{"id":20491,"date":"2025-10-23T06:24:09","date_gmt":"2025-10-23T04:24:09","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=20491"},"modified":"2025-09-17T19:24:03","modified_gmt":"2025-09-17T17:24:03","slug":"la-foret-de-flammes-et-dombres-akira-mizubayashi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=20491","title":{"rendered":"La for\u00eat de flammes et d&rsquo;ombres   &#8211; Akira MIZUBAYASHI"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/IMG_0760-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-20498\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/IMG_0760-scaled.jpeg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"1920\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/IMG_0760-scaled.jpeg 2560w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/IMG_0760-300x225.jpeg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/IMG_0760-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/IMG_0760-768x576.jpeg 768w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/IMG_0760-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/IMG_0760-2048x1536.jpeg 2048w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/IMG_0760-1320x990.jpeg 1320w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/a><br \/>\n\u00c9ditions Gallimard, NRF, 274 pages, juin 2025.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/3.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-724 alignleft\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/3.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>Voici un auteur dont je lis avec plaisir tous les romans, cet essai que j&rsquo;ai beaucoup aim\u00e9&#160;: \u00ab&#160;<a href=\"https:\/\/luocine.fr\/?p=200\">Une langue venue d&rsquo;ailleurs&#160;\u00bb<\/a> , puis \u00ab&#160;<a href=\"https:\/\/luocine.fr\/?p=13082\">\u00c2me bris\u00e9e&#160;\u00bb<\/a> que j&rsquo;ai ador\u00e9, j&rsquo;ai eu des r\u00e9serves pour \u00ab&#160;<a href=\"https:\/\/luocine.fr\/?p=17707\">Suite inoubliable<\/a>&#160;\u00bb . On retrouve ici tous les ingr\u00e9dients que cet auteur conna\u00eet bien&#160;: le Japon et son r\u00e9gime tyrannique Imp\u00e9rial qui a entra\u00een\u00e9 ce pays vers une guerre coloniale horrible puis vers une guerre qui l&rsquo;opposera aux USA avec la fin qu&rsquo;on conna\u00eet tous&#160;: Hiroshima et Nagasaki. L&rsquo;amour de la musique classique et le talent des violonistes virtuoses, le talent des peintres et le choc que l&rsquo;on peut recevoir devant certains tableaux. L&rsquo;amour de la culture europ\u00e9enne en particulier des artistes peintres. Et puis les rencontre amoureuses. C&rsquo;est le reproche que je peux faire \u00e0 cet \u00e9crivain&#160;: il ne m&rsquo;\u00e9tonne plus . Je sais par avance ce qu&rsquo;il va me raconter. Mais il le fait tr\u00e8s bien.<\/p>\n<p>Yuki, Bin, et Ren sont trois \u00e9tudiants dans des \u00e9coles d&rsquo;art en 1943 \u00e0 Tokyo. Ils travaillent \u00e0 la poste et se retrouvent dans une critique du r\u00e9gime japonais. Le violoniste Bin bo\u00eete, et ne pourra donc pas \u00eatre recrut\u00e9 par l&rsquo;arm\u00e9e. Ren le sera , d&rsquo;abord comme peintre propagandiste de la guerre mais h\u00e9las ses \u0153uvres t\u00e9moignent de l&rsquo;horreur de la guerre et ne plaisent pas du tout \u00e0 ses sup\u00e9rieurs , il sera donc envoy\u00e9 au front. Il reviendra avec le visage br\u00fbl\u00e9 et amput\u00e9 de ses deux mains . Gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;amour de Yuki il se remettra \u00e0 la peinture.<\/p>\n<p>Une sc\u00e8ne est fondatrice de la r\u00e9surrection du talent de peintre&#160;: Yuki enti\u00e8rement nue, laisse son mari Ren peindre sur elle l&rsquo;inspiration color\u00e9e qui traverse l&rsquo;esprit de son amant. Cette sc\u00e8ne \u00e9rotique permet de donner \u00e0 Yuki un r\u00f4le important dans la vie de Ren. Ensemble, ils ont une fille Aya qui \u00e9tudie le violon comme celui qu&rsquo;elle appelle son oncle Bin qui fait une carri\u00e8re comme premier violon \u00e0 Gen\u00e8ve. L&rsquo;auteur dit avoir pens\u00e9 \u00e0 ce roman apr\u00e8s avoir visit\u00e9 le mus\u00e9e Maruki, dont l&rsquo;\u0153uvre de&rsquo; Iri et Toshi Maruki raconte l&rsquo;horreur d&rsquo;Hiroshima<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/cdn.sanity.io\/images\/vgvol637\/production\/c7a61f8f1ff8100e6db81def686e4dcbed0fe2fe-954x615.jpg?w=2000\" alt=\"Iri and Toshi Maruki: The Hiroshima Panels\" \/><\/p>\n<p>Ren meurt apr\u00e8s avoir peint 15 tableaux grandioses qui d\u00e9noncent les horreurs de la guerre . La famille se retrouve \u00e0 Paris ou Aya va monter une galerie pour faire conna\u00eetre l&rsquo;\u0153uvre de son mari. Le roman de Akira Mizubayashi est agr\u00e9able \u00e0 lire aussi parce qu&rsquo;il est un hymne \u00e0 la culture fran\u00e7aise et europ\u00e9enne. Et les rencontres sentimentales autour des tableaux ou de la musique de Beethoven de Mendelssohn sont tr\u00e8s agr\u00e9ables \u00e0 lire.