{"id":18791,"date":"2024-09-02T06:28:18","date_gmt":"2024-09-02T04:28:18","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=18791"},"modified":"2024-08-24T15:00:06","modified_gmt":"2024-08-24T13:00:06","slug":"une-vie-francaise-jean-paul-dubois","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=18791","title":{"rendered":"Une vie fran\u00e7aise &#8211; Jean-Paul DUBOIS"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/IMG_0559-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-18798\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/IMG_0559-scaled.jpeg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"1920\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/IMG_0559-scaled.jpeg 2560w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/IMG_0559-300x225.jpeg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/IMG_0559-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/IMG_0559-768x576.jpeg 768w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/IMG_0559-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/IMG_0559-2048x1536.jpeg 2048w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/IMG_0559-1320x990.jpeg 1320w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/a><br \/>\n<em>\u00c9dition de l\u2019Olivier, 357 pages, septembre 2004<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<h3><em><strong>Fin du roman&#160;:<\/strong><\/em><\/h3>\n<div><em><strong>Je songeais \u00e0 tous les miens. En cet instant de doute, au moment o\u00f9 tant de choses d\u00e9pendaient de moi, ils ne m&rsquo;\u00e9taient d&rsquo;aucune aide, d&rsquo;aucun r\u00e9confort. Cela ne m&rsquo;\u00e9tonnait pas&#160;: la vie n&rsquo;\u00e9tait rien d&rsquo;autre que ce filament illusoire qui nous reliait aux autres et nous donnait \u00e0 croire que, le temps d&rsquo;une existence que nous pensions essentielle, nous \u00e9tions simplement quelque chose plut\u00f4t que rien.<\/strong><\/em><\/div>\n<div><\/div>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/3.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-724 alignleft\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/3.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>Pour plusieurs lectrices du Club de lecture, Jean-Paul Dubois, fait partie des incontournables. Et je pense qu\u2019elles organiseront une s\u00e9ance th\u00e9matique autour des romans de cet auteur. Il est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent sur Luocine avec \u00ab&#160;<a href=\"https:\/\/luocine.fr\/?p=11959\">Les accommodements raisonnables<\/a>&#160;\u00bb que j\u2019avais appr\u00e9ci\u00e9 mais sans plus.<br \/>\nIl y a chez cet auteur un effet s\u00e9rie qui peut plaire mais que j\u2019ai du mal \u00e0 appr\u00e9cier, dans tous ses romans il y a un dentiste tortionnaire, une femme (souvent la femme du narrateur) toujours appel\u00e9e Anna qui meurt de fa\u00e7on violente, le personnage principal toujours appel\u00e9 Paul qui fait du jardinage, et bien d\u2019autres d\u00e9tails qui je suis certaine ravissent ses fans. Cela ne me passionne pas de jouer aux ressemblances et aux diff\u00e9rences. Mais ce roman a un autre int\u00e9r\u00eat&#160;: celui de d\u00e9crire la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise depuis les ann\u00e9es 1950 jusqu\u2019en 2012. Toutes les p\u00e9riodes sont marqu\u00e9es politiquement par des pr\u00e9sidents qui ont tous les d\u00e9fauts possibles quand ils sont de droite, seul Mitterand trouve gr\u00e2ce \u00e0 ses yeux, \u00e0 son deuxi\u00e8me mandat il est surtout d\u00e9fendu par sa m\u00e8re. Le narrateur est marqu\u00e9 par la mort de son fr\u00e8re d\u2019une appendicite mal soign\u00e9e. Sa famille s\u2019\u00e9croule \u00e0 ce moment l\u00e0, son p\u00e8re devient silencieux et sa m\u00e8re l\u2019ombre d\u2019elle-m\u00eame , se r\u00e9fugie dans son travail de correctrice. Mai 68 sera l\u2019occasion pour Paul de mettre le bordel