{"id":17511,"date":"2024-01-29T06:17:55","date_gmt":"2024-01-29T05:17:55","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=17511"},"modified":"2024-01-26T16:16:44","modified_gmt":"2024-01-26T15:16:44","slug":"proust-roman-familial-laure-murat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=17511","title":{"rendered":"Proust, Roman Familial   &#8211; Laure MURAT"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/IMG_0421-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-17532\" src=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/IMG_0421-scaled.jpeg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"1920\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/IMG_0421-scaled.jpeg 2560w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/IMG_0421-300x225.jpeg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/IMG_0421-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/IMG_0421-768x576.jpeg 768w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/IMG_0421-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/IMG_0421-2048x1536.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/a><br \/>\n<em>\u00c9dition Robert Laffont<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><em><strong>L&rsquo;aristocratie est un monde de pures formes<\/strong><\/em><\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><em><strong>L&rsquo;aristocrate est, par excellence, quelqu&rsquo;un qui se prend pour un aristocrate.<\/strong><\/em><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><em><strong>Personne n&rsquo;est oblig\u00e9 de lire Proust. Mais tout le monde perd \u00e0 l&rsquo;ignorer.\u00a0<\/strong><\/em><\/h3>\n<\/blockquote>\n<p>J&rsquo;ai envie de mettre 5 coquillages <a href=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-726 alignleft\" src=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>\u00e0 cette \u00e9crivaine pour savoir mieux que beaucoup faire aimer et comprendre Proust et \u00e0 nouveau<a href=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-726 alignleft\" src=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a> 5 coquillages pour nous faire comprendre de l&rsquo;int\u00e9rieur ce que cela veut dire de faire partie de l&rsquo;aristocratie fran\u00e7aise. 10 coquillages&#160;! C&rsquo;est dire que je ne trouve pas les mots ad\u00e9quats pour d\u00e9crire mon enthousiasme pour ce livre qui est qualifi\u00e9 d&rsquo;essai et qui vaut tous les livres d&rsquo;autofiction que j&rsquo;ai pu lire ces derniers temps.<\/p>\n<p>Laure Murat descend d&rsquo;une lign\u00e9e de princes de l&#8217;empire par son p\u00e8re et d&rsquo;une noblesse de l&rsquo;ancien r\u00e9gime par sa m\u00e8re, Ines d&rsquo;Albert de Luynes. Elle est rejet\u00e9e de la famille, surtout de sa m\u00e8re, quand elle avoue son homosexualit\u00e9. Un jour en regardant \u00ab&#160;Downtown Abbey&#160;\u00bb elle a une r\u00e9v\u00e9lation, elle comprend que sa famille est construite sur une apparences et qu&rsquo;il ne faut jamais montrer les efforts (les siens ou ceux des domestiques) qu&rsquo;il faut faire pour tenir son rang. Le naturel&#160;? c&rsquo;est ce qui demande le plus d&rsquo;efforts quand il ne doit \u00eatre ni une expression de ses sentiments, ni une affirmation de sa personnalit\u00e9. La plong\u00e9e dans sa famille, lui fait mesurer \u00e0 quel point seules les apparences sont importantes, il faut tenir son rang et ne jamais se comporter \u00ab&#160;comme une domestique&#160;!&#160;\u00bb . Toutes les d\u00e9viances n&rsquo;ont aucune importances si elles sont cach\u00e9es, et en recherchant l&rsquo;histoire de sa famille Laure se rend compte que sa grand-m\u00e8re maternelle doit \u00eatre en r\u00e9alit\u00e9 une enfant que son arri\u00e8re grand-p\u00e8re a fait \u00e0 une ni\u00e8ce. Mais inutile de chercher \u00e0 savoir ce qui ne sera jamais mis au grand jour.