{"id":13025,"date":"2021-11-08T06:33:12","date_gmt":"2021-11-08T05:33:12","guid":{"rendered":"https:\/\/luocine.fr\/?p=13025"},"modified":"2021-11-08T12:05:55","modified_gmt":"2021-11-08T11:05:55","slug":"la-lecon-dallemand-siegfried-lenz","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=13025","title":{"rendered":"La le\u00e7on d&rsquo;allemand   &#8211; Siegfried LENZ"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/allemand.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-13026\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/allemand.jpg\" alt=\"\" width=\"1080\" height=\"810\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/allemand.jpg 1080w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/allemand-300x225.jpg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/allemand-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/allemand-768x576.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1080px) 100vw, 1080px\" \/><\/a><\/p>\n<p><em>\u00c9dition Robert Laffont Pavillons Poche . Traduit de l&rsquo;allemand par Bernard Kreiss<\/em><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/logo-feuilles-allemandes.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-14051\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/logo-feuilles-allemandes.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"135\" \/><\/a><\/p>\n<p>participations au mois \u00ab&#160;les feuilles allemandes&#160;\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab&#160;<a href=\"https:\/\/etsionbouquinait.com\/2021\/11\/03\/mechtild-borrmann-sous-les-decombres\/\">Si on bouquinait un peu<\/a>&#160;\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab&#160;<a href=\"https:\/\/bookin-ingannmic.blogspot.com\/2021\/11\/bas-de-casse-katja-lange-muller.html\">Ingannmic<\/a>&#160;\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/3.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-724 alignleft\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/3.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>Surtout ne pas se fier \u00e0 la quatri\u00e8me de couverture qui raconte vraiment n&rsquo;importe quoi&#160;:<\/p>\n<blockquote><p><em>En 1943 son p\u00e8re , officier de police , est contraint de faire appliquer la loi du Reich et ses mesures antis\u00e9mites \u00e0 l&rsquo;encontre de l&rsquo;un de ses amis d&rsquo;enfance, le peintre Max Nansen.<br \/>\n<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Il y a deux choses de vraies dans cette phrase, le p\u00e8re du narrateur est bien chef de la police local, et nous sommes en 1943 . Deux choses fausses, le p\u00e8re policier n&rsquo;applique pas des mesures antis\u00e9mites \u00e0 Max Nansen qui d&rsquo;ailleurs n&rsquo;est pas juif , mais il applique des mesures qui combattent l&rsquo;art d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 . Il n&rsquo;est pas \u00ab&#160;contraint&#160;\u00bb de le faire, et ce mot trahit compl\u00e8tement le sens du roman, le chef de la police de Rugb\u00fcll \u00e9prouve une joie profonde \u00e0 appliquer toutes les mesures qui rel\u00e8ve de son\u00a0<strong>\u00ab&#160;DEVOIR&#160;\u00bb\u00a0<\/strong>. (J\u2019attribue \u00e0 cette quatri\u00e8me de couverture la palme de l\u2019absurdit\u00e9 du genre)<\/p>\n<p>le roman se passe en deux endroits diff\u00e9rents, le jeune Siggi Jepsen est intern\u00e9 dans une maison pour d\u00e9linquants sur une \u00eele et doit s&rsquo;acquitter d&rsquo;une punition car il a rendu copie blanche \u00e0 son devoir d&rsquo;allemand sur le \u00ab&#160;sens du devoir&#160;\u00bb. Il explique que ce n&rsquo;est pas parce qu&rsquo;il n&rsquo;a rien \u00e0 dire mais, au contraire, parce qu&rsquo;il a trop de choses \u00e0 dire. Commence alors, la r\u00e9daction de ses cahiers qui nous ram\u00e8nent en 1943 \u00e0 Rugb\u00fcll un petit village rural du nord de l&rsquo;Allemagne dans la province du Schleswig-Holstein. Une