{"id":10823,"date":"2019-12-09T07:19:22","date_gmt":"2019-12-09T06:19:22","guid":{"rendered":"http:\/\/luocine.fr\/?p=10823"},"modified":"2019-12-09T12:51:02","modified_gmt":"2019-12-09T11:51:02","slug":"guerre-et-terebenthine-stefan-hertmans","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=10823","title":{"rendered":"Guerre et T\u00e9r\u00e9benthine    -Stefan  HERTMANS"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/guerre.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-10824\" src=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/guerre.jpg\" alt=\"\" width=\"1080\" height=\"810\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/guerre.jpg 1080w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/guerre-300x225.jpg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/guerre-768x576.jpg 768w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/guerre-1024x768.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 1080px) 100vw, 1080px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Traduit du n\u00e9erlandais (Belgique) par Isabelle Rosselin<\/em><\/p>\n<p><em>Edition poche Folio<\/em><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/3.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-724 alignleft\" src=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/3.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>En lisant le billet de <a href=\"http:\/\/asautsetagambades.hautetfort.com\/archive\/2018\/12\/04\/guerre-et-terebenthine-stefan-hermans-6110275.html\">Dominique<\/a> je m&rsquo;\u00e9tais fait une promesse, mettre ce livre dans ma liste, puis dans ma pile \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de mon lit, et puis finalement de le lire. Promesse tenue. J&rsquo;ai bien aim\u00e9 cette lecture dont un bon tiers est occup\u00e9 par le r\u00e9cit de la guerre 14\/18 vu du c\u00f4t\u00e9 des Belges. Stefan Hertmans a voulu redonner vie \u00e0 un grand-p\u00e8re tr\u00e8s digne et tr\u00e8s pieux. Il a voulu aller plus loin que son apparence d&rsquo;homme s\u00e9v\u00e8re habill\u00e9 en costume et portant tous les jours une lavalli\u00e8re noire et un borsalino. Il a trouv\u00e9 un homme meurtri par la guerre et qui ne s&rsquo;est jamais remis des souffrances qu&rsquo;il a ressenties dans son corps et celles qui ont bless\u00e9 et tu\u00e9 de fa\u00e7on horrible ses compagnons. La force avec laquelle sont racont\u00e9s ces combats m&rsquo;ont permis de me rendre compte de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme de cette arm\u00e9e dont je savais si peu de chose avant de lire ce roman. Un autre aspect que j&rsquo;ai d\u00e9couvert, c&rsquo;est la domination \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque du fran\u00e7ais sur le flamand (les temps ont bien chang\u00e9&#160;!). Les pauvres soldats flamands non grad\u00e9s devaient donc ob\u00e9ir \u00e0 des ordres parfois absurdes et qui, surtout, pouvaient les emmener \u00e0 la mort donn\u00e9s par des officiers qui ne s&rsquo;exprimaient qu&rsquo;en fran\u00e7ais d&rsquo;un ton le plus souvent m\u00e9prisant. Plusieurs fois, dans ce r\u00e9cit on ressent la langue fran\u00e7aise comme une fa\u00e7on de dominer les flamands. Comme ce lieutenant qu&rsquo;il entend dire derri\u00e8re son dos<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Ils ne comprennent rien, ces cons de <\/em><i>Flamands<\/i><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Au del\u00e0 des r\u00e9cits de guerre, on d\u00e9couvre un homme Urbain Martien (prononcez Martine) qui a aim\u00e9 et a \u00e9t\u00e9 aim\u00e9 par ses parents. Son p\u00e8re, grand asthmatique, lui a donn\u00e9 le gout du dessin mais malheureusement, il laissera trop t\u00f4t sa femme veuve avec ses quatre enfants. Urbain conna\u00eetra la mis\u00e8re celle o\u00f9 on a faim et froid et pour aider sa m\u00e8re il travaillera dans une fonderie sans aucune protection et dans des conditions effroyables. Finalement il s&rsquo;engagera \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e et sera form\u00e9 au combat ce qui le conduira \u00e0 \u00eatre un cadre sous officier pendant la guerre.