{"id":19422,"date":"2025-02-03T06:28:56","date_gmt":"2025-02-03T05:28:56","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=19422"},"modified":"2025-02-08T12:57:05","modified_gmt":"2025-02-08T11:57:05","slug":"le-reve-du-pecheur-hemley-boum","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=19422","title":{"rendered":"Le r\u00eave du p\u00eacheur   &#8211; Hemley BOUM"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left;\"><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/IMG_0611-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-19429\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/IMG_0611-scaled.jpeg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"1920\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/IMG_0611-scaled.jpeg 2560w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/IMG_0611-300x225.jpeg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/IMG_0611-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/IMG_0611-768x576.jpeg 768w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/IMG_0611-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/IMG_0611-2048x1536.jpeg 2048w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/IMG_0611-1320x990.jpeg 1320w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/a><br \/>\n\u00c9dition Gallimard, 349 pages, d\u00e9cembre 2023<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<h3><strong><em>Nos p\u00e9riples \u00e0 nous ne pr\u00e9voient aucun retour nous ne sommes pas des voyageurs mais des exil\u00e9s. L&rsquo;exil est un bannissement et une mutilation, il y a l\u00e0 quelque chose de profond\u00e9ment inhumain. Quel que soit le danger que l&rsquo;on fuit et le soulagement de s&rsquo;en \u00e9loigner, <span style=\"color: #0000ff;\">chacun m\u00e9rite de garder quelque part en lui l&rsquo;espoir d&rsquo;un retour.<\/span><\/em><\/strong><\/h3>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-726 alignleft\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>Voil\u00e0 un roman pour lequel je n&rsquo;ai aucune h\u00e9sitation&#160;: j&rsquo;ai tout aim\u00e9 et jusqu&rsquo;\u00e0 la fin, il est \u00e9crit dans une langue claire et pr\u00e9cise, quel plaisir de lecture&#160;!<\/p>\n<p>Cette autrice raconte le destin d&rsquo;un homme originaire du Cameroun, exactement d&rsquo;un petit village sur la c\u00f4te camerounaise, Campo, qui \u00e9tait un village de p\u00eacheurs du temps de l&rsquo;enfance de sa m\u00e8re, et qui devient peu \u00e0 peu une station baln\u00e9aire \u00e0 la mode.<\/p>\n<p>Trois temporalit\u00e9s et trois voix construisent ce r\u00e9cit.<\/p>\n<p>D&rsquo;abord, celle de son grand-p\u00e8re Zacharias, p\u00eacheur \u00e0 bord d&rsquo;une pirogue qui est mari\u00e9 \u00e0 une femme \u00e9nergique et tr\u00e8s amoureuse de lui, Yalana. ensemble ils ont eu deux filles, Doroth\u00e9e la m\u00e8re du personnage principal et Myriam la petite s\u0153ur. Ensemble, il verront arriver la coop\u00e9rative qui va tuer peu \u00e0 peu la p\u00eache traditionnelle bien aid\u00e9e en cela par les compagnies d&rsquo;exploitation foresti\u00e8re, c&rsquo;est sa vie et ses r\u00eaves qui donneront le titre au roman. La deuxi\u00e8me temporalit\u00e9 est celle de l&rsquo;enfant de Doroth\u00e9e, Zack vit avec sa m\u00e8re dans un quartier tr\u00e8s populaire New-Bell, sa m\u00e8re est devenue une prostitu\u00e9e alcoolique. Zack est l&rsquo;ami d&rsquo;Achille et ensemble, ils sont \u00e0 leur fa\u00e7on heureux mais un drame obligera Zack \u00e0 s&rsquo;enfuir du Cameroun \u00e0 18 ans, sans dire au revoir \u00e0 ses amis ni \u00e0 sa m\u00e8re. Enfin la troisi\u00e8me temporalit\u00e9, la voix de Zack devenu psychologue en France et mari\u00e9 \u00e0 Julienne une psychiatre et p\u00e8re de deux filles. Quand ces trois temporalit\u00e9s se rejoignent , c&rsquo;est \u00e0 dire, quand, \u00e0 40 ans, il revient au Cameroun, tous les drames de son histoires s&rsquo;\u00e9clairent d&rsquo;un jour nouveau et lui permettront peut \u00eatre d&rsquo;\u00eatre totalement libre de son destin sans rien renier de son pass\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c0 travers ce r\u00e9cit, tant de th\u00e8mes sont abord\u00e9s, l&rsquo;\u00e9conomie post-coloniale, et l&rsquo;exploitation des populations locales, les injustices dans les pays africains, la force des traditions africaines et leur originalit\u00e9, le racisme m\u00eame involontaire en France, les difficult\u00e9s de l&rsquo;int\u00e9gration, les cons\u00e9quences de l&rsquo;exil . Et par dessus tout , ce roman est un hymne au courage des femmes, car c&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 elles que Zacharias arrivera \u00e0 se construire, m\u00eame si certains hommes ont \u00e9t\u00e9 l\u00e0 pour lui \u00e9viter un sort terrible. Il a eu de la chance dans la vie, celle d&rsquo;\u00eatre aim\u00e9 et de pouvoir suivre des \u00e9tudes.