r\u00e9gion de tourbi\u00e8res et de marais. Le p\u00e8re de Jens, le policier local est tr\u00e8s fier de ses fonctions. Le devoir, c&rsquo;est ce qui le fait tenir droit dans ses bottes comme tous les allemands de l&rsquo;\u00e9poque. Le deuxi\u00e8me personnage du r\u00e9cit c&rsquo;est un peintre Max Ludwig Nansen dont les tableaux ne plaisent pas au r\u00e9gime en place. Tout ce qui est dit sur ce peintre nous ram\u00e8ne \u00e0 Nolde qui effectivement a peint cette r\u00e9gion et a \u00e9t\u00e9 interdit de peindre en 1943, car sa peinture a \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9e d&rsquo;art d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9, alors que lui m\u00eame avait adh\u00e9r\u00e9 au partit Nazi et \u00e9tait tr\u00e8s profond\u00e9ment antis\u00e9mite, (Angela Merkel a fait enlever ses tableaux de la chancellerie \u00e0 Berlin, pour cette raison) . Rien de tout cela dans le roman, mais une \u00e9vocation saisissante de la peinture de Nolde qui a compris mieux que quiconque, sans doute, la beaut\u00e9 des paysages de cette r\u00e9gion.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/nodle.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-13029\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/nodle.jpg\" alt=\"\" width=\"256\" height=\"197\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le roman voit donc s&rsquo;opposer le p\u00e8re du narrateur un homme obtus et qui n&rsquo;a qu&rsquo;une raison de vivre&#160;: appliquer les ordres et ce peintre qui ne vit que pour la peinture, tout cela dans une nature aust\u00e8re et au climat rude. Sur la couverture du livre je vois cette citation de Lionel Duroy&#160;:<\/p>\n<blockquote><p><em>J&rsquo;aurais r\u00eav\u00e9 \u00eatre un personnage de Lenz, habiter son livre.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Cette phrase m&rsquo;a laiss\u00e9e songeuse, car j&rsquo;ai d\u00e9test\u00e9 tant de personnages de ce roman. Je pense que Lionel Duroy n&rsquo;aurait pas aim\u00e9 \u00eatre le p\u00e8re de Jens qui est capable de d\u00e9noncer aux autorit\u00e9s son propre fils Klaas qui s&rsquo;est tir\u00e9 une balle dans la main pour fuir l&rsquo;arm\u00e9e. La m\u00e8re qui dit tout comme son mari et qui explique \u00e0 son fils de ne pas s&rsquo;approcher des enfants handicap\u00e9s car ils sont porteur de tous les vices et les malheurs du monde. Tous les personnages se d\u00e9battent dans un pays si plat que rien ne peut y \u00eatre cach\u00e9 et se meuvent dans une lenteur proche du cauchemar. Le peintre a une force personnelle qui rompt avec cet acad\u00e9misme bien pensant sans pour autant remettre \u00e0 sa place le policier m\u00eame apr\u00e8s la guerre sans que l&rsquo;on comprenne pourquoi.<\/p>\n<p>Il y a une forme d&rsquo;exploit un peu \u00e9trange dans ce roman, le mot Nazi n&rsquo;y apparait jamais pas plus que la moindre allusion au sort des juifs, pas plus que le nom d&rsquo;Hitler. Ce n&rsquo;est s\u00fbrement pas un hasard mais je ne peux qu&rsquo;\u00e9mettre des hypoth\u00e8ses. Je pense que le but de Siegfried Lenz est de montrer qu&rsquo;une certaine mentalit\u00e9 allemande est porteuse en elle-m\u00eame de tous les exc\u00e8s du nazisme. Cette mentalit\u00e9 puise ses racines dans une nature o\u00f9 le regard se perd dans des infinis plats et gris auquel seul le regard d&rsquo;un artiste peut donner du sens . Je vous conseille de regarder sur Arte un reportage sur Nolde, vous entendrez que ce roman de Siegfried Lens a contribu\u00e9 \u00e0 effacer le pass\u00e9 antis\u00e9mite du peintre et son engagement au c\u00f4t\u00e9 du r\u00e9gime Nazi. Je comprends mieux les curieux silences de l\u2019auteur qui m\u2019avaient tant \u00e9tonn\u00e9e.<\/p>\n<p>Tout cela donne un roman de 600 pages au rythme si lent que j&rsquo;ai failli plusieurs fois fermer ce livre en me disant \u00e7a va comme \u00e7a&#160;! Assez de nature grise mouill\u00e9e sans aucun relief&#160;! Assez de ces personnages qui restent face \u00e0 face sans se parler&#160;! Assez des bateaux sur l&rsquo;Elbe qui n&rsquo;avancent pas&#160;!