{"id":18348,"date":"2024-06-24T06:09:21","date_gmt":"2024-06-24T04:09:21","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=18348"},"modified":"2024-06-24T09:01:03","modified_gmt":"2024-06-24T07:01:03","slug":"baumgartner-paul-auster","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=18348","title":{"rendered":"Baumgartner &#8211; Paul AUSTER"},"content":{"rendered":"<p><em><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/IMG_0516-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-18352\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/IMG_0516-scaled.jpeg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"1920\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/IMG_0516-scaled.jpeg 2560w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/IMG_0516-300x225.jpeg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/IMG_0516-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/IMG_0516-768x576.jpeg 768w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/IMG_0516-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/IMG_0516-2048x1536.jpeg 2048w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/IMG_0516-1320x990.jpeg 1320w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/a><br \/>\n\u00c9dition Acte sud, 200 pages, Janvier 2024<\/em><\/p>\n<p><em>Traduit de l&rsquo;am\u00e9ricain par Anne-Laure Tissut<\/em><\/p>\n<p><em>Lu dans le cadre du club de lecture de\u00a0<a href=\"https:\/\/mediatheques.cote-emeraude.fr\/l-ourse\">la m\u00e9diath\u00e8que de Dinard<\/a><\/em><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-726 alignleft\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>Je lis ce livre le premier mai 2024, jour de la mort de Paul Auster, il r\u00e9sonne de fa\u00e7on tr\u00e8s particuli\u00e8re car il s&rsquo;agit justement, d&rsquo;un roman sur la mort et la difficult\u00e9 de rester dans le monde des vivants d&rsquo;un auteur appel\u00e9 Baumgartner mari\u00e9 \u00e0 une Anna Blum . L&rsquo;avoir lu ce jour l\u00e0, en a chang\u00e9 compl\u00e8tement la perception. Tous les passages sur la mort et le deuil r\u00e9sonnaient comme des phrases pr\u00e9monitoires et me rendaient triste car je comprenais que ce serait l\u00e0 le dernier roman que je lirai de cet auteur qui a accompagn\u00e9 ma vie de lectrice (avant Luocine).<\/p>\n<p>Baumgartner est un auteur vieillissant qui perd pied dans la lutte pour rester dans le monde des vivants. Le r\u00e9cit commence par ce que les am\u00e9ricains appellent un \u00ab&#160;bad-day&#160;\u00bb&#160;: alors que l&rsquo;auteur est en train d&rsquo;\u00e9crire, il s&rsquo;arr\u00eate parce qu&rsquo;il sait qu&rsquo;il doit appeler sa s\u0153ur, il se rend dans la cuisine, il voit qu&rsquo;il a oubli\u00e9 une casserole sur le gaz, il se br\u00fble en la prenant \u00e0 pleine main, on sonne \u00e0 la porte, un homme vient pour v\u00e9rifier le compteur comme ce contr\u00f4leur est nouveau, il descend avec lui dans la cave en oubliant que sa main est br\u00fbl\u00e9e, il tombe en voulant se retenir \u00e0 la rampe et se se fait tr\u00e8s mal&#8230;<\/p>\n<p>Si je vous raconte ce d\u00e9but, c&rsquo;est qu&rsquo;une grand partie des journ\u00e9es de l&rsquo;\u00e9crivain sont ainsi compos\u00e9es de faits qui s&rsquo;ench\u00e2ssent les uns dans les autres et qui montrent que l&rsquo;homme vieillissant oublie souvent son projet initial. Ce qu&rsquo;il n&rsquo;oublie pas, en revanche, c&rsquo;est son amour pour Anna, sa femme qu&rsquo;il a aim\u00e9e avec passion. Une femme libre et po\u00e9tesse dont la mort violente l&rsquo;a terrass\u00e9. Elle a \u00e9t\u00e9 \u00e9cras\u00e9e par une vague trop violente alors qu&rsquo;il venait de lui conseiller de ne pas retourner se baigner. Dix ans plus tard, une femme beaucoup plus jeune lui redonnera le go\u00fbt de l&rsquo;amour, mais leurs diff\u00e9rences d&rsquo;\u00e2ge et de vie les feront se s\u00e9parer. Et \u00e0 la fin du livre, on verra une jeune doctorante s&rsquo;int\u00e9resser enfin \u00e0 l&rsquo;oeuvre d&rsquo;Anna.