partout, ce sont ses mots, il est tr\u00e8s d\u00e9sabus\u00e9 et tr\u00e8s amer, il ne rencontre que des gens m\u00e9diocres pour lesquels in n\u2019a aucun respect, que ce soient ses profs de lyc\u00e9e ou les enseignants de l\u2019Universit\u00e9 de Toulouse le Mirail. La section de sociologie se r\u00e9sumait \u00e0 des prises de position politiques toutes plus fumeuses les unes que les autres. La vie professionnelles sera du m\u00eame acabit un sup\u00e9rieur sadique dans une administration et un proviseur pervers et qui ne cherchera qu\u2019\u00e0 lui nuire dans un lyc\u00e9e. Il \u00e9pousera une femme riche et belle , ils auront deux enfants et lui gagnera beaucoup d\u2019argent en faisant deux livres \u00e0 grand succ\u00e8s, \u00ab&#160;les plus beaux arbres de France&#160;\u00bb et \u00ab&#160;les plus beaux arbres du monde&#160;\u00bb . Sa femme Anna meurt dans un accident d\u2019avion, et il d\u00e9couvrira la faillite de son affaire de Jacuzzi, et son infid\u00e9lit\u00e9. Sa fille devient schizophr\u00e8ne et lui jardinier parce qu\u2019il a perdu tout son argent dans la faillite des affaires de sa femme.<br \/>\nJ\u2019ai \u00e9t\u00e9 surprise du nombre de personnes n\u00e9gatives que ce pauvre Paul rencontre dans sa vie, bien s\u00fbr il y a un dentiste sadique mais pas que. Les sc\u00e8nes de f\u00eates avec alcool, drogues, et sexe m\u2019ont fait penser que nous n\u2019avions pas eu la m\u00eame jeunesse.<br \/>\nMalgr\u00e9 toutes ses r\u00e9serves , c\u2019est un roman qui se lit bien et cette plong\u00e9e dans le pass\u00e9 que j\u2019ai v\u00e9cu moi aussi m\u2019a permis de revivre ma jeunesse. Sauf que, comme beaucoup d\u2019entre nous, je n\u2019ai pas eu comme le narrateur la chance de faire un mariage qui m\u2019aurait permis de ne pas travailler, ni de produire un livre qui m\u2019aurait rendue riche pour le reste de ma vie. Cet \u00e9crivain journaliste qui s\u2019\u00e9panouit dans l\u2019entretien des jardins on n\u2019y croit pas beaucoup mais \u00e7a fait un contrepoint \u00e0 toutes les turpitudes des soi-disant intellectuels.<\/p>\n<h1>Extraits<\/h1>\n<h3>D\u00e9but.<\/h3>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Et ma m\u00e8re tomba \u00e0 genoux. Je n&rsquo;avais jamais vu quelqu&rsquo;un s&rsquo;affaisser avec autant de soudainet\u00e9. Elle n&rsquo;avait m\u00eame pas eu le temps de raccrocher le t\u00e9l\u00e9phone. J&rsquo;\u00e9tais \u00e0 l&rsquo;autre bout du couloir, mais je pouvais percevoir chacun de ses sanglots et les tremblements qui parcouraient son corps. Ses mains sur son visage ressemblaient \u00e0 un pansement d\u00e9risoire. Mon p\u00e8re s&rsquo;approcha d&rsquo;elle, raccrocha le combin\u00e9 et s&rsquo;effondra \u00e0 son tour dans le fauteuil de l&rsquo;entr\u00e9e. Il baissa la t\u00eate et se mus \u00e0 pleurer. Silencieux, terrifi\u00e9, je demeurai immobile \u00e0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 du corridor.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>La place du deuil de son fr\u00e8re (de 10 ans le narrateur en a 8).<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>La mort de Vincent nous a amput\u00e9 d&rsquo;une partie de nos vies et d&rsquo;un certain nombre de sentiments essentiels. Elle a profond\u00e9ment modifi\u00e9 le visage de ma m\u00e8re au point de lui donner en quelques mois les traits d&rsquo;une inconnue. Dans le m\u00eame temps, son corps s&rsquo;est d\u00e9charn\u00e9, creus\u00e9, comme aspir\u00e9 par un grand vide int\u00e9rieur. La disparition de Vincent a aussi paralys\u00e9 tous ses gestes de tendresse. Jusque-l\u00e0 si affectueuse, ma m\u00e8re s&rsquo;est transform\u00e9e en une sorte de mar\u00e2tre indiff\u00e9rente et distante. Mon p\u00e8re autrefois si disert, si enjou\u00e9 s&rsquo;est mur\u00e9 dans la tristesse, le silence, et nos repas jadis exub\u00e9rants, ont ressembl\u00e9 \u00e0 des d\u00eeners de gisants. Oui, apr\u00e8s 1958, le bonheur nous quitta, ensemble et s\u00e9par\u00e9ment, et \u00e0 table nous laiss\u00e2mes au speaker de la t\u00e9l\u00e9vision le soin de meubler notre deuil.