<\/p>\n<p>Mais, je me suis souvenue du mois des feuilles allemandes chez Patrice et Eva alors j&rsquo;ai tout lu pour vous dire que vous pouvez laisser ce roman dans les rayons de votre biblioth\u00e8que d&rsquo;o\u00f9 on ne doit pas le sortir tr\u00e8s souvent. Et si vous voulez comprendre cette r\u00e9gion regardez les tableaux de Nolde (malgr\u00e9 son pass\u00e9 nazi et son antis\u00e9mitisme) vous aurez plus de plaisir et vous aurez le meilleur de cette r\u00e9gion.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/cielnodle.jog_.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-13032\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/cielnodle.jog_.jpg\" alt=\"\" width=\"197\" height=\"255\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>Citations<\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Un passage pour donner une id\u00e9e du style et du rythme tr\u00e8s lent du roman<\/h3>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv3136615155yMail_cursorElementTracker_1611659501951\"><em>Toujours plus haut, plus vite, plus abrupt. Toujours plus vigoureuse les impulsions. Toujours plus pr\u00e8s de la cime large et d\u00e9fris\u00e9e du vieux pommier plant\u00e9 par Frederiksen du temps de sa jeunesse. La balan\u00e7oire \u00e9mergeait avec un sifflement de l&rsquo;ombre verdoyante, glissait dans un grincement d&rsquo;anneaux le long des cordes tendues et vibrantes et engendraient au passage un fort appel d&rsquo;air&#160;; et, sur le corps arqu\u00e9 et tendu de Jutra passait les ombres effrang\u00e9es des branchages. Elle grimpait vers le sommet, restait un instant suspendu dans l&rsquo;air, retombait&#160;; j&rsquo;intervenais dans cette chute en poussant rapidement au passage la planche de la balan\u00e7oire ou les hanches de Jutta ou son petit derri\u00e8re&#160;; je la poussais en avant, en haut, vers le sommet du pommier, elle grimpait l\u00e0-haut comme projet\u00e9e par une catapulte, la robe flottante, les jambes \u00e9cart\u00e9es, et le courant d&rsquo;air sifflant lui modelait sans cesse une nouvelle apparence, tirait ses cheveux vers l&rsquo;arri\u00e8re ou donnait plus d&rsquo;acuit\u00e9 encore \u00e0 son visage osseux et moqueur. Elle avait d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 faire un tour complet avec la balan\u00e7oire et moi, j&rsquo;\u00e9tais d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 lui fournir l&rsquo;impulsion n\u00e9cessaire, mais pas moyen d&rsquo;y arriver, m\u00eame quand elle se mit debout, jambes \u00e9cart\u00e9es sur la planche, pas moyen d&rsquo;y arriver, la branche \u00e9tait trop tordu ou l&rsquo;impulsion insuffisante&#160;: ce jour-l\u00e0, dans le jardin du peintre, pour le soixanti\u00e8me anniversaire du docteur Busbeck. Et quand Jutta comprit que je n&rsquo;y arriverai pas, elle se rassit sur la planche. Elle se laissa balancer en souriant sans l&rsquo;ombre d&rsquo;une d\u00e9ception et se mit \u00e0 me regarder d&rsquo;une fa\u00e7on bizarre. Et soudain elle m&rsquo;enserra et me retint dans la pince de ses jambes maigres et brunes, je n&rsquo;avais plus gu\u00e8re notion d&rsquo;autre chose que de sa proximit\u00e9. En tout cas je compris cette proximit\u00e9, et j&rsquo;ose l&rsquo;affirmer, elle comprit que j&rsquo;avais compris&#160;; je d\u00e9cidai de rester absolument immobile et d&rsquo;attendre la suite mais il n&rsquo;y eut pas de suite&#160;: Jutta me donna un baiser bref et n\u00e9gligent, desserra ses jambes, se laissa glisser \u00e0 terre et courut vers la maison.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Le sens du devoir du p\u00e8re policier et le peintre<\/h3>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv5167621391yMail_cursorElementTracker_1611672394811\"><em>Peut-\u00eatre te renverra t-on les tableaux un jour, Max. Peut-\u00eatre que la Chambre veut-elle seulement les examiner et te les renverra-t-on apr\u00e8s.