{"id":10570,"date":"2019-09-02T07:00:18","date_gmt":"2019-09-02T05:00:18","guid":{"rendered":"http:\/\/luocine.fr\/?p=10570"},"modified":"2019-09-04T10:51:19","modified_gmt":"2019-09-04T08:51:19","slug":"nous-aurons-ete-vivants-laurence-tardieu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/luocine.fr\/?p=10570","title":{"rendered":"Nous aurons \u00e9t\u00e9 vivants     &#8211; Laurence TARDIEU"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/IMG_0038.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-10572\" src=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/IMG_0038.jpg\" alt=\"\" width=\"3264\" height=\"2448\" srcset=\"https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/IMG_0038.jpg 3264w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/IMG_0038-300x225.jpg 300w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/IMG_0038-768x576.jpg 768w, https:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/IMG_0038-1024x768.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 3264px) 100vw, 3264px\" \/><\/a><\/p>\n<blockquote><p><em>\u00c9dition Stock<\/em><\/p>\n<p><em>Lu dans le cadre du Club de Lecture de l<a href=\"http:\/\/www.lourse.fr\/\">a m\u00e9diath\u00e8que de Dinard<\/a><\/em><\/p><\/blockquote>\n<p><a href=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/3.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-724 alignleft\" src=\"http:\/\/luocine.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/3.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"58\" \/><\/a>Autant je n&rsquo;avais pas appr\u00e9ci\u00e9 la pr\u00e9c\u00e9dente lecture de Laurence Tardieu, \u00ab&#160;<a href=\"http:\/\/luocine.fr\/?p=1177\">Un temps fou<\/a>&#160;\u00bb , autant celle l\u00e0 m&rsquo;a int\u00e9ress\u00e9e. Pourtant \u00e7a commen\u00e7ait assez mal, car encore l&rsquo;univers de cette femme et de sa famille que sa fille a fui me semblait bien loin de mes centres d&rsquo;int\u00e9r\u00eat. Et puis peu \u00e0 peu , le roman s&rsquo;est densifi\u00e9 et le r\u00e9cit de cette journ\u00e9e pendant laquelle Hannah pense atteindre l&rsquo;apog\u00e9e de la souffrance et qui verra aussi Lydie sa meilleure amie souffrir \u00e0 son tour, a \u00e9t\u00e9 beaucoup plus riche que je ne m&rsquo;y attendais. Cette belle amiti\u00e9 entre ces deux femmes donne un ton plus optimiste au roman et en fait un des charmes pour moi. Le drame d&rsquo;Hannah , tient en peu de mots&#160;: sa fille Lorette a d\u00e9cid\u00e9 de rompre sans aucune explication avec sa famille. Ce deuil qui n&rsquo;en est pas un, est d&rsquo;une violence qui depuis sept ans ronge Hannah, artiste peintre qui n&rsquo;arrive m\u00eame plus \u00e0 peindre. En remontant dans le temps, on comprend \u00e0 la fois l&rsquo;histoire de sa famille dont les grands parents ont \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9s en 1942 parce qu&rsquo;ils \u00e9taient juifs et de l\u2019actualit\u00e9 du monde de 1989 \u00e0 aujourd&rsquo;hui. Hannah a v\u00e9cu dans la liesse (comme nous tous) l&rsquo;effondrement du mur de Berlin, puis a \u00e9t\u00e9 terrifi\u00e9e par la guerre en Bosnie. Sa fille qu&rsquo;elle aime d&rsquo;un amour fusionnel, perd peu \u00e0 peu confiance dans cette m\u00e8re qui est une v\u00e9ritable \u00e9corch\u00e9e vive et qui s&rsquo;int\u00e9resse trop aux malheurs du monde. Le roman se d\u00e9roule, donc, sur une journ\u00e9e , le matin Hannah croit voire ou voit r\u00e9ellement Lorette sur le trottoir d&rsquo;en face, toute sa journ\u00e9e elle revit les moments de crise de sa famille et elle sait qu&rsquo;elle doit t\u00e9l\u00e9phoner \u00e0 Lydie qui l&rsquo;a invit\u00e9e \u00e0 d\u00eener avec des amis, elle se sent incapable de retrouver son amie. Finalement, elles se retrouveront mais pas exactement comme l&rsquo;avait pr\u00e9vue Lydie. Hannah va sans doute recommencer \u00e0 peindre ce qui est la fin la plus optimiste qu&rsquo;on puisse imaginer. Je ne peux en dire plus sans divulg\u00e2cher l&rsquo;intrigue. Les deux ressorts du roman sont le m\u00e9lange de l&rsquo;actualit\u00e9 et de la vie personnelle, et l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 du malheur des gens qui ont \u00e9t\u00e9 touch\u00e9s par la Shoa, la souffrance de cette m\u00e8re priv\u00e9e de sa fille sert de cadre \u00e0 ces deux fils conducteurs. Un bon roman, bien meilleur en tout cas que mes premi\u00e8res impressions.