{"id":13082,"date":"2021-04-19T06:31:34","date_gmt":"2021-04-19T04:31:34","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=13082"},"modified":"2021-04-19T07:38:50","modified_gmt":"2021-04-19T05:38:50","slug":"ame-brisee-akira-mizubayashi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=13082","title":{"rendered":"\u00c2me Bris\u00e9e   -Akira MIZUBAYASHI"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/brisee.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-13083\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/brisee.jpg\" alt=\"\" width=\"1080\" height=\"810\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/brisee.jpg 1080w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/brisee-300x225.jpg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/brisee-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/brisee-768x576.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1080px) 100vw, 1080px\" \/><\/a><\/p>\n<p>\u00c9dition Gallimard NRF<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-726 alignleft\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>Un roman pudique qui exprime pourtant si bien la violence, la solitude, la peur, l&rsquo;amour et surtout la force de la musique. On est loin des six cent pages obligatoires du moindre roman am\u00e9ricain et pourtant, je suis certaine que ce texte restera dans ma m\u00e9moire autant par l&rsquo;ambiance que ce romancier a su cr\u00e9er que par la force de l&rsquo;histoire. C&rsquo;est la deuxi\u00e8me fois que je rencontre ce romancier, je me souviens avoir d\u00e9j\u00e0 beaucoup aim\u00e9 \u00ab&#160;<a href=\"https:\/\/luocine.fr\/?p=200\">Une langue venue d&rsquo;ailleurs<\/a>&#160;\u00bb .<br \/>\nLe r\u00e9cit commence par une sc\u00e8ne de terreur. En 1938, au Japon, un groupe de quatre musiciens amateurs se r\u00e9unit pour r\u00e9p\u00e9ter Rosamunde de Schubert. Mais ils sont interrompus par un militaire qui les soup\u00e7onne de communisme . Le p\u00e8re du narrateur a juste le temps de cacher son fils dans une armoire avant d&rsquo;\u00eatre brutalis\u00e9 par ce soldat qui va les arr\u00eater tous les quatre , d\u2019autant plus furieux que trois d&rsquo;entre eux sont Chinois. L&rsquo;enfant cach\u00e9 verra toute la sc\u00e8ne, en particulier le soldat qui \u00e9crase de son pied bott\u00e9, le violon de son p\u00e8re. Ensuite le roman passe quelques d\u00e9cennies et Rei l&rsquo;enfant est devenu adulte, il est luthier et a \u00e9pous\u00e9 une archeti\u00e8re (un mot que ce roman a rajout\u00e9 \u00e0 mon vocabulaire). Nous apprendrons que cet enfant a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 par un couple de fran\u00e7ais ami de son p\u00e8re qui lui, a disparu dans les ge\u00f4les de l&#8217;empire du Japon pendant la guerre. Le roman permet de retrouver les protagonistes ou leurs descendants de la sc\u00e8ne initiale. C&rsquo;est aussi un roman sur la musique, le travail du luthier, sur la langue japonaise. Rie a r\u00e9ussi \u00e0 reconstruire le violon de son p\u00e8re, je ne peux sans divulg\u00e2cher la fin du r\u00e9cit, vous dire quelle virtuose jouera sur cet instrument de facture fran\u00e7aise. Je connaissais la tradition de luthiers de Richemont, petite ville des Vosges, mais je ne savais pas que, sans d\u00e9passer la tradition de Cr\u00e9mone, Richemont a donn\u00e9 des violons d&rsquo;une qualit\u00e9 tr\u00e8s recherch\u00e9e, encore aujourd&rsquo;hui. le p\u00e8re de Rei poss\u00e8de un Jean-Baptise Vuillaume.<\/p>\n<p>Si je mets 5 coquillages \u00e0 ce roman, c&rsquo;est que j&rsquo;aime tout dans la fa\u00e7on de raconter de Akira MIZUBAYASHI en particulier sa pudeur, son \u00e9l\u00e9gance et son go\u00fbt pour la langue aussi bien japonaise que fran\u00e7aise.(Il \u00e9crit en fran\u00e7ais&#160;!)