{"id":18469,"date":"2024-07-17T06:05:55","date_gmt":"2024-07-17T04:05:55","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=18469"},"modified":"2024-06-26T13:47:41","modified_gmt":"2024-06-26T11:47:41","slug":"le-soldat-desaccorde-gilles-marchand","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=18469","title":{"rendered":"Le soldat D\u00e9saccord\u00e9     &#8211; Gilles Marchand"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/IMG_0530-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-18478\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/IMG_0530-scaled.jpeg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"1920\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/IMG_0530-scaled.jpeg 2560w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/IMG_0530-300x225.jpeg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/IMG_0530-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/IMG_0530-768x576.jpeg 768w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/IMG_0530-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/IMG_0530-2048x1536.jpeg 2048w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/IMG_0530-1320x990.jpeg 1320w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/a><\/p>\n<p>\u00c9dition \u00ab&#160;Aux forges de Vulcain&#160;\u00bb , 204 pages, mai 2023<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><em><strong>Dans le ciel, c&rsquo;\u00e9tait le feu. Le feu et les cendres. Sur la terre, c&rsquo;\u00e9tait les secousses et les tremblements. L&rsquo;antichambre de l&rsquo;Enfer.<\/strong><\/em><\/h3>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-726 alignleft\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>J&rsquo;avais beaucoup aim\u00e9 &lsquo;<a href=\"https:\/\/luocine.fr\/?p=7702\">Une bouche sans personne<\/a>&#160;\u00bb du m\u00eame auteur. On retrouve, ici, ce style si particulier entre oral et po\u00e9sie, ente gouaille et s\u00e9rieux, qu&rsquo;il manie si bien. Je dois \u00e0 <a href=\"http:\/\/esfanasdelivres.canalblog.com\/archives\/2023\/05\/24\/39915963.html\">Gambadou<\/a> l&rsquo;envie de lire ce roman. Et si j&rsquo;en juge par les commentaires \u00e0 son billet, je n&rsquo;\u00e9tais pas la seule. On retrouve bien le ton de cet \u00e9crivain et m\u00eame si le sujet est grave, on est pris par ce r\u00e9cit et parfois on sourit. J&rsquo;ai surtout \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s \u00e9mue \u00e0 cette lecture. Je vous rappelle le sujet&#160;: le narrateur est un ancien soldat de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise, qui a perdu une main \u00e0 la guerre, \u00e0 son retour il retrouve Anna son grand amour et se lance \u00e0 corps perdu dans la recherche des soldats que les familles recherchent d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment. Une m\u00e8re l&rsquo;engage pour retrouver son fils, \u00c9mile, dont elle a perdu la trace. En commen\u00e7ant ses recherches notre enqu\u00eateur se rend compte qu&rsquo;\u00c9mile \u00e9tait tr\u00e8s amoureux d&rsquo;une Lucie alsacienne. Tout le livre est construit sur cette recherche d&rsquo;un amour impossible, que la m\u00e8re d&rsquo;\u00c9mile nie de toutes ses forces. Cette jeune paysanne n&rsquo;\u00e9tait pas jug\u00e9e assez bien pour cette grande bourgeoise. \u00c9mile est un po\u00e8te fou d&rsquo;amour, et se fiche des jugements de sa m\u00e8re. Il partira en Alsace pour retrouver son amour mais h\u00e9las la guerre va les s\u00e9parer. Et quelle guerre&#160;! Cette qu\u00eate permet \u00e0 l&rsquo;auteur de se retrouver sur tous les champs de bataille au milieu de toutes les horreurs possibles , d&rsquo;y croiser un \u00eatre appel\u00e9 \u00ab&#160;la fille de lune&#160;\u00bb, qui aide les mourants abandonn\u00e9s de tous lors des batailles sanglantes, de parler avec un rabbin qu&rsquo;on appelle le cur\u00e9, de croiser des infirmi\u00e8res allemandes plus humaines qu&rsquo;un horrible m\u00e9decin fran\u00e7ais qui sadiquement envoie des charges \u00e9lectriques \u00e0 tous les malades psychiatriques de peur qu&rsquo;ils soient des \u00ab&#160;tire-au flanc&#160;\u00bb .