{"id":21383,"date":"2026-04-30T06:39:01","date_gmt":"2026-04-30T04:39:01","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=21383"},"modified":"2026-04-28T07:54:31","modified_gmt":"2026-04-28T05:54:31","slug":"les-8-vies-dune-mangeuse-de-terre-mirinae-lee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=21383","title":{"rendered":"Les 8 vies d&rsquo;une mangeuse de terre    &#8211; Mirinae LEE"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/IMG_0832-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-21391\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/IMG_0832-scaled.jpeg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"1920\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/IMG_0832-scaled.jpeg 2560w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/IMG_0832-300x225.jpeg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/IMG_0832-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/IMG_0832-768x576.jpeg 768w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/IMG_0832-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/IMG_0832-2048x1536.jpeg 2048w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/IMG_0832-1320x990.jpeg 1320w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/a><br \/>\n\u00c9ditions Ph\u00e9bus, 314 pages, octobre 2025<\/em><\/p>\n<p><em>Traduit de l&rsquo;anglais(Cor\u00e9e du Sud) par Lou Gonse<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-726 alignleft\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>Quelle plong\u00e9e dans un pays que l&rsquo;on conna\u00eet si mal&#160;! (et pour cause, il est tellement referm\u00e9 sur lui-m\u00eame)&#160;: la Cor\u00e9e du Nord. M\u00eame si une partie du roman se passe en Cor\u00e9e du Sud, l&rsquo;essentiel du roman se passe sous la dictature communiste.<\/p>\n<p>Le roman commence de nos jours, dans une maison de retraite en Cor\u00e9e du Sud, une jeune femme r\u00e9cemment divorc\u00e9e, y travaille et elle d\u00e9cide d&rsquo;\u00e9crire des biographies des r\u00e9sidents tr\u00e8s \u00e2g\u00e9s. Pour cela, elle demande aux gens de se d\u00e9finir avec trois adjectifs, une femme tr\u00e8s \u00e2g\u00e9e presque centenaire, lui dit qu&rsquo;il lui faut au moins huit mots&#160;: \u00ab&#160;esclave, reine de l&rsquo;\u00e9vasion, meurtri\u00e8re, espionne, amante et m\u00e8re&#160;\u00bb. Et finalement, elle lui confiera sept cahiers dans lesquels elle lui raconte sa vie. L&rsquo;auteure dit qu&rsquo;elle s&rsquo;est inspir\u00e9e de la vie de sa grand-tante qui a fui la Cor\u00e9e du Nord. Le r\u00e9cit ne suit pas la chronologie, mais c&rsquo;est tr\u00e8s facile de s&rsquo;y retrouver car chaque chapitre donne la date des cahiers de Mook Miran, la r\u00e9sidente de la maison de retraite. Sa vie commence par son enfance dans les ann\u00e9es 1930, sa m\u00e8re est une femme extraordinaire mais h\u00e9las son p\u00e8re est frustre et hyper violent, elle comprend qu&rsquo;elle doit sauver sa vie et celle de sa m\u00e8re en empoisonnant son p\u00e8re. (meurtri\u00e8re) Ce moment de sa vie d\u00e9crit la Cor\u00e9e avant l&rsquo;occupation japonaise, avec quelques membres d&rsquo;une \u00e9glise am\u00e9ricaine o\u00f9 elle apprend l&rsquo;anglais et certaines valeurs. Tout le drame de son enfance vient de la frustration de son p\u00e8re qui sent que sa femme est beaucoup plus raffin\u00e9e que lui et il lui en veut au point de la battre et de lui faire perdre un \u0153il. Ensuite lors de l&rsquo;occupation japonaise, elle sera effectivement une esclave sexuelle dans une des nombreuse maisons cr\u00e9\u00e9es par l&rsquo;arm\u00e9e japonaise pour satisfaire les besoins sexuels de ses soldats, elle se lie d&rsquo;amiti\u00e9 avec une autre esclave qui lui fera du bien en racontant sa vie d&rsquo;avant o\u00f9 elle avait \u00e9t\u00e9 mari\u00e9e avec un homme qu&rsquo;elle n&rsquo;aimait pas mais qui \u00e9tait tr\u00e8s doux. Les parents cor\u00e9ens avaient si peur que les jeunes filles soient enlev\u00e9es par les soldats japonais qu&rsquo;ils cherchaient \u00e0 les marier le plus site possible. Cette jeune esclave meurt de tuberculose et Mook Miran r\u00e9ussi \u00e0 s&rsquo;enfuir, elle repart en Cor\u00e9e du Nord et prend l&rsquo;identit\u00e9 de cette jeune femme, c&rsquo;est le seul moment de vrai bonheur pour elle, mais tr\u00e8s vite la Cor\u00e9e du Nord se referme sur elle et va exiger d&rsquo;elle qu&rsquo;elle devienne espionne. C&rsquo;est elle aussi qui va former sa fille adoptive et qui deviendra aussi une espionne, elle ne peut pas avoir d&rsquo;enfant puisque les japonais lui ont enlev\u00e9 l&rsquo;ut\u00e9rus quand elle a eu une enfant au bordel .