{"id":15259,"date":"2022-09-02T06:13:38","date_gmt":"2022-09-02T04:13:38","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=15259"},"modified":"2024-01-10T14:57:07","modified_gmt":"2024-01-10T13:57:07","slug":"le-dernier-frere-natacha-appanah","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=15259","title":{"rendered":"Le dernier Fr\u00e8re      &#8211;  Nathacha Appanah"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/B6F2CDDE-1729-4629-A1A7-56B76D066EED-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-15267\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/B6F2CDDE-1729-4629-A1A7-56B76D066EED-scaled.jpeg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"1920\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/B6F2CDDE-1729-4629-A1A7-56B76D066EED-scaled.jpeg 2560w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/B6F2CDDE-1729-4629-A1A7-56B76D066EED-300x225.jpeg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/B6F2CDDE-1729-4629-A1A7-56B76D066EED-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/B6F2CDDE-1729-4629-A1A7-56B76D066EED-768x576.jpeg 768w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/B6F2CDDE-1729-4629-A1A7-56B76D066EED-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/B6F2CDDE-1729-4629-A1A7-56B76D066EED-2048x1536.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/a><br \/>\n\u00c9dition l&rsquo;olivier<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-726 alignleft\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>Quel beau livre&#160;! Et aussi, un roman qui permet de d\u00e9couvrir un fait totalement inconnu de la deuxi\u00e8me guerre mondiale et de conna\u00eetre un peu mieux l&rsquo;\u00cele Maurice. Apr\u00e8s \u00ab&#160;<a href=\"https:\/\/luocine.fr\/?p=11609\">les rochers de poudre d&rsquo;or<\/a>&#160;\u00bb qui d\u00e9crivait la pauvret\u00e9 des familles indiennes qui \u00e9taient venues en croyant s&rsquo;enrichir sur l&rsquo;\u00eele Maurice, nous voici, en 1944, dans une de ces familles exploit\u00e9e de fa\u00e7on \u00e9hont\u00e9e par un planteur de cannes \u00e0 sucre. Cette famille de trois gar\u00e7ons pourraient \u00eatre moins malheureuse si le p\u00e8re n&rsquo;\u00e9tait pas un homme que l&rsquo;alcool rend mauvais et qui tape alors sans aucune retenue sa femme et ses enfants. Ses trois fils s&rsquo;entendent bien et leur plus grand bonheur est d&rsquo;aller chercher l&rsquo;eau de la journ\u00e9e \u00e0 la rivi\u00e8re. Ils ram\u00e8nent tous les jours six seaux qui remplissent la citerne de leur pauvre masure. Un jour, une pluie extr\u00eamement violente fait d\u00e9border la rivi\u00e8re et celle-ci devient un torrent si imp\u00e9tueux que deux fr\u00e8res sont emport\u00e9s dans des flots charriant boue et \u00e9normes cailloux.<\/p>\n<p>La famille d\u00e9m\u00e9nage, on comprend bien que les parents ne peuvent plus vivre si pr\u00e8s d&rsquo;un lieu marqu\u00e9 par la mort de leurs deux enfants. Le p\u00e8re est devenu gardien de prison, il est toujours aussi violent et frappe toujours aussi fort sa femme et son dernier fils. La deuxi\u00e8me partie du roman permet de comprendre qui \u00e9taient les gens que son p\u00e8re gardait, parmi eux un enfant David. Les deux enfants tisseront un lien d\u2019amiti\u00e9 alors qu\u2019ils ne parlent pas la m\u00eame langue mais ces deux petits de neuf ans presqu\u2019aussi malheureux vont se comprendre et Raj le petit Mauricien voudra sauver David \u00ab&#160;le petit juif de Prague&#160;\u00bb.