<\/p>\n<p>L&rsquo;autre r\u00e9v\u00e9lation de Laure Murat, elle se trouve dans l&rsquo;\u0153uvre de Marcel Proust, d&rsquo;abord parce que nombre de ses anc\u00eatres ont servi de mod\u00e8le aux aristocrates d\u00e9crits par Proust. Je pensais avant de lire ce livre que c&rsquo;\u00e9tait surtout de cela qu&rsquo;elle allait nous parler, et je n&rsquo;\u00e9tais pas tr\u00e8s tent\u00e9e par cette lecture, j&rsquo;y voyais une sorte de Bottin mondain. Mais c&rsquo;est tout le contraire, elle reconna\u00eet \u00e0 cet auteur le fait qu&rsquo;il a su d\u00e9crire le vide de ces personnalit\u00e9s qui \u00e0 force de ne vouloir que para\u00eetre ne sont le plus souvent que des coquilles vides. Elle est mieux plac\u00e9 que quiconque pour faire un sort \u00e0 celui que l&rsquo;on m\u00e9prise parfois pour \u00eatre un auteur \u00ab&#160;mondain&#160;!&#160;\u00bb alors que justement il a su montrer qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas grand chose derri\u00e8re ces fa\u00e7ades de \u00ab&#160;bons go\u00fbts&#160;\u00bb. Ensuite, elle \u00e9tait bien plac\u00e9e pour comprendre comment Proust d\u00e9crit l&rsquo;homosexualit\u00e9 et elle retrouve encore une fois le poids du jugement de sa propre famille&#160;: \u00e7a ne se dit pas&#160;! m\u00eame si tout le monde sait que \u00e7a se fait, bien s\u00fbr. Elle enseigne aux \u00c9tats-Unis, dans une universit\u00e9 californienne et elle fait d\u00e9couvrir Proust \u00e0 des \u00e9tudiants qui vivent \u00e0 l&rsquo;heure des textos et sous le soleil de la plage. Si loin leur semblent-ils de ce monde du d\u00e9but du XX\u00b0 si\u00e8cle fran\u00e7ais. Mais je suis certaine qu&rsquo;elle sait leur montrer qu&rsquo;il suffit de rentre dans cette \u0153uvre pour s&rsquo;y retrouver, car il s&rsquo;agit bien encore une fois d&rsquo;un auteur qui d\u00e9crit \u00ab&#160;l&rsquo;humaine condition&#160;\u00bb<\/p>\n<p>Vous retrouverez dans son livre des extraits de la Recherche, toujours parfaitement choisis&#160;: vous n&rsquo;oublierez l&rsquo;attitude de la Duchesse de Guermantes lorsque son ami Swann vient de lui annoncer que, s&rsquo;il ne vient pas \u00e0 Florence avec elle, c&rsquo;est qu&rsquo;il ne lui reste que quelques semaines \u00e0 vivre, elle lui dit de venir d\u00eener un soir parce que l\u00e0 elle n&rsquo;a n&rsquo;a pas le temps de lui parler mais, le temps, elle le prend pour remonter changer de chaussures que son mari trouve inappropri\u00e9 avec la robe qu&rsquo;elle a choisie\u00a0&#160;!&#160;!&#160;! (j&rsquo;ai recopi\u00e9 ce passage dans les extraits)<\/p>\n<p>On lui doit donc beaucoup \u00e0 cette \u00e9crivaine, d&rsquo;abord de partager avec nous sa passion pour Proust et ensuite de d\u00e9mystifier l&rsquo;aristocratie fran\u00e7aise. Je doute que celle des autres pays soit tr\u00e8s diff\u00e9rente&#160;! Mais en France, il y a eu la r\u00e9volution, mais cela n&#8217;emp\u00eache pas les nobles d&rsquo;aujourd&rsquo;hui de se parer des titres de prince\/princesse, duc\/duchesse &#8230;..<\/p>\n<h1>Extraits<\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>D\u00e9but.<\/h3>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Il m&rsquo;a fallu des ann\u00e9es pour comprendre une chose tr\u00e8s simple. Elle m&rsquo;a saut\u00e9 aux yeux lorsqu&rsquo;un soir regardant une \u00e9pisode de \u00ab&#160;Downton Abbey&#160;\u00bb , j&rsquo;ai d\u00e9couvert la sc\u00e8ne o\u00f9 le ma\u00eetre d&rsquo;h\u00f4tel sort un m\u00e8tre devant la table dress\u00e9e pour le d\u00eener afin de mesurer la distance entre la fourchette et le couteau et de s&rsquo;assurer que l&rsquo;\u00e9cart entre les couvert est le m\u00eame pour chaque convive<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>Parler de l&rsquo;aristocratie.