{"id":19264,"date":"2024-12-23T06:19:00","date_gmt":"2024-12-23T05:19:00","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=19264"},"modified":"2025-02-08T20:27:29","modified_gmt":"2025-02-08T19:27:29","slug":"tout-le-bruit-de-gueliz-ruben-barrouk","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=19264","title":{"rendered":"Tout le bruit du Gu\u00e9liz   &#8211; Ruben BARROUK"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/IMG_0597-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-19269\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/IMG_0597-scaled.jpeg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"1920\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/IMG_0597-scaled.jpeg 2560w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/IMG_0597-300x225.jpeg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/IMG_0597-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/IMG_0597-768x576.jpeg 768w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/IMG_0597-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/IMG_0597-2048x1536.jpeg 2048w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/IMG_0597-1320x990.jpeg 1320w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/a><br \/>\n\u00c9dition Albin Michel, 214 pages, ao\u00fbt 2024.<\/em><\/p>\n<p><em>Lu dans le cadre du\u00a0<a href=\"https:\/\/mediatheques.cote-emeraude.fr\/club-de-lecture-de-dinard\">club de lecture<\/a>\u00a0de la m\u00e9diath\u00e8que de Dinard.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-726 alignleft\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>Roman tr\u00e8s original autant pour son \u00e9criture que son propos. Une famille fran\u00e7aise, d&rsquo;origine juive marocaine, s&rsquo;inqui\u00e8te parce que leur m\u00e8re et grand m\u00e8re du narrateur qui est rest\u00e9e au Maroc, ne va pas tr\u00e8s bien et, le croit-elle c&rsquo;est \u00e0 cause d&rsquo; un bruit qui l&#8217;emp\u00eache de dormir.<\/p>\n<p>Elle habite \u00e0 Marrakech, dans le quartier du Gu\u00e9liz, et sa fille et son petit-fils viennent la voir pour essayer de trouver d&rsquo;o\u00f9 vient ce bruit.<\/p>\n<p>Voil\u00e0, je vous ai r\u00e9sum\u00e9 le roman, on devinera assez vite que ce bruit myst\u00e9rieux que ni sa fille ni son petit fils n&rsquo;entendent est surtout la trace insupportable pour la vieille femme de son monde disparu. Ce roman raconte les traces d&rsquo;une civilisation \u00e9teinte depuis le d\u00e9part des Juifs du Maroc en 1967, apr\u00e8s la guerre des six jours. Leur pr\u00e9sence est tr\u00e8s ancienne d\u00e8s le V\u00b0 si\u00e8cle, communaut\u00e9 assez stable jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e, en nombre, des juifs chass\u00e9s d&rsquo;Espagne par Isabelle la Catholique au XV\u00b0 si\u00e8cle. Tout l&rsquo;int\u00e9r\u00eat du roman, c&rsquo;est cette qu\u00eate des traces de la pr\u00e9sence juive au Maroc, et de la r\u00e9flexion du narrateur sur l&rsquo;exil. Sa grand-m\u00e8re est fragile et ses souvenirs sont tous teint\u00e9s de douleur. Nous visitons avec un chauffeur tr\u00e8s attentif&#160;: Bourriel un berb\u00e8re qui accepte de les conduire dans quelques lieux de p\u00e8lerinages juifs. Il n&rsquo;y a plus personne dans ces lieux qui \u00e9taient tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9s autrefois, mais ils ne sont pas d\u00e9truits. Le cas particulier du Maroc le doit aux rois marocains qui ont emp\u00each\u00e9 que les juifs soient assassin\u00e9s et, aujourd&rsquo;hui, il a rendu au quartier juif de Marrakech les noms juifs et la synagogue, que les visiteurs d\u00e9couvriront ferm\u00e9es, est toujours l\u00e0. Le quartier Mellah est aujourd&rsquo;hui un haut lieu touristique derri\u00e8re lequel le cimeti\u00e8re juif de Mi\u00e2ara permet \u00e0 la grand-m\u00e8re d&rsquo;honorer ses morts.