{"id":15047,"date":"2022-06-16T06:54:12","date_gmt":"2022-06-16T04:54:12","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=15047"},"modified":"2022-06-17T11:13:25","modified_gmt":"2022-06-17T09:13:25","slug":"maison-mere-anaid-demir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=15047","title":{"rendered":"Maison-M\u00e8re    &#8211; Ana\u00efd DEMIR"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/67659125-BD6C-4F07-A161-E641E98F4854-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-15055\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/67659125-BD6C-4F07-A161-E641E98F4854-scaled.jpeg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"1920\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/67659125-BD6C-4F07-A161-E641E98F4854-scaled.jpeg 2560w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/67659125-BD6C-4F07-A161-E641E98F4854-300x225.jpeg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/67659125-BD6C-4F07-A161-E641E98F4854-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/67659125-BD6C-4F07-A161-E641E98F4854-768x576.jpeg 768w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/67659125-BD6C-4F07-A161-E641E98F4854-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/67659125-BD6C-4F07-A161-E641E98F4854-2048x1536.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00c9dition Plon . Lu dans le cadre du club de lecture de<\/em><a href=\"https:\/\/mediatheques.cote-emeraude.fr\/l-ourse\"><em>\u00a0la m\u00e9diath\u00e8que de Dinard<\/em>\u00a0<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-726 alignleft\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>Quel livre&#160;! Quand j&rsquo;ai referm\u00e9 ce livre de souvenirs, j&rsquo;ai eu un besoin d&rsquo;un moment de silence avant de r\u00e9diger mon billet. Le silence qui a essay\u00e9 d&rsquo;\u00e9touffer les cris de ces Arm\u00e9niens spoli\u00e9s de tous leurs biens, tortur\u00e9s, abandonn\u00e9s dans le d\u00e9sert, assassin\u00e9s puis turquifi\u00e9s et oubli\u00e9s.<\/p>\n<div>Pourtant tous les 24 avril les Arm\u00e9niens de la diaspora fran\u00e7aise d\u00e9filent devant les ambassades turques pour que ce g\u00e9nocide soit enfin reconnu.<\/div>\n<div>Le livre est un retour dans la m\u00e9moire d&rsquo;une jeune femme n\u00e9e en France d&rsquo;une famille arm\u00e9nienne qui s&rsquo;est exil\u00e9e de Turquie en 1960 . Cette plong\u00e9e dans le pass\u00e9 se fait \u00e0 travers les pi\u00e8ces de la maison familiale qui, \u00e0 travers un objet ou une photo, lui permettent d&rsquo;\u00e9voquer son enfance et la vie des membres de sa famille. Toute la difficult\u00e9 de cet exercice est de confronter ses exp\u00e9riences personnelles suffisamment douloureuses puisqu&rsquo;elle a voulu fuir \u00e0 tout jamais cette maison, \u00e0 celles autrement plus tragiques de la destin\u00e9e des Arm\u00e9niens en Turquie .<\/div>\n<div>C&rsquo;est un r\u00e9cit parfois tr\u00e8s vivant et tr\u00e8s gai, on aimerait participer aux r\u00e9unions de famille autour de plats qui semblent si savoureux, les grand m\u00e8res et les tantes qui ne parlent que le turc sont des femmes qui n&rsquo;ont peur de rien. Et pourtant d&rsquo;o\u00f9 viennent-elles&#160;? Le blanc total de la g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;avant 1915 plane sur toutes les m\u00e9moires. Le r\u00e9cit devient plus triste quand l&rsquo;auteur \u00e9voque son p\u00e8re. Sa compr\u00e9hension d&rsquo;adulte n&#8217;emp\u00eache pas sa souffrance d&rsquo;enfant de remonter \u00e0 la surface. Cet homme a \u00e9t\u00e9 bris\u00e9 par l&rsquo;exil auquel il a consenti pour assurer \u00e0 ses enfants un meilleur avenir mais d&rsquo;une position d&rsquo;orf\u00e8vre \u00e0 son compte en Turquie il est devenu employ\u00e9 en France. Est ce cela qui a aigri son caract\u00e8re et rendu sa position de pater familias insupportable aux yeux de sa fille&#160;?<\/div>\n<div>\u00c0 travers toutes les pi\u00e8ces de cette maison, Anna\u00efs Demir recherche une photo de sa m\u00e8re. Une photo o\u00f9 on la verrait dans toute sa beaut\u00e9 de jeune femme libre avant un mariage qui l&rsquo;enfermera dans une vie faite de contraintes. Son amour pour son mari est, sans aucun doute, plus le fruit d&rsquo;une obligation due aux liens combien sacr\u00e9s du mariage que d&rsquo;une attirance vers cet homme .