<\/h3>\n<blockquote><p><em>\u00c0 ses doutes s&rsquo;ajoute un pi\u00e8ge incontournable propre \u00e0 l&rsquo;aristocratie, surtout lorsque l&rsquo;on en sort\u00a0&#160;: d\u00e8s qu&rsquo;on en parle, on a l&rsquo;air de se vanter. Comme si les titres nobiliaires et les noms \u00e0 particule diffusaient, \u00e0 peine prononc\u00e9s dans l&rsquo;air ambiant, l&rsquo;arrogance et la vanit\u00e9 de toute une classe. Mais je n&rsquo;ai rien \u00e0 revendiquer, ni d&rsquo;ailleurs \u00e0 renier, d&rsquo;un \u00e9tat civil ou les hasards de la naissance m&rsquo;ont jet\u00e9e. Et je n&rsquo;\u00e9prouve ni fiert\u00e9 ni honte devant mon arbre g\u00e9n\u00e9alogique, pour la simple raison que je ne crois pas dans une existence \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence socialement d\u00e9termin\u00e9e, ni l\u00e0 la loi du sang, ni \u00e0 la fatalit\u00e9 d&rsquo;un h\u00e9ritage envisag\u00e9 comme un destin.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>La bonne \u00e9ducation.<\/h3>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>On ne parle jamais de soi, on ne fait pas de vagues, on \u00e9vite les sujets qui f\u00e2chent car \u00ab&#160;c&rsquo;est assommant&#160;\u00bb, et il est impensable de montrer quelque \u00e9motion en public. La joie et la peine, l&rsquo;excitation et la douleur, l&rsquo;enthousiasme et la m\u00e9lancolie sont affaire de classe. \u00ab&#160;On ne pleure pas comme une domestique&#160;\u00bb r\u00e9p\u00e9tait mon arri\u00e8re grand-m\u00e8re, que la haine de l&rsquo;effusion avait pouss\u00e9e \u00e0 donner un bal \u00e0 la mort d&rsquo;un de ses fils, engag\u00e9 volontaire tomb\u00e9 pour la France en 1916 \u00e0 l&rsquo;aube de son vingti\u00e8me anniversaire<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Rire.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Il y a quelques ann\u00e9es de passage \u00e0 Paris, je traversais le parc Monceau pour me rendre \u00e0 un rendez-vous quand j&rsquo;entends dit un homme dans mon dos lancer sur un ton imp\u00e9rieux&#160;: \u00ab&#160;Princesse&#160;!&#160;\u00bb. Je me suis retourn\u00e9e instantan\u00e9ment, sans r\u00e9fl\u00e9chir une seconde, pour savoir ce qu&rsquo;il me voulait. Il rappelait sa chienne.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Les contemporains de Proust.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Ni Gide ni Colette, agac\u00e9s \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque par ce mondain \u00e9rudit et c\u00e9r\u00e9monieux qui commettait des articles au \u00ab&#160;Figaro&#160;\u00bb n&rsquo;auront plus de prescience. Et cet aveuglement persistera jusqu&rsquo;au fameux refus par Gallimard du manuscrit de \u00ab&#160;Du c\u00f4t\u00e9 de chez Swann&#160;\u00bb, assorti de ce commentaire lapidaire&#160;: \u00ab&#160;Trop de duchesses&#160;!&#160;\u00bb.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>La d\u00e9couverte de \u00ab&#160;la recherche du temps perdu&#160;\u00bb.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0Non seulement ce monument litt\u00e9raire n&rsquo;\u00e9tait pas le fort imprenable et dont on m&rsquo;avait menac\u00e9e, mais il formait l&rsquo;espace \u00ab&#160;intelligent&#160;\u00bb qui invitait \u00e0 tourner sans fin, entrer, sortir, grimper, redescendre, emprunter tous les escaliers et arpenter tous les couloirs du Temps.