{"id":16440,"date":"2023-06-26T06:06:34","date_gmt":"2023-06-26T04:06:34","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=16440"},"modified":"2023-06-27T11:09:15","modified_gmt":"2023-06-27T09:09:15","slug":"qelques-jours-dans-lhistoire-du-silence-merethe-lindstrom","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=16440","title":{"rendered":"Quelques jours dans l&rsquo;histoire du silence   &#8211; Merethe LINDSTR\u00d8M"},"content":{"rendered":"<p><em><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/3E5471BD-C44A-4347-8F70-F4C681FF501E-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-16443\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/3E5471BD-C44A-4347-8F70-F4C681FF501E-scaled.jpeg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"1920\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/3E5471BD-C44A-4347-8F70-F4C681FF501E-scaled.jpeg 2560w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/3E5471BD-C44A-4347-8F70-F4C681FF501E-300x225.jpeg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/3E5471BD-C44A-4347-8F70-F4C681FF501E-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/3E5471BD-C44A-4347-8F70-F4C681FF501E-768x576.jpeg 768w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/3E5471BD-C44A-4347-8F70-F4C681FF501E-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/3E5471BD-C44A-4347-8F70-F4C681FF501E-2048x1536.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/a><br \/>\n\u00c9dition Cambourakis. Traduit du norv\u00e9gien par Marina Heide<\/em><\/p>\n<p><em>Lu dans le cadre du club de lecture de <a href=\"https:\/\/mediatheques.cote-emeraude.fr\/l-ourse\">la m\u00e9diath\u00e8que de Dinard<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/3.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-724 alignleft\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/3.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>J&rsquo;aurais un peu tendance \u00e0 \u00e9crire encore une histoire de vieux qui perdent la t\u00eate. Mais ce serait un peu m\u00e9prisant pour un roman qui est assez original et qui a re\u00e7u moult r\u00e9compenses dans son pays. Tout d&rsquo;abord, il se passe en Norv\u00e8ge et les liens entre les diff\u00e9rents personnages sont assez exotiques pour la Fran\u00e7aise que je suis. Je me sens tout \u00e0 coup tr\u00e8s latine et j&rsquo;ai envie de parler fort, d&rsquo;\u00e9clater de rire et de me moquer des gens, ce qui ne se fait pas du tout en Norv\u00e8ge . La retenue, le respect entre voisins (jusqu&rsquo;\u00e0 les ignorer compl\u00e8tement en dehors du \u00ab&#160;bonjour&#160;\u00bb obligatoire), le respect des choix des enfants et surtout ne pas les encombrer avec le pass\u00e9 des parents, tout cela m&rsquo;a sembl\u00e9 si loin de moi. Et par voie de cons\u00e9quence cette histoire tragique me semblait comme aseptis\u00e9e.<\/p>\n<p>Et pourtant, tout au long du r\u00e9cit, on d\u00e9couvrira le tragique pass\u00e9 de Simon ancien m\u00e9decin&#160;: il a \u00e9t\u00e9 avec sa famille cach\u00e9 pendant la guerre car ils \u00e9taient juifs. Cet enfermement pendant quatre ans dans un tr\u00e8s petit espace et le silence impos\u00e9 aux enfants pour ne pas alerter les voisins, Simon pensait que cela ne le concernait plus et il n&rsquo;a jamais voulu en parler avec ses propres enfants qui apparemment ne savent rien de son pass\u00e9. Sa femme, Eva, a aussi un lourd secret&#160;: elle a abandonn\u00e9 son premier enfant qu&rsquo;elle avait eu trop jeune.<\/p>\n<p>Ils sont vieux maintenant et Simon s&rsquo;est enferm\u00e9 dans un silence que rien ne peut rompre. Eva sent que l&rsquo;abandon de cet enfant lui revient de fa\u00e7on tr\u00e8s forte en m\u00e9moire. Nous sommes avec elle tout le temps&#160;; elle analyse avec rigueur tout ce qui se passe dans leur quotidien. D\u00e8s le d\u00e9part on sait qu&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 amen\u00e9s \u00e0 se s\u00e9parer de Marija une femme de m\u00e9nage lettonne. Enferm\u00e9 dans ce silence tellement pesant, ils ne veulent ni ne peuvent en d\u00e9voiler la cause \u00e0 leurs enfants, car cela a un rapport avec ce pass\u00e9 qu&rsquo;ils ont tu. . Eux, ne comprennent pas pourquoi cette femme qui \u00e9tait devenue l&rsquo;amie de leur parents &#8211; et dont la pr\u00e9sence aupr\u00e8s d&rsquo;eux les rassurait &#8211; a \u00e9t\u00e9 licenci\u00e9e du jour au lendemain. Le quotidien d&rsquo;Eva est fait de visite dans un cimeti\u00e8re, dans une \u00e9glise, de retour dans son pass\u00e9 et celui de son mari, mais surtout de sa volont\u00e9 de comprendre et briser le silence dans lequel Simon s&rsquo;est enferm\u00e9.<\/p>\n<p>C&rsquo;est une lecture triste et r\u00e9aliste. On ne peut s&rsquo;attacher \u00e0 aucun personnage , mais cela n&#8217;emp\u00eache pas que ce roman se lise facilement, comme Eva on voudrait tant que Simon sorte de l&rsquo;\u00e9tat dans lequel la vieillesse l&rsquo;a enferm\u00e9 peut \u00eatre \u00e0 cause du poids de tout ce que ni lui ni sa femme n&rsquo;ont r\u00e9ussi \u00e0 dire \u00e0 leur entourage.