{"id":19909,"date":"2025-05-29T06:09:00","date_gmt":"2025-05-29T04:09:00","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=19909"},"modified":"2025-05-27T10:49:22","modified_gmt":"2025-05-27T08:49:22","slug":"ces-feroces-soldats-joel-egloff","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=19909","title":{"rendered":"Ces f\u00e9roces soldats    &#8211; Jo\u00ebl EGLOFF"},"content":{"rendered":"<p><em><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/IMG_0656-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-19918\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/IMG_0656-scaled.jpeg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"1920\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/IMG_0656-scaled.jpeg 2560w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/IMG_0656-300x225.jpeg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/IMG_0656-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/IMG_0656-768x576.jpeg 768w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/IMG_0656-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/IMG_0656-2048x1536.jpeg 2048w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/IMG_0656-1320x990.jpeg 1320w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/a><br \/>\n\u00c9ditions Buchet-Castel, 234 pages, ao\u00fbt 2024&#160;;<\/em><\/p>\n<p><em>Lu dans le cadre du club de lecture de\u00a0<a href=\"https:\/\/mediatheques.cote-emeraude.fr\/l-ourse\">la m\u00e9diath\u00e8que de Dinard<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-726 alignleft\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>Je sais que j&rsquo;ai lu un ou deux billets qui \u00e9taient \u00e9logieux \u00e0 propos de ce roman-essai, en particulier chez <a href=\"https:\/\/tetedelecture.com\/2025\/02\/13\/ces-feroces-soldats-de-joel-egloff\/\">Sandrine .<\/a> Je le dis d&#8217;embl\u00e9e, je lui attribue un tr\u00e8s grand coup de c\u0153ur. Et pourtant &#8230; j&rsquo;en ai lu des romans sur la guerre 39\/45&#160;! Et m\u00eame sur ce sujet particulier, \u00ab&#160;les malgr\u00e9 nous&#160;\u00bb, j&rsquo;ai aussi beaucoup lu d&rsquo;articles et d&rsquo;essais.<\/p>\n<p>Mais ce roman est unique, aussi bien pour la forme que pour le fond. Pour une fois la quatri\u00e8me de couverture qui parle de la construction d&rsquo;un puzzle de la part de Jo\u00ebl Egloff pour nous faire comprendre la vie de sa famille de Moselle pendant cette guerre, est exacte. Chaque pi\u00e8ce de ce puzzle permet de construire l&rsquo;histoire de sa famille, en particulier de son p\u00e8re enr\u00f4l\u00e9 dans l&rsquo;arm\u00e9e allemande, tellement boulevers\u00e9e par la grande Histoire. Celle qui a fait que cette r\u00e9gion, fran\u00e7aise jusqu&rsquo;en 1870, sera allemande jusqu&rsquo;en 1918, puis de nouveau fran\u00e7aise jusqu&rsquo;en 1941, allemande jusqu&rsquo;en 1945 et fran\u00e7aise jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p>L&rsquo;auteur le dit plusieurs fois, les habitants se sentent souvent menac\u00e9s et puisent leur force dans les liens familiaux et leur langue le \u00ab&#160;platt&#160;\u00bb qui ressemble \u00e0 l&rsquo;allemand sans en \u00eatre tout \u00e0 fait. L&rsquo;engagement de son p\u00e8re dans l&rsquo;arm\u00e9e allemande s&rsquo;est jou\u00e9 \u00e0 quelques mois pr\u00e8s, il a en effet 13 ans au d\u00e9but de la guerre mais en 1943, il en a 16 et les allemands ont perdu tellement d&rsquo;hommes qu&rsquo;ils recrutent des soldats de plus en plus jeunes. Son fils cherche \u00e0 comprendre pourquoi il ne s&rsquo;est pas cach\u00e9 mais les exemples de familles d\u00e9port\u00e9es parce que leurs fils ont refus\u00e9 de s&rsquo;engager ont d\u00fb peser lourd dans la balance de la d\u00e9cision de son p\u00e8re.