<\/div>\n<div>\u00c0 partir de chaque d\u00e9tail de la vie des membres de cette grande famille, on imagine peu \u00e0 peu le destin de la petite fille puis de la jeune fille qui est devenue cette \u00e9crivaine, mais on comprend surtout <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/G%C3%A9nocide_arm%C3%A9nien\">la trag\u00e9die du peuple Arm\u00e9nien<\/a> qui appara\u00eet dans toute sa violence absolument insupportable et si longtemps ni\u00e9e.<\/div>\n<div>Un livre que je n&rsquo;oublierai jamais et j&rsquo;esp\u00e8re vous avoir donn\u00e9 envie de le lire.<\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<h1>Citations<\/h1>\n<h3>Retour douloureux aux sources.<\/h3>\n<blockquote>\n<div><em>Je sens que je dois mettre entre parenth\u00e8ses ma vie de critique d&rsquo;art, mon cercle d&rsquo;amis, les vernissages, les premi\u00e8res de cin\u00e9, les concerts, les caf\u00e9s en terrasse, mes habitudes et mes passions. Renoncer \u00e0 tout ce que j&rsquo;ai construit seule ces derni\u00e8res ann\u00e9es pour entrer dans une antique pelisse plein d&rsquo;accrocs. Une vieille peau de b\u00eate, \u00e9limin\u00e9e par endroits et rugueuse \u00e0 d&rsquo;autres, qui me retombe sur les \u00e9paules jusqu&rsquo;\u00e0 m&rsquo;\u00e9touffer.\u00a0<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div>\n<blockquote>\n<div><em>\u00c0 moins qu&rsquo;il ne s&rsquo;agisse finalement d&rsquo;une Gorgone cherchant \u00e0 me p\u00e9trifier. Intense et gla\u00e7ante, elle m&rsquo;agrippe du regard. imperturbable, elle a d\u00e9j\u00e0 englouti la plupart de ceux qui l&rsquo;ont habit\u00e9e. Et maintenant ce serait mon tour&#160;?<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<h3>Un long passage qui me fait plaisir d&rsquo;\u00eatre fran\u00e7aise.<\/h3>\n<blockquote>\n<div><em>\u00c0 leur arriv\u00e9e en France, dans les ann\u00e9es 60, ils ont pu respirer, n&rsquo;ayant plus \u00e0 dissimuler leur identit\u00e9 culturelle et cultuelle, ni passer leur langue sous silence comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une pratique honteuse. Ils n&rsquo;\u00e9taient plus ces \u00ab&#160;infid\u00e8les&#160;\u00bb suspects, ces \u00ab&#160;gavours&#160;\u00bb, contre lesquels on pouvait se retourner en temps voulu. Ils ne craignaient plus rien. Ils avaient le droit d&rsquo;exister en tant qu&rsquo;Arm\u00e9niens n\u00e9s en Turquie sans subir le racisme antichr\u00e9tien dont ils avaient fait l&rsquo;objet dans leur pays. Ils allaient devenir des citoyens fran\u00e7ais et moi, qui venais de na\u00eetre en France, avant eux. Sept ans apr\u00e8s leur d\u00e9part d&rsquo;Istanbul, je symbolisais le passage \u00e0 une \u00e8re nouvelle. \u00c0 leurs yeux, je n&rsquo;avais donc pas besoin de pratiquer le turc, la langue de nos ennemis ancestraux. La langue du pays dont mes parents s&rsquo;affranchissaient enfin. Un divorce tant d\u00e9sir\u00e9 que le turc devenait automatiquement pour moi, l&rsquo;enfant d&rsquo;un monde libre, la langue interdite. c&rsquo;\u00e9tait le pass\u00e9. Ils avaient d\u00e9cid\u00e9 de tout changer. Vivre en version originale. Sous-titr\u00e9e dans la langue du pays qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait choisi. Ils ne s&rsquo;adressaient donc \u00e0 moi qu&rsquo;en arm\u00e9nien depuis ma naissance. parce que ce que j&rsquo;\u00e9tais leur dernier enfant, le seul n\u00e9 ailleurs qu&rsquo;en Turquie. Sur le territoire fran\u00e7ais et, de fait, par le droit du sol, de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise. N\u00e9e dans un pays o\u00f9 nous \u00e9tions libres de vivre en paix notre vie de fran\u00e7ais d&rsquo;origine arm\u00e9nienne. Notre culte ne regardait que nous et ne figurait pas sur nos papiers d&rsquo;identit\u00e9.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<h3>Les massacres d&rsquo;Arm\u00e9niens .<\/h3>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Elle venait de Yozgat, un \u00ab&#160;vilayet&#160;\u00bb (province) du centre de l&rsquo;Anatolie ou les pillages, les viols, les d\u00e9capitations la hache et autres bases besognes avaient \u00e9t\u00e9 plus virulentes encore que partout ailleurs en 1915. Le degr\u00e9 d&rsquo;abomination dans ces exterminations massives d\u00e9pendait de l&rsquo;\u00e9tat mental et moral du Valy (repr\u00e9sentant du sultan)qui dirigeait chacune des r\u00e9gions de l&#8217;empire. Et, \u00e0 Yozgat, ils avaient eu affaire \u00e0 l&rsquo;un des plus sanguinaires de ces sadiques en bande organis\u00e9e.