{"id":21294,"date":"2026-06-04T06:26:54","date_gmt":"2026-06-04T04:26:54","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=21294"},"modified":"2026-06-04T00:14:03","modified_gmt":"2026-06-03T22:14:03","slug":"passageres-de-la-nuit-yanick-lahens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=21294","title":{"rendered":"Passag\u00e8res de la Nuit   &#8211; Yanick LAHENS"},"content":{"rendered":"<p><em><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/IMG_0822-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-21304\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/IMG_0822-scaled.jpeg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"1920\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/IMG_0822-scaled.jpeg 2560w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/IMG_0822-300x225.jpeg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/IMG_0822-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/IMG_0822-768x576.jpeg 768w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/IMG_0822-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/IMG_0822-2048x1536.jpeg 2048w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/IMG_0822-1320x990.jpeg 1320w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/a><br \/>\n\u00c9ditions Sabine Wespieser, 219 pages, ao\u00fbt 2025<\/em><\/p>\n<p><em>Lu dans le cadre du club de lecture de la\u00a0<a href=\"https:\/\/mediatheques.cote-emeraude.fr\/l-ourse\">m\u00e9diath\u00e8que de Dinard<\/a>.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-726 alignleft\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>L&rsquo;enthousiasme des lectrices lors de la r\u00e9union du club de lecture pour ce roman que je n&rsquo;avais pas eu le temps de lire, a fait que je me suis pr\u00e9cipit\u00e9e pour comprendre leur plaisir. Je vais joindre ma voix aux leurs&#160;: j&rsquo;ai tellement admir\u00e9 le courage des trois femmes, dont cette auteure, Yannick Lahens, raconte la terrible destin\u00e9e. Elles trois constituent l&rsquo;ascendance de l&rsquo;auteure et elle a certainement puis\u00e9 dans son h\u00e9ritage familial pour les rendre vivantes dans son roman. La premi\u00e8re a connu la terrible travers\u00e9e dans les cales d&rsquo;un navire. Elle transmettra \u00e0 ses enfants la force du silence&#160;: si on sait se taire en toute circonstance, on ne donne pas prise aux ma\u00eetres ni ma\u00eetresses. C&rsquo;est le message qui traverse ce roman&#160;: les femmes doivent garder le savoir de leurs anc\u00eatres et ajouter celui des ma\u00eetres pour r\u00e9sister \u00e0 la domination. La seconde, \u00c9lizabeth a r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 deux tentatives de viol, et \u00e0 essayer de tuer son agresseur, elle fui \u00e0 Ha\u00efti o\u00f9 les noirs se sont lib\u00e9r\u00e9s des cha\u00eenes de l&rsquo;esclavage, la troisi\u00e8me, Reine, a su se lib\u00e9rer d&rsquo;une ma\u00eetresse perverse qui la fouettait jusqu&rsquo;au sang, et son destin de femme libre et amoureuse est superbe.<\/p>\n<p>Il y a des sujets qui de tout temps m&rsquo;ont boulevers\u00e9e, l&rsquo;esclavage en fait partie, depuis que, petite, j&rsquo;ai lu \u00ab&#160;la case de l&rsquo;oncle Tom&#160;\u00bb je n&rsquo;ai cess\u00e9 de lire sur ce sujet. Je n&rsquo;ai pas relu ce roman de mon enfance, je sais que c&rsquo;est une version id\u00e9alis\u00e9e de l&rsquo;esclavage, mais il m&rsquo;avait fait tant pleurer qu&rsquo;il avait suffi \u00e0 me donner \u00e0 tout jamais une r\u00e9vulsion de cette trag\u00e9die humaine. Celui-ci rajoute une autre dimension&#160;: le courage des femmes et leur force pour trouver dans le moindre interstice des traces de vie et de JOIE. Les hommes, quand ils ont un peu de pouvoir, sont de terribles pr\u00e9dateurs pour les jeunes femmes de couleur, il leur a fallu de tout temps se prot\u00e9ger de leurs actions, l&rsquo;enfant a bien du mal \u00e0 