{"id":10933,"date":"2020-01-06T06:25:47","date_gmt":"2020-01-06T05:25:47","guid":{"rendered":"http:\/\/luocine.fr\/?p=10933"},"modified":"2022-03-25T07:33:51","modified_gmt":"2022-03-25T06:33:51","slug":"nomadland-jessica-bruder","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=10933","title":{"rendered":"Nomadland &#8211; Jessica BRUDER"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/nomadland.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-10935\" src=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/nomadland.jpg\" alt=\"\" width=\"1080\" height=\"810\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/nomadland.jpg 1080w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/nomadland-300x225.jpg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/nomadland-768x576.jpg 768w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/nomadland-1024x768.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 1080px) 100vw, 1080px\" \/><\/a><\/p>\n<p><em>Traduit de l&rsquo;anglais (\u00c9tats-Unis) par Nathalie Peronny \u00c9dition Globe\u00a0<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-726 alignleft\" src=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/5.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>Je dois \u00e0 <a href=\"https:\/\/enlisantenvoyageant.blogspot.com\/2019\/02\/nomadland.html\">Keisha<\/a> (encore elle&#160;! -encore&#160;?&#8230; comme si je me plaignais&#160;!) ce livre merveilleux et instructif \u00e0 tant de point de vue. Je l&rsquo;ai lu depuis un moment mais je n&rsquo;ai rien oubli\u00e9 de mon int\u00e9r\u00eat pour cette fabuleuse enqu\u00eate. Il est sur mon sur Kindle et le gros avantage c&rsquo;est de pouvoir faire des notes tr\u00e8s facilement et de les r\u00e9cup\u00e9rer tout aussi facilement comme vous pourrez le voir. Peut-\u00eatre, en ai-je mis un peu trop mais c&rsquo;est pour moi une bonne fa\u00e7on de retenir pr\u00e9cis\u00e9ment le contenu d&rsquo;un livre.<\/p>\n<p>Jessica Bruder a suivi pendant deux ans des Am\u00e9ricains qui ont tout perdu suite \u00e0 la crise des \u00ab&#160;subprimes&#160;\u00bb , toutes leurs \u00e9conomies ont fondu dans des malversations bancaires. Ils n&rsquo;ont plus rien mais n&rsquo;ont pas perdu les traits de caract\u00e8re de la culture am\u00e9ricaine. Ils essaient par tous les moyens de s&rsquo;en sortir. Ceux et celles qui int\u00e9ressent cette journaliste ont choisi de s&rsquo;acheter un camping-car et de partir sur les routes, \u00e0 la recherche des petits boulots. Vous ne serez pas \u00e9tonn\u00e9s d&rsquo;apprendre qu&rsquo;Amazon a vu l\u00e0 une main d&rsquo;oeuvre facile \u00e0 capter. Donc avant Thanksgiving et No\u00ebl leurs terrain de camping se remplissent de caravanes venant des quatre coins du pays. Cela nous vaut des pages passionnantes sur ceux et celles qui travaillent dans les \u00e9normes hangars d&rsquo;Amazon . La principale difficult\u00e9 de ses nouveaux migrants de l&rsquo;int\u00e9rieur, c&rsquo;est de trouver des endroits o\u00f9 laisser leur camping, en effet aux \u00c9tats-unis tous les stationnement sont priv\u00e9s et peuvent co\u00fbter tr\u00e8s cher. Amazon propose donc des parking gratuits pour que ces gens viennent travailler chez eux. Le livre fourmille de petites astuces pour s&rsquo;en sortir&#160;? Ces gens forment une communaut\u00e9 et se refilent les adresses des supermarch\u00e9 qui ne vous chasseront pas de leur parking, des terrain de camping o\u00f9 vous pourrez laisser votre v\u00e9hicule \u00e0 condition de faire du gardiennage. En r\u00e9alit\u00e9, l&rsquo;Am\u00e9rique offre une foule de petits boulots peu pay\u00e9s, qui conviennent assez bien \u00e0 des jeunes , mais qui sont tr\u00e8s fatigants pour des personnes \u00e2g\u00e9es et qui surtout supposent un logement.