{"id":14526,"date":"2022-03-17T06:14:26","date_gmt":"2022-03-17T05:14:26","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=14526"},"modified":"2024-03-21T10:15:16","modified_gmt":"2024-03-21T09:15:16","slug":"le-chatle-general-et-la-corneille-nino-haratischwili","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=14526","title":{"rendered":"Le Chat,le G\u00e9n\u00e9ral, et la Corneille &#8211; Nino HARATISCHWILI"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/cor.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-14530\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/cor.jpg\" alt=\"\" width=\"1080\" height=\"487\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/cor.jpg 1080w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/cor-300x135.jpg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/cor-1024x462.jpg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/cor-768x346.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1080px) 100vw, 1080px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00c9dition Belfond. Traduit de l&rsquo;allemand par Rose Labourie.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-726 alignleft\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>J&rsquo;avais choisi ce gros roman dans ma m\u00e9diath\u00e8que pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e en pensant au mois \u00ab&#160;les feuilles allemandes&#160;\u00bb de Patrice et Eva. Mais le choc incroyable que m&rsquo;a procur\u00e9 ce livre, est tel que je veux partager avec vous au plus vite cette lecture. Saurais-je rendre toutes la vari\u00e9t\u00e9 des \u00e9motions par lesquelles je suis pass\u00e9e en lisant ce roman&#160;?<br \/>\nCette auteure est d&rsquo;origine g\u00e9orgienne et est, d\u2019apr\u00e8s la quatri\u00e8me de couverture, d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s connue en Allemagne. Le roman commence par l&rsquo;\u00e9vocation de la vie dans une r\u00e9gion montagneuse en Tch\u00e9tch\u00e9nie, avant les deux guerres qui ont d\u00e9truit \u00e0 jamais cette r\u00e9gion qui n&rsquo;a pas pu devenir un pays ind\u00e9pendant. En 1999 une jeune fille Nura, cherche \u00e0 s&rsquo;extraire de traditions qui l&rsquo;\u00e9touffent, elle d\u00e9cide de fuir son pays et pour cela doit r\u00e9unir de l&rsquo;argent. Les pages du prologue qui lui sont consacr\u00e9es nous permettent de conna\u00eetre un peu mieux cette superbe r\u00e9gion montagneuse et isol\u00e9e aux m\u0153urs assez rudes tr\u00e8s influenc\u00e9es par la religion musulmane et les lois claniques de l&rsquo;honneur. Nous allons repartir en 1995 avec un jeune Russe qui est \u00e9lev\u00e9 par une femme veuve de guerre. Son p\u00e8re officier de l&rsquo;arm\u00e9e sovi\u00e9tique a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 en Afghanistan, son fils est \u00e9lev\u00e9 dans le souvenir de la gloire du grand h\u00e9ros. Il ne se sent nullement l&rsquo;\u00e2me d&rsquo;un soldat malgr\u00e9 la volont\u00e9 de sa m\u00e8re, lui, il aime la litt\u00e9rature et les doux baisers de Sonia. Ce personnage nous permet de d\u00e9couvrir la vie d&rsquo;un jeune sous l&rsquo;\u00e8re Brejnev et entre autre, la division tr\u00e8s forte entre les classes sociales qui se dissimule sous une \u00e9galit\u00e9 de fa\u00e7ade. Sa m\u00e8re et lui appartiennent \u00e0 la classe des dirigeants communistes avec tous les privil\u00e8ges qui vont avec dont un niveau culturel tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9. Sonia est une enfant qui grandit dans l\u2019immeuble d\u2019en face, immeuble occup\u00e9 par des gens pauvres qui se d\u00e9brouillent pour survivre, et qui sont violents et le plus souvent d\u00e9linquants.