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>L&rsquo;horrible grand m\u00e8re.<\/h3>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Je pense que ma grand-m\u00e8re est la seule personne dont j&rsquo;ai r\u00e9ellement souhait\u00e9 et esp\u00e9r\u00e9 la mort. J&rsquo;en ai aussi longtemps voulu \u00e0 mes parents de ne pas remettre ce personnage \u00e0 sa place, mais il est vrai qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque il \u00e9tait normal d&rsquo;endurer sto\u00efquement la torture des ascendants fussent-ils de francs salopards.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>La jeunesse du narrateur.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>Dr\u00f4le d&rsquo;\u00e9poque. La plupart d&rsquo;entre nous traversaient cette p\u00e9riode dans cette \u00e9tat d&rsquo;h\u00e9b\u00e9tude caresse caract\u00e9ristique des explorateurs qui d\u00e9couvrent un monde nouveau. Ce continent l\u00e0 \u00e9tait celui de toutes les libert\u00e9s, de terre aussi inconnues qu&rsquo;immenses, o\u00f9 l&rsquo;air du temps nous encourageait \u00e0 vivre sans temps morts, \u00e0 jouir sans entraves. Ce que l&rsquo;on nous proposait, ce qui s&rsquo;offrait \u00e0 nous c&rsquo;\u00e9tait une aventure sans pr\u00e9c\u00e9dent, un bouleversement en profondeur des relations entre les hommes et les femmes, d\u00e9barrass\u00e9es de la gangue religieuse et des contrats sociaux. Cela impliquait la remise en cause de l&rsquo;exclusivit\u00e9 amoureuse, la fin de la propri\u00e9t\u00e9 des corps, la culture du plaisir, l&rsquo;\u00e9radication de la jalousie, et aussi, pourquoi pas, \u00ab&#160;la fin de la paup\u00e9risation le soir apr\u00e8s cinq heures&#160;\u00bb.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Dieu.<\/h3>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>L&rsquo;id\u00e9e de Dieu \u00e9tait la pire des choses que l&rsquo;homme e\u00fbt jamais invent\u00e9. Je la jugeais inutile, d\u00e9plac\u00e9e, vaine et indigne d&rsquo;une esp\u00e8ce que l&rsquo;instinct et l&rsquo;\u00e9volution avaient fait se dresser sur ses pattes arri\u00e8res mais qui, face \u00e0 l&rsquo;effroi du trou, n&rsquo;avait pas longtemps r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 la tentation de se remettre \u00e0 genoux. De s&rsquo;inventer un ma\u00eetre, un dresseur, un gourou, un comptable. Pour lui confier les int\u00e9r\u00eats de sa vie et la gestion de son tr\u00e9pas, son \u00e2me et son au-del\u00e0.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>L&rsquo;amour.<\/h3>\n<div><\/div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Je tenais l&rsquo;amour pour une sorte de croyance, une forme de religion \u00e0 visage humain. Au lieu de croire en Dieu, on avait foi en l&rsquo;autre, mais l&rsquo;autre justement n&rsquo;existait pas davantage que Dieu. L&rsquo;autre n&rsquo;\u00e9tait que le reflet trompeur de soi-m\u00eame, le miroir charg\u00e9 d&rsquo;apaiser la terreur d&rsquo;une insondable solitude. Nous avons tous la faiblesse de croire que chaque histoire d&rsquo;amour est unique, exceptionnelle. Rien n&rsquo;est plus faux. Tous nos \u00e9lans de c\u0153ur sont identiques, reproductibles, pr\u00e9visibles. Passer le foudroiement initial, viennent les longues journ\u00e9es de l&rsquo;habitude qui pr\u00e9c\u00e8dent le couloir infini de l&rsquo;ennui.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9dition de l\u2019Olivier, 357 pages, septembre 2004 &nbsp; Fin du roman&#160;: Je songeais \u00e0 tous les miens. En cet instant de doute, au moment o\u00f9 tant de choses d\u00e9pendaient de moi, ils ne m&rsquo;\u00e9taient d&rsquo;aucune aide, d&rsquo;aucun r\u00e9confort. 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