<br \/>\nVous l&rsquo;avez compris, nous errons dans les pens\u00e9es de ce vieil homme, le fr\u00e8re en litt\u00e9rature de l&rsquo;\u00e9crivain (avec un certain humour car Paul Auster n&rsquo;a pas \u00e9crit de romans sur&#8230; la roue&#160;!), et je sais que, beaucoup d&rsquo;entre ses lecteurs, ont trouv\u00e9 ce roman moins int\u00e9ressant que ses autres livres. Je ne peux pas en juger, car j&rsquo;\u00e9tais trop \u00e9mue en le lisant. Si je peux me permettre un avis contraire \u00e0 ces sp\u00e9cialistes de l&rsquo;oeuvre de ce grand \u00e9crivain, je trouve que c&rsquo;est injuste de comparer cet ultime roman \u00e0 ceux qu&rsquo;il a \u00e9crit alors qu&rsquo;il \u00e9tait en pleine possession de tous ses moyens. Pour moi ce roman est un petit chef d&rsquo;oeuvre qui d\u00e9crit si bien la vieillesse. La perte des \u00eatres chers, la difficult\u00e9 du quotidien, le d\u00e9tachement des biens de ce monde, la modernit\u00e9 qui nous d\u00e9passe et nous exclut du monde des actifs, l&rsquo;esprit qui part en campagne et qui revient sans cesse sur les moments du pass\u00e9 heureux ou malheureux. Il est possible que cela int\u00e9resse moins la jeunesse qui justement est dans l&rsquo;autre partie de sa vie, mais toutes celles et tous ceux qui, comme moi, ont lu cet auteur tout au long de leur vie ne peuvent qu&rsquo;\u00eatre \u00e9mus par ce roman. Car on se retrouve tellement dans ce livre, pour moi, il s&rsquo;agit d\u2019une r\u00e9flexion \u00e0 port\u00e9e universelle sur le vieillissement, que l&rsquo;on soit puissant, riche, pauvre, intellectuel ou pas, on se trouve tous confronter aux m\u00eames voyages dans nos pens\u00e9es. (Bien s\u00fbr l&rsquo;argent aide au confort de vie, mais ce n&rsquo;est pas le sujet du roman.)<\/p>\n<p>Un coup de coeur pour ce livre, mais aussi une grande tristesse de savoir que je ne lirai plus de nouveaux romans de Paul Auster,( je sais que je peux relire les anciens, je le ferai sans doute) .<\/p>\n<h1>Extraits<\/h1>\n<h3>D\u00e9but.<\/h3>\n<blockquote>\n<div><em>Baumgartner est assis \u00e0 son bureau dans la pi\u00e8ce du premier \u00e9tage qu&rsquo;il d\u00e9signe parfois comme son bureau, son \u00ab&#160;cogitorium&#160;\u00bb ou son trou. Stylo en main, il est engag\u00e9 \u00e0 mi-chemin dans une phrase du troisi\u00e8me chapitre de sa monographie sur les pseudonymes de Kierkegaard quand il lui appara\u00eet que le livre qui a besoin de citer se trouve en bas au salon, o\u00f9 il l&rsquo;a laiss\u00e9 avant de monter se coucher la veille.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<h3>Le deuil de sa femme .<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>Baumgartner continue \u00e0 sentir, aimer, d\u00e9sirer, \u00e0 vouloir vivre mais son int\u00e9riorit\u00e9 la plus intime est morte. Il le sait depuis dix ans, et durant ces dix ans il a fait tout ce qu&rsquo;il \u00e9tait en son pouvoir pour ne pas le savoir.\u00a0<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<h3>Texte pr\u00e9monitoire .<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Il pense aux m\u00e8res et p\u00e8re vivant le deuil de leurs enfants d\u00e9funts, aux enfants vivant celui de leurs parents, aux \u00e9pouses vivant le deuil de leurs maris, aux \u00e9poux celui de leurs femmes, et \u00e0 la ressemblance entre leur souffrance et les effets cons\u00e9cutifs \u00e0 une amputation, car la jambe ou le bras manquant \u00e9tait jadis attach\u00e9 \u00e0 un corps vivant, la personne disparue \u00e0 une autre personne vivante, et si vous \u00eates le survivant, vous allez d\u00e9couvrir que la partie de vous amput\u00e9e, la partie fant\u00f4me, peut toujours \u00eatre source d&rsquo;une douleur profonde et sacril\u00e8ge.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<h3>Les affres de l&rsquo;\u00e9crivain.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Un an et un mois plus tard Baumgartner est assis au m\u00eame bureau dans la m\u00eame pi\u00e8ce, \u00e0 se demander s&rsquo;il doit garder la phrase qu&rsquo;il vient d&rsquo;\u00e9crire ou la raturer pour recommencer. Il la rature, mais avant de recommencer il se soul\u00e8ve de son fauteuil, marche jusqu&rsquo;\u00e0 la fen\u00eatre ouverte et regarde de jardin en bas, \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re de la maison.