<\/p>\n<p>Ce roman est aussi une promenade originale \u00e0 travers un Maroc peut connu comme la vall\u00e9e de l&rsquo;Ourika , \u00e0 la fin de ce voyage on comprend les phrases de la m\u00e8re du narrateur qui y a retrouv\u00e9 son enfance, elle s&rsquo;adresse, ainsi, \u00e0 leur adorable chauffeur au moment du d\u00e9part \u00e0 l&rsquo;a\u00e9roport&#160;:<\/p>\n<blockquote>\n<ul>\n<li>\n<h3><strong><em>Dis. Tu montreras le chemin \u00e0 tes enfants, a-t-elle dit. Promets-le-moi. Qu&rsquo;ils y am\u00e8nent les miens quand ils seront plus grands.<\/em><\/strong><\/h3>\n<\/li>\n<\/ul>\n<\/blockquote>\n<h1>Extraits<\/h1>\n<h3>D\u00e9but.<\/h3>\n<blockquote>\n<div><em>\u00a0Il y avait \u00e0 Marrakech, dans le quartier du Gu\u00e9liz, un bruit. Un myst\u00e9rieux bruit, qui s&rsquo;\u00e9tait install\u00e9 dans un appartement, au premier \u00e9tage du 66 avenue Al-M\u00e2&rsquo; Az-Zahr. Qui sait ce qui l&rsquo;avait attir\u00e9 ici&#160;? Le poids d&rsquo;une solitude, le confort des vieux fauteuils en feutre, le grisant parfum du camphre br\u00fbl\u00e9, ou l&rsquo;infaillible hospitalit\u00e9 de ma grand-m\u00e8re&#160;? Personne ne peut le dire.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<h3>Joli style.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>Le vent devait avoir souffl\u00e9 tout le sable de la m\u00e9dina pour b\u00e2tir \u00e0 la force de ses bras le mirador de la Koutoubia. Il semblait comme cela, si vuln\u00e9rable qu&rsquo;un seul homme d&rsquo;un geste impr\u00e9cis aurait pu le rendre \u00e0 la poussi\u00e8re comme un ch\u00e2teau de sable. Mais il \u00e9tait en v\u00e9rit\u00e9, in\u00e9branlable, Dieu m\u00eame le sait, car il n&rsquo;existe au sable de liant plus puissant que la foi, cette eau de tous les jours qui ruisselle dans les avenues du Gu\u00e9liz et de partout ailleurs, se presse dans les rues, inond\u00e9 toutes les venelles, se jette dans la vieille ville.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<h3>Un long passage que j&rsquo;ai ador\u00e9.<\/h3>\n<div><\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>\u00ab&#160;Yak&#160;\u00bb. Ce petit mot, ma grand&rsquo;m\u00e8re l&#8217;employait aussi souvent que possible. Si facilement, \u00ab&#160;yak&#160;\u00bb se faisait une place dans chaque conversation. Il signifie \u00ab&#160;n&rsquo;est-ce pas&#160;\u00bb. Il est le petit dernier d&rsquo;une fratrie de mots qui ne grandit jamais, qui de justesse parvient toujours \u00e0 s&rsquo;insinuer avant que les grandes portes de la parole ne se referment seules Il se montre sous les airs d&rsquo;un d\u00e9but de question et tinte comme le bruit de l&rsquo;\u00e2me qui somme qui s\u00e8me le doute partout. Il dit \u00ab&#160;rien n&rsquo;est jamais certain tout est seulement possible&#160;\u00bb. Il est le son du doute que ma grand&rsquo;m\u00e8re, sans peine se pla\u00eet \u00e0 employer \u00e0 chacune de ses phrases. Ainsi \u00ab&#160;yak&#160;\u00bb , les choses peuvent \u00eatre ou ne pas \u00eatre. Tout devient r\u00e9vocable. De ses trois lettres, il fait vaciller toute v\u00e9rit\u00e9, et vibrer le fil sur lequel tous ceux qui l&rsquo;ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 se tiennent en \u00e9quilibre. Qui e\u00fbt cru qu&rsquo;une si petite chose, de sa timide empreinte, rende tout si vuln\u00e9rable&#160;? Il cherche l&rsquo;approbation, quand sa ma\u00eetresse, elle, doute. Ma grand&rsquo;m\u00e8re s&rsquo;est attach\u00e9e \u00e0 lui. Lui s&rsquo;est offert \u00e0 elle. Et pour le remercier d&rsquo;\u00eatre tout le temps pr\u00e9sent