{"id":21125,"date":"2026-11-02T06:24:02","date_gmt":"2026-11-02T05:24:02","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=21125"},"modified":"2026-01-09T17:18:30","modified_gmt":"2026-01-09T16:18:30","slug":"kairos-jenny-erpenbeck","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=21125","title":{"rendered":"Kairos   &#8211; Jenny ERPENBECK"},"content":{"rendered":"<p><em>\u00c9ditions Gallimard, 422 pages, juin 2025<\/em><\/p>\n<p><em>Traduit de l&rsquo;allemand par Rose Labourie<\/em><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/logo-feuilles-allemandes.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-14051\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/logo-feuilles-allemandes.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"135\" \/><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-723 alignleft\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/2.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>Quel dommage de commencer le mois de novembre, le mois des feuilles allemandes par une telle d\u00e9ception&#160;! J&rsquo;ai vraiment \u00e9t\u00e9 attir\u00e9e par la quatri\u00e8me de couverture , une histoire d&rsquo;amour en RDA d&rsquo;une toute jeune femme avec un homme de 34 ans de plus qu&rsquo;elle qui \u00ab&#160;vacille en m\u00eame temps que le mur de Berlin&#160;\u00bb .<\/p>\n<p>C&rsquo;est un roman tr\u00e8s dense sans aucune respiration, et si Hans ce potentat intellectuel du r\u00e9gime est fort antipathique , c&rsquo;est surtout elle, Katharina que je n&rsquo;arrive pas \u00e0 comprendre. Nous sommes deux ans avant la chute du mur Pour commencer le coup de foudre absolu et incontr\u00f4lable au premier regard dans le bus, je n&rsquo;ai vraiment pas pu y croire, mais ok, il faut bien commencer. Et puis ce qui m&rsquo;int\u00e9ressait c&rsquo;\u00e9tait de sentir la RDA \u00e0 travers cette histoire. Mais rien, ils vivent bien, sans aucune allusion \u00e0 la Stasi, ou autre forme de r\u00e9pression politique. Hans se souvient de son p\u00e8re nazi convaincu et de sa propre jeunesse hitl\u00e9rienne sans que cela soit tr\u00e8s important. \u00c0 un tiers du roman, Katharina va f\u00eater l&rsquo;anniversaire de sa grand m\u00e8re \u00e0 Cologne, j&rsquo;attendais ce passage avec impatience car je me souvenais du choc que les habitants de l&rsquo;ex-RDA qui traversaient en 1989 cette fronti\u00e8re enfin abolie, mais que nenni, Katharina ne retiendra que deux chose absolument choquantes&#160;: de mendiants assis dans la rue, elle n&rsquo;en avait jamais vu dans son pays, et un \u00e9norme sexshop dans lequel son \u00e9ducation sexuelle s&rsquo;est trouv\u00e9 grandement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e. Sa grand m\u00e8re vit dans un appartement en sous-sol moins confortable que celui de sa m\u00e8re \u00e0 Berlin et si elle a pu faire des courses de v\u00eatements cela ne l&rsquo;a pas plus passionn\u00e9 que cela . Il faut dire qu&rsquo;elle ne pensait qu&rsquo;\u00e0 son Hans. J&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 me d\u00e9tacher du roman dans la sc\u00e8ne o\u00f9 celui-ci la frappe violemment \u00e0 coups de ceinturon et que cela donne envie \u00e0 Katharina d&rsquo;avoir un enfant de lui. Ensuite j&rsquo;ai continu\u00e9 pour enfin voir si cette triple cruche allait enfin se s\u00e9parer de lui mais, trois sent pages plus loin , Hans la domine toujours et alors qu&rsquo;elle a absolument tous les moyens de ne plus \u00eatre avec lui, puisqu&rsquo;il est mari\u00e9 et ne veut pas quitter sa femme, elle subit sa loi et sa perversit\u00e9. Donc tout ce que j&rsquo;ai lu attentivement, c&rsquo;est une histoire d&rsquo;amour \u00e0 laquelle je n&rsquo;ai pas cru en attendant la r\u00e9action de Katharina qui n&rsquo;est jamais venue.<\/p>\n<p>Je me suis mortellement ennuy\u00e9e et il faut aussi que j&rsquo;avoue que les deux cent derni\u00e8res pages, je les ai survol\u00e9es plut\u00f4t que lues. C&rsquo;est peut \u00eatre \u00e0 ce moment l\u00e0 que se situe \u00ab&#160;le roman magistral sur la fin de l&rsquo;Allemagne de l&rsquo;Est, la complexit\u00e9 des sentiments et la conscience historique&#160;\u00bb dixit toujours la quatri\u00e8me de couverture&#160;!