comprendre pourquoi leur sexe attire autant les hommes blancs. Reine conna\u00eetra une autre pr\u00e9dation, celle d&rsquo;une femme de couleur qui veut absolument s&rsquo;\u00e9lever dans la soci\u00e9t\u00e9 ha\u00eftienne et est frein\u00e9e par la couleur de sa peau, elle d\u00e9teste son statut et se venge sur la pauvre petite fille de dix ans qui lui est confi\u00e9e parce que sa m\u00e8re ne pouvait plus la nourrir. Elle r\u00e9ussira \u00e0 fuir, \u00e0 rencontrer et \u00eatre \u00e9lev\u00e9e par une femme du march\u00e9 qui lui donne son amour et lui apprend les valeurs essentielles de la vie&#160;: savoir se respecter soi-m\u00eame, respecter ceux qui vous respectent. Reine conna\u00eetra un grand amour superbement racont\u00e9.<br \/>\nOui , je suis bien d&rsquo;accord avec mes amies ce roman est superbe, il a une force d&rsquo;entra\u00eenement vers la d\u00e9testation de toutes les formes d&rsquo;humiliation et de domination perverses des hommes et des femmes de pouvoir.<\/p>\n<h1>Extraits.<\/h1>\n<h3>D\u00e9but du prologue.<\/h3>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>\u00c0 la veille de partir, me voil\u00e0 rassemblant mes naissances. Voulant faire tenir en une seule coul\u00e9e mes vies dispers\u00e9es, r\u00e9solues, \u00e0 vif. Trois fois des d\u00e9s lanc\u00e9s au hasard m&rsquo;ont dessin\u00e9 autant de chemins sans sources, sans puits, que des trac\u00e9s gorg\u00e9s d&rsquo;eau. Le hasard peut s&rsquo;av\u00e9rer un gouffre abyssal ou une avanc\u00e9e dans un ciel inconnu. Avanc\u00e9 \u00e9blouissante, insoup\u00e7onn\u00e9e. Il faut tout traverse. Tout prendre. Le gouffre et le ciel. J&rsquo;ai tout travers\u00e9. Jai tout pris.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<h3>D\u00e9but du roman.<\/h3>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Pr\u00e9textant avoir oubli\u00e9 mon ch\u00e2le brod\u00e9 de Chine \u00e0 l&rsquo;atelier de ma m\u00e8re, je lui annon\u00e7ais que j&rsquo;allais y retourner pour le r\u00e9cup\u00e9rer.<\/em><\/div>\n<div><em>&#160;\u00bb Tu sais bien, que je vais le r\u00e9parer pour le porter au concert de l&rsquo;\u00e9cole de s\u0153ur Marthe Fontier.<\/em><\/div>\n<div><em>&#8211; Mais tu as vu le temps qu&rsquo;il fait dehors, cela fait deux jours qu&rsquo;il nous tombe des trombes d&rsquo;eau.\u00a0<\/em><\/div>\n<div><\/div>\n<div><em>&#8211; Oui, mais les eaux ont commenc\u00e9 \u00e0 baisser et je serais prudente&#8230;.<\/em><\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>La grande travers\u00e9e .<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>\u00ab&#160;Une femme a souvent chant\u00e9 durant la travers\u00e9e. Ce n&rsquo;est pas une langue que je connais, mais je sais, du haut de mes sept ans que celle qui chante se lamente sur son sort. Depuis, je me r\u00e9veille toutes les nuits et j&rsquo;entends les soupirs de ceux et celles qui rendaient leur dernier souffle, les raclements des agonisants, les g\u00e9missements des malades&#8230; Je sens le tangage et le bruit de l&rsquo;eau clapotant d&rsquo;un bord \u00e0 l&rsquo;autre, le bruit des pas d&rsquo;un homme en chaleur vers sa proie, le couinement des rats pr\u00eats \u00e0 d\u00e9vorer les berceuses tristes d&rsquo;une femme. Comme si je devais faire le tour de la souffrance pour que la force me porte vers le sommeil et que je convoque la joie pour le lendemain.&#160;\u00bb<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>La force des femmes.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>\u00a0\u00ab&#160;&#8230;Les ma\u00eetres ont peur de la joie. Nous faisons tourner nos hanches, agitons nos fesses, bougeons nos \u00e9paules. Nous tourbillonnons dans la poussi\u00e8re au milieu des arbres. Peut-\u00eatre qu&rsquo;ils nous font souffrir pour tuer la joie en nous, mais ils n&rsquo;y ont jamais r\u00e9ussi. Parce que tu demeures le seul ma\u00eetre de ta joie. Toujours ma fille&#160;!