elle lui a cousu une laine. C&rsquo;est une laine de joie qui lui donne fi\u00e8re allure et qu&rsquo;il ne quitte plus. Car \u00ab&#160;yak&#160;\u00bb se pr\u00e9sente, depuis que je le connais toujours sous les traits d&rsquo;un sourire. \u00ab&#160;Yak&#160;\u00bb&#160;? demande ma grand-m\u00e8re en souriant. Gr\u00e2ce \u00e0 lui, les fins de phrases sont joyeuses. Et toutes les fins d&rsquo;ailleurs. Puisque \u00ab&#160;yak&#160;\u00bb est partout. Elle a fini par le croire. Nous sommes ici au Gu\u00e9liz, pour mettre un terme au bruit. D\u00e9sormais port\u00e9s par l&rsquo;espoir que ce terme sera joyeux, \u00ab&#160;yak&#160;\u00bb&#160;? Le seul probl\u00e8me c&rsquo;est quand ma grand-m\u00e8re parle du bruit \u00e9trangement \u00ab&#160;yak&#160;\u00bb s&rsquo;absente. Il ne se risque pas \u00e0 contester le bruit devenu certitude. \u00ab&#160;Yak&#160;\u00bb est un petit \u00eatre que je souhaite courageux.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<h3>L&rsquo;exil du Maroc. C&rsquo;est si bien dit&#160;!<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Il ne reste personne. Personne \u00e0 qui parler. Il ne reste plus qu&rsquo;elle. Depuis longtemps maintenant. Les vivants sont parti Ils ont quitt\u00e9 le port de leur propre r\u00e9cit. Ma grand-m\u00e8re a vu les derniers bateaux s&rsquo;unir \u00e0 l&rsquo;horizon. Sur les docks de l&rsquo;oubli, elle est rest\u00e9e. Ils ont tout emport\u00e9. Tout ce qu&rsquo;ils pouvaient prendre. Ils ont laiss\u00e9 les morts. Ils ont laiss\u00e9 les murs et de morceaux de pierre. Et l&rsquo;immense solitude. Elle seule est rest\u00e9e. Elle seule foule cette terre br\u00fbl\u00e9e, sans faillir, immortelle gardienne du pass\u00e9 elle-m\u00eame oubli\u00e9e. Apr\u00e8s son passage, les tombes que les vivants ont laiss\u00e9, redeviennent des bancs de pierre dont l&rsquo;ordinaire s&#8217;empare. Elle seule leur donne un sens. Elle seule leur donne un nom.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<h3>L&rsquo;exil de sa m\u00e8re.<\/h3>\n<div><\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>&#8211; Je me souviens, dit-elle, c&rsquo;\u00e9tait en 67. Pendant la guerre des Six Jours. J&rsquo;avais six ans. J&rsquo;\u00e9tais avec ma grand-m\u00e8re, ton arri\u00e8re-grand-m\u00e8re. Nous allions au Mellah, en taxi. Les informations passaient \u00e0 la radio et disaient que les avions isra\u00e9liens bombarder l&rsquo;\u00c9gypte. Le chauffeur en roulant jusqu&rsquo;\u00e0 Mellah, se tournait vers nous pour nous cracher dessus. Il criait&#160;: \u00ab&#160;Sales juifs&#160;!&#160;\u00bb. Il nous crachait dessus et il criait. Nous \u00e9tions morts de peur \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re.<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Je l&rsquo;ai regard\u00e9e essuyer de sa main une larme pr\u00e9cipit\u00e9e sur sa joue. Il n&rsquo;y a pas de haine. Il n&rsquo;y a que la tristesse d&rsquo;une enfant de six ans, r\u00e9sign\u00e9e au regret et \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence que rien ne rena\u00eetra jamais. Que la peur a laiss\u00e9 dans les coeurs l&rsquo;irr\u00e9parable. Ce matin l\u00e0 de mars, c&rsquo;est un recueillement sur la petite st\u00e8le blanche d&rsquo;un amour disparu. Je l&rsquo;ai serr\u00e9e dans mes bras. Ma grand&rsquo;m\u00e8re elle, ne peut y prendre part. Il y a trop de douleur.\u00a0<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<blockquote>\n<div><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<div>\n<div><\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; \u00c9dition Albin Michel, 214 pages, ao\u00fbt 2024. 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