<br \/>\nIl conna\u00eetra l&rsquo;amour et sera passionn\u00e9ment amoureux d&rsquo;une jeune femme qui ne survivra pas \u00e0 la grippe espagnole&#160;; il \u00e9pousera sa s\u0153ur et ensemble, ils formeront un couple raisonnable.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai eu quelques r\u00e9serves \u00e0 la lecture de cette biographie, autant le r\u00e9cit de la guerre m&rsquo;a passionn\u00e9e car on sent \u00e0 quel point il est authentique&#160;: nous sommes avec lui sous les balles et les des canons ennemis, on patauge dans la boue et on entend les rats courir dans les tranch\u00e9es. Autant la vie amoureuse de son grand-p\u00e8re m&rsquo;a laiss\u00e9e indiff\u00e9rente. En revanche, sa jeunesse permet de comprendre cet homme et explique pourquoi la religion tient tant de place dans sa vie. Pour la peinture puisque c&rsquo;est l&rsquo;autre partie du titre disons que le talent d&rsquo;un copiste m\u00eame merveilleux n&rsquo;est pas non plus tr\u00e8s passionnant, la seule question que je me suis pos\u00e9e c&rsquo;est pourquoi il n&rsquo;a que copi\u00e9 des tableaux et n&rsquo;a pas cherch\u00e9 exprimer ses propres \u00e9motions.<\/p>\n<p>Quand je suis \u00e9tonn\u00e9e d&rsquo;apprendre que la ville o\u00f9 j&rsquo;habite se situe dans le Nord de la France&#160;:<\/p>\n<blockquote><p><em>Bless\u00e9 une deuxi\u00e8me fois sur le front de l&rsquo;Yser, touch\u00e9 par une balle \u00e0 la cuisse, juste en dessous de l&rsquo;aine, il avait \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9&#160;; pour sa r\u00e9\u00e9ducation, il avait \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 dans la ville c\u00f4ti\u00e8re de Dinard, dans le nord de la France. Depuis la ville voisine de Saint-Malo, il avait fait la travers\u00e9e, avec quelques compagnon en r\u00e9\u00e9ducation, vers Southampton, pour rendre visite au fils de son beau-p\u00e8re, mais \u00e0 peine \u00e9tait-il en haute mer une temp\u00eate s&rsquo;\u00e9tait lev\u00e9e, qui avait dur\u00e9 un jours et demi.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Et voici la photo de la foule qui attend l&rsquo;arriv\u00e9e des bless\u00e9s de la guerre 14\/18 qui vont \u00eatre soign\u00e9s \u00e0 Dinard dont a fait partie Urbain Martien .<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/quand-la-grande-guerre-sest-declaree-dinard.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-10829\" src=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/quand-la-grande-guerre-sest-declaree-dinard.jpg\" alt=\"\" width=\"640\" height=\"360\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/quand-la-grande-guerre-sest-declaree-dinard.jpg 640w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/quand-la-grande-guerre-sest-declaree-dinard-300x169.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>Citations<\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Pourquoi cette r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Proust<\/h3>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv4582765746yMail_cursorElementTracker_1560187840657\"><em>Le tailleur l&rsquo;envoie d&rsquo;un ton bourru chercher \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole le fils de cette famille bourgeoise. Au bout d&rsquo;un certain temps, il est charg\u00e9 chaque jour de cette t\u00e2che et doit porter le cartable rempli de livres du jeune monsieur en prenant garde de rester deux pas derri\u00e8re lui, pour \u00e9viter de recevoir un coup de canne que ce gar\u00e7on de douze ans manie d\u00e9j\u00e0 avec une suffisance proustienne.