<\/p>\n<p>Et je n&rsquo;oublie pas les descriptions de sites naturels qui m&rsquo;ont fait voyager bien loin de ma Bretagne tr\u00e8s humide et trop souvent grise \u00e0 mon go\u00fbt. Voil\u00e0 j&rsquo;esp\u00e8re vous avoir donn\u00e9 envie de le lire et de partager mon plaisir.<\/p>\n<p>PS <a href=\"https:\/\/lesfanasdelivres.canalblog.com\/2024\/09\/le-reve-du-pecheur-de-hemley-boum.html\">Gambadou<\/a> avec qui je suis souvent d&rsquo;accord est plus r\u00e9serv\u00e9e que moi.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>Extraits<\/h1>\n<h3>D\u00e9but.<\/h3>\n<div><\/div>\n<blockquote>\n<div><\/div>\n<\/blockquote>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>\u00c0 l&rsquo;endroit o\u00f9 le fleuve se pr\u00e9cipite dans l&rsquo;Atlantique, l&rsquo;eau est ardoise et tumultueuse. Elle s&rsquo;\u00e9claircit \u00e0 mesure qu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9loigne des c\u00f4tes, en nuances de gris de plus en plus claires, pour finir par refl\u00e9ter la couleur du ciel lorsque celui-ci devient le seul horizon.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<blockquote>\n<div><em>\u00a0Le P\u00eacheur s&rsquo;\u00e9tait lever t\u00f4t, comme \u00e0 son ordinaire. Il s&rsquo;\u00e9veillait avant Yalana et l&rsquo;attirait doucement \u00e0 lui. Elle protestait un peu dans son sommeil mais ne se d\u00e9robait pas. De dos, elle venait se lover contre lui dans une douce reptation, et son souffle de dormeuse s&rsquo;apaisait \u00e0 nouveau.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>Les dangers du m\u00e9tier.<\/h3>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Son p\u00e8re \u00e9tait p\u00eacheur lui aussi, comme tous les hommes de sa famille depuis que le fleuve est l&rsquo;oc\u00e9an s&rsquo;\u00e9pousaient ici. Un jour il \u00e9tait parti et n&rsquo;\u00e9tait pas revenu. Un mois d&rsquo;octobre, en plein c\u0153ur de la saison des pluies. Dans ces moments l\u00e0, les p\u00eacheurs savent que les eaux sont temp\u00eatueuses, violentes et tra\u00eetresses&#160;: les rep\u00e8res se brouillent, les distances sont mensong\u00e8res, les courants capricieux. Dans les contes pour enfants, le fleuve femelle s&#8217;emplit d&rsquo;une eau \u00e9trang\u00e8re telle une femme enceinte et l&rsquo;oc\u00e9an m\u00e2le ne peut l&rsquo;accueillir avec s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, alors il se met en col\u00e8re, il enrage, il d\u00e9borde et les ba\u00efnes sont furieuses. M\u00eame les plus jeunes savent que la p\u00e9riode n&rsquo;est pas propice \u00e0 la baignade, qu&rsquo;il vaut mieux se tenir loin des \u00e9poux querelleur. La plupart des piroguiers abandonnent leur activit\u00e9 en pleine mer pour revenir \u00e0 l&rsquo;agriculture ou \u00e0 une p\u00eache moins risqu\u00e9e dans le fleuve. La saison des pluies correspond aux r\u00e9coltes tous les bras valides sont sollicit\u00e9s.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>Le pass\u00e9 du narrateur.<\/h3>\n<div><\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Le pass\u00e9 remonta dans une houle si violente que j&rsquo;en fus submerg\u00e9. La v\u00e9rit\u00e9, c&rsquo;est que ma m\u00e8re \u00e9tait alcoolique et prostitu\u00e9e. Je l&rsquo;aimais plus que tout au monde, pourtant je l&rsquo;avais quitt\u00e9 sans un regard en arri\u00e8re. Toutes ces ann\u00e9es, je ne l&rsquo;avais pas contact\u00e9e, j&rsquo;ignorais m\u00eame si elle \u00e9tait vivante ou morte.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>La fin de la p\u00eache artisanale.<\/h3>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>Les chalutiers ratissaient litt\u00e9ralement des bancs de poissons et de crustac\u00e9s. Un seul d&rsquo;entre eux produisait dans des proportions auxquelles une dizaine de piroguiers aguerris ne pouvaient pr\u00e9tendre (&#8230;).