<\/p>\n<p>Ensuite nous serons en 2016 avec des personnages qui vont se croiser \u00e0 Berlin, Le Chat est le surnom d&rsquo;une jeune actrice d&rsquo;origine g\u00e9orgienne (comme l&rsquo;auteure), gr\u00e2ce \u00e0 elle nous d\u00e9couvrirons la vie des exil\u00e9s venant des anciennes r\u00e9publiques sovi\u00e9tiques et vivant \u00e0 Berlin. C&rsquo;est passionnant, j\u2019ai rarement lu des pages qui racontent aussi bien la nostalgie du pays que les exil\u00e9s ont d\u00fb fuir. Puis nous d\u00e9couvrirons la Corneille qui est un ancien journaliste allemand et qui semble fuir un pass\u00e9 tr\u00e8s lourd. Enfin le personnage appel\u00e9 le G\u00e9n\u00e9ral, celui qui tire les ficelles de toute cette histoire .<\/p>\n<p>Nous retournerons en Tchtch\u00e9nie car c&rsquo;est bien l\u00e0 que l&rsquo;intrigue de cet incroyable roman se noue. L&rsquo;auteure d\u00e9crit la conduite de l&rsquo;arm\u00e9e sovi\u00e9tique, certaines sc\u00e8nes sont absolument insoutenables, en particulier celle qui sera le coeur du roman et am\u00e8nera le dramatique d\u00e9nouement.<br \/>\nJe ne veux pas vous en dire plus car cette \u00e9crivaine de tr\u00e8s grand talent sait m\u00ealer les diff\u00e9rents fils de l&rsquo;intrigue et la d\u00e9couverte peu \u00e0 peu des diff\u00e9rents p\u00e9riodes de la d\u00e9composition de l&rsquo;ancien r\u00e9gime sovi\u00e9tique et ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 dans les anciennes r\u00e9publiques. Depuis ma lecture de <a href=\"https:\/\/luocine.fr\/?p=13988\">Svetlana Alexievitch<\/a> je sais que l\u2019arm\u00e9e sovi\u00e9tique est une horreur pas seulement pour ses ennemis mais aussi par sa fa\u00e7on de traiter ses propres soldats. La destruction des familles en particulier des p\u00e8res \u00e0 cause de ce qu&rsquo;ils ont v\u00e9cu pendant la guerre est un des fils conducteur de ce roman.<\/p>\n<p>La mis\u00e8re du peuple russe et l&rsquo;enrichissement d&rsquo;une petite poign\u00e9e d&rsquo;hommes qui ont su mettre la main basse sur les oripeaux du r\u00e9gime sovi\u00e9tique est tr\u00e8s bien racont\u00e9, ainsi que celle de la mont\u00e9e en puissance de truands capables de toutes les atrocit\u00e9s que l\u2019on peut imaginer et m\u00eame pire&#160;!<\/p>\n<p>Enfin ce livre nous pose le probl\u00e8me de notre bonne conscience, c&rsquo;est si facile lorsque nous n&rsquo;avons pas eu \u00e0 nous confronter \u00e0 une guerre civile, \u00e0 la faim, \u00e0 la peur. Le confort d&rsquo;une vie sans soucis peut nous rendre si facilement intransigeants et si s\u00fbrs de nos principes moraux.<\/p>\n<p>Le souffle qui parcourt tout ce roman nous entraine sans nous laisser une minute de r\u00e9pit, Nino Haratischwili donne \u00e0 tous ses personnages une profondeur et une complexit\u00e9 qui correspond aux lieux dans lesquels ils \u00e9voluent, pour une fois je comprends et j\u2019accepte que cela ne puisse s\u2019exprimer que dans un pav\u00e9 de six cent pages que j\u2019ai aval\u00e9 d\u2019une traite. Le long d\u00e9sespoir dans lequel elle nous fait entrer nous oblige \u00e0 nous souvenir de l\u2019indiff\u00e9rence avec laquelle nous avons entendu parler de guerres qui se d\u00e9roulaient dans des pays que nous imaginions si loin de nous. Les chars de Poutine ont de nouveau envahi un pays de l\u2019ex-union sovi\u00e9tique, j\u2019imagine que tous les exil\u00e9s qui ont connu les m\u00e9faits de cette arm\u00e9e doivent suivre avec rage et fatalisme le renouveau de la fiert\u00e9 du grand fr\u00e8re russe.