{"id":20897,"date":"2026-01-15T06:00:20","date_gmt":"2026-01-15T05:00:20","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=20897"},"modified":"2025-12-03T16:46:47","modified_gmt":"2025-12-03T15:46:47","slug":"un-frere-david-thomas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=20897","title":{"rendered":"Un fr\u00e8re   &#8211; David THOMAS"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/IMG_0789-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-20902\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/IMG_0789-scaled.jpeg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"1920\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/IMG_0789-scaled.jpeg 2560w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/IMG_0789-300x225.jpeg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/IMG_0789-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/IMG_0789-768x576.jpeg 768w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/IMG_0789-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/IMG_0789-2048x1536.jpeg 2048w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/IMG_0789-1320x990.jpeg 1320w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/a><br \/>\n\u00c9ditions de l&rsquo;Olivier, 142 pages, Ao\u00fbt 2025<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-726 alignleft\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>Je connaissais cet auteur pour ses nouvelles en particulier \u00ab&#160;<a href=\"https:\/\/luocine.fr\/?p=331\">la patience des buffles sous la pluie<\/a>\u00ab&#160;, le sujet de ce livre, la vie de son fr\u00e8re schizophr\u00e8ne, me touche et j&rsquo;ai voulu savoir comment il allait raconter cette terrible maladie. Un peu comme pour ses nouvelles en chapitres souvent tr\u00e8s courts, l&rsquo;auteur remonte le temps de vie partag\u00e9e avec son fr\u00e8re a\u00een\u00e9. Lui, il est le troisi\u00e8me gar\u00e7on d&rsquo;une famille aimante, mais depuis quarante ans il vit dans l&rsquo;angoisse des coups de fil qui peuvent annoncer les mauvaises nouvelle d&rsquo;\u00c9douard . Le r\u00e9cit commence par le dernier coup de fil, celui de la responsable de la clinique o\u00f9 le malade aurait d\u00fb \u00eatre depuis deux jours. C&rsquo;est l&rsquo;auteur qui rentrera chez lui pour d\u00e9couvrir son fr\u00e8re mort. Ensuite il faudra l&rsquo;enterrer, puis se souvenir des moments tragiques o\u00f9 la maladie ne laissait aucun r\u00e9pit \u00e0 cet homme qui pourtant se battait de toutes ses forces contre elle . On remonte ainsi les ann\u00e9es jusqu&rsquo;aux jours lumineux de l&rsquo;enfance o\u00f9 les deux frangins avaient tiss\u00e9 des liens affectueux. On peut donc refermer ce petit r\u00e9cit sur un personnage plein de promesses, qui avait toujours des id\u00e9es pour rire et s&rsquo;amuser et qui, surtout, a su aimer sa famille et ses amis. On en oublierait presque les sc\u00e8nes de violence o\u00f9 le m\u00eame \u00c9douard vomissait sa haine contre ses parents, ses fr\u00e8res et tous ceux qui voulaient l&rsquo;aider.