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>Les toilettes \u00e0 la turque dans la cour des immeubles parisiens.<\/h3>\n<blockquote>\n<div><em>Mais lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agissait de faire ses besoins, cela devenait plus compliqu\u00e9e. Tout se passait hors de l&rsquo;appartement. Pas sur le palier mais au fond de la cour, \u00e9t\u00e9 comme hiver. Dans des cabanons qu&rsquo;on fermait avec un fr\u00eale crochet. Des toilettes \u00ab&#160;\u00e0 la tourka&#160;\u00bb, comme disait tante Arsin\u00e9 en roulant le \u00ab&#160;r&#160;\u00bb. N&rsquo;est-ce pas le summum de la trag\u00e9die que de continuer \u00e0 entendre parler quotidiennement de l&rsquo;ennemi ancestral, m\u00eame dans les lieux d&rsquo;aisances de son pays d&rsquo;exil, en plein Paris&#160;? Ironie du sort, les turcs s&rsquo;illustraient l\u00e0 sans le moindre panache autour d&rsquo;une invention aussi primitive et putride qu&rsquo;un pauvre trou dans lequel le toute un chacun venait vider ses entrailles.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<h3>Sa famille.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Je les vois m\u00eame d\u00e9filer sous mes yeux. De temps \u00e0 autres effrayante, d&rsquo;autres fois \u00e9mouvante, souvent \u00ab&#160;attachiante&#160;\u00bb&#160;: voil\u00e0 \u00e0 quoi ressemble ma famille. Question ambiance, on a le sentiment que tout le monde s&rsquo;amuse \u00e0 mettre les doigts dans la prise juste pour s&rsquo;entendre respirer. Cela a quelque chose \u00e0 voir avec un incommensurable besoin d&rsquo;affection.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>\u00c9vocation de sa m\u00e8re couturi\u00e8re .<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>L&rsquo;atelier, c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;elle passait le plus clair de son temps, chantant et cousant comme une Cendrillon d&rsquo;Orient. pas un jour sans qu&rsquo;elle ait donner de la voix ou taquiner la muse. \u00c0 tel point que ses chants, que j&rsquo;entends d\u00e8s que j&rsquo;entre dans la maison, s&rsquo;intensifient dans l&rsquo;atelier. Mais tous ces airs me serrent la gorge. C&rsquo;est dans cette bombonne de verre qu&rsquo;elle avait l&rsquo;air le plus heureuse. Plut\u00f4t qu'\u00a0\u00bbune chambre \u00e0 soi&#160;\u00bb si ch\u00e8re \u00e0 Virgina Wolf, cette pi\u00e8ce \u00e0 part o\u00f9 chaque femme devrait pouvoir s&rsquo;\u00e9panouir librement, ma m\u00e8re jouissant, elle, d&rsquo;un \u00ab&#160;temple de la soie&#160;\u00bb regorgeant de tr\u00e9sor qui me transportait d&rsquo;un coup d&rsquo;\u0153il \u00e0 Samarcande o\u00f9 Ispahan.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<\/div>\n<h3>Le g\u00e9nocide.<\/h3>\n<\/div>\n<blockquote>\n<div><em>On jalousait leurs biens on en voulait \u00e0 leurs maisons, \u00e0 leur terre et \u00e0 l&rsquo;or que les Turcs imaginaient qu&rsquo;ils d\u00e9tenaient. Par cons\u00e9quent, on les avait d\u00e9sarm\u00e9s et d\u00e9lest\u00e9s de ce qu&rsquo;ils avaient de plus pr\u00e9cieux. On les menait maintenant en troupeaux aux abattoirs. Pour proc\u00e9der \u00e0 leur lente mises \u00e0 mort en toute impunit\u00e9. Certains \u00e0 pieds, d&rsquo;autres entass\u00e9s dans des wagons \u00e0 bestiaux. Destination le d\u00e9sert de Syrie au plus fort des temp\u00e9ratures de l&rsquo;Orient. Il \u00e9tait bien assez vaste pour \u00e9touffer leurs pleurs, leurs cris et jusqu&rsquo;\u00e0 leur r\u00e2le ultime. Tortures, viols, assassinats, pillages, d\u00e9portations et autres humiliations. des morts par centaines de milliers. Des charniers. Une d\u00e9ferlante de l&rsquo;horreur et de sadisme s&rsquo;\u00e9tait abattue sur les maisons arm\u00e9niennes.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; \u00c9dition Plon . Lu dans le cadre du club de lecture de\u00a0la m\u00e9diath\u00e8que de Dinard\u00a0 &nbsp; Quel livre&#160;! Quand j&rsquo;ai referm\u00e9 ce livre de souvenirs, j&rsquo;ai eu un besoin d&rsquo;un moment de silence avant de r\u00e9diger mon billet. 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