<\/p>\n<p>J&rsquo;aime la langue de Natacha Appanah et sa fa\u00e7on de construire ses r\u00e9cits, le seul roman qui m&rsquo;avait moins convaincue \u00e9tait \u00ab&#160;<a href=\"https:\/\/luocine.fr\/?p=12190\">la noce d&rsquo;Anna<\/a>&#160;\u00bb mais l\u00e0 je retrouve toute la violence contenue de \u00ab&#160;<a href=\"https:\/\/luocine.fr\/?p=11609\">le ciel par dessus les toits<\/a> \u00ab&#160;.<\/p>\n<p>Je pense que cette \u00e9crivaine a connu de pr\u00e8s la mis\u00e8re et les violences familiales que cela peut engendrer, elle conna\u00eet bien aussi l\u2019\u00eele Maurice et je trouve extraordinaire la fa\u00e7on dont elle nous a fait conna\u00eetre le drame des ces juifs refoul\u00e9s d&rsquo;Isra\u00ebl et dont l&rsquo;Angleterre s&rsquo;est d\u00e9barrass\u00e9e sur une \u00eele sans leur permettre de vivre dignement. Le petit Raj ne connaissait rien \u00e9videmment \u00e0 la guerre qui se passait si loin de chez lui et le mot \u00ab&#160;juif&#160;\u00bb ne voulait rien dire pour lui. Mais ce seul mot faisait que David vivait en prison et lui \u00e9tait libre de ses mouvements (quand il pouvait \u00e9chapper aux coups de son p\u00e8re&#160;!). Or c&rsquo;est \u00e0 travers ses yeux que nous voyons le drame se tisser, tel que le vieux monsieur qu&rsquo;il est devenu essaie de se le rappeler. Une trag\u00e9die adoucie un peu par le personnage de la m\u00e8re qui aime son fils et le sauve de la poliomy\u00e9lite, car elle conna\u00eet les plantes qui gu\u00e9rissent.<\/p>\n<p>J\u2019ai beaucoup aim\u00e9 la fa\u00e7on dont le r\u00e9cit est construit, le vieil homme conna\u00eet maintenant les raisons pour lesquelles il y avait des prisonniers juifs sur son \u00eele, mais quand il avait neuf ans il n\u2019en avait aucune id\u00e9e, et la mort brutale de ses fr\u00e8res l\u2019avait tellement perturb\u00e9 qu\u2019il a voulu que David les remplace et, des cons\u00e9quences que cela a entra\u00een\u00e9es, il se sent coupable encore aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>Citations<\/h1>\n<h3>La mis\u00e8re des coupeurs de canne \u00e0 sucre.<\/h3>\n<blockquote><p><em>\u00c0 la lisi\u00e8re de l&rsquo;immense champs de cannes d&rsquo;un vert ondulant sur la propri\u00e9t\u00e9 sucri\u00e8re de Mapou, commen\u00e7ait une s\u00e9rie d\u00e9gingand\u00e9e de boxes, de huttes, de soi-disant maisons faites de tout ce qui tombait entre les mains de nos a\u00een\u00e9s et que l&rsquo;on appelait le \u00ab&#160;camp&#160;\u00bb. Branche, b\u00fbches, bout de bois, souches, feuille de canne, brindilles, bambous, paille, palets de bouse de vache s\u00e9ch\u00e9e, l&rsquo;imagination de ces gens-l\u00e0 \u00e9taient infinie. Je ne sais pas comment j&rsquo;ai surv\u00e9cu \u00e0 la vie dans le camp, comment le petit gar\u00e7on fr\u00eale et peureux que j&rsquo;\u00e9tais a pu traverser ces huit longues ann\u00e9es. Ici, d\u00e8s qu&rsquo;un enfant tombait malade, la famille pr\u00e9parait tout de suite son lit mortuaire et, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, elle avait raison, la mort suivait la maladie, syst\u00e9matiquement, inexorablement.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<h3 id=\"yiv1847345847\">La pluie tropicale.<\/h3>\n<blockquote>\n<div><em>\u00c0\u00a0Mapou, la pluie \u00e9tait un monstre. on la voyait prendre des forces, accroch\u00e9e \u00e0 la montagne, comme une arm\u00e9e regroup\u00e9e avant l&rsquo;assaut, \u00e9couter les ordres de combat et de tueries. les nuages grossissaient de jour en jour, si lourds et goulus que le vent qui nous faisait tituber, au sol, n&rsquo;arrivait plus \u00e0 les chasser. Nous levions les yeux vers la montagne, quand la poussi\u00e8re nous donnait un r\u00e9pit et les soupirs de nos a\u00een\u00e9s nous pr\u00e9parait au pire.