<\/p>\n<p>Pour le style, l&rsquo;auteur s&rsquo;adresse \u00e0 son p\u00e8re dans un dialogue qui inclut le lecteur sans aucun probl\u00e8me mais cela donne une impression de proximit\u00e9 incroyable, et puis il y a cet humour sarcastique, que j&rsquo;avais trouv\u00e9 dans le petit roman \u00ab&#160;<a href=\"https:\/\/luocine.fr\/?p=19749\">l&rsquo;\u00e9tourdissement&#160;\u00bb<\/a> , cela fait, parfois, du bien quand la r\u00e9alit\u00e9 est trop dure. Et, \u00e9videmment, l&rsquo;\u00e9poque ne manque pas de cruaut\u00e9. J&rsquo;ai beaucoup appr\u00e9ci\u00e9 la grande sensibilit\u00e9 avec laquelle l&rsquo;auteur parle de tous les membres de sa famille.<\/p>\n<h1>Extraits<\/h1>\n<h3>D\u00e9but.<\/h3>\n<div><\/div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Je voudrais retrouver cette lettre. Elle doit \u00eatre quelque part dans la maison, c&rsquo;est s\u00fbr. O\u00f9 pourrait-elle \u00eatre sinon&#160;?<\/em><\/div>\n<div><\/div>\n<div><em>\u00a0Je l&rsquo;ai eu entre les mains, pourtant, cela fait des ann\u00e9es et c&rsquo;est moi qui l&rsquo;ai rang\u00e9e, je ne sais o\u00f9. Elle \u00e9tait \u00e0 la cave, auparavant, dans une vieille bo\u00eete \u00e0 chaussures sans couvercle au-dessus de l&rsquo;armoire \u00e0 conserves. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;elle se trouvait depuis trop longtemps, livr\u00e9e aux araign\u00e9es. Je l&rsquo;avais lue, puis l&rsquo;avait remont\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage pour la mettre \u00e0 l&rsquo;abri de la poussi\u00e8re.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>La guerre.<\/h3>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Trois guerres en moins d&rsquo;un si\u00e8cle. La m\u00eame sinistre partie en trois manches. On en a vu d\u00e9filer des soldats par ici. Au pas, ou en boitant, le torse bomb\u00e9 ou les pieds devant, plus ou moins fiers, plus ou moins vaillants, selon le sens dans lequel ils marchaient. Et des uniformes, de toutes les couleurs. Des bleu et rouge, des bleu- gris, des gris, des verts, des vert-de-gris. Et puis des noirs, aussi.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>La souffrance et le travail.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Il souffre de sa plaie, mais ce dont il souffre plus encore, en voyant ceux qui s&rsquo;affairent, c&rsquo;est de se sentir inutile. Cela lui co\u00fbte d&rsquo;autant plus qu&rsquo;on ne regarde pas quelqu&rsquo;un qui travaille en restant l\u00e0 sans rien faire. Je le sais parce que tu me l&rsquo;as dit, et si tu me l&rsquo;as dit, c&rsquo;est que ton p\u00e8re lui-m\u00eame te le disait aussi, et qu&rsquo;il tenait de son p\u00e8re, qui le tenait du sien. C&rsquo;est pour ainsi dire une des lois de la famille. On ne reste pas les mains dans les poches \u00e0 regarder quelqu&rsquo;un qui travaille. Il faut aider, autant que possible, et prendre sa part d&rsquo;effort toujours.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Les r\u00e9fugi\u00e9s et la langue.<\/h3>\n<div><\/div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Le chemin longe un terril, sur les pentes duquel sont assis trois adolescents qui les surplombent et les observent. Soudain ils se mettent \u00e0 les traiter de \u00ab&#160;Boches&#160;\u00bb puis ils s&rsquo;enfuient. Alors mon grand-p\u00e8re et d&rsquo;autres hommes du groupe se lancent \u00e0 leurs trousses.<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Personne ne sait pr\u00e9cis\u00e9ment d&rsquo;o\u00f9 vous venez. Personne ne comprend vraiment qui vous \u00eates. Et vous-m\u00eame le comprenez vous&#160;?<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>La guerre \u00e0 nouveau(et humour).