un proche atteint d&rsquo;une grave maladie, et qui n&rsquo;a plus aucune chance de gu\u00e9rir, retrouveront des moments qu&rsquo;ils ont v\u00e9cus. Il r\u00e9fl\u00e9chit aussi sur l&rsquo;absence, sur les souvenirs que nous avons de cette personne, et la r\u00e9alit\u00e9 que lui donne l&rsquo;\u00e9criture. Il r\u00e9fl\u00e9chit aussi au lien entre l&rsquo;enfant et le p\u00e8re, il fait remarquer, que si la Madone est souvent repr\u00e9sent\u00e9e Joseph tenant son enfant dans les bras beaucoup moins. En repensant \u00e0 son p\u00e8re, il fait vivre le pass\u00e9 communiste du pays, mais pour ses parents le pire a \u00e9t\u00e9 le passage brutale au capitalisme. Son p\u00e8re n&rsquo;a pas r\u00e9ussi \u00e0 trouver le moyen de bien gagner sa vie et comme je l&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 dit c&rsquo;est le jardinage qui lui donnera des bonnes raisons de vivre.<\/p>\n<p>C&rsquo;est un beau livre, mais avec beaucoup de r\u00e9p\u00e9titions et quelques longueurs. C&rsquo;et surtout, un bel hommage pour un homme bien , l&rsquo;auteur a partag\u00e9 sa douleur de la mort de son p\u00e8re avec nous, et donc il vivra non seulement dans sa m\u00e9moire, mais aussi dans la n\u00f4tre.<\/p>\n<h1>Extraits.<\/h1>\n<h3>D\u00e9but (la premi\u00e8re phrase dit beaucoup du roman.)<\/h3>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Mon p\u00e8re \u00e9tait jardinier. \u00c0 pr\u00e9sent c&rsquo;est un jardin.<\/em><\/div>\n<div><\/div>\n<div><em>\u00a0Je ne sais pas par o\u00f9 commencer. Que ceci soit le d\u00e9but. Il est question de fin, \u00e9videmment, mais o\u00f9 la fin commence-t-elle&#160;?<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<h3>J&rsquo;aime tant ce passage.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>\u00c0 soixante-dix-neuf ans, il cultivait un \u00e9norme jardin, potager, fruitier, fleuri. Il y avait de tout, tomates, poivrons, pommes de terre, ma\u00efs, fraises, pivoines, roses, tulipes, arbustes. Planter d\u00e9sherber, arroser, piocher, pulv\u00e9riser, attacher&#8230; On essayait de le convaincre de s&rsquo;arr\u00eater un peu, d&rsquo;en faire un peu moins. Je me rappelle lui avoir dit, toujours cette fois-l\u00e0, pr\u00e8s du dernier rosier d&rsquo;octobre, le mauve clair que s&rsquo;il continuait ainsi et n&rsquo;allait pas voir le m\u00e9decin il s&rsquo;\u00e9coulerait d&rsquo;un coup et que le jardin serait envahi par les mauvais herbes sous ses yeux. Il est \u00e9trange de constater quel mot le moment, le destin, quel que soit le nom que l&rsquo;on d\u00e9cide de donner \u00e0 ce qui est tapis dans l&rsquo;avenir, laisse entrer dans son oreille. Aujourd&rsquo;hui je vois toute la cruaut\u00e9 diff\u00e9r\u00e9e contenue dans ma r\u00e9plique.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>La langue de la m\u00e9decine.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Jusque l\u00e0, je savais que le latin \u00e9tait une langue morte. \u00c0 pr\u00e9sent je sais que c&rsquo;est la langue de la mort. La mort parle en latin.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<h3>Transformation du malade en patient.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Ce n&rsquo;est plus un homme mais un patient. C&rsquo;est l\u00e0 que se situe le premier changement. En r\u00e9alit\u00e9, la description objective de l&rsquo;\u00e9tat de sant\u00e9 vous transforme lentement en objet. La premi\u00e8re autopsie, encore de notre vivant, et sans anesth\u00e9sie, c&rsquo;est la langue qui l&rsquo;op\u00e8re. Elle entre froidement examine, d\u00e9crit pas vraiment elle en r\u00e9alit\u00e9, mais les instruments concern\u00e9s, en revanche, c&rsquo;est la langue qui fixe et rend visible tout cela. Sauf que mon p\u00e8re n&rsquo;est plus l\u00e0. Toutes description d\u00e9taill\u00e9e m\u00e8nent paradoxalement \u00e0 une d\u00e9shumanisation.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<h3>Un souvenir heureux.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Je me rappelle qu&rsquo;un soir, il y a des ann\u00e9es de cela ma m\u00e8re et lui, m&rsquo;ont t\u00e9l\u00e9phon\u00e9, tout \u00e9mus, pour m&rsquo;annoncer que dans les mots crois\u00e9s, il y avait un roman de moi en vingt-deux lettres verticalement. J&rsquo;esp\u00e8re que vous avez devin\u00e9, ai-je dit pour plaisanter, c&rsquo;est un vrai succ\u00e8s de figurer dans les mots crois\u00e9s. Et leur joie me rendait heureux.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<h3>Souvenir d&rsquo;\u00e9cole primaire.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Un jour, alors qu&rsquo;on lui demandait o\u00f9 travaillait son p\u00e8re, un camarade de classe a r\u00e9pondu&#160;: dans la fabrique \u00e0 gifles. L&rsquo;espace de quelques secondes, l&rsquo;institutrice enregistra, machinalement, cette information comme cr\u00e9dible et commen\u00e7a \u00e0 l&rsquo;\u00e9crire dans le journal de la classe. Tous les p\u00e8res \u00e0 cette \u00e9poque travaillaient dans des fabriques, de porcelaine, caoutchouc, de briques, pourquoi pas de gifles. Puis, elle se rendit compte de ce qu&rsquo;elle allait \u00e9crire et eut un regard noir tandis que nous \u00e9tions morts de rire .<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Impression pendant le r\u00e9gime communiste .<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>\u00a0\u00ab&#160;Nous ici sommes heureux, uniquement parce que nous ne savons pas \u00e0 quel point nous sommes malheureux.&#160;\u00bb<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>La figure du p\u00e8re.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Le p\u00e8re absent de l&rsquo;\u00e9poque socialiste. L&rsquo;absence n&rsquo;est-elle pas en r\u00e9alit\u00e9 l&rsquo;une des caract\u00e9ristiques des p\u00e8res dans toute la culture mondiale. Ils sont au front, ou dans les prisons, ou \u00e0 la recherche de la toison d&rsquo;or, ou en train de se voter avec des nymphes sur les \u00eeles ou d&rsquo;affronter une temp\u00eate sur le chemin du retour, ou bien ils tra\u00eenent dans les bistrots du monde, ou bien ils sont partis gagner de l&rsquo;argent, tout simplement ils n&rsquo;ont pas envie de rentrer&#8230;<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Dans le monde chr\u00e9tien, la composition embl\u00e9matique est bien entendu, la Madone, la Vierge \u00e0 l&rsquo;enfant. Vous ne verrez presque pas Joseph, le p\u00e8re terrestre portant J\u00e9sus b\u00e9b\u00e9 dans ses bras. Le p\u00e8re \u00e0 l&rsquo;enfant n&rsquo;existe quasiment pas.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<\/div>\n<blockquote>\n<div>\n<blockquote>\n<div><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9ditions Gallimard, 230 pages, 2025 . 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