{"id":13519,"date":"2021-09-02T06:04:51","date_gmt":"2021-09-02T04:04:51","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=13519"},"modified":"2021-08-31T07:29:12","modified_gmt":"2021-08-31T05:29:12","slug":"disperses-par-le-vent-richard-flanagan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=13519","title":{"rendered":"Dispers\u00e9s par le vent   &#8211; Richard FLANAGAN"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/parlevent.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-13522\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/parlevent.jpg\" alt=\"\" width=\"1080\" height=\"810\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/parlevent.jpg 1080w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/parlevent-300x225.jpg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/parlevent-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/parlevent-768x576.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1080px) 100vw, 1080px\" \/><\/a><\/p>\n<p><em>\u00c9dition 10\/18 domaine \u00e9tranger . Traduit de l&rsquo;anglais par Delphine et Jean-Louis Chevalier<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/4.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-725 alignleft\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/4.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>Le 23 janvier 2020 je disais \u00e0 <a href=\"http:\/\/legoutdeslivres.canalblog.com\/archives\/2020\/01\/23\/37964657.html#comments\">Aifelle<\/a> que ce livre me tentait beaucoup. Elle me mettait en garde contre l&rsquo;aspect tr\u00e8s noir du roman, elle avait bien raison mais je ne regrette absolument pas cette lecture m\u00eame si parfois je l&rsquo;ai trouv\u00e9e \u00e9prouvante.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas un roman qui se lit facilement parce qu&rsquo;il d\u00e9crit une tension que rien ne semble pouvoir apaiser. Mais il permet de d\u00e9couvrir le sort qui \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 aux \u00e9migr\u00e9s europ\u00e9ens qui, apr\u00e8s la guerre, ont voulu rejoindre l&rsquo;Australie pour fuir les horreurs qu&rsquo;ils venaient de vivre. Comme \u00e0 toutes les \u00e9poques d&rsquo;apr\u00e8s conflits, les populations recherchent un ailleurs plus souriant, mais les pays se referment sur eux m\u00eames et n&rsquo;accueillent que difficilement de nouveaux arrivants m\u00eame dans un pays comme l&rsquo;Australie qui pourtant, est, en principe, une terre d&rsquo;immigration.<\/p>\n<p>Le roman se construit sur deux \u00e9poques, l&rsquo;enfance de Sonja dans les ann\u00e9es 1950, et en 1990 son retour alors qu&rsquo;elle est enceinte vers son p\u00e8re Bojan Buloh, un ouvrier dur \u00e0 la t\u00e2che et qui noie son mal de vivre dans l&rsquo;alcool. Avant ces dates, il y a aussi le pass\u00e9 dans les montagnes Slov\u00e8nes o\u00f9 Bojan et sa femme Maria ont connu l&rsquo;horreur absolue de la guerre contre les nazis men\u00e9e par des partisans. Ces horreurs ont model\u00e9 des \u00eatres qui renferment alors en eux des bulles de fragilit\u00e9s dont ils n&rsquo;ont eux-m\u00eames pas id\u00e9e et qui peuvent \u00e9clater \u00e0 tout moment. Les chasser loin, au del\u00e0 de leurs souvenirs, ne leur permettra pas de se d\u00e9barrasser de leur pr\u00e9sence dans leur personnalit\u00e9.