<\/h3>\n<div><\/div>\n<blockquote>\n<div><em>\u00a0Et voici le joli mois de mai, ses avions et leurs chapelets de bombes. Ils annoncent que l&rsquo;ennemi est l\u00e0, qu&rsquo;il a contourn\u00e9 les murailles, qu&rsquo;il a travers\u00e9 les Ardennes qu&rsquo;on disait infranchissables. Encore une fois, c&rsquo;est la m\u00eame porte qu&rsquo;il force mais l&rsquo;effet de surprise est intact. Il faut croire qu&rsquo;on est bon public.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Chez soi.<\/h3>\n<div><\/div>\n<blockquote>\n<div>\u00ab&#160;<em>Chez vous&#160;\u00bb, c&rsquo;est l\u00e0 o\u00f9 sont n\u00e9s vos parents et les parents de vos parents. \u00ab&#160;Chez vous&#160;\u00bb, ce n&rsquo;est ni l&rsquo;Allemagne ni tout \u00e0 fait la France. C&rsquo;est \u00e0 la fois plus simple et plus compliqu\u00e9. \u00ab&#160;Chez vous&#160;\u00bb c&rsquo;est l\u00e0 o\u00f9 vous serez en s\u00e9curit\u00e9. Du moins vous le pensez. C&rsquo;est votre maison, votre jardin, votre village, et votre clocher, ce sont les voisins d&rsquo;en face et ceux d&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9, ce sont les mines o\u00f9 vous vous \u00e9puisez, ce sont vos champs et vos b\u00eates cette vieille poutre en ch\u00eane qui vous sert de banc les soirs d&rsquo;\u00e9t\u00e9 Et par-dessus tout, \u00ab&#160;Chez vous&#160;\u00bb, c&rsquo;est votre langue, le \u00ab&#160;platt&#160;\u00bb, que l&rsquo;on parle ici depuis des si\u00e8cles. Voil\u00e0 votre refuge, votre v\u00e9ritable identit\u00e9.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Munich aujourd&rsquo;hui.<\/h3>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<blockquote>\n<div><em>\u00a0Pourtant, de temps \u00e0 autre la guerre balbutie encore. Sur le chantier, on a trouv\u00e9 un stock de munitions que les d\u00e9mineurs ont fait sauter. Ici o\u00f9 l\u00e0, la terre r\u00e9gurgite encore de vieilles bombes, des obus p\u00e9rim\u00e9s. \u00c0 l&rsquo;autre bout de la ville, pr\u00e8s de la gare l&rsquo;an pass\u00e9, sur un autre chantier, une bombe a explos\u00e9, faisant quatre bless\u00e9s, comme une bombe \u00e0 retardement avec un minuteur r\u00e9gl\u00e9 sur soixante dix huit ans.<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0La guerre est patiente, elle sait attendre et ne dort que d&rsquo;un \u0153il. Elle se tient toujours pr\u00eate. Pour peu qu&rsquo;on vienne l&rsquo;asticoter au bout des dents d&rsquo;une pelleteuse, la chatouiller de la pointe du marteau piqueur, pour peu qu&rsquo;on vienne la r\u00e9veiller, elle ne demande alors qu&rsquo;\u00e0 sauter dans ses bottes.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Humour sarcastique.<\/h3>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>On dit souvent des combats qu&rsquo;ils sont rudes, \u00e2pres ou acharn\u00e9s. Jamais rien de tr\u00e8s original.<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0D&rsquo;aucune bataille, je n&rsquo;ai entendu dire que les combats \u00e9taient anim\u00e9s mais sont rest\u00e9s cordiaux. Ainsi, \u00e0 Wiener Neustadt, tout particuli\u00e8rement parce que la seule motivation, maintenant, pour bon nombre d&rsquo;entre vous, c&rsquo;est de ne pas tomber aux mains des Russes. On ne se bat jamais mieux que lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de sauver sa peau.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9ditions Buchet-Castel, 234 pages, ao\u00fbt 2024&#160;; Lu dans le cadre du club de lecture de\u00a0la m\u00e9diath\u00e8que de Dinard &nbsp; Je sais que j&rsquo;ai lu un ou deux billets qui \u00e9taient \u00e9logieux \u00e0 propos de ce roman-essai, en particulier chez Sandrine . 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