<\/p>\n<p>Je trouve que ce roman (bien qu&rsquo;\u00e9crit par une auteure allemande) a sa place dans \u00ab&#160;le mois de l \u2018 Europe de l\u2019Est&#160;\u00bb initi\u00e9 par Patrice Eva et Goran<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/moisest.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-14761\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/moisest.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"78\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>Citations<\/h1>\n<h3>Je pr\u00e9f\u00e8re que l&rsquo;on traduise les mots \u00e9tranger&#160;!<\/h3>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv2232259349yMail_cursorElementTracker_1643461893073\">\u00a0<em>Ils \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme trop tendre et trop eff\u00e9min\u00e9 pour les montagnes, un genre de dommage collat\u00e9ral pour le \u00ab&#160;<strong>taip<\/strong>\u00ab&#160;, in\u00e9luctable et \u00e0 l&rsquo;utilit\u00e9 minimale, il n&rsquo;y avait pas long de guerriers en lui, il \u00e9tait donc pas \u00e0 un v\u00e9ritable \u00ab&#160;<strong>nochtso<\/strong>\u00ab&#160;.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>Passage int\u00e9ressant .<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv0416231200yMail_cursorElementTracker_1642938399970\"><em>Liouba vient de f\u00eater ses vingt ans, elle est n\u00e9e \u00e0 Oufa en 1942, autant dire sur une autre plan\u00e8te, en pleine mis\u00e8re des arri\u00e8re o\u00f9 s&rsquo;entassent les \u00e9vacu\u00e9s, \u00e0 mille cinq cents bornes de Moscou. L\u00e0-bas, sa maman a servi de traductrice d&rsquo;appoint \u00e0 un \u00e9minent fran\u00e7ais, qu&rsquo;elle devait surveiller par la m\u00eame occasion -Monsieur Maurice, on l&rsquo;appelait. Maurice Thorez. D\u00e9serteur de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise, d\u00e9chu de sa nationalit\u00e9, le dirigeant du PCF n&rsquo;en restait pas moins homme. Dans ce trou \u00e0 rat qu&rsquo;\u00e9tait Oufa, o\u00f9 l&rsquo;on mangeait des corneilles et sucer les racines, il b\u00e9n\u00e9ficia de rations augment\u00e9es r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9lite du NKVD, ce qui le rendait encore plus charmant.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<h3>Dans les montagnes du Caucase.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv0706951756yMail_cursorElementTracker_1643463140614\">\u00a0<em>Les villageois causaient, mais personne ne s&rsquo;en \u00e9tait m\u00eal\u00e9, ce n&rsquo;\u00e9tait pas une \u00ab&#160;nochtscho,&#160;\u00bb c&rsquo;\u00e9tait une \u00e9trang\u00e8re, une socialiste ath\u00e9e venue du nord, -comment aurait-elle su ce qu&rsquo;\u00e9tait un vrai deuil, la mani\u00e8re dont il convenait de pleurer un homme&#160;? Oui, oui, les gens de la ville \u00e9taient d\u00e9prav\u00e9s, ils \u00e9taient sortis du droit chemin, les communistes les avaient corrompus, mais il y avait de l&rsquo;espoir -c&rsquo;\u00e9tait ce que chuchotaient les anciens-, depuis peu, il \u00e9tait de retour, cet espoir lancinant, depuis que le g\u00e9ant \u00e9tait tomb\u00e9 comme un \u00e9l\u00e9phant malade, depuis que le parti d\u00e9mocratique va\u00efnakh avait \u00e9t\u00e9 fond\u00e9, depuis que la d\u00e9pendance avait \u00e9t\u00e9 proclam\u00e9e&#160;! Il y avait de l&rsquo;espoir qu&rsquo;Allah accorde \u00e0 nouveau sa b\u00e9n\u00e9diction au pays&#160;!