<\/p>\n<p>J&rsquo;ai vraiment \u00e9t\u00e9 passionn\u00e9e par le r\u00e9cit de leur formation d&rsquo;espionne et la vie en Cor\u00e9e du Nord. La fa\u00e7on dont dans ce pays, d\u00e8s le plus jeune \u00e2ge, on forme les esprits \u00e0 l&rsquo;autosurveillance et \u00e0 se m\u00e9fier de tout ce qu&rsquo;on peut dire, permet de comprendre comment on supprime toutes vell\u00e9it\u00e9s de divergences avec la doctrine officielle. L&rsquo;horreur de ce r\u00e9gime est total, et la famine des ann\u00e9es 90 est absolument terrible. La m\u00e8re et la fille finiront par sortir des griffes de ce r\u00e9gime \u00e0 travers un lot de souffrances incroyables. J&rsquo;ai beaucoup aim\u00e9 le personnage du mari de Mook qui a tr\u00e8s vite su que ce n&rsquo;\u00e9tait pas sa femme qui lui \u00e9tait revenue mais qui a d\u00e9cid\u00e9 de l&rsquo;aimer quand m\u00eame avec une telle patience et tendresse que cela r\u00e9concilie avec l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Si la Cor\u00e9e vous int\u00e9resse ce livre est pour vous, c&rsquo;est en plus un livre qui plusieurs fois explique que savoir raconter des histoires permet la survie \u00e0 ceux qui les \u00e9coutent m\u00eame s&rsquo;ils vivent dans les pires conditions d&rsquo;horreur, on peut aussi s&rsquo;\u00e9vader par l&rsquo;imaginaire. J&rsquo;ai pens\u00e9, alors, au livre de <a href=\"https:\/\/luocine.fr\/?p=8138\">Joseph Czapski&#160;: Proust contre la d\u00e9ch\u00e9ance <\/a>&#160;: on peut donc sortir de l&rsquo;horreur par la litt\u00e9rature, dans ce roman c&rsquo;\u00e9tait plut\u00f4t par le fait de savoir raconter la vie heureuse et insouciante d&rsquo;avant.<\/p>\n<p>Je ne connaissais pas cette d\u00e9viance&#160;: la g\u00e9ophagie (manger de la terre) mais cela m&rsquo;a permis de mettre sur ma photo un tas de terre fabriqu\u00e9e par madame Taupe, c&rsquo;est bien la premi\u00e8re fois que je lui trouve un int\u00e9r\u00eat&#160;! (je n&rsquo;ai pas pour autant go\u00fbt\u00e9 la terre)<\/p>\n<h1>Extraits.<\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>D\u00e9but du prologue.<\/h3>\n<div><\/div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>L&rsquo;id\u00e9e me vint pendant mon divorce.<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0J&rsquo;avais quarante sept ans et des kilos en trop. Je n&rsquo;avais pas d&rsquo;enfants pour combler ma solitude, mes jours silencieux. Je n&rsquo;\u00e9tais pas l&rsquo;une de ces femmes modernes, ind\u00e9pendantes qui d\u00e9cident t\u00f4t de ne pas avoir d&rsquo;enfants. J&rsquo;avais voulu en avoir un, mais mon mari ne pouvait pas m&rsquo;en donner -son oligospermie m&rsquo;avait-il dit. J&rsquo;aurais aim\u00e9 tenter une FIV, mais il avait refus\u00e9 jugeant le processus trop humiliant. J&rsquo;\u00e9tais furieuse lorsque j&rsquo;appris qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait inscrit dans une c\u00e9l\u00e8bre clinique de fertilit\u00e9 \u00e0 Gangnam avec cette autre fille de douze ans sa cadette, un mois avant que notre divorce soit prononc\u00e9.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>D\u00e9but du roman&#160;: la cinqui\u00e8me vie.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Ce n&rsquo;\u00e9tait pas un vrai fant\u00f4me bien s\u00fbr, nous n&rsquo;\u00e9tions pas certains qu&rsquo;elle f\u00fbt vierge non plus. Nous l&rsquo;appelions ainsi \u00e0 cause de ces v\u00eatements un \u00ab&#160;hanbok&#160;\u00bb taupe clair taill\u00e9 dans sa chanvre \u00e9pais, une robe que seules les pleureuses portent ou les vierges fant\u00f4mes des contes, des beaut\u00e9s envo\u00fbtante mortes trop t\u00f4t, tourment\u00e9es de rage \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de n&rsquo;avoir jamais eu d&rsquo;\u00e9poux.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>Manger de la terre.