<\/p>\n<p>C&rsquo;est une peinture tellement exacte de la maladie mentale, on est loin de la pr\u00e9sentation romantique que l&rsquo;on trouve parfois dans les romans, je me souviens de mes r\u00e9serves sur ce roman qui a connu un grand succ\u00e8s \u00ab&#160;<a href=\"https:\/\/luocine.fr\/?s=Bojangles&amp;submit=Search\">En attendant Bojangles<\/a>\u00ab&#160;, une femme bipolaire, l&rsquo;imaginer heureuse c&rsquo;\u00e9tait impossible pour moi. J&rsquo;ai trouv\u00e9 beaucoup plus juste le point de vue de Jean-Fran\u00e7ois Beauchemin &#160;\u00bb <a href=\"https:\/\/luocine.fr\/?p=16392\">Le Roitelet<\/a>&#160;\u00bb \u00e0 propos d&rsquo;un fr\u00e8re schizophr\u00e8ne. Mais David Thomas va plus loin encore, au plus pr\u00e8s de la souffrance absolue des malades mentaux\u00a0&#160;: son fr\u00e8re a souffert le martyre et son addiction aux drogues, cannabis , coca\u00efne et alcool ont sans doute aggrav\u00e9 ses d\u00e9lires parano\u00efaques. C&rsquo;est \u00e9crit dans un style pr\u00e9cis et parfois, quand c&rsquo;est possible, po\u00e9tique, pour moi il n&rsquo;y a pas de doute si ce sujet vous touche ou touche un de vos proche la lecture de ce roman vous aidera \u00e0 mieux supporter votre douleur et celle de la personne malade.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>Extraits.<\/h1>\n<h3>D\u00e9but.<\/h3>\n<blockquote><p><em>Le masque<\/em><\/p><\/blockquote>\n<div><\/div>\n<blockquote>\n<div><em>\u00a0C&rsquo;\u00e9tait \u00e0 un mariage. Le dernier o\u00f9 nous sommes all\u00e9s ensemble, quelques mois avant sa mort. Il \u00e9tait l\u00e0, assis au milieu de tout le monde, entour\u00e9 de gens qui allaient et venaient, une coupe de champagne et \u00e9l\u00e9gamment maintenue au bout d&rsquo;un poignet souple, de gens qui presque glissait dans un ballet fluide et \u00e9l\u00e9gant. C&rsquo;est \u00e7a le bonheur (ou son image) glisser. Le malheur, lui, fige les \u00eatres. Il \u00e9tait assis au milieu du mouvement, immobile, courb\u00e9, les \u00e9paules rondes en carapace, les mains jointes entre les genoux, avec un masque sur le visage, le masque de la souffrance.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<h3>Je suis tellement d&rsquo;accord avec cet auteur.<\/h3>\n<div><\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>Alors quand je vis dans un article sur Silvia Plath d&rsquo;un \u00e9crivain critique qui ne semble pas avoir approch\u00e9 beaucoup d&rsquo;ali\u00e9n\u00e9s&#160;: \u00ab&#160;Les malades mentaux font d&rsquo;extraordinaires narrateurs car tout ce qu&rsquo;ils disent est original, d\u00e9cal\u00e9, comique. Ce que l&rsquo;on cherche dans un roman, c&rsquo;est fuir la banalit\u00e9. Beaucoup d&rsquo;auteurs devraient faire un s\u00e9jour en HP pour voir l&rsquo;existence sous un angle diff\u00e9rent&#160;\u00bb , j&rsquo;ai envie d&#8217;emmener son auteur \u00e0 Sainte-Anne, pas pour un reportage d&rsquo;une semaine, non mais pour un mois ou deux, afin qu&rsquo;ils voient de pr\u00e8s la texture du supplice, qu&rsquo;il la touche qui la sente ( l&rsquo;haleine provoqu\u00e9e par certains m\u00e9dicaments) qu&rsquo;il vive l&rsquo;ennui, le vide, la peur, l&rsquo;angoisse, la solitude, l&rsquo;exclusion, l&rsquo;\u00e9puisement, l&rsquo;infantilisation, les dysfonctions du corps et les courts-circuits de l&rsquo;esprit. Je voudrais qu&rsquo;il prenne quarante kilos, qu&rsquo;il transpire \u00e0 tremper ses v\u00eatements, qu&rsquo;il perde ses dents que ses mains tremblent comme celle d&rsquo;un parkinsonien, qu&rsquo;il ait du mal \u00e0 chier, \u00e0 bander, \u00e0 parler, \u00e0 voir, \u00e0 marcher sans tr\u00e9bucher et \u00e0 comprendre o\u00f9 il est. Les h\u00f4pitaux psychiatriques ne sont pas des savanes peupl\u00e9es d&rsquo;animaux magnifiques, ils sont des enfers o\u00f9 errent des \u00eatres liquid\u00e9s de tout ce qui nous rend libres.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<h3>On ne le dit pas assez.