<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Lorsque les premiers d\u00e9r\u00e8glements apparurent les p\u00eacheurs firent preuve de bonne volont\u00e9, ils travaill\u00e8rent davantage. Mais leurs conditions continu\u00e8rent de se d\u00e9grader jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;ils ne puissent plus rembourser leurs dettes. C&rsquo;est alors que la coop\u00e9rative leur fit une derni\u00e8re proposition&#160;: ils devaient travailler gracieusement \u00e0 bord des chalutiers jusqu&rsquo;au solde de leurs cr\u00e9ances ensuite seulement ils recommenceraient \u00e0 percevoir un salaire complet.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>Les bourses.<\/h3>\n<\/div>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Et j&rsquo;inventai le reste&#160;: mes parents morts tous les deux dans un accident de voiture, le rejet du reste de la famille, puis la chance de b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;une bourse d&rsquo;\u00e9tude gr\u00e2ce \u00e0 mes r\u00e9sultats scolaires. Le tout se tenait tant que je n&rsquo;avais pas \u00e0 faire \u00e0 des Camerounais. Eux savaient que le gouvernement n&rsquo;attribuait plus de bourses, celles qui existaient \u00e9taient offertes par des organismes internationaux ou directement par des universit\u00e9s occidentales, et les \u00e9l\u00e8ves pauvres n&rsquo;y avaient pas acc\u00e8s, elles disparaissaient dans les r\u00e9seaux de gosses de riche.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>La fuite dans l&rsquo;exil.<\/h3>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Je n&rsquo;ai pas craqu\u00e9 tout de suite, \u00e7a m&rsquo;a pris plusieurs mois. Il m&rsquo;aura fallu tomber sur l&rsquo;enqu\u00eate du journaliste \u00e0 propos du clochard retrouver mort par les \u00e9boueurs, non loin de l&rsquo;avenue des Champs-\u00c9lys\u00e9es. Des ann\u00e9es d&rsquo;\u00e9vitement, de faux-semblants, de manques et de doutes ont soudain d\u00e9ferl\u00e9s. Toutes les ann\u00e9es, tous les instants, un \u00e0 un sans r\u00e9pit, sans piti\u00e9. Personne ne devrait partir de chez lui comme Sunday et moi. Couper tous les ponts, larguer les amarres et ne plus pouvoir revenir en arri\u00e8re. Nous ne devrions pas avoir \u00e0 avancer sans rep\u00e8res, sans protection, nous d\u00e9lester de tout ce que nous avons \u00e9t\u00e9, s&rsquo;arracher \u00e0 soi en esp\u00e9rant germer dans une nouvelle terre. Ceux qui ont ce privil\u00e8ge voyage l&rsquo;esprit l\u00e9ger. Ils partent de leur plein gr\u00e9 sachant qu&rsquo;ils peuvent revenir quand bon leur semble. Nos p\u00e9riples \u00e0 nous ne pr\u00e9voient aucun retour nous ne sommes pas des voyageurs mais des exil\u00e9s. L&rsquo;exil est un bannissement et une mutilation, il y a l\u00e0 quelque chose de profond\u00e9ment inhumain. Quel que soit le danger que l&rsquo;on fuit et le soulagement de s&rsquo;en \u00e9loigner, chacun m\u00e9rite de garder quelque part en lui l&rsquo;espoir d&rsquo;un retour. Et puis ici aussi dans cet \u00e9den \u00e9tincelant, des enfants meurent d&rsquo;\u00eatre d\u00e9laiss\u00e9s, mal-aim\u00e9s, maltrait\u00e9s. Les terres lointaines ne tiennent pas leurs promesses.\u00a0<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<h3>L&rsquo;int\u00e9gration.<\/h3>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>Je suis comme beaucoup d&rsquo;immigr\u00e9s, \u00e0 chaque d\u00e9gradation, d\u00e9lit, crime, chaque fois qu&rsquo;un fait divers s&rsquo;\u00e9tale \u00e0 la une des journaux, ma premi\u00e8re pens\u00e9e ne va pas \u00e0 la victime, mais \u00e0 la personne incrimin\u00e9e. Je pense d&#8217;embl\u00e9e&#160;: \u00ab&#160;Pourvu que ce ne soit pas un Noir.&#160;\u00bb Il n&rsquo;y a pas de singularit\u00e9 possible, nous sommes une communaut\u00e9 pour le pire. Les meilleurs d&rsquo;entre nous, ceux qui se distinguent positivement, sont fran\u00e7ais, les pires sont ramen\u00e9s \u00e0 leur statut d&rsquo;\u00e9trangers. Rien n&rsquo;est acquis, le premier imb\u00e9cile venu peut vous dire&#160;: \u00ab&#160;Rentrez chez vous&#160;\u00bb, comme on vous foutrait \u00e0 la porte.\u00a0<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9dition Gallimard, 349 pages, d\u00e9cembre 2023 &nbsp; Nos p\u00e9riples \u00e0 nous ne pr\u00e9voient aucun retour nous ne sommes pas des voyageurs mais des exil\u00e9s. L&rsquo;exil est un bannissement et une mutilation, il y a l\u00e0 quelque chose de profond\u00e9ment inhumain. 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