<\/p>\n<p>Marie, dispara\u00eet d\u00e8s le premier chapitre. Dispara\u00eet c&rsquo;est vraiment le mot employ\u00e9 et elle laisse derri\u00e8re elle, une petite fille de 5 ans qui ne comprend pas et un mari compl\u00e8tement effondr\u00e9 qui ne trouvera que dans l&rsquo;alcool des oublis qui ne durent que le temps de l&rsquo;ivresse. La vie des \u00e9migr\u00e9s \u00e9taient dures, en effet, avant de devenir australien, ils devaient accepter de travailler pendant deux ans l\u00e0 o\u00f9 on avait besoin d&rsquo;eux. Pour Bojan, ce sera \u00e0 construire des barrages hydrauliques en Tasmanie. Si la description du climat est r\u00e9aliste, cela ne donne gu\u00e8re envie d&rsquo;y faire du tourisme, il y fait froid, le paysage est noy\u00e9 sous la brume ou la pluie battante. L&rsquo;enfant est d&rsquo;abord retir\u00e9 \u00e0 son p\u00e8re et fr\u00e9quentera deux familles d&rsquo;accueil absolument horribles, puis elle viendra vivre avec lui. Bojan aime son enfant mais est d\u00e9pass\u00e9 par son drame personnel, et lorsqu&rsquo;il a bu frappe sa fille sans raison. Malgr\u00e9 cela Sonja a bien du mal \u00e0 le quitter, et c&rsquo;est vers lui qu&rsquo;elle revient adulte et enceinte.<\/p>\n<p>Ce roman est donc tr\u00e8s sombre et parfois trop pour moi, et il est soutenu par une \u00e9vocation d&rsquo;une nature sans piti\u00e9 qui colore le roman d&rsquo;une tension suppl\u00e9mentaire. Pendant tout le roman on esp\u00e8re comprendre le pourquoi de tant de malheurs, on sent que la v\u00e9rit\u00e9 va \u00eatre insupportable et elle l&rsquo;est effectivement. Je ne m&rsquo;attendais pas \u00e0 cette explication que je me garde bien de vous d\u00e9voiler. La fin du roman est un petit moment d&rsquo;espoir autour d&rsquo;un b\u00e9b\u00e9 qui repr\u00e9sente un avenir possible. En tout cas, c&rsquo;est que j&rsquo;esp\u00e8re, on croise les doigts pour ce bonheur fragile.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>Citations<\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 id=\"yiv3748754017yMail_cursorElementTracker_1622198162818\">R\u00e9action de Soja face \u00e0 la col\u00e8re de son p\u00e8re compl\u00e8tement ivre<\/h3>\n<blockquote><p><em>Il n&rsquo;\u00e9tait pas grand, Sonja Buloh n&rsquo;\u00e9tait pas grande non plus et ne poss\u00e9dait pas sa facult\u00e9 de prendre des proportions gigantesques. Elle, c&rsquo;\u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;inverse. Pour \u00e9chapper \u00e0 ce courroux, elle avait appris l&rsquo;art de la petitesse, l&rsquo;art de rendre son \u00eatre si menu qu&rsquo;il devenait invisible sauf \u00e0 un examen attentif.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<h3>La langue et l&rsquo;immigration<\/h3>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv2486430098yMail_cursorElementTracker_1622217973815\"><em>Il s&rsquo;arr\u00eata, rassembla ses pens\u00e9es dans sa t\u00eate et essaya de les r\u00e9arranger en un semblant d&rsquo;anglais correct. \u00ab&#160;J&rsquo;aurais d\u00fb \u00e9crire \u00e0 toi, euh, des lettres, mais euh, mon anglais, il va au travail, il va au pub, mais il va pas si bien sur le papier.&#160;\u00bb<\/em><\/div>\n<div id=\"yiv2486430098yMail_cursorElementTracker_1622218065106\"><em>\u00ab&#160;Il y a des choses qui comptent plus que les mots&#160;\u00bb dit-elle puis elle s&rsquo;arr\u00eata. Sa remarque avait toutefois frapp\u00e9 son p\u00e8re . Il devint presque volubile, mais sans col\u00e8re, pour la r\u00e9futer.\u00a0<\/em><\/div>\n<div id=\"yiv2486430098yMail_cursorElementTracker_1622218157533\"><em>\u00ab&#160;Peut-\u00eatre tu dis \u00e7a parce que tu as plein de mots, dit-il tu as trouv\u00e9 une langue. Moi j&rsquo;ai perdu la mienne. J&rsquo;ai jamais eu assez de mots pour dire aux gens c&rsquo;que je pense, c&rsquo;que je ressens. Jamais assez de mots pour un bon boulot.&#160;\u00bb<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<h3>Illusions australiennes .