{"id":18416,"date":"2024-07-05T06:59:24","date_gmt":"2024-07-05T04:59:24","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=18416"},"modified":"2024-07-05T09:43:35","modified_gmt":"2024-07-05T07:43:35","slug":"un-monde-a-refaire-claire-deya","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=18416","title":{"rendered":"Un monde \u00e0 refaire   &#8211; Claire DEYA"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/IMG_0523-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-18422\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/IMG_0523-scaled.jpeg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"1920\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/IMG_0523-scaled.jpeg 2560w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/IMG_0523-300x225.jpeg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/IMG_0523-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/IMG_0523-768x576.jpeg 768w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/IMG_0523-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/IMG_0523-2048x1536.jpeg 2048w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/IMG_0523-1320x990.jpeg 1320w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/a><\/p>\n<p><em><br \/>\nLes \u00e9ditions de l&rsquo;observatoire, 404 pages, novembre 2023<\/em><\/p>\n<p><em>Lu dans le cadre du\u00a0<a href=\"https:\/\/mediatheques.cote-emeraude.fr\/club-de-lecture-de-dinard\">club de lecture<\/a>\u00a0de la m\u00e9diath\u00e8que de Dinard.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/4.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-725 alignleft\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/4.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>J&rsquo;ai toujours un sentiment tr\u00e8s positif lorsque j&rsquo;apprends un aspect nouveau sur une p\u00e9riode que je croyais bien conna\u00eetre. Que savait-on du d\u00e9minage apr\u00e8s la seconde gu\u00e8re mondiale&#160;? Que savait-on du traitement des prisonniers allemands en France&#160;?<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 ce roman, j&rsquo;en ai appris beaucoup sur ces deux sujets, pourquoi est ce que je me retiens de lui mettre 5 coquillages&#160;? Le romanesque est bien construit pour l&rsquo;intrigue, mais je n&rsquo;ai compl\u00e8tement cru aux personnages de \u00ab&#160;Vincent&#160;\u00bb , ou plut\u00f4t Hadrien.<br \/>\nJ&rsquo;explique rapidement l&rsquo;intrigue&#160;: Hadrien, vient se proposer comme d\u00e9mineur \u00e0 Fabien, un h\u00e9ros de la r\u00e9sistance, il le fait sous une fausse identit\u00e9, et nous apprendrons que tardivement pourquoi (donc je n&rsquo;en dis rien&#160;!), en revanche, ce que nous savons imm\u00e9diatement, c&rsquo;est que, s&rsquo;il veut devenir d\u00e9mineur, c&rsquo;est pour se rapprocher des prisonniers allemands, qui seuls peuvent lui expliquer ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 Ariane son grand amour.<\/p>\n<p>Fabien est un meneur d&rsquo;hommes et un d\u00e9mineur tr\u00e8s dou\u00e9, il est aussi tr\u00e8s humain et il sera le premier \u00e0 ne pas consid\u00e9rer les Allemands comme de simples nazis \u00e0 m\u00e9priser. Parmi les allemands il y en a deux qui sortent du lot&#160;: Lukas, un ancien libraire qui n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 nazi et Mathias un violoniste tr\u00e8s sensible.<\/p>\n<p>Un autre personnage sera important Saskia, tr\u00e8s jeune fille juive, qui revient des camps et est persuad\u00e9e qu&rsquo;elle pourra retrouver facilement la propri\u00e9t\u00e9 de ses parents. C&rsquo;est l\u00e0 un autre th\u00e8me du roman que j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 lu, \u00e0 quel point \u00e0 la sortie des camps on faisait une diff\u00e9rence entre les juifs et les r\u00e9sistants qui avaient servi la France, pourtant les deux revenaient bien des m\u00eames camps&#160;! Et \u00e0 quel point ils ont eu du mal \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer leurs biens.