{"id":200,"date":"2013-08-09T14:14:07","date_gmt":"2013-08-09T14:14:07","guid":{"rendered":"http:\/\/luocine.fr\/?p=200"},"modified":"2024-03-07T07:49:59","modified_gmt":"2024-03-07T06:49:59","slug":"une-langue-venue-dailleurs-akira-mizubayashi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=200","title":{"rendered":"Une langue venue d&rsquo;ailleurs &#8211; Akira MIZUBAYASHI"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/ecx.images-amazon.com\/images\/I\/51M9DZFftlL._.jpg\" alt=\"\" width=\"173\" height=\"287\" \/><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-726 alignleft\" src=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\" alt=\"5\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a><br \/>\nUn tr\u00e8s grand plaisir de lecture, dans un moment de d\u00e9couragement. Tout le monde conna\u00eet, du moins je l\u2019imagine, un moment o\u00f9 tous les livres perdent leur saveur. Je me r\u00e9fugie alors dans la lecture des blogs et je partage vos passions mais de loin sans compl\u00e8tement y croire. Or voil\u00e0 un petit bijou dont j\u2019aimerais vous parler.<\/p>\n<p>Un intellectuel japonais est tomb\u00e9 follement amoureux de la langue fran\u00e7aise. Il raconte son p\u00e9riple et ses joies. Moi qui, dans une autre vie, ai enseign\u00e9 \u00e0 des \u00e9tudiants \u00e9trangers, j\u2019ai retrouv\u00e9 avec \u00e9motion les efforts et les joies que repr\u00e9sentent le passage d\u2019une langue \u00e0 une autre. Akira Mizubayashi avec la d\u00e9licatesse japonaise adopte peu \u00e0 peu la culture fran\u00e7aise, \u00e9videmment , la Fran\u00e7aise que je suis, se sent fi\u00e8re et un peu \u00e9tonn\u00e9e d\u2019un tel amour pour Jean-Jacques Rousseau. Sa sensibilit\u00e9 \u00e0 l\u2019oralit\u00e9 passe aussi par la musique et l\u00e0 surprise c\u2019est \u00e0 Mozart qu\u2019il doit l\u2019\u00e9ducation de son oreille.<\/p>\n<p>Ses pages sur le personnage de Suzanne dans <em>Les noces de Figaro <\/em>m\u2019ont rappel\u00e9 de tr\u00e8s bons moments de mes \u00e9tudes universitaires&#160;: lorsqu\u2019un enseignant savait au d\u00e9tour d\u2019une explication nous faire revivre tous les enjeux d\u2019un h\u00e9ros de roman ou d\u2019un personnage de th\u00e9\u00e2tre. Beaumarchais est un auteur qui ne m\u2019a jamais ennuy\u00e9 et dont la modernit\u00e9 me surprend aujourd\u2019hui encore. Mozart en fait un chef d\u2019\u0153uvre \u00e0 l\u2019op\u00e9ra, on est d\u00e9cid\u00e9ment en bien bonne compagnie avec Akira Mizubayashi&#160;!<\/p>\n<p>L\u2019autre moment que je vous recommande, ce sont les pages consacr\u00e9s \u00e0 son p\u00e8re. Il est rare de lire chez les romanciers japonais une critique du r\u00e9gime nationaliste qui a conduit leur pays \u00e0 mener des guerres imp\u00e9rialistes et racistes Son p\u00e8re a souffert de ce r\u00e9gime et s\u2019est r\u00e9fugi\u00e9 dans l\u2019amour de la musique occidentale alors totalement interdite (je ne savais pas qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e9couter Beethoven \u00e9tait passible de condamnations). Il a surtout aim\u00e9 ses fils et s\u2019est totalement consacr\u00e9 \u00e0 leur \u00e9ducation, apr\u00e8s avoir lu ce livre vous n\u2019oublierez pas le d\u00e9vouement de ce p\u00e8re qui accompagne son a\u00een\u00e9 pendant les 14 heures de train qui s\u00e9parent leur ville natale de Tokyo o\u00f9 r\u00e9sidaient le professeur qui pouvait donner des le\u00e7ons de violon.<\/p>\n<p>Mais ce qui me ravit dans cet ouvrage c\u2019est l\u2019analyse tr\u00e8s fine des diff\u00e9rences culturelles qui passent par la langue entre le japonais et le fran\u00e7ais.\u00a0Qui peut croire, par exemple que le \u00ab&#160;Bonjour messieurs dames&#160;\u00bb, lanc\u00e9 \u00e0 la cantonade dans un commerce puisse mettre aussi mal \u00e0 l\u2019aise un Japonais qui y voit une intrusion insupportable dans la vie priv\u00e9e d\u2019autrui&#160;?<\/p>\n<p>J ai aim\u00e9 ce livre de bout en bout, ce n\u2019est pas une lecture passionnante mais j\u2019\u00e9tais bien avec cet homme si d\u00e9licat qui aime tant notre langue et notre litt\u00e9rature.<\/p>\n<h1>Citations<\/h1>\n<h3>Les raisons qui l\u2019am\u00e8nent vers la langue fran\u00e7aise<\/h3>\n<p>(c\u2019est assez amusant quand on se rappelle des discours des \u00e9tudiants fran\u00e7ais de l\u2019\u00e9poque&#160;!)