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>L&rsquo;amour .<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Un petit sourire \u00e0 l&rsquo;automne, une deuxi\u00e8me rencontre fortuite au printemps, et maintenant un grand sourire&#160;: c&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 tout ce qui s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9 jusqu&rsquo;alors, et pourtant on e\u00fbt dit que nous nous connaissions d\u00e9j\u00e0 depuis un moment, et peut-\u00eatre \u00e9tait-ce le cas, car il \u00e9tait \u00e9vident que chacun de nous avait continu\u00e9 \u00e0 penser \u00e0 l&rsquo;autre de temps en temps au fil des nombreux mois entre alors et maintenant, et \u00e0 pr\u00e9sent que le sort nous avait de nouveau r\u00e9unis, je sentis que nous \u00e9tions \u00e9galement d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 ne pas tout foirer de nouveau en laissant ce moment dispara\u00eetre.<\/em><\/div>\n<div><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<h3>Caract\u00e8re d&rsquo;Anna.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Peu importait qu&rsquo;elle ait tort ou raison, puisqu&rsquo;elle avait toujours raison m\u00eame quand elle avait tort, et Baumgartner avait vite appris que la capitulation \u00e9tait la seule d\u00e9fense raisonnable, car une fois qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait rendu, la dispute prenait fin et \u00e9tait oubli\u00e9e en quelques secondes.\u00a0<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<h3>C&rsquo;est fou de lire cela le jour o\u00f9 on annonce la mort de Paul Auster.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Qui sait si ce n&rsquo;est pas la derni\u00e8re belle journ\u00e9e qu&rsquo;il verra jamais, ou sa derni\u00e8re journ\u00e9e tout court d&rsquo;ailleurs&#160;? Non qu&rsquo;il s&rsquo;attendent \u00e0 tomber mort avant le r\u00e9veil des oiseaux demain matin, mais les faits sont les faits, et les chiffres ne mentent pas. Il a soixante et onze ans, un anniversaire de plus profil dans six semaines exactement, et une fois qu&rsquo;on est entr\u00e9 dans cette zone de diminution de rendement tout peut arriver.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9dition Acte sud, 200 pages, Janvier 2024 Traduit de l&rsquo;am\u00e9ricain par Anne-Laure Tissut Lu dans le cadre du club de lecture de\u00a0la m\u00e9diath\u00e8que de Dinard Je lis ce livre le premier mai 2024, jour de la mort de Paul Auster, il r\u00e9sonne de fa\u00e7on tr\u00e8s particuli\u00e8re car il s&rsquo;agit justement, d&rsquo;un roman sur la mort <span class=\"ellipsis\">&hellip;<\/span> <span class=\"more-link-wrap\"><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/?p=18348\" class=\"more-link\"><span>Read More &rarr;<\/span><\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":822092,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[46,354,133,277,28,6,4,49,132],"tags":[],"class_list":["post-18348","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-5-coquillages","category-amour","category-amour-et-couple","category-club-de-lecture-dinard","category-auteur-americain","category-memoires","category-mes-preferences","category-roman","category-vieillesse"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/18348","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/822092"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=18348"}],"version-history":[{"count":16,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/18348\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":18585,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/18348\/revisions\/18585"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=18348"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=18348"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=18348"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}