<\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Quel hommage&#160;!<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>Mais le plus sid\u00e9rant, c&rsquo;\u00e9tait que toutes les sc\u00e8nes \u00ab&#160;lues&#160;\u00bb o\u00f9 l&rsquo;aristocratie entrait en jeu \u00e9taient infiniment plus vivantes que les sc\u00e8nes \u00ab&#160;v\u00e9cues&#160;\u00bb dont j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 le t\u00e9moin, comme si Proust, \u00e0 l&rsquo;image du Dr Frankenstein, \u00e9laborant sous mes yeux le mode d&#8217;emploi des cr\u00e9atures que nous \u00e9tions.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>La m\u00e8re de Laure Murat.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>De ma m\u00e8re jamais un baiser, dont elle ex\u00e9crait jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;id\u00e9e m\u00eame. Ce r\u00e9gime ne m&rsquo;\u00e9tait pas r\u00e9serv\u00e9. Elle \u00e9tait sous ce rapport, et sans doute sous ce rapport exclusivement, d&rsquo;un \u00e9galitarisme sans d\u00e9faut, au point de tous nous tenir \u00e0 distance d&rsquo;un simple geste d&rsquo;avertissement, avec la main pr\u00e9ventive du policier arr\u00eatant la circulation, comme s&rsquo;il y avait autour de son corps une ligne invisible \u00e0 ne jamais franchir. Rien. Rien du tout.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>L&rsquo;annonce de son homosexualit\u00e9.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>Lui dire que je vivais avec une femme. Je l&rsquo;ai vue se d\u00e9composer. Elle \u00e9tait p\u00e2le. Pas un muscle de son visage ne tremblait, mais je sentais qu&rsquo;un orage int\u00e9rieur, \u00e9pouvantable, sinistre, s&rsquo;\u00e9tait lev\u00e9. J&rsquo;accomplissais l&rsquo;inconcevable. Je brisais le code. Sa r\u00e9ponse \u00e0 ce qui n&rsquo;\u00e9tait pas une question a tenu en deux phrases l\u00e2ch\u00e9es avec cette \u00e2pret\u00e9 qu&rsquo;elle assimilait \u00e0 de la dignit\u00e9&#160;: &#160;\u00bb Tu incarnes \u00e0 mes yeux l&rsquo;\u00e9chec de toute une \u00e9ducation morale et spirituelle&#160;\u00bb , et&#160;: \u00ab&#160;Pour moi, tu es une fille perdue.&#160;\u00bb . Je l&rsquo;ai vue pleurer pour la premi\u00e8re fois. C&rsquo;est cela, surtout, que ma famille m&rsquo;a le plus reproch\u00e9&#160;: tu as fait pleurer ta m\u00e8re en public. Comme une domestique.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>J&rsquo;ai ri.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>Une ann\u00e9e, une de mes s\u0153urs avait spontan\u00e9ment adopt\u00e9 le tic d&rsquo;une de ses professeures d&rsquo;\u00e9cole qui ajoutait des \u00ab&#160;eu&#160;\u00bb tra\u00eenants \u00e0 la suite de certains mots, comme dans \u00ab&#160;Je suis all\u00e9e \u00e0 la piscin-eu&#160;\u00bb, sonorisation du e muet que la linguiste appelle \u00ab&#160;e pr\u00e9pausal&#160;\u00bb. Je vois encore la panique sur le visage de ma m\u00e8re, comme si la famille Groseille au complet avait pris possession du larynx de ma s\u0153ur.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<h3><span style=\"font-size: 16px;\">J&rsquo;ai encore ri.<\/span><\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>La seule fois qu&rsquo;il a pris l&rsquo;autobus de sa vie (avec moi, je devais avoir alors vingt ans) , ignorant des usages, il s&rsquo;adressa directement au chauffeur pour lui communiquer l&rsquo;adresse o\u00f9 nous nous rendrons.<\/em><\/div>\n<div><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<h3>Pour finir une des pages inoubliables o\u00f9 Proust dit tout de l&rsquo;aristocratie fran\u00e7aise.