<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>Une m\u00e8re sovi\u00e9tique<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv5946292532yMail_cursorElementTracker_1643478154218\">\u00a0<em>Sa m\u00e8re affichait toujours la m\u00eame expression pour raconter ses faits d&rsquo;armes, chose qu&rsquo;elle avait faite inlassablement tout au long de l&rsquo;enfance de Malich, comme si elle avait pr\u00eat\u00e9 serment et s&rsquo;\u00e9tait engag\u00e9e, apr\u00e8s la mort de son mari, \u00e0 ne vivre plus que pour raconter aux survivants et surtout \u00e0 leur fils unique le titan que son mari avait \u00e9t\u00e9, venu au monde au moins pour sauver l&rsquo;humanit\u00e9 -sauf qu&rsquo;en Afghanistan, cette derni\u00e8re n&rsquo;avait aucune envie d&rsquo;\u00eatre sauv\u00e9e.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<\/div>\n<blockquote>\n<div><em>Parfois, il se demandait si Chou\u00efev n&rsquo;avait pas connu son p\u00e8re et si sa m\u00e8re ne se cachait pas derri\u00e8re tout \u00e7a. Ce qui aurait signifi\u00e9 que c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 elle qu&rsquo;il devait d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 au combat d\u00e8s sa premi\u00e8re mission, sachant qu&rsquo;il \u00e9tait l&rsquo;un des moins exp\u00e9riment\u00e9s et des moins chevronn\u00e9s. Ou peut-\u00eatre l&rsquo;avait-on embarqu\u00e9 \u00e0 Grosny pour faire office de chair \u00e0 canon&#160;? Quoi qu&rsquo;il fasse, il y resterait de toute fa\u00e7on, permettant ainsi \u00e0 sa m\u00e8re, selon la logique guerri\u00e8re, d&rsquo;obtenir enfin le statut tant convoit\u00e9 de double veuve de guerre.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>L&rsquo;effondrement de l&rsquo;URSS.<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv9331733269yMail_cursorElementTracker_1643532981884\"><em>Le pays se morcelait de plus en plus, il r\u00e9gnait partout une odeur de fruits pourris et de papier anti-mites. Optant pour une th\u00e9rapie par \u00e9lectrochoc, le premier pr\u00e9sident \u00e9lu par le peuple de l&rsquo;histoire russe d\u00e9cida qu&rsquo;en l&rsquo;espace d&rsquo;une ann\u00e9e, le capital public devait \u00eatre privatis\u00e9 et les prix (\u00e0 l&rsquo;exception de l&rsquo;\u00e9nergie, du lait et de la vodka) lib\u00e9ralis\u00e9s. D&rsquo;apr\u00e8s un rapport du quotidien Izvestia, l&rsquo;inflation \u00e9tait sup\u00e9rieure \u00e0 deux cent pour cent. L&rsquo;offre des grands magasins et des \u00ab&#160;gastronom&#160;\u00bb, qui n&rsquo;\u00e9tait pas sp\u00e9cialement fourni auparavant se trouve en un rien de temps r\u00e9duite \u00e0 la portion congrue, et quand les rayonnages se remplissaient enfin, ils se vidaient aussit\u00f4t, car les citoyens, paniqu\u00e9s, faisaient des r\u00e9serve. Le prix du pain fut multipli\u00e9 par six.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<h3>La force des mafieux russes.<\/h3>\n<\/div>\n<blockquote>\n<div>\u00a0<em>Un an plut\u00f4t, j&rsquo;\u00e9tais pourtant fermement convaincu que je ne me retrouverai plus jamais, au grand jamais, dans les griffes d&rsquo;Orlov, qu&rsquo;au cours de ma vie, j&rsquo;\u00e9viterai d\u00e9sormais tout ce qui risquait de me rappeler son nom. Mais peut-\u00eatre, au fond de moi, avais-je toujours su qu&rsquo;il \u00e9tait impossible de lui \u00e9chapper&#160;: il se prenait pour Dieu depuis tellement longtemps qu&rsquo;\u00e0 force, les autres lui vouaient un culte, le suivaient aveugl\u00e9ment, acceptaient sa col\u00e8re comme un juste ch\u00e2timent. Peut-\u00eatre n&rsquo;\u00e9tais-je malgr\u00e9 tout rien d&rsquo;autre que l&rsquo;un de ses disciples&#160;? Peut-\u00eatre savais-je d\u00e9j\u00e0, au moment o\u00f9 je m&rsquo;\u00e9tais aventur\u00e9 dans sa vie, que mon histoire de pouvait \u00eatre racont\u00e9e que dans ces conditions -ses conditions \u00e0 lui&#160;?<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<h3>La G\u00e9orgie.