{"id":11330,"date":"2020-07-06T06:51:36","date_gmt":"2020-07-06T04:51:36","guid":{"rendered":"http:\/\/luocine.fr\/?p=11330"},"modified":"2020-07-11T15:12:54","modified_gmt":"2020-07-11T13:12:54","slug":"opus-77-alexis-ragougneau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=11330","title":{"rendered":"Opus 77    &#8211; Alexis RAGOUGNEAU"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/opus.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-11331\" src=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/opus.jpg\" alt=\"\" width=\"1080\" height=\"810\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/opus.jpg 1080w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/opus-300x225.jpg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/opus-768x576.jpg 768w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/opus-1024x768.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 1080px) 100vw, 1080px\" \/><\/a><\/p>\n<p><em>\u00c9dition Viviane Hamy. Lu dans le cadre du club de lecture de\u00a0<a href=\"http:\/\/www.lourse.fr\/\">la m\u00e9diath\u00e8que de Dinard.<\/a><\/em><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-726 alignleft\" src=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>Ce roman a obtenu un coup de c\u0153ur \u00e0 notre club et je lui mettrai bien dix coquillages si je le pouvais &#8230; Je l&rsquo;ai referm\u00e9 et je suis rest\u00e9e sans voix un peu comme lorsque le silence s&rsquo;installe apr\u00e8s un morceau de musique parfaitement interpr\u00e9t\u00e9. Un peu comme \u00e0 la fin du concerto pour violon de Chostakovitch dont les diff\u00e9rents mouvements sont autant de chapitres du roman. .<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/chostajpg.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-11334\" src=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/chostajpg.jpg\" alt=\"\" width=\"193\" height=\"261\" \/><\/a><\/p>\n<blockquote><p><em>Chostakovitch aura \u00e9t\u00e9 le jouet de Staline pendant pr\u00e8s de dix-sept ans. Dix-sept ann\u00e9es au cours desquelles le gros chat tout-puissant a jou\u00e9 avec la souris, l&rsquo;\u00e9touffant entre ses griffes jusqu&rsquo;\u00e0 lui faire entrevoir la couleur de la mort, puis la laissant filer, le temps pour elle de se terrer dans sa terreur, reprendre sa respiration, puis bondissant \u00e0 nouveau sur sa poids, sous sa moustache un ind\u00e9finissable rictus. Et ainsi de suite, une alternance de deux coups et de faveurs, dix-sept ann\u00e9es durant.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Cet air inquiet du grand compositeur est \u00e0 l&rsquo;image de l&rsquo;angoisse qui hante la famille du grand chef d&rsquo;orchestre Claessens qui a dirig\u00e9 l&rsquo;OSR (L&rsquo;Orchestre de la Suisse Romane) . Le roman se situe pendant les fun\u00e9railles du chef pendant lesquelles sa fille pianiste virtuose va jouer une adaptation pour piano de ce concerto de Chostakovitch. Chaque mouvement lui permet d&rsquo;\u00e9voquer une des souffrances de sa famille, sous le regard implacable d&rsquo;un p\u00e8re peu soucieux de l\u2019\u00e9panouissement des siens. Sa femme qu&rsquo;il a \u00e9pous\u00e9e trop jeune, \u00e9tait jeune cantatrice isra\u00e9lienne que son mari abandonnera peu \u00e0 peu \u00e0 la folie et \u00e0 son silence se tournant vers des jeunes filles toujours plus jeunes et toujours cantatrices. Son fils, qu&rsquo;il poussera pour qu&rsquo;il devienne un prodige. Jusqu&rsquo;\u00e0 le pousser lui aussi vers le silence. Et enfin, elle, sa fille virtuose qui se demande sans cesse si elle doit sa renomm\u00e9e \u00e0 son nom o\u00f9 \u00e0 sa superbe chevelure rousse. Mais au-del\u00e0 du drame familial ce livre permet de comprendre la vie des musiciens virtuoses et leur tragique destin, c&rsquo;est si dur d&rsquo;\u00eatre toujours au mieux de sa forme sous les regards de milliers de spectateurs. Mais il y a la musique, celle qui parfois les entra\u00eene au del\u00e0 de tout dans un plaisir absolu et qui laisse le public sans voix. C&rsquo;est le deuxi\u00e8me roman que je lis qui parle de ce concerto, j&rsquo;avais beaucoup aim\u00e9 aussi le roman d&rsquo;Olivier Bass&#160;:&#160;\u00bb<a href=\"http:\/\/luocine.fr\/?p=518\">la musique des Kerguelen \u00ab&#160;<\/a>et cela avait aussi permis \u00e0 l&rsquo;auteur de faire ressentir la souffrance du compositeur face \u00e0 l&rsquo;ogre stalinien. Un superbe roman, \u00e9crit dans un style que j&rsquo;ai ador\u00e9 , j&rsquo;aimerais vraiment partager ce plaisir de lecture avec vous.