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<p class=\"text-align-justify\"><em>\u00ab&#160;Je voudrais tout de m\u00eame savoir, lui demanda M<sup>me<\/sup>\u00a0de\u00a0Guermantes, comment, dix mois d&rsquo;avance, vous pouvez savoir que ce sera impossible.<\/em><\/p>\n<p class=\"text-align-justify\"><em>\u2014\u00a0Ma ch\u00e8re duchesse, je vous le dirai si vous y tenez, mais d&rsquo;abord vous voyez que je suis tr\u00e8s souffrant.<\/em><\/p>\n<p class=\"text-align-justify\"><em>\u2014\u00a0Oui, mon petit Charles, je trouve que vous n&rsquo;avez pas bonne mine du tout, je ne suis pas contente de votre teint, mais je ne vous demande pas cela pour dans huit jours, je vous demande cela pour dans dix mois. En dix mois on a le temps de se soigner, vous savez.&#160;\u00bb<\/em><\/p>\n<p class=\"text-align-justify\"><em>\u00c0 ce moment un valet de pied vint annoncer que la voiture \u00e9tait avanc\u00e9e. \u00ab&#160;Allons, Oriane, \u00e0 cheval&#160;\u00bb, dit le duc qui piaffait d\u00e9j\u00e0 d&rsquo;impatience depuis un moment, comme s&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 lui-m\u00eame un des chevaux qui attendaient.<\/em><\/p>\n<p class=\"text-align-justify\"><em>\u00ab&#160;H\u00e9 bien, en un mot la raison qui vous emp\u00eachera de venir en Italie&#160;?&#160;\u00bb questionna la duchesse en se levant pour prendre cong\u00e9 de nous.<\/em><\/p>\n<p class=\"text-align-justify\"><em>\u00ab&#160;Mais, ma ch\u00e8re amie, c&rsquo;est que je serai mort depuis plusieurs mois. D&rsquo;apr\u00e8s les m\u00e9decins, que j&rsquo;ai consult\u00e9s, \u00e0 la fin de l&rsquo;ann\u00e9e le mal que j&rsquo;ai, et qui peut du reste m&#8217;emporter tout de suite, ne me laissera pas en tous les cas plus de trois ou quatre mois \u00e0 vivre, et encore c&rsquo;est un grand maximum&#160;\u00bb, r\u00e9pondit Swann en souriant, tandis que le valet de pied ouvrait la porte vitr\u00e9e du vestibule pour laisser passer la duchesse.<\/em><\/p>\n<p class=\"text-align-justify\"><em>\u00ab&#160;Qu&rsquo;est-ce que vous me dites l\u00e0&#160;?&#160;\u00bb s&rsquo;\u00e9cria la duchesse en s&rsquo;arr\u00eatant une seconde dans sa marche vers la voiture et en levant ses beaux yeux bleus et m\u00e9lancoliques, mais pleins d&rsquo;incertitude. Plac\u00e9e pour la premi\u00e8re fois de sa vie entre deux devoirs aussi diff\u00e9rents que monter dans sa voiture pour aller d\u00eener en ville, et t\u00e9moigner de la piti\u00e9 \u00e0 un homme qui va mourir, elle ne voyait rien dans le code des convenances qui lui indiqu\u00e2t la jurisprudence \u00e0 suivre et, ne sachant auquel donner la pr\u00e9f\u00e9rence, elle crut devoir faire semblant de ne pas croire que la seconde alternative e\u00fbt \u00e0 se poser, de fa\u00e7on \u00e0 ob\u00e9ir \u00e0 la premi\u00e8re qui demandait en ce moment moins d&rsquo;efforts, et pensa que la meilleure mani\u00e8re de r\u00e9soudre le conflit \u00e9tait de le nier. \u00ab&#160;Vous voulez plaisanter&#160;?&#160;\u00bb dit-elle \u00e0 Swann.<\/em><\/p>\n<p class=\"text-align-justify\"><em>\u00ab&#160;Ce serait une plaisanterie d&rsquo;un go\u00fbt charmant, r\u00e9pondit ironiquement Swann. Je ne sais pas pourquoi je vous dis cela, je ne vous avais pas parl\u00e9 de ma maladie jusqu&rsquo;ici. Mais comme vous me l&rsquo;avez demand\u00e9 et que maintenant je peux mourir d&rsquo;un jour \u00e0 l&rsquo;autre\u2026 Mais surtout je ne veux pas que vous vous retardiez, vous d\u00eenez en ville&#160;\u00bb, ajouta-t-il parce qu&rsquo;il savait que, pour les autres, leurs propres obligations mondaines priment la mort d&rsquo;un ami, et qu&rsquo;il se mettait \u00e0 leur place, gr\u00e2ce \u00e0 sa politesse. Mais celle de la duchesse lui permettait aussi d&rsquo;apercevoir confus\u00e9ment que le d\u00eener o\u00f9 elle allait devait moins compter pour Swann que sa propre mort. Aussi, tout en continuant son chemin vers la voiture, baissa-t-elle les \u00e9paules en disant&#160;: \u00ab&#160;Ne vous occupez pas de ce d\u00eener. Il n&rsquo;a aucune importance&#160;!