{"id":13857,"date":"2021-10-25T06:11:36","date_gmt":"2021-10-25T04:11:36","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=13857"},"modified":"2021-10-25T20:15:24","modified_gmt":"2021-10-25T18:15:24","slug":"madame-hayat-ahmet-altan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=13857","title":{"rendered":"Madame Hayat    &#8211; Ahmet Altan"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/hayatphoto.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-13858\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/hayatphoto.jpg\" alt=\"\" width=\"1080\" height=\"810\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/hayatphoto.jpg 1080w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/hayatphoto-300x225.jpg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/hayatphoto-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/hayatphoto-768x576.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1080px) 100vw, 1080px\" \/><\/a><\/p>\n<p><em>\u00c9dition Acte Sud. Traduit du turc par Julien Lapeyre de Cabanes<br \/>\n<strong>Prix Femina 2021 pour les auteurs \u00e9trangers<\/strong><br \/>\n<\/em><\/p>\n<blockquote><p><em>C&rsquo;est \u00e9trange comme le bonheur et le malheur se ressemblent, l&rsquo;un comme l&rsquo;autre n\u00e9cessitent qu&rsquo;on oublie la r\u00e9alit\u00e9 telle qu&rsquo;elle est.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-726 alignleft\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>Ahmet Altan est sorti de prison, c&rsquo;est sans aucun doute la nouvelle qui m&rsquo;a fait le plus plaisir en avril 2021. J&rsquo;avais tant aim\u00e9 \u00ab&#160;<a href=\"https:\/\/luocine.fr\/?p=10907\">Je ne reverrai plus le jour&#160;\u00bb<\/a> que je suivais toutes les p\u00e9rip\u00e9ties judiciaires de ce grand \u00e9crivain. Comme je le disais dans le pr\u00e9c\u00e9dent billet quelques soient les humiliations que la prison turque lui a impos\u00e9es, elle n&rsquo;a jamais r\u00e9ussi \u00e0 \u00f4ter en lui sa qualit\u00e9 d&rsquo;\u00e9crivain. J&rsquo;attendais avec impatience de lire ce roman et j&rsquo;imagine tr\u00e8s bien comment passer autant de temps \u00e0 creuser ses souvenirs des deux femmes qu&rsquo;il a aim\u00e9es alors qu&rsquo;il \u00e9tait jeune \u00e9tudiant lui ont permis de survivre \u00e0 son incarc\u00e9ration.<\/p>\n<p>Madame Hayat est une femme plus \u00e2g\u00e9e que lui et moins cultiv\u00e9e que lui. Ces deux diff\u00e9rences feront qu&rsquo;il aura toujours un peu honte de cette relation alors qu&rsquo;elle lui apporte tant de choses entre autre une initiation \u00e0 la sexualit\u00e9 riche et compl\u00e8te. Cet amour m&rsquo;a fait penser \u00e0 un roman qui m&rsquo;avait beaucoup marqu\u00e9e \u00ab&#160;\u00c9loge des femmes m\u00fbres&#160;\u00bb de Stephen Vizinczey. Fazil (le personnage principal) entretient en m\u00eame temps une relation avec l&rsquo;\u00e9tudiante Sila. Il est amoureux de ces deux femmes, Sila et lui ont en commun d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 des enfants de la classe favoris\u00e9e d&rsquo;un pays que l&rsquo;auteur se garde bien de nommer. Ils ont tous les deux \u00e9t\u00e9 plong\u00e9s dans la mis\u00e8re, Fazil parce que son p\u00e8re n&rsquo;a pas su diversifier ses cultures maraich\u00e8res et Sila parce que le r\u00e9gime a subitement confisqu\u00e9 tous les biens du sien. Celui-ci restera m\u00eame en prison quelques jours, le temps de signer une d\u00e9claration dans laquelle il s&rsquo;engagera \u00e0 ne pas faire de proc\u00e8s aux autorit\u00e9s qui l&rsquo;ont ruin\u00e9. Comme dans le roman de Stephen Vizinczey, la mont\u00e9e du sentiment amoureux est accompagn\u00e9e par la r\u00e9alit\u00e9 politique de leur pays. Pour Fazil et ses amis il s&rsquo;agit de la peur et parfois la panique face \u00e0 l&rsquo;intol\u00e9rance religieuse et la r\u00e9pression polici\u00e8re qui s&rsquo;abat sur tout ce qui est diff\u00e9rent. Ce roman est aussi un hymne \u00e0 la litt\u00e9rature, monde dans lequel Fazil (et certainement Ahmet Altan) se r\u00e9fugie le trouvant souvent plus r\u00e9el que la vie qu&rsquo;il doit mener. Deux professeurs de litt\u00e9rature lui feront comprendre la force de l&rsquo;engagement litt\u00e9raire. Ces deux enseignants conna\u00eetront \u00e0 leur tour les horreurs de l&rsquo;arrestation arbitraire et la prison.<\/p>\n<p>Si cette progression de ce pays vers une r\u00e9pression \u00e0 la fois des m\u0153urs et des positions politique est bien pr\u00e9sente dans \u00ab&#160;Madame Hayat&#160;\u00bb, ce n&rsquo;est pas l&rsquo;essentiel du roman. Ahmet Altan a voulu revivre ses premiers amours et son \u00e9panouissements sexuel, j&rsquo;imagine assez facilement le plaisir qu&rsquo;il avait \u00e0 se rem\u00e9morer ce genre de sc\u00e8nes entre les quatre murs de sa prison \u00e0 Istanbul. Un tr\u00e8s beau roman, tout en sensibilit\u00e9 et respect de la femme, celui d&rsquo;un homme libre aujourd&rsquo;hui mais dont le talent a toujours d\u00e9pass\u00e9 les murs dans lesquels un r\u00e9gime r\u00e9pressif l&rsquo;a enferm\u00e9 pendant six longues ann\u00e9es.