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>Citations<\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Destruction du violon<\/h3>\n<blockquote><p><em>Emport\u00e9 par la haine f\u00e9roce, il balan\u00e7a le violon par terre de toutes ses forces et l&rsquo;\u00e9crasa de ses lourdes bottes de cuir. L&rsquo;instrument \u00e0 corde, bris\u00e9e, aplati, r\u00e9duit en morceaux, poussa d&rsquo;\u00e9tranges cris d&rsquo;agonie qu&rsquo;aucun animal mourant n&rsquo;e\u00fbt \u00e9mis dans la for\u00eat des chasseurs impitoyables.<\/em><\/p>\n<div id=\"yiv8323338025yMail_cursorElementTracker_1613574600953\"><em>Rei avait assist\u00e9, par le trou de la serrure, \u00e0 toute cette sc\u00e8ne insoutenable sans pouvoir suffisamment saisir les \u00e9changes entre son p\u00e8re et le militaire. Il \u00e9tait retourn\u00e9 par la violence que son p\u00e8re subissait. P\u00e9trifi\u00e9 de peur, recroquevill\u00e9 sur lui-m\u00eame, d\u00e9vast\u00e9 par son impuissance d&rsquo;enfant, il se morfondait dans l&rsquo;obscurit\u00e9 de sa cachette. Seul vibrait au fond de son conduit auditif la monstruosit\u00e9 du mot \u00ab&#160;Hikokumin*\u00a0\u00bbet les sons \u00e9v\u00e9nements, plaintifs et dissonants du violon mourant de son p\u00e8re.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div>Hikokumin&#160;: antipatriote<\/div>\n<h3>Sc\u00e8ne initiale<\/h3>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv1362695332yMail_cursorElementTracker_1613313546576\"><em>Plusieurs longues secondes passent. Je ne sais ce qu&rsquo;il fait, le corps ne bouge pas d&rsquo;un pouce. J&rsquo;ai peur. Instinctivement, je ferme les yeux. Le silence persiste. Je rouvre les yeux \u00e0 moiti\u00e9. Il se penche alors lentement, tr\u00e8s lentement, comme s&rsquo;il h\u00e9sitait, comme s&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas s\u00fbr de ce qu&rsquo;il faisait. Une t\u00eate d&rsquo;homme, coiff\u00e9 d&rsquo;un k\u00e9pi de la m\u00eame couleur que l&rsquo;uniforme, appara\u00eet devant mes yeux. \u00c0 contre-jour, elle est voil\u00e9e d&rsquo;une ombre \u00e9paisse. Du bord du k\u00e9pi descend par derri\u00e8re jusqu&rsquo;aux \u00e9paules une pi\u00e8ce d&rsquo;\u00e9toffe \u00e9galement kaki. Les yeux seuls brillent comme ceux d&rsquo;une chatte qui guette dans les t\u00e9n\u00e8bres. Mes yeux, maintenant grands ouverts, rencontrent les siens. Je crois pouvoir reconna\u00eetre un discret sourire qui s&rsquo;esquisse et qui se r\u00e9pand autour des yeux. Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il va faire&#160;? Il va me faire mal&#160;? Il va me sortir de force de cette cachette&#160;? Je me blottis davantage sur moi-m\u00eame. Soudain, il se penche de c\u00f4t\u00e9 et se baisse un peu, puis il se rel\u00e8ve aussit\u00f4t avec, dans la main, le violon ab\u00eem\u00e9 qu&rsquo;il a pos\u00e9 sans doute, il y a quelques instants, sur le banc juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;armoire o\u00f9 je suis r\u00e9fugi\u00e9.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Le th\u00e8me de Rosamunde<\/h3>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv1790217153yMail_cursorElementTracker_1613314160046\"><em>Le th\u00e8me que je vais jouer est d&rsquo;apr\u00e8s moi l&rsquo;expression de la nostalgie pour le monde d&rsquo;autrefois qui se confond avec l&rsquo;enfance peut-\u00eatre, un monde en tout cas paisible et serein, plus harmonieux que celui d&rsquo;aujourd&rsquo;hui dans sa laideur et sa violence. En revanche, j&rsquo;entends le motif pr\u00e9sent\u00e9 par l&rsquo;alto et le violoncelle \u00ab&#160;t\u00e2&#8230;. takatakata&#8230;&#8230;., t\u00e2&#8230;. takatakata&#8230;&#160;\u00bb, comme la pr\u00e9sence obstin\u00e9e de la menace pr\u00eate \u00e0 envahir la vie apparemment sans trouble. La m\u00e9lodie introduite par Kang-san traduit l&rsquo;angoissante tristesse qui g\u00eet au fond de notre c\u0153ur.