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>Le couple de ses grand-parents<\/h3>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv5349444115yMail_cursorElementTracker_1559560245148\"><em>Son mariage avec Gabrielle \u00e9tait sans nuages pour quiconque n&rsquo;\u00e9tait pas plus avis\u00e9.Enchev\u00eatr\u00e9s comme deux vieux arbres qui, pendant des d\u00e9cennies, ont d\u00fb pousser \u00e0 travers leurs cimes respectives, luttant contre la raret\u00e9 de la lumi\u00e8re, ils vivaient leur journ\u00e9e simple, uniquement entrecoup\u00e9es par la gaiet\u00e9 apparemment frivole de leur fille, leur unique enfant. Les journ\u00e9es disparaissaient dans les r\u00e9pliques du temps diffus. Il peignait.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div>\n<h3>Le 20 si\u00e8cle<\/h3>\n<div id=\"yiv8550914900yMail_cursorElementTracker_1559565944612\">\n<blockquote>\n<div id=\"yiv8550914900yMail_cursorElementTracker_1559565716697\"><em>Il a consign\u00e9 ses souvenirs&#160;; il me les a donn\u00e9s quelques,mois avant sa mort en 1981. Il \u00e9tait n\u00e9 en 1891, sa vie semblait se r\u00e9sumer \u00e0 l&rsquo;inversion de deux chiffres dans une date. Entre ces deux dates \u00e9taient survenus deux guerres, de lamentables massacres \u00e0 grande \u00e9chelle, le si\u00e8cle plus impitoyable de toute l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9, la naissance et le d\u00e9clin de l&rsquo;art moderne, l&rsquo;expansion mondiale de l&rsquo;industrie automobile, la guerre froide, l&rsquo;apparition et la chute des grandes id\u00e9ologies, la d\u00e9couverte de la bak\u00e9lite, du t\u00e9l\u00e9phone et du saxophone, l&rsquo;industrialisation, l&rsquo;industrie cin\u00e9matographique, le plastique, le jazz, l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique, l&rsquo;atterrissage sur la lune, l&rsquo;extinction d&rsquo;innombrables esp\u00e8ces animales, les premi\u00e8res grandes catastrophes \u00e9cologiques, le d\u00e9veloppement de la p\u00e9nicilline et les antibiotiques, Mai 68, le premier rapport du club du club de Rome, la musique pop, la d\u00e9couverte de la pilule, l&rsquo;\u00e9mancipation des femmes, l&rsquo;av\u00e8nement de la t\u00e9l\u00e9vision, des premiers ordinateurs &#8211; et s&rsquo;\u00e9tait \u00e9coul\u00e9 sa longue vie de h\u00e9ros oubli\u00e9 de la guerre.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<h3>Les go\u00fbts musicaux<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv3043541236yMail_cursorElementTracker_1560186964289\"><em>En revanche, il \u00e9prouvait du d\u00e9go\u00fbt et de la col\u00e8re en entendant Wagner et faisait ainsi sans le savoir le m\u00eame choix que le grand philosophe au marteau&#160;: Nietzsche \u00e9crivit en effet \u00e0 la fin de sa vie qu&rsquo;il pr\u00e9f\u00e9rait la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 m\u00e9ridionale, l&rsquo;affirmation de la vie et de l&rsquo;amour chez Bizet, au fumerie d&rsquo;opium teutonnes des t\u00e9n\u00e8bres mystique de Wagner. Offenbach rendait mon grand-p\u00e8re joyeux, et quand il entendait les marches militaires, il se ranimait . Il connaissait par c\u0153ur la pastorale de Beethoven surtout le mouvement o\u00f9 le coucou lance son appel dans la fra\u00eeche for\u00eat viennoise.