<\/p>\n<p>Les personnes que suit Jessica Bruder sont souvent tr\u00e8s int\u00e9ressantes et diff\u00e9rentes des unes et des autres mais sa pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e et la n\u00f4tre \u00e9videmment c&rsquo;est Linda qui veut absolument se construire une maison avec des mat\u00e9riaux recycl\u00e9s. J&rsquo;esp\u00e8re qu\u2019elle vit bien maintenant Linda au grand c\u0153ur, elle le m\u00e9rite pour oublier toutes ses gal\u00e8res. Je l&rsquo;imagine bien dans une maison comme \u00e7a, pour faire un joli pied de nez \u00e0 l\u2019alcool qui a tellement perturb\u00e9e sa vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/recy.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-10945\" src=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/recy.jpg\" alt=\"\" width=\"640\" height=\"422\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/recy.jpg 640w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/recy-300x198.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cela fait longtemps qu&rsquo;une partie de la population am\u00e9ricaine vit dans des terrains de camping o\u00f9 on retrouve des \u00ab&#160;homes&#160;\u00bb pas du tout mobiles. La nouveaut\u00e9 de ce ph\u00e9nom\u00e8ne , c&rsquo;est qu&rsquo;il s&rsquo;agit ici de gens qui voyagent, qui ne veulent pas vivre parqu\u00e9s et qui veulent retrouver un travail stable. On voit aussi \u00e0 quel point cette crise a \u00e9t\u00e9 violente pour une partie importante de la population, si la maladie, un divorce ou l&rsquo;alcool s&rsquo;en m\u00ealent alors, ces gens perdent tout en tr\u00e8s peu de temps. Mais ils sont Am\u00e9ricains et gardent malgr\u00e9 tout une envie de s&rsquo;en sortir assez \u00e9tonnante et un esprit communautaire qui brise leur solitude .<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>Citations<\/h1>\n<h3>Le d\u00e9but<\/h3>\n<blockquote><p><em>Les mensonges et la folle cupidit\u00e9 des banquiers (autrement nomm\u00e9 \u00ab&#160;crise des subprimes&#160;\u00bb) les ont<\/em><br \/>\n<em>jet\u00e9s \u00e0 la rue. En, 2008, ils ont perdu leur travail, leur maison, tout l&rsquo;argent patiemment mis de c\u00f4t\u00e9 pour leur retraite. Ils auraient pu rester sur place, \u00e0 tourner en rond, en attendant des jours meilleurs. Ils ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 investir leurs derniers dollars et toute leur \u00e9nergie dans l\u2019am\u00e9nagement d&rsquo;un van, et les voil\u00e0 partis&#160;;<\/em><\/p><\/blockquote>\n<h3>Survivre en Am\u00e9rique<\/h3>\n<blockquote><p>L<em>es workampers sont des travailleurs mobiles modernes qui acceptent des jobs temporaires aux quatre coins des <\/em><em>\u00c9tats-Unis en \u00e9change d\u2019une place de stationnement gratuite (g\u00e9n\u00e9ralement avec acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, \u00e0 l\u2019eau <\/em><em>courante et \u00e9vacuation des eaux us\u00e9es), voire parfois d\u2019une obole. On pourrait penser que le travailleur-campeur est une figure contemporaine, mais nous appartenons en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 une tradition tr\u00e8s ancienne. Nous avons suivi les l\u00e9gions romaines, aiguis\u00e9 leurs \u00e9p\u00e9es et r\u00e9par\u00e9 leurs armes. Nous avons sillonn\u00e9 les villes nouvelles des \u00c9tats-Unis, r\u00e9par\u00e9 les horloges et les machines, les batteries de cuisine, b\u00e2ti des murs en pierre en \u00e9change d\u2019un penny les trente centim\u00e8tres et de tout le cidre qu\u2019on pouvait avaler.