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>Son p\u00e8re .<\/h3>\n<blockquote>\n<div><em>Mon p\u00e8re n&rsquo;\u00e9tait pas meilleur ou pire que les autres. Il hurlait des choses que nous ne comprenions pas, chantait des chansons devenues incompr\u00e9hensibles tant sa langue \u00e9tait lourde et gonfl\u00e9e d&rsquo;alcool et nous prenions des coups si nous ne chantions pas comme il le souhaitait. Souvent, nous nous retrouvions dehors serr\u00e9s contre ma m\u00e8re et nous n&rsquo;\u00e9tions pas la seule famille dans ce cas-l\u00e0.\u00a0<\/em><\/div>\n<div><em>Que dire de plus sur ces nuits au camp&#160;? Je n&rsquo;avais pas l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre plus malheureux qu&rsquo;un autre, mon univers commen\u00e7ait et s&rsquo;arr\u00eatait ici, pour moi, le monde \u00e9tait fait ainsi, avec des p\u00e8re qui travaillaient du matin au soir et rentraient chez eux, saouls , pour malmener leur famille.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<h3>La culpabilit\u00e9 du survivant.<\/h3>\n<blockquote><p><em>Les yeux de mon p\u00e8re sur moi, ce regard qui noircissait de plus en plus, contre qui pouvait-il hurler, qui pouvait-il taper pour exorciser sa col\u00e8re&#160;? Et cette question au bout de sa langue, cette question qu&rsquo;il n&rsquo;a jamais pu prononcer tout haut mais que j&rsquo;entendais \u00e0 chaque fois que je passais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui, \u00e0 chaque fois que sa main s&rsquo;abattait sur moi, sur ma m\u00e8re. Pourquoi toi&#160;? Pourquoi toi, Raj, petit vaurien fr\u00eale, as-tu surv\u00e9cu&#160;? Pourquoi toi&#160;? Pourquoi toi&#160;?<\/em><\/p><\/blockquote>\n<h3>D\u00e9couverte de David .<\/h3>\n<blockquote><p>\u00a0<em>Je ne sais pas si je dois avoir honte de le dire mais c&rsquo;est ainsi. Je ne savais pas qu&rsquo;il y avait une guerre mondiale qui durait depuis quatre ans, quand David avait demand\u00e9, \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, si j&rsquo;\u00e9tais juif, je ne savais pas ce que \u00e7a voulait dire, j&rsquo;ai dit non parce que j&rsquo;avais la vague impression que juif d\u00e9signait une maladie parce que j&rsquo;\u00e9tais dans un h\u00f4pital, je n&rsquo;avais jamais entendu parler de l&rsquo;Allemagne, je ne savais pas grand chose en r\u00e9alit\u00e9. J&rsquo;avais trouv\u00e9 David, un ami inesp\u00e9r\u00e9, un cadeau tomb\u00e9 du ciel et en ce d\u00e9but d&rsquo;ann\u00e9e 1945, c&rsquo;est tout ce qui comptait pour moi.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>L&rsquo;\u00e9toile de David.<\/h3>\n<blockquote>\n<div><em>C&rsquo;est aussi ce jour-l\u00e0 qu&rsquo;il m&rsquo;a montr\u00e9 sa m\u00e9daille et qu&rsquo;il m&rsquo;a parl\u00e9 de l&rsquo;\u00e9toile de David et moi, pauvre idiot, pauvre na\u00eff, pauvre gosse n\u00e9 dans la boue, moi, vex\u00e9 comme un pou. et puis quoi encore&#160;? peut-\u00eatre que la for\u00eat s&rsquo;appelle la for\u00eat de Raj&#160;? Comment une \u00e9toile pouvait porter son nom, hein, pouvait- il me le dire&#160;? Il me prenait pour un gaga ou quoi&#160;?\u00a0<\/em><\/div>\n<div><em>Mon ami serra son \u00e9toile et me dit que ce David-l\u00e0 \u00e9tait un roi. Et alors&#160;? Raj aussi voulait dire roi&#160;!<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; \u00c9dition l&rsquo;olivier Quel beau livre&#160;! Et aussi, un roman qui permet de d\u00e9couvrir un fait totalement inconnu de la deuxi\u00e8me guerre mondiale et de conna\u00eetre un peu mieux l&rsquo;\u00cele Maurice. 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