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>Citations<\/h1>\n<h3 id=\"yiv1831999494yMail_cursorElementTracker_1575907641263\">Cabotinage d&rsquo;un chef d&rsquo;orchestre.<\/h3>\n<blockquote><p><em>Claessens tournait le dos \u00e0 la masse et affrontait l&rsquo;orchestre. Sous ses yeux, le pupitre o\u00f9 reposait la partition, ouverte \u00e0 la derni\u00e8re page. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il demandait au r\u00e9gisseur de la lui disposer. Il patientait,.mains jointes sur le pubis, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que les applaudissements cessent, en profitait pour fixer chaque musicien droit dans les yeux. Puis, une fois le silence install\u00e9, il refermait sa partition en prenant soin de bien la faire claquer. Et, dans un geste \u00e9minemment ostentatoire, il la poussait sur le bord du pupitre afin que chacun voie, dans l&rsquo;orchestre comme dans la salle, qu&rsquo;il dirigeait de m\u00e9moire.<\/em><\/p>\n<div id=\"yiv1831999494yMail_cursorElementTracker_1575907526669\"><em>\u00a0\u00c0 moi qui lui demandait un jour (je n&rsquo;avais pas 10 ans alors) pourquoi il imposait au technicien de lui ouvrir l&rsquo;inutile partition non pas \u00e0 la premi\u00e8re page, mais bien \u00e0 la derni\u00e8re, il avait r\u00e9pondu&#160;: \u00ab&#160;Pour qu&rsquo;elle claque mieux \u00e0 l&rsquo;oreille du public. Le poids des pages, tu comprends, rouquine, le poids des notes. C&rsquo;est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que le concert commence.&#160;\u00bb<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div>\n<h3 id=\"yiv4989114400yMail_cursorElementTracker_1575962691777\">La carri\u00e8re d&rsquo;un musicien classique<\/h3>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv4989114400yMail_cursorElementTracker_1575962699590\"><em>Dans le monde de la musique classique, il y a ce qu&rsquo;on appelle \u00ab&#160;les connaisseurs&#160;\u00bb. Si l&rsquo;on veut faire carri\u00e8re, il est indispensable de les caresser dans le sens du poil. Ce sont eux qui d\u00e9cident du sort des solistes en d\u00e9terminant ce qui rel\u00e8ve du bon et du mauvais go\u00fbt. Cet establishment compos\u00e9 d&rsquo;une poign\u00e9e de journalistes, d&rsquo;agents, de dirigeants de maison de disques, de musiciens et de professeurs, auxquels viennent s&rsquo;ajouter quelques riches m\u00e9lomanes, se choisit ses champions, les portent aux nues, leur fournit soutien inconditionnel et parfois financier \u00e0 chaque \u00e9tape de leur progression. En \u00e9change, il faut filer doux, flatter, remercier, faire des courbettes, surtout ne pas sortir des clous.\u00a0<\/em><\/div>\n<div id=\"yiv4989114400yMail_cursorElementTracker_1575963223077\"><em>Qu&rsquo;un artiste d\u00e9cide de suivre une ligne diff\u00e9rentes, orienter sa recherche dans une autre direction sans en demander la permission \u00e0 ses gardiens du temple, et c&rsquo;est la profession enti\u00e8re qui, comme un seul homme, lui tourne le dos. La pire des punitions n&rsquo;est jamais la critique, m\u00eame acerbe, mais l&rsquo;oublie. Lorsque le t\u00e9l\u00e9phone cesse de sonner. Lorsque le musicien passe de mode. Son carnet de bal se vide pour ainsi dire du jour au lendemain. D&rsquo;autre, plus jeunes, plus photog\u00e9niques , jug\u00e9s plus talentueux ou plus singuliers, se bousculent pour signer les contrats sa place. La travers\u00e9e du d\u00e9sert commence.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<blockquote>\n<div><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>Le nocturne de Chostakovitch<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv4077626895yMail_cursorElementTracker_1575973250818\"><em>Le violon, vaincu, \u00e9puis\u00e9e, et laiss\u00e9 seul \u00e0 mac\u00e9rer . D&rsquo;abord il bouge \u00e0 peine. Il ne peut plus que reprendre timidement le th\u00e8me intim\u00e9 par les bases. Cette fois c&rsquo;est bien fini pour lui, c&rsquo;est du moins ce qu&rsquo;il laisse \u00e0 penser. Or la vie revient progressivement, sans que l&rsquo;on sache quel fol espoir la lui a insuffl\u00e9e. Le violon solo finit par se relever, d\u00e9goulinant, hagard, et fixe l&rsquo;orchestre faisant office de bourreau bien en face. Et pendant les cinq interminables minutes que dure \u00ab&#160;la cadence&#160;\u00bb, il va se ruer \u00e0 l&rsquo;assaut, percutant la glace froide et transparente du silence, la couvrant de son sans choc apr\u00e8s choc, tentative apr\u00e8s tentative jusqu&rsquo;\u00e0 sombrer dans la folie de celui qui n&rsquo;a pas d&rsquo;autres porte de sortie.