{"id":18065,"date":"2024-05-10T06:36:07","date_gmt":"2024-05-10T04:36:07","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=18065"},"modified":"2024-05-07T12:51:26","modified_gmt":"2024-05-07T10:51:26","slug":"deserter-mathias-enard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=18065","title":{"rendered":"D\u00e9serter  &#8211; Mathias ENARD"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/IMG_0482-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-18067\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/IMG_0482-scaled.jpeg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"1920\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/IMG_0482-scaled.jpeg 2560w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/IMG_0482-300x225.jpeg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/IMG_0482-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/IMG_0482-768x576.jpeg 768w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/IMG_0482-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/IMG_0482-2048x1536.jpeg 2048w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/IMG_0482-1320x990.jpeg 1320w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/a><\/p>\n<p><em>\u00c9dition Acte Sud, 254 pages, ao\u00fbt 2023.<\/em><\/p>\n<p>Petite question&#160;: suis-je la seule \u00e0 ne pas aimer lire les livres de cette maison d\u2019\u00e9dition qui ne peuvent jamais s\u2019ouvrir compl\u00e8tement sauf \u00e0 casser le dos du livre&#160;?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/3.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-724 alignleft\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/3.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>Ceci dit, j\u2019aime tr\u00e8s souvent les romans que cette maison \u00e9dite. Ce n\u2019est pas ma premi\u00e8re rencontre avec cet auteur, mais c\u2019est la premi\u00e8re fois que j\u2019\u00e9cris un billet \u00e0 propos de lui sur Luocine.<br \/>\nUn roman difficile \u00e0 lire car il faut suivre deux histoires qui n\u2019ont comme point commun que la folie guerri\u00e8re des hommes. On commence \u00e0 suivre la survie d\u2019un d\u00e9serteur d\u00e9go\u00fbt\u00e9 par les violences de la guerre, celles qu\u2019il a commises, celles qu\u2019il a vues commettre. L&rsquo;auteur utilise un style tr\u00e8s particulier pour exprimer cette violence, il va \u00e0 ligne \u00e0 chaque virgule, j&rsquo;avoue que j&rsquo;ai du mal \u00e0 comprendre pourquoi. Mais la langue est belle m\u00eame si elle exprime ce qu&rsquo;il y a de pire chez l&rsquo;humain. Le soldat va \u00eatre confront\u00e9 \u00e0 une femme qui a subi aussi le pire de la guerre . Je ne vais pas plus loin dans ce r\u00e9cit qui est terriblement anxiog\u00e8ne comme l&rsquo;est sans aucun doute la violence de la guerre.<br \/>\nEn parall\u00e8le, on suit une r\u00e9union le 10 et 11 septembre 2001, qui r\u00e9unit des grands chercheurs en math\u00e9matiques pour c\u00e9l\u00e9brer Paul Heudebert, un personnage fictif qui aurait \u00e9crit des recherches essentielles au camp de Buchenwald. Communiste convaincu, il a choisi de rester en RDA. Il est tr\u00e8s amoureux d&rsquo;une femme qui, elle, est rest\u00e9e en RFA, leur fille Ingrid ira sans difficult\u00e9s apparentes de l&rsquo;Allemagne de l&rsquo;ouest avec sa m\u00e8re \u00e0 celle de l&rsquo;est. Cette partie est \u00e9crite de fa\u00e7on classique et nous permet de revisiter la guerre, le nazisme et de la division entre l&rsquo;Ouest et l&rsquo;Est, l&rsquo;effondrement du communisme, puis l&rsquo;attentat du 11 septembre qui fera tourner court la fameuse r\u00e9union. Les explications pour comprendre tous les enjeux du couple Heudebert ne seront d\u00e9voiler qu&rsquo;\u00e0 la fin du roman et c&rsquo;est \u00e9videmment tragique.<br \/>\nJ&rsquo;ai un peu de mal \u00e0 voir l&rsquo;int\u00e9r\u00eat du m\u00e9lange des deux histoires. Bien s\u00fbr, on comprend ce qu&rsquo;a voulu faire l&rsquo;auteur, montrer que la guerre est toujours l\u00e0 et toujours avec les m\u00eames horreurs. Mais pour moi il s&rsquo;agit de deux histoires qui n&rsquo;arrivent pas \u00e0 se rejoindre.<\/p>\n<p>Un beau roman, pas toujours facile \u00e0 lire, mais on y revit tellement de probl\u00e8mes de notre \u00e9poque, c&rsquo;est aussi un bel hymne aux math\u00e9matiques mais sans lien \u00e9vident avec l&rsquo;autre sujet<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>Extraits<\/h1>\n<h3 dir=\"ltr\">D\u00e9but.