&#160;\u00bb Mais ces mots mirent de mauvaise humeur le duc qui s&rsquo;\u00e9cria&#160;: \u00ab&#160;Voyons, Oriane, ne restez pas \u00e0 bavarder comme cela et \u00e0 \u00e9changer vos j\u00e9r\u00e9miades avec Swann, vous savez bien pourtant que M<sup>me<\/sup>\u00a0de\u00a0Saint-Euverte tient \u00e0 ce qu&rsquo;on se mette \u00e0 table \u00e0 huit heures tapant. Il faut savoir ce que vous voulez, voil\u00e0 bien cinq minutes que vos chevaux attendent. Je vous demande pardon, Charles, dit-il en se tournant vers Swann, mais il est huit heures moins dix. Oriane est toujours en retard, il nous faut plus de cinq minutes pour aller chez la m\u00e8re Saint-Euverte.&#160;\u00bb<\/em><\/p>\n<p class=\"text-align-justify\"><em>M<sup>me<\/sup>\u00a0de\u00a0Guermantes s&rsquo;avan\u00e7a d\u00e9cid\u00e9ment vers la voiture et redit un dernier adieu \u00e0 Swann. \u00ab&#160;Vous savez, nous reparlerons de cela, je ne crois pas un mot de ce que vous dites, mais il faut en parler ensemble. On vous aura b\u00eatement effray\u00e9, venez d\u00e9jeuner, le jour que vous voudrez (pour M<sup>me<\/sup>\u00a0de\u00a0Guermantes tout se r\u00e9solvait toujours en d\u00e9jeuners), vous me direz votre jour et votre heure&#160;\u00bb, et relevant sa jupe rouge elle posa son pied sur le marchepied. Elle allait entrer en voiture, quand, voyant ce pied, le duc s&rsquo;\u00e9cria d&rsquo;une voix terrible&#160;: \u00ab&#160;Oriane, qu&rsquo;est-ce que vous alliez faire, malheureuse. Vous avez gard\u00e9 vos souliers noirs&#160;! Avec une toilette rouge&#160;! Remontez vite mettre vos souliers rouges, ou bien, dit-il au valet de pied, dites tout de suite \u00e0 la femme de chambre de M<sup>me<\/sup>\u00a0la duchesse de descendre des souliers rouges.<\/em><\/p>\n<p class=\"text-align-justify\"><em>\u2014\u00a0Mais, mon ami&#160;\u00bb, r\u00e9pondit doucement la duchesse, g\u00ean\u00e9e de voir que Swann, qui sortait avec moi mais avait voulu laisser passer la voiture devant nous, avait entendu, \u00ab&#160;puisque nous sommes en retard\u2026<\/em><\/p>\n<p class=\"text-align-justify\"><em>\u2014\u00a0Mais non, nous avons tout le temps. Il n&rsquo;est que moins dix, nous ne mettrons pas dix minutes pour aller au parc Monceau. Et puis enfin, qu&rsquo;est-ce que vous voulez, il serait huit heures et demie, ils patienteront, vous ne pouvez pourtant pas aller avec une robe rouge et des souliers noirs. D&rsquo;ailleurs nous ne serons pas les derniers, allez, il y a les Sassenage, vous savez qu&rsquo;ils n&rsquo;arrivent jamais avant neuf heures moins vingt.&#160;\u00bb<\/em><\/p>\n<p class=\"text-align-justify\"><em>La duchesse remonta dans sa chambre.<\/em><\/p>\n<p class=\"text-align-justify\"><em>\u00ab&#160;Hein, nous dit M.\u00a0de\u00a0Guermantes, les pauvres maris, on se moque bien d&rsquo;eux, mais ils ont du bon tout de m\u00eame. Sans moi, Oriane allait d\u00eener en souliers noirs.<\/em><\/p>\n<p class=\"text-align-justify\"><em>\u2014\u00a0Ce n&rsquo;est pas laid, dit Swann, et j&rsquo;avais remarqu\u00e9 les souliers noirs qui ne m&rsquo;avaient nullement choqu\u00e9.