<\/em><br \/>\n<em>Nous avons suivi les vagues d\u2019\u00e9migration vers l\u2019ouest \u00e0 bord de nos chariots, munis de nos outils et de nos <\/em><em>savoir-faire, aiguis\u00e9 des couteaux, r\u00e9par\u00e9 tout ce qui pouvait l\u2019\u00eatre, aid\u00e9 \u00e0 d\u00e9fricher la terre, \u00e0 construire des <\/em><em>cabanes, \u00e0 labourer les champs et \u00e0 rentrer les r\u00e9coltes en \u00e9change d\u2019un repas et d\u2019un peu d\u2019argent de poche, <\/em><em>avant de repartir vers le prochain boulot. Nos anc\u00eatres sont les romanichels. Nous avons troqu\u00e9 leurs roulottes <\/em><em>contre de confortables autocars et autres camping-cars semi-remorques. \u00c0 la retraite pour la plupart, nous avons <\/em><em>compl\u00e9t\u00e9 notre \u00e9ventail de comp\u00e9tences d\u2019une carri\u00e8re dans l\u2019entreprise. Nous pouvons vous aider \u00e0 g\u00e9rer un <\/em><em>business, assurer la vente en magasin ou la logistique dans l\u2019arri\u00e8re-boutique, conduire vos camions et vos grues, <\/em><em>s\u00e9lectionner et emballer vos produits \u00e0 exp\u00e9dier, r\u00e9parer vos machines, bichonner vos ordinateurs et vos r\u00e9seaux <\/em><em>informatiques, optimiser votre r\u00e9colte, remodeler vos jardins ou r\u00e9curer vos toilettes. Nous sommes les technoromanichels.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<h3>Bismark inventeur de la retraite<\/h3>\n<blockquote><p><em>Les Am\u00e9ricains l\u2019ignor\u00e8rent largement, et il s\u2019\u00e9coula plus d\u2019un si\u00e8cle avant qu\u2019Otto von Bismarck instaure en<\/em><br \/>\n<em>Allemagne la toute premi\u00e8re assurance vieillesse au monde. Adopt\u00e9 en 1889, le plan de Bismarck r\u00e9compensait <\/em><em>les travailleurs atteignant leur soixante-dixi\u00e8me anniversaire par le versement d\u2019une pension. L\u2019id\u00e9e \u00e9tait surtout <\/em><em>de contrer l\u2019agitation marxiste \u2013 et de le faire \u00e0 peu de frais, puisque les Allemands vivaient rarement au-del\u00e0 de <\/em><em>cet \u00e2ge canonique. Bismarck, b\u00e2tisseur d\u2019empire et homme de droite surnomm\u00e9 le Chancelier de fer, se retrouva <\/em><em>aussit\u00f4t dans le collimateur des conservateurs qui l\u2019accus\u00e8rent de mollesse. Mais il repoussait d\u00e9j\u00e0 leurs critiques <\/em><em>depuis des ann\u00e9es.<\/em><br \/>\n<em>Appelez cela socialisme, ou tout autre terme qui vous plaira&#160;: pour moi, c\u2019est la m\u00eame chose&#160;\u00bb, avait-il d\u00e9clar\u00e9 <\/em><em>au Reichstag en 1881, lors d\u2019un d\u00e9bat pr\u00e9liminaire sur l\u2019assurance sociale.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<h3>Travail peu valorisant<\/h3>\n<blockquote><p><em>Dans le chariot, il pouvait y avoir quatorze paniers de cochonneries fabriqu\u00e9es en Chine. L\u2019un des trucs qui me <\/em><em>d\u00e9primaient le plus, c\u2019\u00e9tait de savoir que tous ces machins finiraient \u00e0 la benne.&#160;\u00bb Cet aspect-l\u00e0 des choses la <\/em><em>d\u00e9moralisait particuli\u00e8rement. \u00ab&#160;Quand on pense \u00e0 toutes les ressources mobilis\u00e9es pour en arriver l\u00e0&#160;! On nous <\/em><em>incite \u00e0 utiliser ces trucs, puis \u00e0 les jeter.&#160;\u00bb Le travail \u00e9tait \u00e9reintant. Non seulement elle parcourait des <\/em><em>kilom\u00e8tres dans des all\u00e9es de rayonnages sans fin, mais elle devait se pencher, soulever, s\u2019accroupir, tendre le <\/em><em>bras, grimper et descendre des marches, le tout en traversant un hangar dont la superficie faisait grosso modo la <\/em><em>taille de treize stades de football.