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div>\n<h3>L&rsquo;accent fran\u00e7ais en Belgique<\/h3>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv6819250223yMail_cursorElementTracker_1560266607215\">E<em>n face, dans la boutique d&rsquo;allure viennoise du boulanger juif Bloch, les femmes de la bonne soci\u00e9t\u00e9 prenaient un caf\u00e9 servi dans une petite cafeti\u00e8re en argent accompagn\u00e9 d&rsquo;un croissant beurr\u00e9, tandis qu&rsquo;elle lisait un livre achet\u00e9 chez Herckenrath, le papier d&#8217;emballage soigneusement pli\u00e9 en quatre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de leur main bagu\u00e9e. Elles \u00e9taient tellement chics qu&rsquo;elle affectaient une pointe d&rsquo;accent fran\u00e7ais en parlant flamand.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div>\n<h3>Avanc\u00e9es techniques allemande 1914<\/h3>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv2107262231yMail_cursorElementTracker_1560420034337\"><em>Le fort de Loncin est mis hors de combat par un tir de plein fouet sur la poudri\u00e8re. Le b\u00e9ton n&rsquo;\u00e9tait pas encore arm\u00e9e, ce qui fut fatal au vieux mastodonte, dernier vestige d&rsquo;une \u00e9poque candide. (&#8230;..) En chemin nous apprenons que presque tous les forts sont tomb\u00e9s et que toute r\u00e9sistance est devenue vaine. Les Allemands utilisent des mortiers lourds d&rsquo;un calibre de 420 millim\u00e8tres dont nous ignorions totalement l&rsquo;existence. Leurs tirs ont ouvert des br\u00e8ches dans tous les forts li\u00e9geois&#160;; ces citadelles d\u00e9su\u00e8tes peuvent tout au plus r\u00e9sister un calibre 210 millim\u00e8tres.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div>\n<h3>Les troupes allemandes en Belgique<\/h3>\n<\/div>\n<div>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv4766141432yMail_cursorElementTracker_1560433485456\"><em>Un matin, une semaine plus tard, nous entend\u00eemes pleurer un enfant. Un gar\u00e7onnet d&rsquo;une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es \u00e9tait debout sur l&rsquo;autre rive. Le commandant nous interdit d&rsquo;aller le chercher. Carlier dit que c&rsquo;\u00e9tait une honte, il retira son uniforme, sauta dans l&rsquo;eau et nagea jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9. Au moment o\u00f9 il voulut tendre la main \u00e0 l&rsquo;enfant, celui-ci d\u00e9tala . Les Allemands se mirent \u00e0 tirer avec toutes leur bouches de feu, nous n&rsquo;avions aucune id\u00e9e d&rsquo;o\u00f9 provenaient les tirs. Carlier tomba \u00e0 la renverse, roula sur la berge jusque dans l&rsquo;eau, plongea en profondeur, ne ressortit que lorsqu&rsquo;il fut arriv\u00e9 de notre c\u00f4t\u00e9. Tout le monde avait suivi la sc\u00e8ne en retenant son souffle&#160;; Carlier fut hiss\u00e9 \u00e0 terre, le commandant dit qu&rsquo;il m\u00e9ritait en r\u00e9alit\u00e9 une lourde sanction, mais en voyant \u00e0 quel point le proc\u00e9d\u00e9 des Allemands nous avait indign\u00e9s, il en resta l\u00e0.<\/em><\/div>\n<div id=\"yiv4766141432yMail_cursorElementTracker_1560433830767\"><\/div>\n<div id=\"yiv4766141432yMail_cursorElementTracker_1560433824984\"><em>Nous pr\u00eemes conscience que nous avions en face de nous ennemi sans le moindre scrupule. Ce genre de tactique de guerre psychologique \u00e9tait nouveau pour nous, nous avions \u00e9t\u00e9 \u00e9duqu\u00e9s avec un sens rigoureux de l&rsquo;honneur militaire, de la morale et de l&rsquo;art de la guerre, nous avions appris \u00e0 faire \u00e9l\u00e9gamment de l&rsquo;escrime et \u00e0 r\u00e9aliser des op\u00e9rations de sauvetage, nous avions appris \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 l&rsquo;honneur du soldat et de la patrie. Ce que nous voyons ici et \u00e9tait d&rsquo;un autre ordre. Cela bouleversant nos pens\u00e9es et nos sentiments, nous ressentions, le c\u0153ur rempli d&rsquo;angoisse, que nous revenions d&rsquo;autres hommes pr\u00eats \u00e0 tout ce que nous avions \u00e9vit\u00e9 auparavant.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div>\n<h3>Les atrocit\u00e9s de la premi\u00e8re guerre ont-elles entra\u00een\u00e9 celles de la seconde&#160;?