{"id":21255,"date":"2026-04-11T06:08:45","date_gmt":"2026-04-11T04:08:45","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=21255"},"modified":"2026-03-29T12:41:18","modified_gmt":"2026-03-29T10:41:18","slug":"hors-champs-marie-helene-lafon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=21255","title":{"rendered":"Hors champs.  &#8211; Marie-H\u00e9l\u00e8ne LAFON"},"content":{"rendered":"<p><em><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/IMG_0821-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-21281\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/IMG_0821-scaled.jpeg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"1920\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/IMG_0821-scaled.jpeg 2560w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/IMG_0821-300x225.jpeg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/IMG_0821-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/IMG_0821-768x576.jpeg 768w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/IMG_0821-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/IMG_0821-2048x1536.jpeg 2048w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/IMG_0821-1320x990.jpeg 1320w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/a><br \/>\n\u00c9ditions Buchet-Castel, 170 pages, janvier 2026<\/em><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-726 alignleft\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>Cette auteure me pla\u00eet de plus en plus, j\u2019ai commenc\u00e9 par <a href=\"https:\/\/luocine.fr\/?p=1920\">L\u2019Annonce<\/a>, puis <a href=\"https:\/\/luocine.fr\/?p=2066\">Joseph<\/a> et <a href=\"https:\/\/luocine.fr\/?p=12903\">Histoire du fils<\/a>. Nous vivons aujourd\u2019hui, au rythme des crises paysannes, et nous sentons bien qu\u2019il y a quelque chose qui se d\u00e9glingue dans le monde agricole qui \u00e9voquait plut\u00f4t un monde de stabilit\u00e9. En lisant \u00ab&#160;Hors champ&#160;\u00bb j\u2019ai v\u00e9cu avec une \u00e9norme tristesse le sort d\u2019une cat\u00e9gorie de paysans. Le personnage principal, Gilles, a \u00e9t\u00e9 programm\u00e9 pour reprendre une ferme qui se consacre \u00e0 l\u2019\u00e9levage de vaches laiti\u00e8res dans le Cantal. Ses parents en ont bav\u00e9 pour acqu\u00e9rir cette ferme, et le fis lui en h\u00e9rite. Aux yeux du p\u00e8re, \u00ab&#160;le vieux&#160;\u00bb, \u00ab&#160;l\u2019autre&#160;\u00bb tel que l\u2019appelle Gilles, leur fils est un nanti, il n\u2019a eu qu\u2019\u00e0 se baisser pour ramasser le fruit de leur labeur. Ce vieil homme est aigri, mauvais, et avec sa femme ils ont tout fait pour que Gilles ne puisse jamais vivre selon ce qu\u2019il aurait aim\u00e9 faire&#160;: il n\u2019a pas eu le choix. Autant le livre d&rsquo;Antoine Wauters, \u00ab&#160;<a href=\"https:\/\/luocine.fr\/?p=20960\">Haute -Folie&#160;\u00bb<\/a> ajoute horreur sur horreur pour d\u00e9crire le monde rural, et finit par donner une impression de \u00ab&#160;trop c&rsquo;est trop&#160;\u00bb, autant Marie-H\u00e9l\u00e8ne Lafon, ne charge pas la barque, et pourtant, la vie de Gilles est une pure horreur, consentie, subie et jamais voulue. Il est compl\u00e8tement pris dans les filets d&rsquo;une vie trop dure quand on ne l&rsquo;a pas choisie, tiss\u00e9e par le m\u00e9pris du p\u00e8re et la langue de vip\u00e8re de sa m\u00e8re. Il y a bien sa s\u0153ur qui est \u00e9crivaine et qui lui dit si souvent , \u00ab&#160;si tu veux changer de vie, je serai l\u00e0&#160;\u00bb, mais si cette phrase est simple il n&rsquo;arrive pas \u00e0 vraiment \u00e0 la comprendre. Nous vivons tout le temps de cette lecture, la duret\u00e9 de cette vie, et en contre point la beaut\u00e9 du paysage qui est d\u00e9crit par sa s\u0153ur quand elle revient se ressourcer dans leur Cantal qui est si beau \u00e0 regarder quand on n&rsquo;a pas les vaches \u00e0 traire ni tout le travail qui va avec. On est compl\u00e8tement pris dans ce r\u00e9cit et on voudrait d\u00e9faire les liens qui ligotent de plus en plus Gilles dans cette famille o\u00f9 personne ne sait se parler, on \u00e9touffe avec lui. Il ne se passe pas grand chose sauf cette destin\u00e9e terrible et comme c&rsquo;est vraiment superbement racont\u00e9 c&rsquo;est un livre qui se lit doucement et laisse un arri\u00e8re go\u00fbt de tristesse mais de beaut\u00e9 aussi. <a href=\"https:\/\/brusselsboy.wordpress.com\/2026\/01\/24\/marie-helene-lafon-hors-champ\/\">Sin-City<\/a> a beaucoup aim\u00e9 .<\/p>\n<h1>Extraits.<\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>D\u00e9but.