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>Citations<\/h1>\n<h3>Le pass\u00e9 .<\/h3>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Il y a quelque chose qui ne cesse de m&rsquo;\u00e9tonner chez la fille que je vois sur ce portrait de moi-m\u00eame&#160;: le temps ne semble pas avoir laiss\u00e9 son empreinte sur elle. Comme si, au moment du clich\u00e9, il n&rsquo;y avait pas de pass\u00e9. Pas de pass\u00e9 derri\u00e8re cette jeunesse, on dirait. \u00c0 croire qu&rsquo;il existe une d\u00e9marcation entre tout ce qui arrive et tout ce qui est arriv\u00e9, une d\u00e9marcation claire et nette, comme un mur derri\u00e8re lequel se retranche le pass\u00e9, oubli\u00e9.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>Le vieillissement .<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em> Je regarde mon visage dans le miroir de la salle de bains, constate que j&rsquo;ai le coin des l\u00e8vres qui tombe. \u00c7a a toujours \u00e9t\u00e9 comme \u00e7a, ou est-ce que c&rsquo;est arriv\u00e9 avec le temps, je crois que \u00e7a s&rsquo;est fait progressivement. Les plis de l&rsquo;amertume, voil\u00e0 comment on appelle les rides en haut du menton, plus elles se creusent plus mon menton semble petit.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<h3>La femme de m\u00e9nage (rien de tr\u00e8s original&#160;!).<\/h3>\n<div class=\"I_ZkbNhI D_FY W_6D6F\" data-test-id=\"message-view-body\">\n<div class=\"msg-body P_wpofO mq_AS\" data-test-id=\"message-view-body-content\">\n<div class=\"jb_0 X_6MGW N_6Fd5\">\n<div>\n<div id=\"yiv1872997681\">\n<blockquote>\n<div><em>Marija me disait qu&rsquo;elle aimait faire le m\u00e9nage. Elle se glissait dans les maisons et les appartements avec la cl\u00e9 qu&rsquo;on lui avait remise ou qu&rsquo;il attendait cach\u00e9 quelque part, et elle faisait le tour des pi\u00e8ces avec un aspirateur et une serpilli\u00e8re. En g\u00e9n\u00e9ral, il n&rsquo;y avait personne, aucune instruction. Peu de ces endroits \u00e9taient crasseux en r\u00e9alit\u00e9 mais elle s&rsquo;appliquait toujours autant. Les gens qui habitaient l\u00e0, elle les entrevoyait \u00e0 peine, ils ne laissaient derri\u00e8re eux qu&rsquo;un cheveux quasiment invisible dans le lavabo, un torchon en boule dans la cuisine, une paire de baskets dans l&rsquo;entr\u00e9e. Et bien entendu, son salaire laiss\u00e9 dans une enveloppe sur la chemin\u00e9e ou sur la table, ou dans de rares cas comme chez nous directement sur son compte en banque. Il lui arrivait de trouver une pi\u00e8ce de monnaie laiss\u00e9e volontairement quelque part ou une peau de banane tomb\u00e9e du sac poubelle une sorte de test m&rsquo;expliquait-elle.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"jb_0 X_6MGW N_6Fd5\"><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"H_7jIs D_F ab_C Q_69H5 E_36RhU\" data-test-id=\"toolbar-hover-area\">\n<h3 class=\"D_F W_6D6F r_BN gl_C\" data-test-id=\"card-toolbar\">L&rsquo;abandon de son b\u00e9b\u00e9 .<\/h3>\n<div class=\"D_F W_6D6F r_BN gl_C\" data-test-id=\"card-toolbar\">\n<blockquote><p><em>\u00a0J&rsquo;aurais voulu l&rsquo;abandonner d\u00e8s le premier jour, mais quelqu&rsquo;un ma m\u00e8re ou mon p\u00e8re je crois, avait estim\u00e9 que maintenant que je m&rsquo;\u00e9tais mise dans cette situation, je devais prendre mes responsabilit\u00e9s. Aussi \u00e9tais-je l\u00e0, avec lui. Lui me r\u00e9clamait, mais je ne voulais pas de lui.\u00a0<\/em><\/p>\n<div><em>\u00a0Par moment peut-\u00eatre quand il dormait ou me regardait sans rien exiger, je pouvais \u00e9prouver un certain apaisement, oublier un instant la honte et la col\u00e8re, le d\u00e9couragement. Une nuit qu&rsquo;il \u00e9tait malade, je l&rsquo;avais contre moi, le m\u00e9decin avait dit que je devais le prendre, le garder dans mes bras. Il s&rsquo;endormait, sursautait, se rendormait. Quand il s&rsquo;est r\u00e9veill\u00e9, nous nous sommes regard\u00e9s. Une seconde, j&rsquo;ai cru qu&rsquo;il allait sourire, un fr\u00e9missement au coin de la bouche.<\/em><\/div>\n<div><em>\u00a0Aussit\u00f4t, je l&rsquo;ai remis dans son lit. Par peur, sans doute, peur que \u00e7a change quelque chose, qu&rsquo;il se faufile \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, trouve une place dans mon c\u0153ur et s&rsquo;y installe pour de bon. Que je ne puisse plus ignorer son existence, ses exigences, ses cris. Je l&rsquo;ai laiss\u00e9 hurler.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9dition Cambourakis. Traduit du norv\u00e9gien par Marina Heide Lu dans le cadre du club de lecture de la m\u00e9diath\u00e8que de Dinard &nbsp; J&rsquo;aurais un peu tendance \u00e0 \u00e9crire encore une histoire de vieux qui perdent la t\u00eate. 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