{"id":20156,"date":"2025-07-14T06:05:10","date_gmt":"2025-07-14T04:05:10","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=20156"},"modified":"2025-07-14T13:20:13","modified_gmt":"2025-07-14T11:20:13","slug":"pleurer-au-supermarche-michelle-zauner","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=20156","title":{"rendered":"Pleurer au supermarch\u00e9    &#8211; Michelle ZAUNER"},"content":{"rendered":"<p><em><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/IMG_0728-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-20160\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/IMG_0728-scaled.jpeg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"1920\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/IMG_0728-scaled.jpeg 2560w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/IMG_0728-300x225.jpeg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/IMG_0728-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/IMG_0728-768x576.jpeg 768w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/IMG_0728-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/IMG_0728-2048x1536.jpeg 2048w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/IMG_0728-1320x990.jpeg 1320w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/a><br \/>\n\u00c9ditions Christian Bourgeois, mars 2025, 376 pages.<\/em><\/p>\n<p><em>Traduction de l&rsquo;anglais (\u00c9tats-Unis) par Laura Bourgeois<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/4.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-725 alignleft\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/4.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>Dans un pr\u00e9c\u00e9dent article, j&rsquo;ai \u00e9voqu\u00e9 mon plaisir \u00e0 lire des romans autour de la nourriture et des restaurants, ce livre je l&rsquo;ai achet\u00e9 dans une librairie qui fait aussi restaurant (<a href=\"https:\/\/www.auchienquilit.com\/\">Au chien qui lit <\/a>\u00a0\u00e0 la cale du Mordreuc). Il raconte la douleur d&rsquo;une jeune femme d&rsquo;origine cor\u00e9enne par sa m\u00e8re, et am\u00e9ricaine par son p\u00e8re, qui accompagne sa m\u00e8re atteinte d&rsquo;un cancer mortel. La relation \u00e0 sa m\u00e8re est compliqu\u00e9e, car celle-ci a beaucoup de mal \u00e0 exprimer son affection pour sa fille qui va rejeter l&rsquo;autorit\u00e9 stricte \u00e0 la cor\u00e9enne pour devenir plus am\u00e9ricaine que n&rsquo;importe quelle jeune am\u00e9ricaine. Mais quand sa m\u00e8re tombe malade, sa fille se rend compte \u00e0 quel point sa m\u00e8re l\u2019a aim\u00e9e. Cela ne passait par les mots, ni par des c\u00e2lins, mais par un soucis constant de lui faire plaisir \u00e0 travers des plats qui demandaient parfois une journ\u00e9e enti\u00e8re de travail. Sa m\u00e8re savait observer la moindre de ses r\u00e9actions lorsque sa fille mangeait, son \u00e9tat de fatigue, son besoin de dynamisme, son envie de changement ou au contraire son envie de retrouver un plat de son enfance, et elle adaptait sa cuisine en fonction de tous ces crit\u00e8res.<br \/>\nLorsque sa m\u00e8re tombe malade, sa fille va essayer de lui redonner ce que sa m\u00e8re lui a prodigu\u00e9 toute sa vie, l&rsquo;amour \u00e0 travers des plats cor\u00e9ens. C&rsquo;est compliqu\u00e9, car cela exige un retour vers une culture qu&rsquo;elle a repouss\u00e9e, refusant m\u00eame de faire l&rsquo;effort d&rsquo;apprendre la cor\u00e9en.<\/p>\n<p>L&rsquo;int\u00e9r\u00eat de ce roman est multiple<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;amour maternel<\/li>\n<li>La cuisine cor\u00e9enne et toutes les saveurs qu&rsquo;elle contient.<\/li>\n<li>La culture cor\u00e9enne<\/li>\n<li>Le parcours d&rsquo;une jeune fille qui est \u00e0 cheval entre deux cultures<\/li>\n<li>L&rsquo;accompagnement d&rsquo;une maman atteinte d&rsquo;un cancer mortel<\/li>\n<\/ul>\n<p>Michelle a mis du temps \u00e0 comprendre combien sa m\u00e8re l&rsquo;aimait, car en Cor\u00e9e dire qu&rsquo;on aime son enfant et lui faire des compliments peut lui porter la poisse. Et pourtant cette m\u00e8re a aim\u00e9 son enfant au point d&rsquo;avorter pour pouvoir se consacrer enti\u00e8rement \u00e0 sa fille. Elle a \u00e9chou\u00e9 \u00e0 lui transmettre la langue et la culture de son pays mais elle lui a donn\u00e9 l&rsquo;amour de cette cuisine complexe qui remplit ce roman d&rsquo;odeurs et de sensations gustatives si bien d\u00e9crites. La maladie va rebattre les cartes et Mich\u00e8le va essayer de retrouver la langue de la famille de sa m\u00e8re.<\/p>\n<p>C&rsquo;est un beau roman, un peu r\u00e9p\u00e9titif \u00e0 propos des plats cor\u00e9ens mais qui donne, aussi, tr\u00e8s envie de les go\u00fbter. La maladie et le deuil sont trait\u00e9s de fa\u00e7on originale gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;\u00e9vocation de la cuisine et cela permet d&rsquo;all\u00e9ger un r\u00e9cit qui serait seulement sombre sans cela.<\/p>\n<h1>Extraits<\/h1>\n<h3>D\u00e9but.<\/h3>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Depuis que maman est morte je pleure dans les rayons du H Mart.<\/em><\/div>\n<div><em>H Mart est une cha\u00eene am\u00e9ricaine de supermarch\u00e9s asiatiques. Le H \u00e9voque une expression cor\u00e9enne, \u00ab&#160;han ah reum&#160;\u00bb qui signifie plus ou moins les bras charg\u00e9s de victuailles&#160;\u00bb. H Mart, c&rsquo;est le lieu de rassemblement de tous les jeunes venus \u00e9tudier aux \u00c9tats-Unis car ils y trouvent la marque de nouilles instantan\u00e9es qui leur rappellera le go\u00fbt du pays.