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<h3>L&rsquo;alcool<\/h3>\n<blockquote><p><em>Linda d\u00e9cida d\u2019arr\u00eater de boire avec une d\u00e9termination nouvelle. Et cette fois, elle y parvint. Lorsqu\u2019elle avait <\/em><em>peur de replonger, entre deux r\u00e9unions, elle appelait sa marraine des Alcooliques anonymes. \u00c9trangement, c\u2019est <\/em><em>l\u00e0 qu\u2019elle apprit les techniques qui lui permettraient plus tard de survivre aux cadences infernales d\u2019Amazon. <\/em><em>Elle devint experte dans l\u2019art de se concentrer sur les difficult\u00e9s imm\u00e9diates et de subdiviser les gros probl\u00e8mes <\/em><em>en petites bouch\u00e9es plus faciles \u00e0 dig\u00e9rer jusqu\u2019\u00e0 ce que la situation paraisse sous contr\u00f4le. \u00ab&#160;Tu as fait la <\/em><em>vaisselle&#160;? OK. Va d\u2019abord faire la vaisselle, et rappelle-moi apr\u00e8s&#160;\u00bb, lui ordonnait sa marraine. Linda allait <\/em><em>r\u00e9curer les verres et les assiettes jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils soient propres, puis elle rappelait. \u00ab&#160;Tu as fait ton lit&#160;?&#160;\u00bb lui <\/em><em>demandait alors son amie. Linda s\u2019ex\u00e9cutait. Et ainsi de suite, jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019envie de boire passe. * * *<\/em><\/p><\/blockquote>\n<h3>Trucs bizarres chez Amazon<\/h3>\n<blockquote><p><em>Elle notait dans sa liste de souhaits Amazon \u00ab&#160;tous les trucs les plus dingues qu\u2019on voyait passer&#160;\u00bb&#160;: des vers de <\/em><em>cire, un ourson en g\u00e9latine de deux kilos et demi, un fusil de plong\u00e9e sous-marine, un livre intitul\u00e9 V\u00e9nus aux <\/em><em>biceps. Une histoire illustr\u00e9e des femmes muscl\u00e9es, un plug anal en forme de queue de renard, un stock <\/em><em>d\u2019anciennes pi\u00e8ces de monnaie am\u00e9ricaines, un assortiment de sous-v\u00eatements en coton avec quatre trous pour <\/em><em>les jambes baptis\u00e9 \u00ab&#160;petites culottes pour deux&#160;\u00bb, et un godemich\u00e9 Batman.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<h3>Personnage haut en couleur<\/h3>\n<blockquote><p><em>Le propri\u00e9taire, Paul Winer, un nudiste septuag\u00e9naire au cuir tann\u00e9 comme un vieux livre, arpente les all\u00e9es de <\/em><em>sa librairie v\u00eatu en tout et pour tout d\u2019un cache-sexe en laine tricot\u00e9e. Par temps froid, il enfile quand m\u00eame un <\/em><em>pull. Si Paul a pu garder sa librairie, c\u2019est parce que, techniquement, c\u2019est un commerce temporaire et qu\u2019il a <\/em><em>donc droit \u00e0 des r\u00e9ductions d\u2019imp\u00f4t. La boutique n\u2019a pas vraiment de murs, c\u2019est juste une pergola dress\u00e9e audessus <\/em><em>d\u2019une dalle en b\u00e9ton. Des b\u00e2ches relient les deux. Des containers et un mobile home font office <\/em><em>d\u2019annexes.\u00a0<\/em><\/p><\/blockquote>\n<blockquote><p><em>Il y a aussi un rayon de livres chr\u00e9tiens, mais il est install\u00e9 tout au fond et Paul doit le montrer aux clients qui le <\/em><em>cherchent. \u00ab&#160;Ils suivent mes fesses nues pour aller voir la Bible&#160;\u00bb, s\u2019amuse-t-il.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Humour les mus\u00e9es am\u00e9ricains<\/h3>\n<blockquote><p><em>Le lieu fut ensuite reconverti en un relais de diligences, Tyson\u2019s Wells, dont les ruines abritent aujourd\u2019hui\u00a0un <\/em><em>tout petit mus\u00e9e situ\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la pizzeria Silly Al\u2019s. (La ville comprend deux autres mus\u00e9es&#160;: l\u2019un expose une <\/em><em>collection de chewing-gums du monde entier, et l\u2019autre des accessoires militaires. Mais ils semblent moins <\/em><em>attirer les foules que leur minuscule rival.) En 1875, l\u2019\u00e9crivaine Martha Summerhayes passa une nuit \u00e0 Tyson\u2019s <\/em><em>Wells et d\u00e9crivit l\u2019endroit comme \u00ab&#160;particuli\u00e8rement m\u00e9lancolique et inhospitalier. Tout y refoule la salet\u00e9, tant <\/em><em>sur le plan moral que physique&#160;\u00bb. Quand le relais finit par \u00eatre