&#160;\u00bb<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Le rapport ma\u00eetre esclave.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>\u00ab&#160;Mais franchir le seuil de la maison principale, celle des ma\u00eetres, c&rsquo;est ouvrir un immense sac dans sa t\u00eate. Dans ce sac, tu as d\u00e9j\u00e0 tout ce que tu as appris de ta m\u00e8re, qui elle-m\u00eame l&rsquo;appris de sa m\u00e8re, et ce que ta condition d&rsquo;esclave t&rsquo;a enseign\u00e9. Tu le caches bien au fond du sac pour le recouvrir du savoir du ma\u00eetre. Tu feins d&rsquo;aimer dans ce savoir jusqu&rsquo;\u00e0 ce qui t&rsquo;humilie, te nie, t&rsquo;efface. Parce que le ma\u00eetre est persuad\u00e9 que tu ne sais rien, que tu n&rsquo;es rien. Alors tu le laisses \u00e0 sa foi trompeuse. Cette foi fait ton affaire. Son ignorance est ta force. Parce que tu connais son monde et le tien. Tu as cette longueur d&rsquo;avance-l\u00e0. Et puis le savoir au fond du sac t&rsquo;apprends \u00e0 endurer, \u00e0 te taire et \u00e0 ob\u00e9ir aux ordres, \u00e0 offrir ton dos au fouet et accumuler tout ce que les yeux peuvent voir les oreilles entendre et la chair subir. Parce que ta vie peut d\u00e9pendre d&rsquo;une mimique, d&rsquo;un rictus, d&rsquo;un geste involontaire, d&rsquo;une parole de trop. \u00c0 ces moments-l\u00e0, tu envoies ton \u00e2me encore plus loin au fond du sac pour qu&rsquo;elle ne te trahisse pas. Seul ton masque doit te servir. Alors, tu te conditionnes \u00e0 \u00eatre impassible. Tu es un mur blanc sur lequel rien n&rsquo;est \u00e9crit donc le ma\u00eetre ne peut y lire que ce qu&rsquo;il croit savoir.&#160;\u00bb<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Portrait d&rsquo;une femme cruelle.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>Tout en madame M\u00e9risier \u00e9tait faux. Sa bouche s&rsquo;enroulait autour des mots qu&rsquo;elle pronon\u00e7ait et cela ne la faisait para\u00eetre ni affable, ni belle. Elle ne croyait pas ce qu&rsquo;elle disait. Moi non plus. Tant que je fus encha\u00een\u00e9e \u00e0 sa vie, je ne la regardais pas droit dans les yeux. Ce que j&rsquo;ai appris \u00e0 faire par la suite, face \u00e0 tous et \u00e0 toutes, une fois \u00ab&#160;cher ma\u00eetre, ch\u00e8re ma\u00eetresse &#160;\u00bb de moi m\u00eame. D\u00e8s son premier regard, j&rsquo;ai senti le dard de l&rsquo;aiguillon de la b\u00eate qui avait trouv\u00e9 sa proie. Elle souriait et, plus elle souriait, plus cette conviction faisait son chemin en moi.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Le courage d&rsquo;une femme.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>Je n&rsquo;ai jamais \u00e9t\u00e9 une grande dame. Juste une femme que rien n&rsquo;a pu d\u00e9faire. Rien. Je suis une femme rapi\u00e9c\u00e9e, raccommod\u00e9e, raffistol\u00e9e. J&rsquo;ai recoll\u00e9 les morceaux \u00e0 mesure des coups re\u00e7us, mon mouchoir-ciel nou\u00e9 deux fois plut\u00f4t qu&rsquo;une autour de mes nattes. Je n&rsquo;ai jamais rien esp\u00e9r\u00e9. L&rsquo;espoir ne m&rsquo;a jamais convaincue. Nous, femmes des quatre chemins, nous sommes patientes. Je le suis. Au-del\u00e0 de tout espoir. L&rsquo;espoir n&rsquo;est pas la seule r\u00e9ponse aux malheurs. Il nous a souvent tellement d\u00e9\u00e7u. J&rsquo;ai avanc\u00e9 avec ma constellation d&rsquo;astres et de divinit\u00e9s sous mon mouchoir-ciel. Ce fut ma seule vaillance, mon unique foi.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9ditions Sabine Wespieser, 219 pages, ao\u00fbt 2025 Lu dans le cadre du club de lecture de la\u00a0m\u00e9diath\u00e8que de Dinard. &nbsp; L&rsquo;enthousiasme des lectrices lors de la r\u00e9union du club de lecture pour ce roman que je n&rsquo;avais pas eu le temps de lire, a fait que je me suis pr\u00e9cipit\u00e9e pour comprendre leur plaisir. 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