<\/em><\/div>\n<div id=\"yiv5167621391yMail_cursorElementTracker_1611672592205\"><em>Et dans la bouche de mon p\u00e8re une telle affirmation, une telle hypoth\u00e8se prenait un air de vraisemblance tel qui ne serait venu \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de personnes de mettre en doute sa bonne foi. Le peintre en resta interloqu\u00e9 et sa r\u00e9ponse mit du temps \u00e0 venir. Jens, dit-il enfin avec une indulgence un peu am\u00e8re , mon Dieu, Jens, quand comprendras-tu qu&rsquo;ils ont peur et que c&rsquo;est la peur qui leur inspire cette d\u00e9cision, interdire aux gens d&rsquo;exercer leur profession, confisquer des tableaux. On me les renverra&#160;? Dans une urne peut-\u00eatre, oui. Les allumettes sont entr\u00e9s au service de la critique d&rsquo;art, Jens, de la contemplation artistique comme ils disent. Mon p\u00e8re faisait face au peintre&#160;; il ne montrait plus le moindre embarras et son attitude exprimait m\u00eame une impatience arrogante. Je ne fus donc pas surpris de l&rsquo;entendre dire&#160;: Berlin en a d\u00e9cid\u00e9 ainsi et cela suffit. Tu as lu la lettre de tes propres yeux, Max. Je dois te demander d&rsquo;assister \u00e0 la s\u00e9lection des tableaux. Est-ce que tu vas mettre les tableaux en \u00e9tat d&rsquo;arrestation&#160;? demanda le peintre et mon p\u00e8re, d&rsquo;un ton cassant, nous verrons quels tableaux doivent \u00eatre r\u00e9quisitionn\u00e9s. Je vais noter tout \u00e7a et on viendra les chercher demain.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Heureusement que l&rsquo;\u00e9crivain narrateur pr\u00e9vient de la lenteur&#8230;<\/h3>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv8540530781yMail_cursorElementTracker_1611835778955\"><em>Mais il faut maintenant que je d\u00e9crive le matin, m\u00eame si chaque souvenir appelle des significations nouvelles&#160;: il faut que je mette en sc\u00e8ne une lente \u00e9closion du jour au cours de laquelle un jaune irr\u00e9sistible l&#8217;emporte peu \u00e0 peu sur le gris et le brun&#160;; il faut que j&rsquo;introduise l&rsquo;\u00e9t\u00e9, un horizon sans bornes, des canaux, un vol de vanneaux, il faut que je d\u00e9roule dans le ciel des nappes de brume, et que je fasse r\u00e9sonner de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la digue le bourdonnement vibrant d&rsquo;un cotre&#160;; et pour compl\u00e9ter le tableau, il faut que je quadrille le paysage d&rsquo;arbres et de haies, de fermes basses d&rsquo;o\u00f9 ne se l\u00e8ve aucune fum\u00e9e&#160;; il faut aussi que, d&rsquo;une main n\u00e9gligente, je pars\u00e8me les prairies de b\u00e9tail tach\u00e9 de blanc et de brun.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Toujours cette lenteur qui convient aux gens du Nord de l&rsquo;Allemagne<\/h3>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv9007777109yMail_cursorElementTracker_1611836995815\"><em>Je dois patienter si je veux tracer de lui un portrait ressemblant&#160;; je dois \u00e9voquer les entr\u00e9e en mati\u00e8re des deux hommes, leur extraordinaire propension \u00e0 larder la table de la cuisine de silences exag\u00e9r\u00e9ment longs -ils parle il parl\u00e8rent d&rsquo;avion volant en rase-mottes et de chambres \u00e0 air- je dois supporter une fois encore le soin minutieux qu&rsquo;ils mirent \u00e0 s&rsquo;informer de la sant\u00e9 de leurs proches et je dois aussi songer \u00e0 leurs gestes lents mais calcul\u00e9<\/em>s.