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>Citations<\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>La libert\u00e9 et la litt\u00e9rature<\/h3>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv5438330512yMail_cursorElementTracker_1632109260426\">\u00a0<em>Il me semblait que le vrai courage, ici, c&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;oser critiquer le livre de Flaubert, tant le monde et les personnage qu&rsquo;il avait cr\u00e9\u00e9s, leurs id\u00e9es, leurs sentiments, leur intuition, \u00e9taient pour moi un sujet d&rsquo;\u00e9blouissement permanent ind\u00e9passable au point que j&rsquo;aurais aim\u00e9 vivre dans ce monde l\u00e0 dans un roman de Flaubert. J&rsquo;y \u00e9tais comme chez moi. Mon grand r\u00eave e\u00fbt \u00e9t\u00e9 de passer ma vie dans la litt\u00e9rature, \u00e0 en d\u00e9battre, \u00e0 l&rsquo;enseigner, au milieu d&rsquo;autres passionn\u00e9s, ce dont je me rendais toujours un peu plus compte \u00e0 la fin de chaque cours de madame Nermin. La litt\u00e9rature \u00e9tait plus r\u00e9elle et plus passionnante que la vie. elle n&rsquo;\u00e9tait pas plus s\u00fbre, sans doute m\u00eame plus dangereuses, et si certaines biographies d&rsquo;auteurs m&rsquo;avaient appris que l&rsquo;\u00e9criture est une maladie qui entame parfois s\u00e9rieusement l&rsquo;existence, la litt\u00e9rature continuait de para\u00eetre plus honn\u00eate que celle-l\u00e0.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<h3>L&rsquo;amour et Proust<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv0174575528yMail_cursorElementTracker_1632110466303\">\u00a0<em>Je n&rsquo;avais d&rsquo;yeux que pour son corps voluptueux, sa chair, ses plis, qui m&rsquo;appelaient partout, au coin de ses yeux, \u00e0 la pointe des l\u00e8vres, sur sa nuque, sous ses bras, sous ses seins. Elle avait certainement perdu sa beaut\u00e9 de jeunesse, mais tous ces petits d\u00e9fauts de l&rsquo;\u00e2ge ne la rendaient que plus attirante. J&rsquo;\u00e9tais persuad\u00e9 de la d\u00e9sirer telle qu&rsquo;elle \u00e9tait, ni plus jeune ni plus belle. Je me souvenais de la phrase de Proust&#160;: \u00ab&#160;Laissons les jolies femmes aux hommes sans imagination.&#160;\u00bb<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>Le plaisir<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv1367689410yMail_cursorElementTracker_1632228612787\"><em>Avec elle je d\u00e9couvrais le supr\u00eame bonheur d&rsquo;\u00eatre un homme, un m\u00e2le, j&rsquo;apprenais \u00e0 nager dans le crat\u00e8re d&rsquo;un volcan qui embaumait le lys. C&rsquo;\u00e9tait un infini safari du plaisir. Elle m&rsquo;enveloppait de sa chaleur et de sa volupt\u00e9 pour m&#8217;emporter au loin, vers des lieux inconnus, chacun de ses gestes tendres \u00e9tait comme une r\u00e9v\u00e9lation sensuelle. Elle m&rsquo;enseignait que les voies du plaisir sont innombrables.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<h3>Dieu<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv1268514337yMail_cursorElementTracker_1632300426142\">\u00a0<em>\u00c7a fait longtemps que Dieu regrette sa cr\u00e9ation, il essaie d&rsquo;oublier, je suis s\u00fbre qu&rsquo;il a d\u00e9j\u00e0 arrach\u00e9 cette page de son cahier et l&rsquo;a jet\u00e9e \u00e0 la poubelle.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<h3>La conversation apr\u00e8s l&rsquo;enterrement d&rsquo;une petite fille<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv6336509616yMail_cursorElementTracker_1632310877073\">\u00a0<em>Pendant que nous attendions les boissons, je demandai \u00e0 madame Hayat si elle croyait en dieu. Je l&rsquo;avais vu prier tout \u00e0 l&rsquo;heure.\u00a0<\/em><\/div>\n<div id=\"yiv6336509616yMail_cursorElementTracker_1632310941944\"><em>&#8211; Parfois. Mais pas aujourd&rsquo;hui&#8230; Et puis, Dieu aussi a des absences.\u00a0<\/em><\/div>\n<div id=\"yiv6336509616yMail_cursorElementTracker_1632310977958\"><em>Les boissons arriv\u00e8rent. Elle resta un moment le verre \u00e0 la main, parlant comme pour elle-m\u00eame&#160;:<\/em><\/div>\n<div id=\"yiv6336509616yMail_cursorElementTracker_1632310993574\"><em>&#8211; Est-ce qu&rsquo;il laisse la boutique aux employ\u00e9s et s&rsquo;en va faire un tour, je ne sais pas.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9dition Acte Sud. Traduit du turc par Julien Lapeyre de Cabanes Prix Femina 2021 pour les auteurs \u00e9trangers C&rsquo;est \u00e9trange comme le bonheur et le malheur se ressemblent, l&rsquo;un comme l&rsquo;autre n\u00e9cessitent qu&rsquo;on oublie la r\u00e9alit\u00e9 telle qu&rsquo;elle est. 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