<\/p>\n<p>Mais &#8230; comme je l&rsquo;ai dit au d\u00e9but, j&rsquo;ai l&rsquo;impression que cet \u00e9crivain raconte toujours la m\u00eame histoire. Et puis le chien qui accompagne tout ce r\u00e9cit, qui, par exemple s&rsquo;arr\u00eate devant un placard car il sait que des tableaux de Yuki y sont cach\u00e9s, car m&rsquo;a prodigieusement \u00e9nerv\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>Extraits .<\/h1>\n<h3>D\u00e9but du prologue.<\/h3>\n<blockquote>\n<div>&#8230;. <em>Il y a du rouge, du noir, du vert, du marron, du jaune, du gris. Des couleurs fusent jaillisses de partout. \u00c0 gauche quelque chose comme un tronc d&rsquo;arbre appara\u00eet. \u00c7a ressemble aussi \u00e0 un corps mais encore allong\u00e9 les genoux pliaient sur un lit suspendu \u00e0 la verticale.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<h3>D\u00e9but du roman.<\/h3>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Ren s&rsquo;appr\u00eatait \u00e0 partir. Il venait de faire une assez longue promenade matinale avec Hanna. Celle-ci, assise ses oreilles triangulaires dress\u00e9es regardait le jeune homme avec toute son attention. La chienne, t\u00eate l\u00e9g\u00e8rement pench\u00e9e vers la droite, cherchait \u00e0 comprendre les mots de son compagnon pr\u00e9f\u00e9r\u00e9. Ren lui disait qu&rsquo;il serait absent toute la journ\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 cinq heures, et qu&rsquo;il \u00e9tait impatient de la retrouver pour faire la promenade du soir.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<h3>L&rsquo;importance de la musique.<\/h3>\n<div><\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>En attendant que le d\u00eener fut pr\u00eat, Bin monta \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage tenir compagnie \u00e0 Aya qui devait travailler une sonate de Haendel pour la le\u00e7on de la semaine suivante. \u00c0 un moment donn\u00e9, Bin sortit son violon et l&rsquo;accompagna en jouant discr\u00e8tement le morceau de Haendel qu&rsquo;il connaissait par c\u0153ur. Aya fut troubl\u00e9 au d\u00e9but par la soudaine intervention du violoniste, mais peu \u00e0 peu les sons qui sortaient son violon se confondaient avec ceux qui venaient du violon rouge sombre de Bin pour ne faire plus qu&rsquo;un seul volume sonore, ample et profond. Le violon de Bin brillait une lumi\u00e8re orange de fin d&rsquo;apr\u00e8s-midi. Dans la petite pi\u00e8ce \u00e0 tatamis d&rsquo;une modeste maison en bois, Aya jouait les yeux ferm\u00e9s et s&rsquo;abandonnait tout enti\u00e8re \u00e0 la musique qui l&rsquo;enveloppait. Lorsque la sonate arriva \u00e0 la fin, les yeux du violoniste rencontr\u00e8rent ceux de la coll\u00e9gienne.Et d&rsquo;un commun accord, comme si cela allait de soi, les deux archets se d\u00e9tach\u00e8rent des cordes en m\u00eame temps. Il y eut un moment de silence. Bin envoya \u00e0 Aya un sourire de contentement&#160;; Aya remercia Bin en ajoutant \u00e0 la fin de son pr\u00e9nom le mot \u00ab&#160;ojisan&#160;\u00bb qui signifiait \u00ab&#160;oncle&#160;\u00bb. Elle exprimait ainsi son affection naissante \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard d&rsquo;un ami de la famille.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<h3>Le talent du peintre et le titre du livre.