<\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Le devoir dialogue avec le facteur<\/h3>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv0571653499yMail_cursorElementTracker_1611837434441\"><em>Il y en a qui se font du souci, dit-il, il y a des gens qui se font du souci pour toi parce qu&rsquo;ils pensent que les choses peuvent changer un beau jour&#160;: tu sais qu&rsquo;il a beaucoup d&rsquo;amis. J&rsquo;en sais encore plus, dit mon p\u00e8re, je sais qu&rsquo;on l&rsquo;estime aussi \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, qu&rsquo;on l&rsquo;admire m\u00eame, je sais que chez nous \u00e9galement, il y en a qui sont fiers de lui, fiers, parce qu&rsquo;il a invent\u00e9 ou cr\u00e9\u00e9 ou fait conna\u00eetre le paysage de chez nous. J&rsquo;ai m\u00eame appris que dans l&rsquo;Ouest et dans le Sud c&rsquo;est \u00e0 lui qu&rsquo;on pense d&rsquo;abord quand on pense \u00e0 notre r\u00e9gion. Je sais pas mal de choses crois-moi. Mais pour ce qui est du souci&#160;? Celui qui fait son devoir n&rsquo;a pas de souci \u00e0 se faire -m\u00eame si les choses devaient changer un jour.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Son p\u00e8re, est ce de l&rsquo;humour&#160;?<\/h3>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv5772901493yMail_cursorElementTracker_1611868950047\"><em>Il avait la r\u00e9flexion besogneuse, la compr\u00e9hension lente, une chance car cela lui permettait de supporter pas mal de choses et surtout de se supporter lui-m\u00eame.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>L&rsquo;allure de son p\u00e8re<\/h3>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv6344002937yMail_cursorElementTracker_1612188223231\"><em>On n&rsquo;entendait pas encore leurs pas tra\u00eenants dans le couloir que d\u00e9j\u00e0 le policier de Rugb\u00fcll s&rsquo;appr\u00eatait \u00e0 les recevoir et adoptait un maintien que nous qualifierons de martial. Dress\u00e9 de tout son haut , des jambes l\u00e9g\u00e8rement \u00e9cart\u00e9es , solidement ancr\u00e9 au plancher, l&rsquo;air d\u00e9contract\u00e9 mais n\u00e9anmoins en \u00e9veil, il resta plant\u00e9 au centre de la cuisine, revendiquant ostensiblement l&rsquo;ob\u00e9issance dont on lui \u00e9tait redevable en tant qu&rsquo;instructeur et actuel chef de notre milice populaire.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>L&rsquo;apr\u00e8s nazisme<\/h3>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv5125658940yMail_cursorElementTracker_1612191072361\"><em>On se dit qu&rsquo;ils vont rester terr\u00e9s un bon moment, faire les morts, se tenir cois, en t\u00eate \u00e0 t\u00eate avec leur honte, dans l&rsquo;obscurit\u00e9, mais \u00e0 peine a-t-on eu le temps de respirer Que d\u00e9j\u00e0 ils sont de retour. Je savais bien qu&rsquo;ils reviendraient, mais pas si vite, Teo, jamais je ne l&rsquo;aurais cru. Quand on voit cela, on ne peut que se demander ce qui leur fait le plus d\u00e9faut&#160;: la m\u00e9moire ou les scrupules.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>La pr\u00e9sence des tableaux<\/h3>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv9465642165yMail_cursorElementTracker_1612262523400\"><em>Peut-\u00eatre cela commen\u00e7a-t-il ainsi&#160;: je remarquai que j&rsquo;\u00e9tais observ\u00e9 et non seulement observ\u00e9 mais reconnu. Les slov\u00e8nes \u00e9taient assis autour de leur table ronde, la mine b\u00e9ate, l&rsquo; \u0153il vitreux, plein de schnaps. Les marchands avaient d&rsquo;int\u00e9r\u00eat que pour une vieille femme qui passait sans faire attention \u00e0 eux et les paysans courb\u00e9s par le vent avaient fort \u00e0 faire avant l&rsquo;orage imminent. Les acrobates&#160;? Les proph\u00e8tes&#160;? Ceux-l\u00e0 ne faisaient que soliloquer.