<\/h3>\n<blockquote>\n<div dir=\"ltr\"><em>II a pos\u00e9 son arme et se d\u00e9barrasse avec peine de ses galoches dont l\u2019odeur (excr\u00e9ments, sueur moisie) ajoute \u00e0 sa fatigue. Les doigts sur les lacets effiloch\u00e9s sont des brandirons secs, l\u00e9g\u00e8rement br\u00fbl\u00e9s par endroits&#160;; les ongles ont la couleur des bottes, il faudra les gratter \u00e0 la pointe du couteau pour en retirer la crasse<\/em><em>, boue, sang s\u00e9ch\u00e9, mais plus tard, il n\u2019en a pas la force&#160;; deux orteils, chair et terre, sortent de la chaussette, ce sont de gros verts macul\u00e9s qui rampent hors d\u2019un tronc sombre, noueux \u00e0 la cheville.<\/em><\/div>\n<div dir=\"ltr\"><\/div>\n<\/blockquote>\n<div dir=\"ltr\"><\/div>\n<div dir=\"ltr\">\n<h3>Dieu pour le soldat.<\/h3>\n<\/div>\n<div dir=\"ltr\">\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Il continue \u00e0 marcher,<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Seigneur c&rsquo;est bient\u00f4t le jour de la Passion,<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0tu as honte quand tu penses \u00e0 Son Nom -le fusil contre toi tu traverses Sa nature,<\/em><\/div>\n<div><em> toute chose chante Ses louanges et fleurit Sa gloire,<\/em><\/div>\n<div><em> il traverse les buissons, \u00e9coute les ailes qui claquent les branches qui remuent.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<blockquote>\n<div><\/div>\n<\/blockquote>\n<div>\n<h3>Style et mise en page &#8230;<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>l&rsquo;enfance parvient \u00e0 te faire oublier la guerre et la faim,<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0l&rsquo;enfance r\u00f4de, c&rsquo;est un monstre comme un autre,<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0tu t&rsquo;allonges sur la chaleur de la grande pierre plate du seuil.<\/em><\/div>\n<div><em>Il r\u00e9ussit \u00e0 fermer les yeux sans qu&rsquo;apparaissent des visages tortur\u00e9s aux bouches sanglantes et aux cern\u00e9s,<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0ton corps, apr\u00e8s l&rsquo;eau, apr\u00e8s le soleil, perd l&rsquo;odeur \u00e9lectrique, de graisse et de sang, que la guerre a donn\u00e9,<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0haut dans le ciel les oiseaux et les avions tournent.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Le camp de Gur.<\/h3>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>Que je fasse des math\u00e9matiques fascine mes camarades d&rsquo;internement (on n&rsquo;est pas d\u00e9tenu, ici, on est \u00ab&#160;intern\u00e9&#160;\u00bb&#160;: nuance que mon niveau de fran\u00e7ais ne me permet pas r\u00e9ellement de saisir). Pour passer le temps, je lance des probl\u00e8mes simples comme le ferai un prof de math &#8211; les quatre-vingts camarades de baraquements (Espagnols, Allemands, Juifs de toute &lsquo;Europe) s&rsquo;amusent \u00e0 essayer de les r\u00e9soudre. Ici on garde le papier (rare) pour les lettres&#160;: les maths, c&rsquo;est sur les murs, avec des morceaux de pierre ou de charbon&#160;!<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<h3>Un moment d&rsquo;humour.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Cet ajout se r\u00e9v\u00e9la aussi n\u00e9faste qu&rsquo;hilarant&#160;: au lieu de se cumuler, ces deux forces semblaient soit se conjuguer inutilement, soit s&rsquo;annuler. Les oublis \u00e9taient oubli\u00e9s deux fois, les b\u00e9vues doublement r\u00e9p\u00e9t\u00e9es. On aurait dit un dessin trac\u00e9 par deux stylos \u00e0 bille attach\u00e9s entre eux par un \u00e9lastique, des parall\u00e8les ne se rejoignant jamais, malgr\u00e9 tous leurs efforts, contraintes par Euclide soi-m\u00eame.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Emmy Noether.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Que vous a-t-elle enseign\u00e9 (Emmy Noether)&#160;? Paul prend alors son air p\u00e9n\u00e9tr\u00e9, qui cache souvent chez lui une r\u00e9ponse ironique, qui en l&rsquo;occurrence ne l&rsquo;est m\u00eame pas&#160;: \u00ab&#160;elle m&rsquo;a appris que les math\u00e9matiques \u00e9taient l&rsquo;autre nom de l&rsquo;espoir&#160;\u00bb.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Les math\u00e9matiques.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Les math\u00e9matiques sont un voile pos\u00e9 sur le monde, qui \u00e9pousent les formes du monde, pour l&rsquo;envelopper enti\u00e8rement&#160;; c&rsquo;est un langage et c&rsquo;est une mati\u00e8re, des mots sur une main, des l\u00e8vres sur une \u00e9paule&#160;; la math\u00e9matique s&rsquo;arrache d&rsquo;un geste vif&#160;: on peut y voir alors la r\u00e9alit\u00e9 de l&rsquo;univers, on peut la caresser comme le pl\u00e2tre des moulages, avec ses asp\u00e9rit\u00e9s, ses monticules, ses lignes, qu&rsquo;elles soient de fuite ou de vie.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9dition Acte Sud, 254 pages, ao\u00fbt 2023. 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