<\/em><\/p>\n<p class=\"text-align-justify\"><em>\u2014\u00a0Je ne vous dis pas, r\u00e9pondit le duc, mais c&rsquo;est plus \u00e9l\u00e9gant qu&rsquo;ils soient de la m\u00eame couleur que la robe. Et puis, soyez tranquille, elle n&rsquo;aurait pas \u00e9t\u00e9 plus t\u00f4t arriv\u00e9e qu&rsquo;elle s&rsquo;en serait aper\u00e7ue et c&rsquo;est moi qui aurais \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de venir chercher les souliers. J&rsquo;aurais d\u00een\u00e9 \u00e0 neuf heures. Adieu, mes petits enfants, dit-il en nous repoussant doucement, allez-vous-en avant qu&rsquo;Oriane ne redescende. Ce n&rsquo;est pas qu&rsquo;elle n&rsquo;aime vous voir tous les deux. Au contraire, c&rsquo;est qu&rsquo;elle aime trop vous voir. Si elle vous trouve encore l\u00e0, elle va se remettre \u00e0 parler, elle est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s fatigu\u00e9e, elle arrivera au d\u00eener morte. Et puis je vous avouerai franchement que moi je meurs de faim. J&rsquo;ai tr\u00e8s mal d\u00e9jeun\u00e9 ce matin en descendant de train. Il y avait bien une sacr\u00e9e sauce b\u00e9arnaise, mais malgr\u00e9 cela, je ne serai pas f\u00e2ch\u00e9 du tout, mais du tout, de me mettre \u00e0 table. Huit heures moins cinq&#160;! Ah&#160;! les femmes&#160;! Elle va nous faire mal \u00e0 l&rsquo;estomac \u00e0 tous les deux. Elle est bien moins solide qu&rsquo;on ne croit.&#160;\u00bb<\/em><\/p>\n<p class=\"text-align-justify\"><em>Le duc n&rsquo;\u00e9tait nullement g\u00ean\u00e9 de parler des malaises de sa femme et des siens \u00e0 un mourant, car les premiers, l&rsquo;int\u00e9ressant davantage, lui apparaissaient plus importants. Aussi fut-ce seulement par bonne \u00e9ducation et gaillardise, qu&rsquo;apr\u00e8s nous avoir \u00e9conduits gentiment, il cria \u00e0 la cantonade et d&rsquo;une voix de stentor, de la porte, \u00e0 Swann qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 dans la cour&#160;:<\/em><\/p>\n<p class=\"text-align-justify\"><em>\u00ab&#160;Et puis vous, ne vous laissez pas frapper par ces b\u00eatises des m\u00e9decins, que diable&#160;! Ce sont des \u00e2nes. Vous vous portez comme le Pont-Neuf. Vous nous enterrerez tous&#160;!&#160;\u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<blockquote><p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; \u00c9dition Robert Laffont &nbsp; L&rsquo;aristocratie est un monde de pures formes L&rsquo;aristocrate est, par excellence, quelqu&rsquo;un qui se prend pour un aristocrate. Personne n&rsquo;est oblig\u00e9 de lire Proust. Mais tout le monde perd \u00e0 l&rsquo;ignorer.\u00a0 J&rsquo;ai envie de mettre 5 coquillages \u00e0 cette \u00e9crivaine pour savoir mieux que beaucoup faire aimer et comprendre Proust <span class=\"ellipsis\">&hellip;<\/span> <span class=\"more-link-wrap\"><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/?p=17511\" class=\"more-link\"><span>Read More &rarr;<\/span><\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":822092,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[46,324,313,232,8,331,113,4],"tags":[],"class_list":["post-17511","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-5-coquillages","category-autour-de-marcel-proust","category-difference-sociale","category-enfance","category-essai","category-famille","category-homosexualite","category-mes-preferences"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/17511","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/822092"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=17511"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/17511\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":17881,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/17511\/revisions\/17881"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=17511"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=17511"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=17511"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}