<\/h3>\n<div><\/div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>La balan\u00e7oire grince sous l&rsquo; \u00e9rable dans la cour verte et bleue. Claire et Gilles sont ressortis en pyjama apr\u00e8s la grande toilette du samedi. Leur m\u00e8re n&rsquo;a rien dit, elle \u00e9tait trop occup\u00e9e \u00e0 ranger les affaires du bain, la bassine, la serviette, le gant. Gilles ne se balance pas, il est assis sur le mur du jardin et il regarde devant lui. Il ne regarde pas sa s\u0153ur&#160;; il ne l&rsquo;accompagne pas comme il le fait parfois en imitant le mouvement de ses jambes pour se donner de l&rsquo;\u00e9lan. Claire sent qu&rsquo;il est l\u00e0 sans \u00eatre l\u00e0, comme s&rsquo;il avait le pouvoir de sortir de son corps quand il le veut ou quand il a peur. Il n&rsquo;a peut-\u00eatre pas envie de revenir&#160;; il n&rsquo;est pas encore revenu avec elle, avec eux, \u00e0 la ferme dans la cour, dans le soir de juin.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Le poids du destin.<\/h3>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Gilles sens maintenant les peurs entass\u00e9es dans la voix de la m\u00e8re quand elle l&rsquo;appelle le matin, peur de son retard \u00e0 lui et de la col\u00e8re du p\u00e8re, mais aussi, et surtout peur que la veille ait \u00e9t\u00e9 le dernier jour, sans qu&rsquo;elle le sache, sans qu&rsquo;elle l&rsquo;ait vu venir, et qu&rsquo;il n&rsquo;aille plus traire lui le fils, plus jamais, et que s&rsquo;effondre tout ce qui repose sur lui, tout ce pour quoi elle, la m\u00e8re, met un pied devant, l&rsquo;autre du matin au soir et chaque jour depuis tant d&rsquo;ann\u00e9es. La ferme est pour le fils, on la tient \u00e0 bout de bras pour lui, Gilles, le fils, il doit la reprendre, continuer, elle est \u00e0 eux, et \u00e0 lui, il a besoin d&rsquo;eux, ils ont besoin de lui. M\u00eame si le p\u00e8re dit le contraire, lance des phrases, parle de de vendre, plut\u00f4t que de trimer pour payer un ouvrier et maintenir la ferme \u00e0 flots pour le fils, que fils se d\u00e9brouille, qu&rsquo;il aille gagner sa vie ailleurs chacun pour soi. La m\u00e8re ne veut pas l\u00e2cher la ferme qui est le lot du fils, et leur raison de vivre \u00e0 eux les parents. La ferme leur fait honneur et devoir \u00e0 eux les trois, pour la m\u00e8re&#160;; la s\u0153ur n&rsquo;a rien \u00e0 voir l\u00e0 dedans, la s\u0153ur vit et a toujours v\u00e9cu sur une autre plan\u00e8te.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Les ragots de village.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>On connaissait la famille on savait d&rsquo;o\u00f9 elle sortait, les hommes se louaient dans les fermes et buvaient et les femmes ne tenaient pas leur maison, sauf sa m\u00e8re, la pauvre, qui ne faisait pas parler d&rsquo;elle, mais n&rsquo;avait pas de sant\u00e9, ses tantes et ses s\u0153urs s&rsquo;amusaient. Tout le pays le savait et leur \u00e9tait pass\u00e9 dessus, il fallait \u00eatre aussi na\u00eff que lui pour croire qu&rsquo;une fille de trente ans qui a v\u00e9cu en ville allait se mettre \u00e0 la colle, avec un paysan de plus de quarante ans qui habite toujours avec ses parents dans un trou perdu, et au cul des vaches.<\/em><\/div>\n<div><em>Quand la m\u00e8re \u00e9tait lanc\u00e9e, on ne l&rsquo;arr\u00eatait pas, et elle cognait sec. Tout y \u00e9tait pass\u00e9, il allait servir de p\u00e8re \u00e0 un gosse de quatre ou cinq ans quand alors qu&rsquo;il \u00e9tait \u00e0 peine capable de s&rsquo;occuper lui-m\u00eame.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<div>\n<h3>Les confidences de la m\u00e8re.<\/h3>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>C&rsquo;\u00e9tait en 1976, l&rsquo;ann\u00e9e de la grande s\u00e9cheresse. Claire se souvient exactement des mots de sa m\u00e8re, on aurait arr\u00eat\u00e9 l\u00e0 les frais si tu avais \u00e9t\u00e9 un gar\u00e7on. Elle allait avoir quatorze ans et n&rsquo;avait pas r\u00e9pondu \u00e0 sa m\u00e8re que, longtemps, elle aurait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, elle aussi, \u00eatre un gar\u00e7on. Elle n&rsquo;avait rien dit parce que, depuis toujours, elle ne peut pas vraiment parler avec sa m\u00e8re&#160;; elle \u00e9coute, elle lui donne plus ou moins vaguement la r\u00e9plique, mais elle sent, elle sait qu&rsquo;il est impossible d&rsquo;aller plus loin avec elle et de passer de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du flux ordinaire. Sa m\u00e8re est barricad\u00e9e&#160;; parfois, quelque chose, une expression, suinte, ou fuse comme une gicl\u00e9e de pus, on aurait arr\u00eat\u00e9 l\u00e0 les frais&#160;; et c&rsquo;est tout. Ensuite \u00e7a tient, c&rsquo;est \u00e9crit en lettre de fer et de feu, \u00e7a r\u00e9siste \u00e0 l&rsquo;abrasion des ann\u00e9es et Claire appelle \u00e7a des sc\u00e8nes.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<\/div>\n<blockquote>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9ditions Buchet-Castel, 170 pages, janvier 2026 Cette auteure me pla\u00eet de plus en plus, j\u2019ai commenc\u00e9 par L\u2019Annonce, puis Joseph et Histoire du fils. 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