<\/h3>\n<div><\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Puis, Yuki \u00e9voqua longuement la vie de Ren. Son \u00e9veil pr\u00e9coce \u00e0 la peinture occidentale\u00a0&#160;; ses ann\u00e9es de formation aux Beaux-Arts de Tokyo&#160;; son admiration pour Goya, Courbet, C\u00e9zanne et Braque entre autres&#160;; son merveilleux et d\u00e9cisif s\u00e9jour \u00e0 Paris&#160;; sa rencontre avec Bin Kurosawa, un violoniste de talent qui \u00e9tait vite devenu un ami ins\u00e9parable&#160;; ses mois de guerre qui l&rsquo;avaient enfonc\u00e9 plus que jamais dans la haine du fanatisme imp\u00e9rial et militaire&#160;; son rapatriement apr\u00e8s un combat d\u00e9sastreux qui l&rsquo;avait rendu manchot et disgracieux&#160;; ses jours pass\u00e9s \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital dans la douleur due \u00e0 son infirmit\u00e9, \u00e0 l&rsquo;impossibilit\u00e9 de se projeter dans sa vocation de peintre, sa raison d&rsquo;\u00eatre au monde&#160;; son mariage avec elle apr\u00e8s sa sortie de l&rsquo;h\u00f4pital&#160;; son patient apprivoisement de la vie par le recours aux mains artificielles&#160;; la naissance d&rsquo;Aya qui avait illumin\u00e9 son quotidien&#160;; sa reprise progressive mais assez rapide au demeurant, de la peinture et sa plong\u00e9e fougueuse et exalt\u00e9 dans une s\u00e9rie de quinze tableaux qu&rsquo;il avait d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;appeler \u00ab&#160;La For\u00eat de flammes et d&rsquo;ombres.&#160;\u00bb<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<h3>Le Japon imp\u00e9rial.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Il fallait qu&rsquo;Aya comprenne d&rsquo;abord quelle \u00e9tait cette \u00e9poque qui ne favorisait gu\u00e8re les voyages \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger non seulement physiquement, mais encore et surtout mentalement. C&rsquo;\u00e9tait une \u00e9poque en effet singuli\u00e8rement ferm\u00e9e et sombre parce que l&rsquo;esprit \u00e9tait domin\u00e9 de bout en bout par un impens\u00e9 dictant \u00e0 tout un chacun \u00ab&#160;la voix de sujet&#160;\u00bb de l&rsquo;Empereur. Toute d\u00e9viation \u00e9tait un scandale. Elle \u00e9tait honteuse&#160;; et, par cons\u00e9quent elle devait \u00eatre punie. Chaque sujet devait vouer enti\u00e8rement tous ses actes jusque dans sa vie priv\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre c\u00e9leste de Sa Majest\u00e9 imp\u00e9riale. En somme, il n&rsquo;y avait pas de vie priv\u00e9e. Bien s\u00fbr, il existait malgr\u00e9 tout une \u00ab&#160;infime&#160;\u00bb &#8211; Bin appuya fortement sur ce mot- minorit\u00e9 d&rsquo;hommes et de femmes qui r\u00e9futaient, secr\u00e8tement ou publiquement, une telle tyrannie de la pens\u00e9e. Bin \u00e9voquait, entre autres, un professeur d&rsquo;universit\u00e9 qui, au risque d&rsquo;\u00eatre expuls\u00e9 de l&rsquo;enseignement, avait os\u00e9 dire \u00e0 la suite du massacre de Nankin qu&rsquo;au nom de la justice et de l&rsquo;id\u00e9al, il fallait commencer par \u00ab&#160;enterrer le pays&#160;\u00bb.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9ditions Gallimard, NRF, 274 pages, juin 2025. Voici un auteur dont je lis avec plaisir tous les romans, cet essai que j&rsquo;ai beaucoup aim\u00e9&#160;: \u00ab&#160;Une langue venue d&rsquo;ailleurs&#160;\u00bb , puis \u00ab&#160;\u00c2me bris\u00e9e&#160;\u00bb que j&rsquo;ai ador\u00e9, j&rsquo;ai eu des r\u00e9serves pour \u00ab&#160;Suite inoubliable&#160;\u00bb . On retrouve ici tous les ingr\u00e9dients que cet auteur conna\u00eet bien&#160;: le <span class=\"ellipsis\">&hellip;<\/span> <span class=\"more-link-wrap\"><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/?p=20491\" class=\"more-link\"><span>Read More &rarr;<\/span><\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":822092,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[401,44,133,219,189,24,96,136,273,32,287,114,177,327,49],"tags":[],"class_list":["post-20491","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-401","category-3-coquillages","category-amour-et-couple","category-catastrophe-nucleaire","category-creation-artistique","category-france","category-guerre-3945","category-guerre-nucleaire","category-horreurs-de-la-guerre","category-litterature-japonaise","category-japon","category-musique","category-peinture","category-propagande-politique","category-roman"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/20491","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/822092"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=20491"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/20491\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20493,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/20491\/revisions\/20493"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20491"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20491"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20491"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}