abandonn\u00e9, le site devint une ville fant\u00f4me. En <\/em><em>1897, il fut ressuscit\u00e9 par un boom minier&#160;; le bureau de poste rouvrit, et la municipalit\u00e9 choisit un nouveau <\/em><em>nom&#160;: Quartzsite. (\u00c0 l\u2019origine, ce devait \u00eatre \u00ab&#160;Quartzite&#160;\u00bb, en hommage au min\u00e9ral, mais le \u00ab&#160;s&#160;\u00bb s\u2019invita par <\/em><em>erreur et resta d\u00e9finitivement.) L\u2019unique figure historique de la ville est un chamelier syrien, Hadji Ali, enterr\u00e9<\/em><br \/>\n<em>sur place en 1902 et plus connu sous le surnom \u00ab&#160;Hi Jolly&#160;\u00bb, version am\u00e9ricanis\u00e9e de son nom. Ali avait \u00e9t\u00e9 <\/em><em>recrut\u00e9 en 1856 au sein du tout nouveau corps de chameliers de l\u2019US Army&#160;: l\u2019exp\u00e9rience, de courte dur\u00e9e, visait <\/em><em>\u00e0 utiliser ces animaux notoirement irascibles pour transporter du mat\u00e9riel vers le sud-est des \u00c9tats-Unis.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p><\/blockquote>\n<h3>Honte<\/h3>\n<blockquote><p><em>Mike m\u2019explique que les personnes \u00e2g\u00e9es et en situation de pr\u00e9carit\u00e9 affluent \u00e0 Quartzsite parce que c\u2019est une <\/em><em>\u00ab&#160;ville id\u00e9ale pour les retrait\u00e9s peu fortun\u00e9s&#160;\u00bb et \u00ab&#160;un endroit pas cher o\u00f9 se planquer&#160;\u00bb. Mais se planquer de quoi, au juste&#160;?<\/em><br \/>\n<em>R\u00e9ponse&#160;: de la honte, de pauvret\u00e9 et du froid. \u00ab&#160;Dans le d\u00e9sert, dit-il, ils n\u2019ont pas peur de crever de froid. Ils <\/em><em>disent \u00e0 leurs enfants que tout va bien.&#160;\u00bb<\/em><\/p><\/blockquote>\n<h3>Optimisme am\u00e9ricain<\/h3>\n<blockquote><p><em>Comme l\u2019a soulign\u00e9 Rebecca Solnit dans son ouvrage Un paradis construit en enfer. Ces formidables<\/em><br \/>\n<em>communaut\u00e9s qui naissent au milieu du d\u00e9sastre, les gens ne se contentent pas de relever la t\u00eate dans les<\/em><br \/>\n<em>moments de crise&#160;; ils le font avec une \u00ab&#160;joie vive et surprenante&#160;\u00bb. Il est possible de traverser des \u00e9preuves tout en ressentant de la joie dans les moments de partage, comme quand on se retrouve autour d\u2019un feu de camp avec ses compagnons d\u2019infortune sous un immense ciel \u00e9toil\u00e9.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<h3>Pourquoi si peu d&rsquo;afro-am\u00e9ricains&#160;?<\/h3>\n<blockquote><p>\u00a0<em>\u00c0 ce stade, j\u2019avais rencontr\u00e9 des centaines de personnes qui avaient adopt\u00e9 ce mode de vie&#160;:<\/em><br \/>\n<em>travailleurs itin\u00e9rants, vagabonds de l\u2019asphalte et camping-caristes, de la c\u00f4te Est \u00e0 la c\u00f4te Ouest du pays. Certes, <\/em><em>il y avait parmi eux des gens de couleur, mais ils repr\u00e9sentaient une exception au sein de cette communaut\u00e9.<\/em><br \/>\n<em>Pourquoi la sous-culture nomade \u00e9tait-elle majoritairement blanche&#160;? Certains de ses membres se sont pos\u00e9 la <\/em><em>m\u00eame question. Sur la page Facebook officielle du programme CamperForce, un camping-cariste noir a eu ces <\/em><em>mots devant la succession de photos montrant surtout des ouvriers blancs&#160;: \u00ab&#160;Je suis s\u00fbr que des Afro-<\/em><em>Am\u00e9ricains ont postul\u00e9 \u00e0 ces emplois, faisait-il observer. Pourtant, je n\u2019en vois au <\/em><em>post\u00e9es par Amazon.