{"id":18532,"date":"2024-07-26T06:05:41","date_gmt":"2024-07-26T04:05:41","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=18532"},"modified":"2024-07-21T05:11:52","modified_gmt":"2024-07-21T03:11:52","slug":"terrasses-laurent-gaude","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=18532","title":{"rendered":"Terrasses   &#8211; Laurent GAUD\u00c9"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/IMG_0534-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-18539\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/IMG_0534-scaled.jpeg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"1920\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/IMG_0534-scaled.jpeg 2560w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/IMG_0534-300x225.jpeg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/IMG_0534-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/IMG_0534-768x576.jpeg 768w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/IMG_0534-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/IMG_0534-2048x1536.jpeg 2048w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/IMG_0534-1320x990.jpeg 1320w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/a><br \/>\n\u00c9dition Actes Sud , 133 pages, Avril 2024<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-726 alignleft\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>Un autre livre de cet auteur \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture si belle et si forte que j&rsquo;ai eu du mal \u00e0 m&rsquo;en remettre (Le premier livre de lui, sur Luocine, \u00e9tait \u00ab&#160;<a href=\"https:\/\/luocine.fr\/?p=17834\">le soleil des Scorta<\/a>\u00ab&#160;) . J&rsquo;avais dit \u00e0 <a href=\"http:\/\/lesfanasdelivres.canalblog.com\/2024\/05\/terrasses-ou-notre-long-baiser-si-longtemps-retarde-de-laurent-gaude.html\">Gambadou<\/a> que j&rsquo;h\u00e9sitais \u00e0 lire cet essai, mais parfois il faut savoir ouvrir les yeux et son c\u0153ur. La d\u00e9licatesse de cet \u00e9crivain pour parler des attentats de Paris du 13 novembre 2015 , est absolument remarquable. Il r\u00e9ussit un tour de force difficile \u00e0 expliquer, il parle de tout le monde, il individualise chacun, et les rend universels. Quand on referme le livre, on est celle qui est morte dans la fosse du Bataclan, celui qui a choisi la chaise qui tourne le dos \u00e0 la rue sur la terrasse, l&rsquo;infirmi\u00e8re qui travaille non-stop pendant six heures, le m\u00e9decin qui trie les urgences, les policiers qui sont arriv\u00e9s les premiers dans la salle du Bataclan, la m\u00e8re qui attend que sa fille reponde au t\u00e9l\u00e9phone&#8230;<\/p>\n<p>Nous sommes tous ceux l\u00e0 , la seule personne que nous ne serons jamais ce sont ceux qui arrivent triomphant pour assassiner, ceux l\u00e0 m\u00eame qui jouaient au ballon avec une t\u00eate d&rsquo;un otage qu&rsquo;ils venaient de d\u00e9capiter dans un autre pays.<\/p>\n<p>Chaque moment est parfaitement rendu , celui qui m&rsquo;a le plus touch\u00e9 est celui o\u00f9 les parents commencent \u00e0 se rendre compte que cette trag\u00e9die peut les concerner. Ce moment o\u00f9, ils laissent un petit SMS, puis un autre, puis ils commencent \u00e0 appeler et appeler encore, puis refusent absolument de faire partie de ceux qui iront peut-\u00eatre dans un groupe de parole pour raconter ce dont personne ne peut se remettre. Mais comment oublier la jeunesse et la fra\u00eecheur de ces jeunes qui \u00e9taient venus boire un verre entre amis, comment oublier le m\u00e9decin qui doit trier les urgences, l&rsquo;\u00e9quipe du Raid qui doit s\u00e9curiser avant de sauver des vies .<\/p>\n<p>Merci Monsieur Gaud\u00e9 d&rsquo;avoir \u00e9crit ce livre et j&rsquo;esp\u00e8re ne choquer personne en disant que le 7 octobre en Isra\u00ebl 1200 personnes dont 37 enfants , ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s de cette fa\u00e7on l\u00e0. Je ne cherche pas \u00e0 minimiser les souffrances des habitants de Gaza, mais le Hamas est une organisation terroriste dont les membres ont utilis\u00e9 les m\u00eames m\u00e9thodes que ceux qui ont fait 129 morts \u00e0 Paris le 13 novembre 2015.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>Extraits<\/h1>\n<h3>D\u00e9but.<\/h3>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>J&rsquo;ouvre les yeux. Je me dis que cette journ\u00e9e est belle puisque nous allons nous voir ce soir. Je souris \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de ce rendez-vous et sens, d\u00e8s le matin cette boule dans le ventre qui dit que je t&rsquo;aime peut-\u00eatre plus que je ne le pensais. Une longue attente s&rsquo;\u00e9tale devant moi jusqu&rsquo;\u00e0 te voir. Aurons-nous le temps de nous aimer&#160;? Je me pr\u00e9pare. Je veux que tu tombes \u00e0 la renverse en me voyant et tu tomberas. Je m&rsquo;habille. Je ne mets pas de soutien-gorge. Puis je change d&rsquo;avis. J&rsquo;en mets un en me promettant de l&rsquo;enlever plus tard dans la journ\u00e9e, lorsqu&rsquo;il sera temps d&rsquo;aller te rejoindre Je prends plaisir \u00e0 imaginer cette fin de journ\u00e9e.