<\/em><\/div>\n<div id=\"yiv9465642165yMail_cursorElementTracker_1612262826169\"><em>\u00a0Ce devaient \u00eatre les deux banquiers avec leurs mains vertes l\u00e9g\u00e8rement dor\u00e9es et leur visage semblable \u00e0 des masques, ils me regardaient. Ils avaient cess\u00e9 de se mettre d&rsquo;accord du coin de l&rsquo; \u0153il sur l&rsquo;homme prostr\u00e9 en face d&rsquo;eux sur sa chaise. Son d\u00e9sespoir ne les int\u00e9ressait plus, ils l&rsquo;abandonnaient \u00e0 sa douleur. Il me sembla qu&rsquo;ils avaient lev\u00e9 le regard, toute trace de sup\u00e9riorit\u00e9 avait disparu de leurs yeux gris et froid. Je ne pouvais pas me l&rsquo;expliquer, je ne cherchais pas non plus \u00e0 me l&rsquo;expliquer&#160;: la peinture se r\u00e9tr\u00e9cit , j&rsquo;ai ressenti une douleur pr\u00e9cise, comme un \u00e9tau contre les tempes, quelque chose de clair se d\u00e9pla\u00e7ait vers la peinture germait tr\u00e8s loin \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re-plan et se rapprochait en vacillant.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>\u00c9vocation de la nature qui peut faire penser aux tableaux de Nodle<\/h3>\n<div id=\"yiv6441705023yMail_cursorElementTracker_1612189115536\">\n<blockquote><p><em>Nous attend\u00eemes jusqu&rsquo;au cr\u00e9puscule et il ne se passait toujours rien. Le soleil se couchait derri\u00e8re la digue, exactement comme le peintre lui avait appris \u00e0 le faire sur papier fort, non perm\u00e9able&#160;: il sombrait, il s&rsquo;\u00e9gouttait pour ainsi dire dans la mer du Nord, en filaments de lumi\u00e8re rouges, jaunes, sulfureux&#160;; de sombres lueurs fleurissaient des cr\u00eates des vagues. Le ciel s&rsquo;allumait de tons ocres et vermillons aux contours flous, aux formes impr\u00e9cises, presque gauche&#160;; mais le peintre lui-m\u00eame le voulait ainsi&#160;: l&rsquo;habilet\u00e9, avait t-il d\u00e9clarer un jour, ce n&rsquo;est pas mon affaire. Donc, un long coucher de soleil, gauche d&rsquo;allure, avec quelque chose d&rsquo;h\u00e9ro\u00efque malgr\u00e9 tout, plus ou moins bien, cern\u00e9 au d\u00e9but comme noy\u00e9 \u00e0 la fin.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<div id=\"yiv6441705023ymail_android_signature\"><\/div>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/nodle2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-13030\" src=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/nodle2.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"347\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/nodle2.jpg 500w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/nodle2-300x208.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9dition Robert Laffont Pavillons Poche . Traduit de l&rsquo;allemand par Bernard Kreiss participations au mois \u00ab&#160;les feuilles allemandes&#160;\u00bb \u00ab&#160;Si on bouquinait un peu&#160;\u00bb \u00ab&#160;Ingannmic&#160;\u00bb Surtout ne pas se fier \u00e0 la quatri\u00e8me de couverture qui raconte vraiment n&rsquo;importe quoi&#160;: En 1943 son p\u00e8re , officier de police , est contraint de faire appliquer la loi <span class=\"ellipsis\">&hellip;<\/span> <span class=\"more-link-wrap\"><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/?p=13025\" class=\"more-link\"><span>Read More &rarr;<\/span><\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":822092,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[44,50,106,189,228,96,267,83,49],"tags":[],"class_list":["post-13025","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-3-coquillages","category-allemagne","category-antisemitisme","category-creation-artistique","category-culpabilite","category-guerre-3945","category-lu-dans-un-cadre-le-mois-de","category-nazisme","category-roman"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13025","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/822092"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=13025"}],"version-history":[{"count":15,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13025\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13141,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13025\/revisions\/13141"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=13025"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=13025"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=13025"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}