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Le travail du Luthier<\/h3>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv2347280065yMail_cursorElementTracker_1613314633761\"><em>Le vieil homme \u00e9tait en tablier bleu marine recouvert, de-ci de-l\u00e0, de quelques copeaux fins. Il retourna \u00e0 son \u00e9tabli tout en longueur o\u00f9 se trouvait, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;un violoncelle d\u00e9tabl\u00e9 et en restauration, un violon ou un alto en cours de fabrication dans son \u00e9tat de bois brut non vernis. L&rsquo;instrument n&rsquo;avait encore ni manche ni touche, mais son corps \u00e9chancr\u00e9 \u00e9tait achev\u00e9, toutes ses parties constitutives bien assembl\u00e9es, minutieusement mont\u00e9es. L&rsquo;homme au tablier bleu marine contemplait son objet d&rsquo;un air satisfait, en le tenant de la main gauche. Les ou\u00efes lui firent penser comme souvent au long yeux brid\u00e9s d&rsquo;un masque japonais \u00ab&#160;Okame&#160;\u00bb. Elles transformaient alors la surface de la table d&rsquo;harmonie gracieusement bomb\u00e9es en un visage de femme souriant et rayonnant. Sur le mur, en face de lui, \u00e9taient accroch\u00e9s une vari\u00e9t\u00e9 incroyable d&rsquo;outils de menuiserie et de lutherie. Plus haut, on voyait un dipl\u00f4me encadr\u00e9, celui de la \u00ab&#160;Cremona Scuola Internazionale di Liuteria&#160;\u00bb. Au bout de quelques minutes, ses yeux quitt\u00e8rent son enfant encore \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de f\u0153tus pour se porter sur les nombreux instrument \u00e0 cordes verticalement accroch\u00e9s \u00e0 une planche en bois d&rsquo;une dizaine de m\u00e8tres qui, juste au-dessous du plafond, allait horizontalement d&rsquo;une extr\u00e9mit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;autre de tout le mur peint en blanc. Il tourna sa chaise en direction de sa collection de violon et alto parfaitement align\u00e9s.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Sa femme est archeti\u00e8re<\/h3>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv7116966900yMail_cursorElementTracker_1613315310016\"><em>H\u00e9l\u00e8ne avait \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9e par le m\u00e9tier d&rsquo;archetier, lorsqu&rsquo;elle \u00e9tait entr\u00e9e dans l&rsquo;atelier d&rsquo;un ma\u00eetre archetier. Une simple baguette en bois de pernambouc c&rsquo;\u00e9tait transform\u00e9e en un bel objet dans la courbe lui apparaissait pour la premi\u00e8re fois -alors qu&rsquo;elle avait v\u00e9cu jusque-l\u00e0 tous les jours au contact des archets et de ses parents- sous l&rsquo;aspect d&rsquo;une myst\u00e9rieuse beaut\u00e9 qui faisait penser \u00e0 celle d&rsquo;un navire c\u00e9leste voguant sur les flots argent\u00e9 des nuages. Ses parents lui avaient dit que la sonorit\u00e9 de leur instrument changeait sensiblement en fonction de l&rsquo;archet qu&rsquo;ils consid\u00e9raient comme le prolongement naturel de leur bras droit.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>et pour votre plaisir une des multiples version de Rosamunde<\/div>\n<div style=\"text-align: center;\">\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Escher String Quartet plays Schubert &quot;Rosamunde&quot;\" width=\"580\" height=\"326\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/85MCB0ZYTn4?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9dition Gallimard NRF Un roman pudique qui exprime pourtant si bien la violence, la solitude, la peur, l&rsquo;amour et surtout la force de la musique. 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