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>Extraits.<\/h1>\n<h3>D\u00e9but du prologue.<\/h3>\n<div><\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Viendras-tu \u00e0 mon enterrement&#160;?<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Les yeux baiss\u00e9s, pos\u00e9s sur la tasse de caf\u00e9, devant elle ne r\u00e9pond pas.<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Viendras-tu \u00e0 mon enterrement&#160;? insiste-t-il.<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Elle dit&#160;: Tu es encore bien vivant.<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Mais ils demandent pour la troisi\u00e8me fois&#160;: Viendras-tu \u00e0 mon enterrement&#160;?<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Oui, dit-elle, bien s\u00fbr que je viendrai \u00e0 ton enterrement.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<h3>D\u00e9but du roman.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Ce vendredi de juillet, elle pensait&#160;: Quand il se d\u00e9cidera \u00e0 venir je ne serai plus l\u00e0.<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Ce vendredi de juillet, il passa la journ\u00e9e \u00e0 travailler sur deux lignes. Le pain est plus durement gagn\u00e9 qu&rsquo;on ne saurait l&rsquo;imaginer, pensait-il.<\/em><\/div>\n<div><em>Elle pensa&#160;: Et il verra bien.<\/em><\/div>\n<div><em>Il pensa&#160;: Et je ne ferai pas mieux aujourd&rsquo;hui.\u00a0<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>Fin d&rsquo;une la sc\u00e8ne d&rsquo;amour en \u00e9coutant le requiem de Mozart.<\/h3>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>\u00a0Si, se retournant une derni\u00e8re fois, on regarde la terre d\u00e9sormais trop lointaine pour que quoi que ce soit puisse y rem\u00e9dier, la longueur du chemin parcourue de la tombe \u00e0 la barre du tribunal c\u00e9leste saute aux yeux. L&rsquo;ascension a dur\u00e9 pr\u00e8s de deux octaves enti\u00e8res, uniquement en demi-tons \u00e0 travers la masse dense de l&rsquo;espoir et de la peur.<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Une fois que les soupirs et les g\u00e9missements ont laiss\u00e9 place au silence, les deux corps restent \u00e9tendus c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te dans l&rsquo;obscurit\u00e9. Rien ne sera plus jamais que aujourd&rsquo;hui, pense Hans. D\u00e9sormais, il en ira toujours ainsi pense Katharina..<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<\/div>\n<h3>Cette sc\u00e8ne m&rsquo;a d\u00e9tach\u00e9e du roman.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>\u00c0 moins que tu ne m&rsquo;attaches pour que je ne puisse pas m&rsquo;enfuir&#160;? demande-t-elle \u00e0 Hans. Peut-\u00eatre. Alors, je te fais peur&#160;?<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>Sans r\u00e9pondre, Hans d\u00e9noue d\u00e9licatement les liens de ses chevilles, d\u00e9fait la boucle de sa ceinture, la retire et dit \u00e0 Katharina&#160;: Mets-toi sur le c\u00f4t\u00e9.\u00a0<\/em><\/div>\n<div><em>Il la frappe une fois, deux fois, trois fois, Katharina tressaillant sous ses coups, la peau marbr\u00e9e de rouge. Puis il repose la ceinture et se penche pour embrasser les z\u00e9brures rouges d\u00e9j\u00e0 tum\u00e9fi\u00e9es.<\/em><\/div>\n<div><\/div>\n<div><em>Maintenant, pense Katharina, elle le conna\u00eet enti\u00e8rement. Est-ce lui qui s&rsquo;est livr\u00e9 \u00e0 elle ou elle \u00e0 lui&#160;? Ou est-ce du pareil au m\u00eame quand l&rsquo;amour est une affaire s\u00e9rieuse&#160;?<\/em><\/div>\n<div><em>Tu sais, dit-elle, une fois que Hans lui a d\u00e9tach\u00e9 les mains et s&rsquo;est couch\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elle, elle a la t\u00eate pos\u00e9e sur son bras, tu sais que je pourrais imaginer avoir un enfant avec toi&#160;?<\/em><\/div>\n<div><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9ditions Gallimard, 422 pages, juin 2025 Traduit de l&rsquo;allemand par Rose Labourie Quel dommage de commencer le mois de novembre, le mois des feuilles allemandes par une telle d\u00e9ception&#160;! 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