<br \/>\nUn des moments tr\u00e8s fort du r\u00e9cit se passe en Alsace, il y rencontre un p\u00e8re qui a perdu un fils \u00e0 cette guerre, mais est-il toujours un h\u00e9ros lui qui \u00e9tait, \u00e9videmment dans l&rsquo;arm\u00e9e allemande. Je me suis pos\u00e9e alors, cette question, les femmes fran\u00e7aise veuves de guerre touchaient une pension, mais qu&rsquo;en \u00e9tait-il pour les femmes alsaciennes&#160;?<\/p>\n<p>Un tr\u00e8s beau livre, merci Gambadou de l&rsquo;avoir si bien pr\u00e9sent\u00e9, j&rsquo;esp\u00e8re, \u00e0 mon tour, vous avoir donn\u00e9 envie de le lire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>Extraits<\/h1>\n<h3>D\u00e9but.<\/h3>\n<blockquote>\n<div><em>\u00a0Je n&rsquo;\u00e9tais pas parti la fleur au fusil. Je ne connais d&rsquo;ailleurs personne qui l&rsquo;ait v\u00e9cu ainsi. L\u00a0\u00bbimage \u00e9tait certes jolie, mais elle ne refl\u00e9tait pas la r\u00e9alit\u00e9. On n&rsquo;imaginait pas que le conflit allait s&rsquo;\u00e9terniser, \u00e9videmment. On croyait passer l&rsquo;\u00e9t\u00e9 sous les drapeaux et revenir pour l&rsquo;automne avec l&rsquo;Alsace et la Lorraine en bandouli\u00e8re. \u00c0 temps pour les moissons, les vendanges o\u00f9 de nouveaux tours de vis \u00e0 l&rsquo;usine. Pour tout dire \u00e7a emmerdait pas mal de monde cette histoire. On avait mieux \u00e0 faire qu&rsquo;aller taper sur nos voisins. Pourtant on savait que \u00e7a viendrait&#160;: on nous avait bien pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 cette id\u00e9e. \u00c0 force de nous raconter qu&rsquo;ils \u00e9taient nos ennemis, on avait fini par le croire. Alors, quand ils sont pass\u00e9s par le Luxembourg et la Belgique, il n&rsquo;y avait pas grand monde pour leur trouver des circonstances att\u00e9nuantes. On \u00e9tait nombreux \u00e0 \u00eatre volontaires pour leur expliquer que \u00e7a ne se faisait pas trop d&rsquo;aller envahir des pays neutres.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>J&rsquo;aime bien son style.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>J&rsquo;ai pris un train et j&rsquo;ai march\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 un joli petit village qui venait d&rsquo;inaugurer un joli monument aux jolis morts de la jolie guerre. Il en fleurissait partout. C&rsquo;\u00e9tait \u00e0 qui aurait le plus beau, le plus grand, celui avec le plus de noms. J&rsquo;avais m\u00eame entendu des histoires de villages qui se battaient pour savoir \u00e0 qui appartenaient les morts. Des paysans qui avaient habit\u00e9 entre deux communes et qui \u00e9taient devenus importants gr\u00e2ce \u00e0 leur d\u00e9pouille patriote.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Il me fait rire.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>En 1925, la France f\u00eatait sa victoire depuis sept ans. \u00c7a swinguait, \u00e7a jazzait, \u00e7a cinematographiait, \u00e7a mistinguait. L&rsquo;Art d\u00e9co flamboyait, Pais s&rsquo;amusait et s&rsquo;incouciait. Coco chanelait, Andr\u00e9 bretonnait, Maurice chevaliait.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Verdun.