<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv6202925294yMail_cursorElementTracker_1622315404471\"><em>Pour Sonja la ville de Tullah n&rsquo;\u00e9tait pas nich\u00e9e dans la haute vall\u00e9e entour\u00e9e de tous c\u00f4t\u00e9s par les montagnes sauvages, mais avait plut\u00f4t un air de catastrophe industrielle dispos\u00e9e en petit tas r\u00e9guliers qu&rsquo;on avait laiss\u00e9s s&rsquo;enfoncer dans le sol mar\u00e9cageux. Tout \u00eatre, toute chose \u00e9tait provisoire. Sauf la for\u00eat tropicale et le bois bouton qui repousserait une fois termin\u00e9 cette br\u00e8ve interruption. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas un lieu o\u00f9 les gens naissaient ou souhaitaient mourir, mais un lieu qu&rsquo;ils aspiraient simplement \u00e0 quitter.\u00a0<\/em><\/div>\n<div id=\"yiv6202925294yMail_cursorElementTracker_1622315658866\"><em>La promesse faite aux travailleurs \u00e9migr\u00e9s, l&rsquo;offre d&rsquo;une vie meilleure en Australie dans l&rsquo;Europe d\u00e9vast\u00e9e par la guerre, l&rsquo;insaisissable arc-en-ciel de la prosp\u00e9rit\u00e9 et e de temps plus paisibles, tout cela s&rsquo;\u00e9tait amenuis\u00e9, \u00e9loign\u00e9, ce n&rsquo;\u00e9tait plus une chose r\u00e9elle mais un kal\u00e9idoscope, un r\u00eave \u00e0 moiti\u00e9 fix\u00e9 dans la m\u00e9moire qu&rsquo;il valait mieux essayer d&rsquo;oublier.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<h3>Les d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv7885075853yMail_cursorElementTracker_1622565443081\"><em>\u00c0 la fin la seule chose qui comptait, c&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;il semblait ne pas y avoir d&rsquo;issue, vraiment rien d&rsquo;autre que la mort ou l&rsquo;alcool. Au bout d&rsquo;un certain temps tout le reste s&rsquo;\u00e9vanouissait, et certains \u00e9taient assez contents qu&rsquo;il en soit ainsi et d&rsquo;autres non, mais dans un cas comme dans l&rsquo;autre la plupart finissait par d\u00e9cider que mieux valait ne pas songer sans cesse au joug du destin qui pesait si durement sur eux. Au bout d&rsquo;un certain temps ils perdaient \u00e0 peu pr\u00e8s tout, famille, argent, espoir. Ils conservaient toutefois une certaine camaraderie de chiens perdus qui valait ce qu&rsquo;elle valait, g\u00e9n\u00e9ralement pas grand-chose, certaines fois \u00e9norm\u00e9ment.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<h3>Le discours que le p\u00e8re n&rsquo;a pas pu dire \u00e0 sa fille<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv1219290422yMail_cursorElementTracker_1622728061405\"><em>Elle partie, il trouva finalement les mots pour exprimer ce qu&rsquo;il voulait lui dire depuis longtemps. \u00ab&#160;Toi et moi, dit-il d&rsquo;une voix basse au d\u00e9bit h\u00e9sitant, on a v\u00e9cu, on a v\u00e9cu pire que des chiens. Je regrette. Je pense pas qu&rsquo;tu reviendras. Crois-moi, j&rsquo;ai jamais voulu tout \u00e7a, la boisson, les coups, ces gourbis d&rsquo;\u00e9migr\u00e9s, des fois des choses t&rsquo;arrivent dans la vie et malgr\u00e9 tout, malgr\u00e9 c&rsquo;que t&rsquo;esp\u00e8res, tu peux pas les changer.&#160;\u00bb<\/em><\/div>\n<div id=\"yiv1219290422yMail_cursorElementTracker_1622728278959\"><em>Sa confession termin\u00e9e, son \u00e9loquence l&rsquo;abandonna aussi rapidement qu&rsquo;elle \u00e9tait venue.\u00a0<\/em><\/div>\n<div id=\"yiv1219290422yMail_cursorElementTracker_1622728289200\"><em>Avant d&rsquo;aller prendre dans le frigo sa premi\u00e8re bouteille de la journ\u00e9e, oublieux de l&rsquo;heure matinale, il dit seulement une chose \u00e0 la brise qui s&rsquo;engouffrait du monde ext\u00e9rieur.<\/em><\/div>\n<div id=\"yiv1219290422yMail_cursorElementTracker_1622728300625\"><em>&#160;\u00bb On est venus en Australie, dis Bojan Buloh, pour \u00eatre libres&#160;\u00bb.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<blockquote>\n<div><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; \u00c9dition 10\/18 domaine \u00e9tranger . 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