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Un moment parmi d&rsquo;autres.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>\u00a0Il faut s&rsquo;asseoir. Trouver une table. Choisir une place. D\u00e9cider de qui prend quelle chaises. Dos au bar ou \u00e0 la rue&#160;? Personne ne se doute que ce sera si important, que c&rsquo;est une question de vie ou de mort. Certains d&rsquo;entre nous renoncent, jugent la terrasse d\u00e9j\u00e0 trop bond\u00e9e, n&rsquo;aime pas cela&#160;: \u00eatre si proche de gens qu&rsquo;on ne conna\u00eet pas, dont on entend toute la conversation, qui vous rejette la fum\u00e9e de leur cigarette dans les cheveux et font trembler votre chaise \u00e0 chaque fois qu&rsquo;ils bougent. Certains vont plus loin, disparaissent \u00e0 la recherche d&rsquo;un peu de calme. Ils vivront. N&rsquo;en reviendront pas d&rsquo;avoir \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 cette histoire<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0\u00c0 peu de chose pr\u00e8s. Si peu de chose pr\u00e8s. Pour ceux qui restent il faut choisir. Premier rang de terrasse ou deuxi\u00e8me&#160;? C\u00f4te \u00e0 c\u00f4te ou face \u00e0 face&#160;? Nous choisissons. Sans nous douter que nous nous asseyons sur la trajectoire de balles qui vont bient\u00f4t \u00eatre tir\u00e9es.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<blockquote>\n<div><\/div>\n<\/blockquote>\n<div>\n<h3>Les parents.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>\u00a0Nous ne savons pas encore que nous sommes si nombreux \u00e0 vivre une soir\u00e9e si semblable. Les appels r\u00e9p\u00e9t\u00e9s. La voix de la messagerie. T\u00e9l\u00e9phoner. Essayer d&rsquo;avoir des nouvelles des uns et des autres. Et puis cette sensation que ce qui se passe \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision a \u00e0 avoir avec notre enfant. Cette sensation qui se mue en certitude et les jambes qui se d\u00e9robent &#8230; Je ne veux pas &#8230; Je ne veux pas&#8230; On sent ce qui vient mais on voudrait encore y \u00e9chapper&#8230; Je ne veux pas, moi, faire partie de tout \u00e7a, vous conna\u00eetre, partager avec vous, bien plus tard, le souvenir de cette nuit, dans les groupes de parole qui feront rena\u00eetre le vertige. Je ne veux pas \u00eatre sur la liste de celles et ceux qu&rsquo;un policier va devoir appeler parce que le corps de mon enfant a \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9. Je ne veux pas \u00eatre parmi vous, comme vous. Laissez-moi. Je n&rsquo;ai rien \u00e0 voir avec vous. Je ne vous connais pas, ne veut pas vous conna\u00eetre, je veux juste entendre la voix de mon enfant. Je n&rsquo;irai pas \u00e0 la mort pour identifier son corps et r\u00e9cup\u00e9rer ses effets. Je ne je n&rsquo;irai pas au proc\u00e8s pour voir le visage de ceux qui ont d\u00e9chir\u00e9 sa vie. Je ne veux pas \u00eatre avec vous, laissez-moi, laissez-moi&#160;!<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Le m\u00e9decin d&rsquo;urgence sur le terrain.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Je suis le premier m\u00e9decin \u00e0 \u00eatre entr\u00e9, celui qui n&rsquo;a pas pu prendre le temps de soigner, qui a essay\u00e9 de faire au mieux, mais cela voulait dire abandonner certains, passer vite aux autres, aller d&rsquo;un corps \u00e0 l&rsquo;autre pour que le moins possible d&rsquo;entre eux meurent de leur blessure, mais il y en a eu, il y en a eu, malgr\u00e9 tout, et tant, et trop, je le sais qui sont morts seuls, sans aide, sans voix pench\u00e9es sur eux, parce que j&rsquo;\u00e9tais d\u00e9bord\u00e9, parce que l&rsquo;urgence m&rsquo;imposait de ne m&rsquo;arr\u00eater sur aucun, et ils \u00e9taient tant, je n&rsquo;en voyais pas la fin&#8230; Toute ma vie&#8230; Toute ma vie pour \u00eatre le m\u00e9decin qui secourt sans avoir le temps de soigner, le m\u00e9decin qui dessine d&rsquo;un chiffre sur le front le destin des victimes, le m\u00e9decin qui sera d\u00e9sormais mang\u00e9 par l&rsquo;incertitude, la hantise de s&rsquo;\u00eatre tromp\u00e9, le souvenir d&rsquo;un corps qu&rsquo;on a d&rsquo;abord vu vivant puis mort lorsqu&rsquo;on est repass\u00e9, toute ma vie, pour arriver \u00e0 cette journ\u00e9e, courte au regard du nombre de jours que j&rsquo;ai v\u00e9cus, mais qui durera une \u00e9ternit\u00e9, et je le sais, et jusqu&rsquo;au bout en moi le doute embrassera la fiert\u00e9.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9dition Actes Sud , 133 pages, Avril 2024 &nbsp; Un autre livre de cet auteur \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture si belle et si forte que j&rsquo;ai eu du mal \u00e0 m&rsquo;en remettre (Le premier livre de lui, sur Luocine, \u00e9tait \u00ab&#160;le soleil des Scorta\u00ab&#160;) . 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