<br \/>\nSaskia a \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9e \u00e0 l&rsquo;auteure par une femme juive qui lui a racont\u00e9 son retour&#160;: l&rsquo;appartement o\u00f9 ses parents avaient toujours \u00e9t\u00e9 locataires \u00e9tait lou\u00e9 et on lui a demand\u00e9 pour le r\u00e9cup\u00e9rer de payer les arri\u00e9r\u00e9s des loyers depuis que ses parents avaient \u00e9t\u00e9 rafl\u00e9s&#160;!<\/p>\n<p>Le r\u00e9cit est tr\u00e8s pr\u00e9cis dans la description des diff\u00e9rentes mines et les dangers mortels qu&rsquo;il y avait, \u00e0 les d\u00e9samorcer. L&rsquo;auteure explique aussi \u00e0 quel point le traitement des deux d\u00e9barquements&#160;: Normandie et Provence, conna\u00eet une post\u00e9rit\u00e9 diff\u00e9rente. Pourtant le d\u00e9barquement de Provence a \u00e9t\u00e9 un succ\u00e8s et un succ\u00e8s fran\u00e7ais&#160;! Elle rappelle aussi la volont\u00e9 de de Gaulle de ne pas laisser au priv\u00e9 le soin de la reconstruction, il avait de mauvais souvenirs de ce qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9 dans le nord apr\u00e8s la guerre 14\/18. Les entrepreneurs priv\u00e9s s&rsquo;\u00e9taient enrichis au d\u00e9triment de la qualit\u00e9 de la reconstruction. La pression immobili\u00e8re dans cette r\u00e9gion attise pourtant bien des convoitises de promoteurs priv\u00e9s..<\/p>\n<p>Historique \u00e9galement, le travail si p\u00e9nible du d\u00e9minage que les Fran\u00e7ais et les Allemands ont fait ensemble. L&rsquo;\u00e9volution des sentiments des uns et des autres est bien analys\u00e9, au d\u00e9but les Fran\u00e7ais emplis d&rsquo;une haine justifi\u00e9e le plus souvent , ne voient dans cette main d&rsquo;oeuvre captive qu&rsquo;une fa\u00e7on de se venger des r\u00e9centes horreurs v\u00e9cues, quitte \u00e0 ne pas respecter la convention de Gen\u00e8ve concernant le statut des prisonniers de guerre, mais peu \u00e0 peu l&rsquo;Allemagne \u00e9tant vaincue et les Allemands n&rsquo;ayant plus peur de la gestapo, leur humanit\u00e9 et leur efficacit\u00e9 vont changer le regard que les d\u00e9mineurs vont porter sur eux.<\/p>\n<p>Une toile de fond historique parfaite, une r\u00e9serve sur l&rsquo;aspect romanesque , mais je reconnais que tous les livres historiques sur ce sujet existent depuis longtemps et que je ne les ai pas lus. Alors un grand merci Claire Deyat.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/legoutdeslivres.hautetfort.com\/archive\/2024\/03\/27\/un-monde-a-refaire-6491505.html\">Aifelle<\/a> est un peu plus critique que moi. <a href=\"https:\/\/lettresexpres.wordpress.com\/2024\/02\/26\/claire-deya-un-monde-a-refaire\/\">Kathel\u00a0<\/a> exprime les m\u00eames r\u00e9serves que moi, sur l&rsquo;aspect romanesque mais souligne le s\u00e9rieux du travail historique sur le d\u00e9minage.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>Extraits<\/h1>\n<h3>D\u00e9but .<\/h3>\n<blockquote>\n<div><em>S&rsquo;il retrouvait Ariane, Vincent n&rsquo;oserait plus caresser sa peau. Ses mains avaient atteint des proportions qu&rsquo;il ne reconnaissait pas. Dures, les doigts gonfl\u00e9s, leur enveloppe \u00e9paisse, rugueuse et s\u00e8che ;elle s&rsquo;\u00e9taient m\u00e9tamorphos\u00e9e. La corne qui les recouvrait \u00e9tait si aride que, m\u00eame lorsqu&rsquo;il les l&rsquo;avait, longuement, soigneusement, elles ne s&rsquo;attendrissaient pas.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Apr\u00e8s la guerre, le d\u00e9minage.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Fabien donnait du sens \u00e0 leurs missions. En lib\u00e9rant la terre de ces pi\u00e8ges mortels, ils se sauvaient eux-m\u00eames, se rachetaient, se d\u00e9livraient de la culpabilit\u00e9. Car tout le monde se sentait coupable&#160;: d&rsquo;avoir trahi, menti, vol\u00e9, abandonn\u00e9, de ne pas avoir \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur, de ne pas s&rsquo;\u00eatre engag\u00e9 dans la R\u00e9sistance &#8211; ou dans la r\u00e9sistance de la derni\u00e8re heure -, d&rsquo;avoir tu\u00e9 un homme, plusieurs, d&rsquo;avoir surv\u00e9cu l\u00e0 o\u00f9 tant d&rsquo;amis \u00e9taient tomb\u00e9s. Chaque homme portait en lui cette part de culpabilit\u00e9, immense en ces temps troubl\u00e9s et dont il devait pour continuer d&rsquo;avancer, sinon se d\u00e9barrasser, au moins s&rsquo;arranger. Fabien savait sugg\u00e9rer \u00e0 ces hommes que le d\u00e9minage pouvait leur apporter la r\u00e9demption que, sans se l&rsquo;avouer, ils n&rsquo;osaient plus esp\u00e9rer.