<\/h3>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv6751658437yMail_cursorElementTracker_1560500142205\"><em>Toutes ses vertus d&rsquo;une autre \u00e9poque furent r\u00e9duites en cendres dans l&rsquo;enfer des tranch\u00e9es de la Premi\u00e8re Guerre mondiale. On enivrait sciemment les soldats avant de les amener jusqu&rsquo;\u00e0 la ligne de feu (un des plus grands tabous pour les historiens patriotiques, mais les r\u00e9cits de mon grand-p\u00e8re sont clairs \u00e0 ce sujet)&#160;; les bouis-bouis, comme les appelait mon grand-p\u00e8re, se multipliaient, on en voyait pour ainsi dire partout \u00e0 la fin de la guerre, de ces lieux o\u00f9 l&rsquo;on encourageait les soldats \u00e0 apaiser leurs frustrations sexuelles pas toujours en douceur -une nouveaut\u00e9 en soi, sous cette forme organis\u00e9e. Les cruaut\u00e9s les massacres transform\u00e8rent d\u00e9finitivement l&rsquo;\u00e9thique , la conception de la vie, les mentalit\u00e9s et les m\u0153urs de cette g\u00e9n\u00e9ration. Des champs de bataille \u00e0 l&rsquo;odeur de pr\u00e9s pi\u00e9tin\u00e9s, des mourants comme au garde-\u00e0-vous jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;heure de leur mort, des sc\u00e8nes picturales militaires avec en toile de fond la campagne du dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle remplie de collines et de boqueteaux , il ne resta que des d\u00e9combres mentaux asphyxi\u00e9s par le gaz moutarde, des champs remplis de membres arrach\u00e9s , une esp\u00e8ce humaine d&rsquo;un autre \u00e2ge qui fut litt\u00e9ralement d\u00e9chiquet\u00e9e.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<h3>Toutes les apr\u00e8s-guerres se ressemblent<\/h3>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv8098951738yMail_cursorElementTracker_1560499931463\"><em>Partout surgissent de v\u00e9h\u00e9ments patriotes, qui pendant la guerre se livraient \u00e0 un commerce clandestin mais intensif avec les Allemands. Partout des traces et des t\u00e9moignages sont fi\u00e9vreusement effac\u00e9s. Partout j&rsquo;assiste \u00e0 des querelles, de l&rsquo;animosit\u00e9, des ragots, des trahisons, des l\u00e2chet\u00e9s et des pillages, tandis que les journaux exultent en \u00e9voquant une paix bienheureuse. Nous, les soldats qui revenons du front, nous sommes mieux inform\u00e9s. Nous nous taisons, luttons contre nos cauchemars, \u00e9clatant parfois en sanglots en sentant l&rsquo;odeur du linge fra\u00eechement repass\u00e9 ou d&rsquo;une tasse de lait chaud.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<h3>Explication du titre, et fin du livre<\/h3>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv5860932333yMail_cursorElementTracker_1560523672393\"><em>Ainsi, ce paradoxe fut une constante dans sa vie&#160;: ce ballottement entre le militaire qu&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 par la force des choses et l&rsquo;artiste qu&rsquo;il aurait voulu \u00eatre. Guerre et t\u00e9r\u00e9benthine. La paix de ces derni\u00e8res ann\u00e9es lui permit de prendre peu \u00e0 peu cong\u00e9 de ses traumatisme. En priant Notre-Dame des Sept Douleurs, il trouva la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. Le soir avant sa mort, il est parti se coucher en pronon\u00e7ant ces mots&#160;: je me suis senti si heureux aujourd&rsquo;hui, Maria.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Traduit du n\u00e9erlandais (Belgique) par Isabelle Rosselin Edition poche Folio En lisant le billet de Dominique je m&rsquo;\u00e9tais fait une promesse, mettre ce livre dans ma liste, puis dans ma pile \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de mon lit, et puis finalement de le lire. Promesse tenue. 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