<\/p>\n<blockquote><p><em>Dans les ann\u00e9es 1970, la politique \u00e9tait encore tr\u00e8s pr\u00e9sente sur les campus universitaires\u2026..Ce qui g\u00eanait le jeune homme de dix-huit ans\u00a0\u2026..c\u2019\u00e9tait le vide des mots&#160;: des gauchistes, comme des revenants sur un champ de bataille o\u00f9 gisent des cadavres mutil\u00e9s, usaient inlassablement de discours politiques st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s \u00e0 grand renfort de rh\u00e9toriques surann\u00e9e\u2026..<\/em><\/p>\n<p><em>Le fran\u00e7ais m\u2019est apparu alors comme le seul choix possible, ou plut\u00f4t la seule parade face \u00e0 la langue environnante malmen\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 l\u2019usure , la langue de l\u2019inflation verbale qui me prenait en otage.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<h3>L \u00e9vocation de son p\u00e8re<\/h3>\n<blockquote><p><em>Le piano droit Kawai, le livre de Carl Flesh et le magn\u00e9tophone Sony .. trois objets-t\u00e9moins, trois objets-souvenirs. Trois objets culturels de valeur mon\u00e9taire fort in\u00e9gale. Trois substituts de la pr\u00e9sence et de l\u2019attention paternelle. Ils portent en eux le d\u00e9sir et la volont\u00e9 d\u2019un homme qui s\u2019acharnait \u00e0 repousser toujours plus loin les limites de son champ d\u2019action, qui faisait l\u2019impossible pour sortir de ses origines, de sa condition premi\u00e8re, pour s\u2019arracher \u00e0 ce qui lui \u00e9tait primitivement et naturellement impos\u00e9\u2026.<\/em><\/p>\n<p><em>Le fran\u00e7ais est ma langue paternelle.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<h3>\u00a0Les diff\u00e9rences culturelles<\/h3>\n<blockquote><p><em>Saluer des personnes inconnues&#160;? Et oui, cela est fr\u00e9quent en France&#160;; il suffit de se promener dans les rues de Paris ou de prendre le m\u00e9tro, d\u2019\u00eatre attentif aux spectacles qui s\u2019offrent \u00e7a et l\u00e0 dans les lieux publics. Tandis que dans mon pays, un tel geste, potentiellement cr\u00e9ateur de liens est per\u00e7u comme une violence inacceptable ou au moins comme une incongruit\u00e9 suspecte.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<h3>\u00a0Son amour du fran\u00e7ais<\/h3>\n<blockquote><p><em>La langue d\u2019origine, maternelle, demeure inarrachable. Mon fran\u00e7ais va donc mourir avant m\u00eame que ne meure mon corps&#160;? Triste v\u00e9rit\u00e9. Mais je me consid\u00e8rerai comme mort quand je serai mort en fran\u00e7ais. Car je n\u2019existerai plus alors en tant que ce que j\u2019ai voulu \u00eatre , ce que je suis devenue de mon propre gr\u00e9, par ma souveraine d\u00e9cision d\u2019\u00e9pouser la langue fran\u00e7aise.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<h1>On en parle<\/h1>\n<p><a href=\"http:\/\/asautsetagambades.hautetfort.com\/archive\/2011\/02\/18\/une-langue-venue-d-ailleurs-akira-mizubayashi.html\">\u00c0\u00a0sauts et \u00e0 gambades<\/a>\u00a0et <a href=\"http:\/\/en-lisant-en-voyageant.over-blog.com\/article-une-langue-venue-d-ailleurs-67701989.html\">keisha<\/a> en 2011.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un tr\u00e8s grand plaisir de lecture, dans un moment de d\u00e9couragement. Tout le monde conna\u00eet, du moins je l\u2019imagine, un moment o\u00f9 tous les livres perdent leur saveur. Je me r\u00e9fugie alors dans la lecture des blogs et je partage vos passions mais de loin sans compl\u00e8tement y croire. Or voil\u00e0 un petit bijou dont <span class=\"ellipsis\">&hellip;<\/span> <span class=\"more-link-wrap\"><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/?p=200\" class=\"more-link\"><span>Read More &rarr;<\/span><\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":822092,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[46,8,32,6,4],"tags":[],"class_list":["post-200","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-5-coquillages","category-essai","category-litterature-japonaise","category-memoires","category-mes-preferences"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/200","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/822092"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=200"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/200\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":18099,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/200\/revisions\/18099"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=200"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=200"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=200"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}