<\/em><\/div>\n<div><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3><\/h3>\n<h3>Portrait de sa m\u00e8re.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>Elle grignotait peu et ne prenait pas de petit d\u00e9jeuner. Elle pr\u00e9f\u00e9rait le sal\u00e9.<\/em><\/div>\n<div><em>Je me souviens de toutes ces choses, car c&rsquo;est ainsi que ma m\u00e8re t\u00e9moignait son amour. Pas avec de pieux mensonges ni avec des mots d&rsquo;encouragement et d&rsquo;affection. Mais par une observation fine de ce qui apportait de la joie aux autres. Elle conservait cette information soigneusement pour les mettre \u00e0 l&rsquo;aise et les choyer sans m\u00eame qu&rsquo;ils ne s&rsquo;en rendent compte. Ceux qui pr\u00e9f\u00e8rent le rago\u00fbt noy\u00e9 dans du bouillon, les sensibles au piment, ceux qui d\u00e9testent les tomates, les allergiques aux fruits de mer, les grands mangeurs, elle n&rsquo;oubliait rien. Elle se souvenait du banchan dont on avait vid\u00e9 la coupelle en premier, de sorte qu&rsquo;au prochain passage \u00e0 la maison, elle en pr\u00e9voyait une portion double.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<h3>L&rsquo;ennui des ado dans une petite ville am\u00e9ricaine.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>Mais la plupart du temps, on se contentait de rouler en \u00e9coutant des CD, voire de s&rsquo;aventurer \u00e0 une heure de route, jusqu&rsquo;au lac artificiel Dexter ou \u00e0 celui de Fern Ridge, juste pour s&rsquo;asseoir sur le quai et regarder les eaux sombres, noires comme le p\u00e9trole dans la nuit, \u00e9tendue sinistre qui servait d&rsquo;oreille \u00e0 l&rsquo;expression de notre confusion identitaire et \u00e9motionnelle.\u00a0<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<h3>Le cancer.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Je n&rsquo;arrivais pas \u00e0 me faire \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de ce diagnostic. Eunmi \u00e9tait si guind\u00e9e. Elle n&rsquo;avait que quarante huit ans. Elle n&rsquo;avait jamais fum\u00e9 une seule cigarette de sa vie. Elle faisait du sport et allait \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise. En dehors de nos rares soir\u00e9es poulet entre c\u00e9libataires elle buvait peu. Elle n&rsquo;avait jamais embrass\u00e9 personne. Les femmes comme elles ne pouvaient pas attraper de cancer.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3> Des plats cor\u00e9ens (et je ne les ai pas tous not\u00e9s&#160;!)<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>Tteokbokki (pourquoi commencer un mot par une double consonne)<\/em><\/div>\n<div><em>Tangsuyuk<\/em><\/div>\n<div><em>Pojang-macha.<\/em><\/div>\n<div><em>Seolleongtang.<\/em><\/div>\n<div><em>Gochuang<\/em><\/div>\n<div><em>Sannakji (plat de pieuvre d\u00e9coup\u00e9e vivante)<\/em><\/div>\n<div><em>Banchan.<\/em><\/div>\n<div><em>Kimchi de concombre\u00a0<\/em><\/div>\n<div><em>Kong pa<\/em><\/div>\n<div><em>Des feuilles de perilla<\/em><\/div>\n<div><em>Anju (encas)<\/em><\/div>\n<div><em>Heamul pajeon.<\/em><\/div>\n<div><em>Jjajangmyeon.<\/em><\/div>\n<div><em>Miyeok muchin\u00a0<\/em><\/div>\n<div><em>Samgyetang.<\/em><\/div>\n<div><em>Soondubu jjigae<\/em><\/div>\n<div><em>Yukgaejang.<\/em><\/div>\n<div><em>Yusanseul.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9ditions Christian Bourgeois, mars 2025, 376 pages. Traduction de l&rsquo;anglais (\u00c9tats-Unis) par Laura Bourgeois &nbsp; Dans un pr\u00e9c\u00e9dent article, j&rsquo;ai \u00e9voqu\u00e9 mon plaisir \u00e0 lire des romans autour de la nourriture et des restaurants, ce livre je l&rsquo;ai achet\u00e9 dans une librairie qui fait aussi restaurant (Au chien qui lit \u00a0\u00e0 la cale du Mordreuc). <span class=\"ellipsis\">&hellip;<\/span> <span class=\"more-link-wrap\"><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/?p=20156\" class=\"more-link\"><span>Read More &rarr;<\/span><\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":822092,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[401,45,322,290,7,180,178,352,28,331,160,121,122,198],"tags":[],"class_list":["post-20156","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-401","category-4-coquillages","category-adolescence","category-amour-filial","category-autobiographie","category-coree","category-cuisine","category-deuil","category-auteur-americain","category-famille","category-la-langueles-langues","category-maladie","category-mort","category-rapport-familaux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/20156","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/822092"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=20156"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/20156\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20287,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/20156\/revisions\/20287"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20156"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20156"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20156"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}