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Les diff\u00e9rentes sortes de mines.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Il y avait donc sur la plage ses engins effrayants, gigantesques, que les d\u00e9mineurs appelaient des sarcophages ou des tombeaux&#160;; ils promettaient comme eux un passage certain vers l&rsquo;au-del\u00e0, seulement ceux qui tr\u00e9passaient en passant par ces sarcophages-l\u00e0 \u00e9taient moins bien conserv\u00e9s que les pharaons d&rsquo;\u00c9gypte<\/em><\/div>\n<div><em>Ces monstres de plus de mille quatre cent kilo d&rsquo;acier et d&rsquo;explosifs s&rsquo;\u00e9talaient dans le sable comme des otaries m\u00e9caniques et prenaient leurs aises. Impossible \u00e0 soulever. Les Allemands partis, les mines sarcophages persistaient \u00e0 leur place par leur p\u00e9nible force d&rsquo;inertie et la garantie de destructions impitoyables .<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<blockquote>\n<div><\/div>\n<\/blockquote>\n<div>\n<h3>Le retour des juifs.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>\u00ab&#160;Tenez, et ne faites pas d&rsquo;histoires&#160;\u00bb.<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Personne n&rsquo;avait envie d&rsquo;entendre. Pourtant ce qu&rsquo;elle avait raconter, ce n&rsquo;\u00e9tait pas des histoires, mais l&rsquo;Histoire avec un grand H et toutes ses minuscules, l&rsquo;Histoire comme elle peut \u00eatre d\u00e9gueulasse, l&rsquo;Histoire qui ne va pas dans le sens du progr\u00e8s, ni de l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;on voudrait se faire de l&rsquo;humanit\u00e9, l&rsquo;Histoire qui n&rsquo;aurait jamais d\u00fb admettre cette enfer, l&rsquo;Histoire qu&rsquo;il ne faudra jamais oublier.<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Lorsqu&rsquo;elle avait entendu cette exhortation d\u00e9sesp\u00e9rante pour la premi\u00e8re fois, elle ne savait pas \u00e0 quel point elle la suivrait partout. Leur histoire n&rsquo;int\u00e9ressait personne. Celle des r\u00e9sistants, oui, la leur leur, non. On voulait des h\u00e9ros pas des victimes.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<blockquote>\n<div><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Le regard des soldats allemands.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>Ce regard qu&rsquo;on ne voulait pas croiser sous peine d&rsquo;\u00eatre foutu mais qu&rsquo;on devait affronter sous peine d&rsquo;\u00eatre suspect. Ce regard &#8211; \u00e0 lui seul le symbole du projet nazi- qui examinait, \u00e9valuait, diss\u00e9quait, m\u00e9prisait, jugeait, triait, s\u00e9lectionnait, ce regard qu&rsquo;on n&rsquo;oubliait pas, ce regard de mort qui faisait d\u00e9tester les yeux quand c&rsquo;est par les yeux pourtant qu&rsquo;on se parle de premi\u00e8re abord, quand les yeux sont ceux qui sauve toutes les esp\u00e8ces vivantes de leur part sombre&#160;; ce regard haineux d\u00e9naturait la vocation du regard, et canalisaient la part la plus hostile de l&rsquo;\u00eatre humain. Alors oui, on pouvait penser que tous les Allemands \u00e9taient les m\u00eames, car la diversit\u00e9 des corps des traits s&rsquo;effa\u00e7ait sous le corset de l&rsquo;uniforme, du k\u00e9pi, et du regard qui commandait tout le reste.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les \u00e9ditions de l&rsquo;observatoire, 404 pages, novembre 2023 Lu dans le cadre du\u00a0club de lecture\u00a0de la m\u00e9diath\u00e8que de Dinard. &nbsp; J&rsquo;ai toujours un sentiment tr\u00e8s positif lorsque j&rsquo;apprends un aspect nouveau sur une p\u00e9riode que je croyais bien conna\u00eetre. Que savait-on du d\u00e9minage apr\u00e8s la seconde gu\u00e8re mondiale&#160;? 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