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv3310871681yMail_cursorElementTracker_1643559213010\">\u00a0<em>Nodar \u00e9tait parti, et la libert\u00e9 \u00e9tait arriv\u00e9e -libert\u00e9 sanglante, \u00e0 l&rsquo;odeur de rouille, dont les gens ne savaient que faire. Car ils l&rsquo;avaient payer le prix fort&#160;: elle leur avait co\u00fbt\u00e9 tout ce qu&rsquo;il poss\u00e9dait, jusqu&rsquo;\u00e0 la vie pour un certain nombre d&rsquo;entre eux.<\/em><\/div>\n<div id=\"yiv3310871681yMail_cursorElementTracker_1643559372186\"><\/div>\n<div id=\"yiv3310871681yMail_cursorElementTracker_1643559363485\"><em>\u00a0Les chars russes sillonnaient la capitale et, la nuit, des chiens errants affam\u00e9s aboyaient parce que des balles fusaient \u00e0 chaque coin de rue. Tout s&rsquo;effondrait comme un ch\u00e2teau de sable emport\u00e9 par une vague inattendue, et les structures en vigueur jusque l\u00e0 \u00e9tait remplac\u00e9es par l&rsquo;anarchie et la confusion, par les t\u00e9n\u00e8bres et un froid qui n&rsquo;en finissait pas .<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<h3>Un superbe passage.<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv9077778209yMail_cursorElementTracker_1643638825485\"><em>Puisqu&rsquo;il leur \u00e9tait possible de faire ce qu&rsquo;ils avaient fait, puisqu&rsquo;il lui \u00e9tait possible de faire ce qu&rsquo;il avait fait sans que personne ne l&rsquo;en emp\u00eache, sans que personne ne le retienne, puisqu&rsquo;il \u00e9tait possible qu&rsquo;Aloicha appuie simplement sur la d\u00e9tente et que la gorge de Nura soit serr\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 ce que son dernier souffle s&rsquo;en \u00e9chappe, puisqu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 possible \u00e0 tous de trancher entre la vie et la mort sans devoir en payer le prix, puisqu&rsquo;il \u00e9tait possible de se d\u00e9faire de son humanit\u00e9 d&rsquo;une seconde \u00e0 l&rsquo;autre, comme d&rsquo;un vieux manteau alors l&rsquo;humanit\u00e9 ne valait rien. Un homme qui cherchait la v\u00e9rit\u00e9 se faisait abattre de trois balles sur un parking de la plus indigne des mani\u00e8res -toute tentative de morale ou d&rsquo;action morale \u00e9taient d\u00e9risoires. Chaque chose qu&rsquo;il avait faite dans sa vie jusque-l\u00e0 en estimant que c&rsquo;\u00e9tait le bon choix n&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 que perte de temps. dans un monde o\u00f9 on se retrouvait forc\u00e9e de choisir entre devenir un meurtrier et se tirer une balle dans la t\u00eate, dans un monde o\u00f9 l&rsquo;on violait parce que l&rsquo;occasion se pr\u00e9sentait, il n&rsquo;y avait plus de bonne option. Il ne restait qu&rsquo;une seule aspiration, l&rsquo;aspiration au pouvoir. Un pouvoir qui ne connaissait ni compassion ni mis\u00e9ricorde et \u00e9tait sa propre fin.\u00a0<\/em><\/div>\n<div id=\"yiv9077778209yMail_cursorElementTracker_1643639268164\"><em>\u00c0 compter de maintenant, il n&rsquo;y avait plus qu&rsquo;une voie, une voie qui allant tout droit dans une direction, est cette direction \u00e9tait la mauvaise, mais dans ce monde, elle semblait bien \u00eatre la seule possible<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<blockquote>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; \u00c9dition Belfond. Traduit de l&rsquo;allemand par Rose Labourie. J&rsquo;avais choisi ce gros roman dans ma m\u00e9diath\u00e8que pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e en pensant au mois \u00ab&#160;les feuilles allemandes&#160;\u00bb de Patrice et Eva. Mais le choc incroyable que m&rsquo;a procur\u00e9 ce livre, est tel que je veux partager avec vous au plus vite cette lecture. 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