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3 id=\"yiv5773444128\">Le violon<\/h3>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv5773444128yMail_cursorElementTracker_1575973732040\"><em>Le violoniste et son violon sont cens\u00e9s ne faire qu&rsquo;un, et le prestige de l&rsquo;un d\u00e9teint assur\u00e9ment sur l&rsquo;autre. \u00c0 tel point que l&rsquo;on se demande parfois si ce n&rsquo;est pas l&rsquo;instrument qui fait le champion.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<h3>O\u00f9 m\u00e8ne le cabotinage&#160;!<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv8521349860yMail_cursorElementTracker_1575984218525\"><em>Lorsqu&rsquo;il est r\u00e9apparu, aussi subitement qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait \u00e9clips\u00e9, j&rsquo;ai compris que quelque chose avait l\u00e2ch\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. Son visage avait chang\u00e9. Plus lisse. Moins expressif. Sur chaque tempe, une discr\u00e8te cicatrice. Il n&rsquo;avait pas eu \u00e0 pousser plus loin que Montreux, ou pullulent les cliniques esth\u00e9tiques, pour se donner l&rsquo;illusion d&rsquo;une nouvelle jeunesse. C&rsquo;\u00e9tait sa premi\u00e8re v\u00e9ritable incursions dans le registre path\u00e9tique. Ce ne devait pas \u00eatre la derni\u00e8re.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3 id=\"yiv0287329127\">La peur ou le trac<\/h3>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv0287329127yMail_cursorElementTracker_1575984657947\"><em>Ma peur, je l&rsquo;appelle le chien noir.\u00a0<\/em><\/div>\n<div id=\"yiv0287329127yMail_cursorElementTracker_1575984748907\"><em>C&rsquo;est au matin du concert qu&rsquo;il se manifeste toujours. D\u00e8s le r\u00e9veil. J&rsquo;ouvre les yeux, je l&rsquo;aper\u00e7ois au pied du lit, assis, \u00e0 me fixer, attentif, curieux, les oreilles dress\u00e9es.<\/em><\/div>\n<div id=\"yiv0287329127yMail_cursorElementTracker_1575984761216\"><em>\u00a0Ma peur est un b\u00e2tard, entre le chien-loup et Le corniaud de caniveau. Son pelage charbon a des reflets bleut\u00e9. Sur son poitrail, une t\u00e2che blanche, la taille d&rsquo;une pi\u00e8ce de cinq francs. Parfois je suis tent\u00e9e de la toucher. Parfois j&rsquo;aimerais prendre un couteau de boucher et le lui enfoncer, juste l\u00e0, hauteur du c\u0153ur. Mais je n&rsquo;ai jamais os\u00e9. Je me dis que, sans lui, ce serait encore pire, car alors je ne pourrai plus regarder ma peur en face.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9dition Viviane Hamy. Lu dans le cadre du club de lecture de\u00a0la m\u00e9diath\u00e8que de Dinard. Ce roman a obtenu un coup de c\u0153ur \u00e0 notre club et je lui mettrai bien dix coquillages si je le pouvais &#8230; Je l&rsquo;ai referm\u00e9 et je suis rest\u00e9e sans voix un peu comme lorsque le silence s&rsquo;installe apr\u00e8s <span class=\"ellipsis\">&hellip;<\/span> <span class=\"more-link-wrap\"><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/?p=11330\" class=\"more-link\"><span>Read More &rarr;<\/span><\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":822092,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[46,24,4,114,198,171,49],"tags":[],"class_list":["post-11330","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-5-coquillages","category-france","category-mes-preferences","category-musique","category-rapport-familaux","category-rapports-parents-enfants","category-roman"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11330","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/822092"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11330"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11330\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11330"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11330"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11330"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}