&#160;\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>Imaginez-vous coinc\u00e9 en pleine for\u00eat sans \u00e9lectricit\u00e9, sans eau courante ou sans voiture&#160;: vous aurez tendance \u00e0 <\/em><em>d\u00e9crire cette situation comme un \u00ab&#160;cauchemar&#160;\u00bb ou le \u00ab&#160;pire sc\u00e9nario possible apr\u00e8s un crash a\u00e9rien ou une <\/em><em>catastrophe dans le genre&#160;\u00bb. Les Blancs, eux, appellent \u00e7a \u00ab&#160;camper&#160;\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p><\/blockquote>\n<h3>Le trafic\u00a0de drogue<\/h3>\n<blockquote><p><em>Au fil de ses lectures, Linda a tout appris sur le plus c\u00e9l\u00e8bre coup de filet antidrogue du coin, dans les ann\u00e9es <\/em><em>1990, quand des policiers ont d\u00e9couvert l\u2019existence d\u2019une galerie de neuf kilom\u00e8tres de long sous la fronti\u00e8re. <\/em><em>Utilis\u00e9 par le cartel de Sinaloa pour la contrebande de coca\u00efne, le large tunnel, renforc\u00e9 par des parois en ciment, <\/em><em>reposait \u00e0 une dizaine de m\u00e8tres au-dessous du sol, avait pour point de d\u00e9part une maison anodine d\u2019Agua <\/em><em>Prieta&#160;; son entr\u00e9e \u00e9tait savamment cach\u00e9e. En ouvrant un robinet, on actionnait un monte-charge hydraulique <\/em><em>qui faisait remonter une table de billard \u2013 et la dalle du sol sur laquelle elle reposait \u2013 pour r\u00e9v\u00e9ler un trou <\/em><em>\u00e9quip\u00e9 d\u2019une \u00e9chelle. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur, le tunnel mesurait un m\u00e8tre cinquante de haut&#160;; il \u00e9tait climatis\u00e9, \u00e9clair\u00e9 et <\/em><em>prot\u00e9g\u00e9 des risques d\u2019inondation gr\u00e2ce \u00e0 une pompe et un puisard. Des rails m\u00e9talliques permettaient de d\u00e9placer <\/em><em>un chariot jusqu\u2019\u00e0 Douglas, sous un grand hangar camoufl\u00e9 en station de lavage pour camions. L\u00e0, une poulie <\/em><em>faisait remonter les cargaisons de coca\u00efne \u00e0 la surface, o\u00f9 elles \u00e9taient r\u00e9ceptionn\u00e9es par des manutentionnaires<\/em><br \/>\n<em>pour \u00eatre charg\u00e9es dans des semi-remorques. Stup\u00e9faits, les policiers avaient compar\u00e9 le tunnel, surnomm\u00e9 <\/em><em>\u00ab&#160;Chemin de la coca\u00efne&#160;\u00bb, \u00e0 un truc \u00ab&#160;digne d\u2019un film de James Bond&#160;\u00bb. Le pilier du cartel de Sinaloa, El Chapo, <\/em><em>Joaquin Guzman de son vrai nom, \u00e9tait carr\u00e9ment all\u00e9 plus loin dans le superlatif en affirmant que son \u00e9quipe <\/em><em>avait construit un \u00ab&#160;putain de tunnel super-cool&#160;\u00bb.<\/em><\/p>\n<p><em>Tout ce qu\u2019a lu Linda concernant le trafic de drogue local est vrai. Les mules peuvent gagner davantage en une <\/em><em>nuit qu\u2019un ouvrier de maquiladora en un mois. Il n\u2019est donc gu\u00e8re \u00e9tonnant que la police des fronti\u00e8res de <\/em><em>Douglas retrouve souvent des paquets de marijuana dissimul\u00e9s dans les jantes et les pneus de rechange des <\/em><em>v\u00e9hicules en provenance du Mexique. (On y trouve aussi de la meth, de l\u2019h\u00e9ro\u00efne ou de la coca\u00efne, mais plus<\/em><em>\u00a0rarement.) Lors d\u2019un r\u00e9cent coup de filet, ils ont surpris un jeune de seize ans en train de descendre eb rappel le long de la cl\u00f4ture \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une ceinture de s\u00e9curit\u00e9 &#8230;.Pour ce travail on lui avait promis 400 dolars. Chez lui, il fabriquait des courroies de distribution dans une \u00ab&#160;maquiladora&#160;\u00bb pour 42 dolars la semaine.<\/em><\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Traduit de l&rsquo;anglais (\u00c9tats-Unis) par Nathalie Peronny \u00c9dition Globe\u00a0 &nbsp; Je dois \u00e0 Keisha (encore elle&#160;! -encore&#160;?&#8230; comme si je me plaignais&#160;!) ce livre merveilleux et instructif \u00e0 tant de point de vue. Je l&rsquo;ai lu depuis un moment mais je n&rsquo;ai rien oubli\u00e9 de mon int\u00e9r\u00eat pour cette fabuleuse enqu\u00eate. 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