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>J&rsquo;attendais toujours de trouver la terre parfaite. Sa viscosit\u00e9 devait \u00eatre celle d&rsquo;un riz au jasmin cuit \u00e0 la vapeur, suffisamment p\u00e2teuse pour former une cuiller\u00e9e, mais assez friable pour \u00eatre remport\u00e9e par un souffle. Trop d&rsquo;humidit\u00e9 g\u00e2che le plaisir, transforme la terre en gadoue que la bouche associe aussit\u00f4t \u00e0 des excr\u00e9ments. Au premier coup d&rsquo;\u0153il, la teinte devait \u00eatre chocolat au lait. En l&rsquo;observant de plus pr\u00e8s pourtant, on d\u00e9couvre de minuscules particules de diverses couleurs. La plupart sont d&rsquo;un beau noisette, donnant \u00e0 la perle de terre son go\u00fbt distinctif de noix. Celles couleur de suie r\u00e9veillent la langue avec leur amertume de caf\u00e9 noir. Les granul\u00e9s blancs, brillants, comme des gemmes mais durs comme du silex, sont les plus rares&#160;: ils donnent une touche m\u00e9tallique raffin\u00e9e, comme du sang sur les l\u00e8vres. La bonne combinaison pourrait transformer une pinc\u00e9e de terre en une pinc\u00e9e de paradis. J&rsquo;adorais la fa\u00e7on dont elle glissait, cr\u00e9pitait sous mon palais, telle la caresse du chat. M\u00eame si je savais que cela \u00e9rodait mes dents, je ne parvenais pas \u00e0 arr\u00eater.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>Le soup\u00e7on .<\/h3>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Le silence n&rsquo;aida pas mais r\u00e9trospectivement rien n&rsquo;aurait pu aider. Cela est d\u00fb au caract\u00e8re particulier du soup\u00e7on. Il ne s&rsquo;agit jamais r\u00e9ellement d&rsquo;un soup\u00e7on. C&rsquo;est une conviction masqu\u00e9e. Donnez lui un peu de temps et il finira par se muer en certitude.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<h3>D\u00e9but de la guerre de Cor\u00e9e.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Au d\u00e9but, la guerre n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un d\u00e9sagr\u00e9ment. Lorsque je retournais dans mon village apr\u00e8s des ann\u00e9es d&rsquo;absence, les camarades aux brassard rouges s&rsquo;\u00e9taient infiltr\u00e9es dans le quotidien des villageois, les harcelant \u00e0 coups de rassemblement obligatoires et de meetings hebdomadaires, appelant m\u00eame les femmes mari\u00e9es \u00e0 se former pour devenir sentinelles. Les villageois se mirent alors \u00e0 dispara\u00eetre. Des rumeurs \u00e0 propos de la chaleur du sud, libre d&rsquo;obligations partisanes, attir\u00e8rent certains r\u00eaveurs du nord comme ma m\u00e8re et ma s\u0153ur qui, selon les voisins \u00e9taient partis il y a bien longtemps.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<h3>L&rsquo;horreur du r\u00e9gime cor\u00e9en du Nord.<\/h3>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>Cheol \u00e9tait un \u00ab&#160;kotchebi&#160;\u00bb, l&rsquo;un des trop nombreux orphelins engendr\u00e9 par la p\u00e9riode de famine de masse et de crise \u00e9conomique survenue dans les ann\u00e9es 1990, qui avait d\u00e9cim\u00e9e un quart de la population nord-cor\u00e9enne. Il n&rsquo;avait aucun souvenir de sa m\u00e8re, qui l&rsquo;avait abandonn\u00e9 quand il avait trois ans, et son p\u00e8re ouvrier au \u00ab&#160;songbun&#160;\u00bb bas les avait confi\u00e9s, son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 et lui \u00e0 un orphelinat. Son fr\u00e8re y \u00e9tait mort de la fi\u00e8vre typho\u00efde, et Cheol s&rsquo;\u00e9tait enfui peu apr\u00e8s. Il n&rsquo;avait jamais revu son p\u00e8re.\u00a0<\/em><\/div>\n<div><\/div>\n<div><em>(PS le songbun c&rsquo;est le degr\u00e9 de confiance par rapport \u00e0 la doctrine communiste)<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<h3>Espions.<\/h3>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Contrairement \u00e0 ce que l&rsquo;on croit souvent, l&rsquo;espionnage n&rsquo;est pas tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 des mondanit\u00e9s. La plupart des informations \u00e9chang\u00e9es ne sont pas le r\u00e9sultat d&rsquo;actions coupe-gorge, mais de conversations prosa\u00efques dans les caf\u00e9s ou des restaurants. Les renseignements sont rarement obtenus par des James Bond \u00e0 temps plein, bien plut\u00f4t par des anonymes las, infid\u00e8les et bedonnants assis dans de petits bureaux. L&rsquo;information en elle-m\u00eame n&rsquo;est pas toujours de nature confidentielle&#160;: il s&rsquo;agit d&rsquo;un m\u00e9lange de ou\u00ef-dire d&rsquo;articles de journaux et de magazines. Le travail d&rsquo;un agent se r\u00e9sume parfois \u00e0 trier et mettre en forme ces morceaux publics de puzzle, \u00e0 lire les connexions sous-jacentes soigneusement dissimul\u00e9es..<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; \u00c9ditions Ph\u00e9bus, 314 pages, octobre 2025 Traduit de l&rsquo;anglais(Cor\u00e9e du Sud) par Lou Gonse &nbsp; Quelle plong\u00e9e dans un pays que l&rsquo;on conna\u00eet si mal&#160;! (et pour cause, il est tellement referm\u00e9 sur lui-m\u00eame)&#160;: la Cor\u00e9e du Nord. 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