<\/h3>\n<div><\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Toutes les \u00e9tudes et les \u00e9critures sont formelles sur la forte cons\u00e9quence de la toxicomanie sur les sujets souffrants de cette pathologie. L&rsquo;alcool, mais surtout le cannabis et la coca\u00efne sont d\u00e9vastateurs pour les psychotiques.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<h3>Les soins.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>Le cerveau est un organe peu connu compar\u00e9 \u00e0 d&rsquo;autres. Ce qui appara\u00eet certain, c&rsquo;est qu&rsquo;il faut poursuivre vers la neurologie, intensifier les recherches et abandonner les pistes psychanalytiques. C&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 \u00e7a. De r\u00e9els progr\u00e8s ont \u00e9t\u00e9 faits sur les effets secondaires des traitements, les diagnostics sont plus pr\u00e9cis, les malades mieux suivis, mais les m\u00e9decins manquent d&rsquo;outils et de savoir pour r\u00e9parer une m\u00e9canique extraordinairement complexe. Ce n&rsquo;est pas la psychiatrie qui enferme le malade, c&rsquo;est la maladie qui, aujourd&rsquo;hui encore, est opaque.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<h3>La souffrance d&rsquo;un fils et de sa m\u00e8re.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Qui aurait pu croire que cette femme avait un fils schizophr\u00e8ne&#160;? Qui aurait pu imaginer ce que son fils lui a reproch\u00e9, les insultes, les hurlements qu&rsquo;elle a re\u00e7us&#160;? Qui aurait pu imaginer ce qu&rsquo;elle a ressenti dans son corps, dans son ventre, lorsqu&rsquo;elle l&rsquo;entendait pleurer au t\u00e9l\u00e9phone ou qu&rsquo;elle le voyait s&rsquo;effondrer devant elle, incapable qu&rsquo;il \u00e9tait de voir la moindre lumi\u00e8re, la moindre lueur dans sa vie, faisant l&rsquo;inventaire de ses \u00e9checs, de ses impasses&#160;? Et elle, face \u00e0 la tristesse abyssale de son fils, devant trouver les mots, \u00eatre \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute, \u00eatre pr\u00e9sente, \u00eatre l\u00e0 alors qu&rsquo;il lui demande de ne pas l&rsquo;\u00eatre, enfin si, mais non, casse-toi mais ne m&rsquo;abandonne pas, \u00e9coute-moi, mais ne m&rsquo;appelle pas, je ne peux plus te supporter mais je ne peux pas vivre sans toi, salope, je t&rsquo;aime. Et elle qui a tout encaiss\u00e9, qui a tout pardonn\u00e9 tout. Elle l&rsquo;a d\u00e9fendu. Toujours. Elle a accept\u00e9e. Tout. Elle a \u00e9t\u00e9, inlassablement la voix qui ramenait \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 que nous n&rsquo;avions pas le choix d&rsquo;accepter&#160;: \u00ab&#160;Vous ne ferez jamais marcher un paralytique.&#160;\u00bb Elle fut la premi\u00e8re savoir ce qui se passait, la premi\u00e8re \u00e0 comprendre d\u00e8s la fin de l&rsquo;adolescence, quand il aura des comportements un peu &#8230; bizarres, excessifs, inappropri\u00e9s, fantasques, elle saura. En quarante de maladie je ne l&rsquo;ai jamais entendue prononcer le moindre mot d\u00e9sobligeant sur son fils. Elle s&rsquo;est toujours interpos\u00e9e pour le d\u00e9fendre. <\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div>\n<div><\/div>\n<\/div>\n<div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9ditions de l&rsquo;Olivier, 142 pages, Ao\u00fbt 2025 Je connaissais cet auteur pour ses nouvelles en particulier \u00ab&#160;la patience des buffles sous la pluie\u00ab&#160;, le sujet de ce livre, la vie de son fr\u00e8re schizophr\u00e8ne, me touche et j&rsquo;ai voulu savoir comment il allait raconter cette terrible maladie. 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