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>\u00a0C&rsquo;est comme \u00e7a que je me suis retrouv\u00e9e avec mon dr\u00f4le de bricolage et mon volant \u00e0 la main. \u00c0 relier Bar-le- Duc \u00e0 Verdun sur la Voie sacr\u00e9e. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque on ne l&rsquo;appelait pas comme \u00e7a. On disait simplement \u00ab&#160;la Route&#160;\u00bb. Comme s&rsquo;il y en avait qu&rsquo;une seule. Une colonne interminable de camions. Des soldats valides dans un sens, estropi\u00e9s dans l&rsquo;autre. Et du mat\u00e9riel. Des canons, des obus, de la nourriture, des b\u00eates, du vin. On conduisait sans jamais s&rsquo;arr\u00eater ou presque. Cinquante-sept kilom\u00e8tres entre la civilisation et la barbarie. Cinquante-sept kilom\u00e8tres o\u00f9 l&rsquo;on conduisait \u00e0 longueur de journ\u00e9e, \u00e0 longueur de nuit, comme des automates fous.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Sentiments des Alsaciens en 1919.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Mais la premi\u00e8re fois que j&rsquo;y \u00e9tais \u00e9tait all\u00e9, au printemps 1919, je m&rsquo;attendais \u00e0 trouver une terre en f\u00eate&#160;: apr\u00e8s tout on s&rsquo;\u00e9tait battu quatre ann\u00e9es pour leur redonner leur dignit\u00e9. \u00c9videmment ce n&rsquo;\u00e9tait pas le sentiment g\u00e9n\u00e9ral. Parce que, premi\u00e8rement, il n&rsquo;avait jamais perdu leur dignit\u00e9 et, deuxi\u00e8mement tous n&rsquo;avaient pas \u00e9t\u00e9 ravis de devenir fran\u00e7ais. Sans compter que, parmi les morts de chaque village, la plupart s&rsquo;\u00e9taient pris des balles fran\u00e7aises. Allez expliquer \u00e0 une veuve de guerre que c&rsquo;\u00e9tait une balle pour la bonne cause&#160;: &#160;\u00bb On a tu\u00e9 votre mari &#8230; Mais,bonne nouvelle, vous \u00eates de nouveau fran\u00e7aise, madame&#160;!&#160;\u00bb<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<h3>Cet auteur a le sens des phrases justes.<\/h3>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Il a fini par reprendre&#160;: \u00ab&#160;pensez-vous que l&rsquo;on puisse mourir en h\u00e9ros si l&rsquo;ennemi d&rsquo;hier devient la nation de demain&#160;?&#160;\u00bb.<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Je lui ai r\u00e9pondu que l&rsquo;on pouvait mourir en h\u00e9ros en sauvant ces camarades. Il a souri. Tristement, mais il a souri.<\/em><\/div>\n<div><em>En sortant de son bureau, je me suis senti b\u00eate, j&rsquo;ai pris conscience que je ne m&rsquo;\u00e9tais jamais r\u00e9ellement pos\u00e9 la question de l&rsquo;Alsace. Jamais pos\u00e9 la question des Alsaciens. J&rsquo;avais tu\u00e9 pour r\u00e9cup\u00e9rer ces r\u00e9gions, j&rsquo;avais estim\u00e9 que cela \u00e9tait juste. Et j&rsquo;avais ob\u00e9i aux ordres.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Le po\u00e8me final.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>On voulait des lions, on a eu des rats.<\/em><\/div>\n<div><em>On voulait le sable, on a eu la boue.<\/em><\/div>\n<div><em>On voulait le paradis, on a eu l&rsquo;enfer.<\/em><\/div>\n<div><em>On voulait l&rsquo;amour, on a eu la mort.<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Il ne restait qu&rsquo;un accord\u00e9on. D\u00e9saccord\u00e9. Et lui aussi va nous quitter.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9dition \u00ab&#160;Aux forges de Vulcain&#160;\u00bb , 204 pages, mai 2023 &nbsp; Dans le ciel, c&rsquo;\u00e9tait le feu. Le feu et les cendres. Sur la terre, c&rsquo;\u00e9tait les secousses et les tremblements. L&rsquo;antichambre de l&rsquo;Enfer. J&rsquo;avais beaucoup aim\u00e9 &lsquo;Une bouche sans personne&#160;\u00bb du m\u00eame auteur. 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