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>Citations<\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Description si banale des couples qui s&rsquo;usent.<\/h3>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv9478740607yMail_cursorElementTracker_1553169532113\"><em>Tout s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9lit\u00e9 sans qu&rsquo;il s&rsquo;en aper\u00e7oive. Il se rappelait pourtant avoir \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s amoureux lorsqu&rsquo;il l&rsquo;avait rencontr\u00e9e, \u00e0 trente ans. Elle, sociologue, jeune femme rousse \u00e0 la peau p\u00e2le, au rire presque silencieux, au regard obs\u00e9dant (enchantement dont il avait fini, apr\u00e8s plusieurs mois, par identifier l&rsquo;origine&#160;: un tr\u00e8s l\u00e9ger strabisme, dont on pouvait difficilement se rendre compte \u00e0 moins de fixer longtemps les deux yeux, et \u00e0 l&rsquo;instant m\u00eame o\u00f9 il avait compris ce qui depuis des mois le rendait fou, le regard gris-vert avait perdu de sa magie) et que tous ses copains lui envoyaient. Lui, jeune canc\u00e9rologue passionn\u00e9 par son m\u00e9tier, promis \u00e0 un brillante \u00e0 venir. Oui, la vie avait \u00e9t\u00e9 belle, et joyeuse, et sexuelle,avec Claire. Que s\u2019\u00e9tait-il pass\u00e9 pour qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui les rares paroles qu&rsquo;ils \u00e9changent concernent des pots de yaourt, le chauffagiste \u00e0 faire venir, la liti\u00e8re du chat&#160;? Que s&rsquo;\u00e9tait-il pass\u00e9, d&rsquo;atrocement banal, qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas vu se former, et contre quoi aujourd&rsquo;hui il ne pouvait plus lutter, comme si Claire et lui avaient commenc\u00e9, il y a bien longtemps, et alors m\u00eame qu&rsquo;ils ne le savaient pas encore, \u00e0 glisser le long d&rsquo;une pente, et qu&rsquo;il n&rsquo;y avait aujourd&rsquo;hui plus de retour en arri\u00e8re possible, plus de possibilit\u00e9 de bonheur&#160;?<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<div><\/div>\n<div>\n<h3>Le drame de la famille<\/h3>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv1186693970yMail_cursorElementTracker_1553180364599\"><em>Hannah, alors tout jeune adolescente, avait soudain vu, effar\u00e9e, le visage de cette tante d&rsquo;ordinaire silencieuse et discr\u00e8te se tordre, comme si la peau devenait du chiffon, et les larmes rouler sur ses joues, et elle avait entendu, ils avaient tous entendu, la br\u00e8ve phrase demeur\u00e9e depuis comme un coup de tonnerre dans la nuit, dont Hannah se demandait parfois, \u00e0 force de l&rsquo;avoir r\u00e9p\u00e9t\u00e9e mentalement pendant des ann\u00e9es, si elle ne l&rsquo;avait pas invent\u00e9e&#160;: \u00ab&#160;De toute fa\u00e7on, s&rsquo;ils avaient pu tous nous faire dispara\u00eetre, ils l&rsquo;auraient fait. On est rest\u00e9s l\u00e0 David et moi cach\u00e9s dans notre trou, \u00e0 les regarder partir pour la mort comme des chiens, on est rest\u00e9s l\u00e0, impuissants, \u00e0 les regarder partir.&#160;\u00bb<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<h3>La mort<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<div id=\"yiv8676870332yMail_cursorElementTracker_1553184969527\"><em>Tu vois, ce qu&rsquo;il y a de tr\u00e8s violent lorsque meurt quelqu&rsquo;un qu&rsquo;on a beaucoup aim\u00e9, c&rsquo;est qu&rsquo;au d\u00e9but, on a le sentiment de perdre cette personne, de la perdre r\u00e9ellement. On ne peut plus lui parler, on ne peut plus la toucher, on ne peut plus la regarder, se dire que cette couleur lui va bien, qu&rsquo;elle a le visage repos\u00e9&#8230; On ne peut plus l&rsquo;entendre rire&#8230; Mais ensuite, avec le temps, si on se souvient d&rsquo;elle, si on se souvient d&rsquo;elle vraiment, je veux dire si on se concentre pour se rappeler le grain exact de sa peau, la fa\u00e7on qu&rsquo;elle avait de sourire, de parler, l&rsquo;expression de son visage lorsqu&rsquo;elle vous \u00e9coutait , la mani\u00e8re qu&rsquo;elle avait de poser une main sur votre \u00e9paule, d&rsquo;enfiler un manteau, de d\u00e9couvrir un cadeau, de piquer un fou rire, alors c&rsquo;est comme si on parvenait \u00e0 faire revenir cette personne du royaume des morts, \u00e0 la faire revenir doucement parmi nous, mais cette fois&#160;: en nous. Elle ne fait plus partie des vivants, elle ne d\u00e9ambulera plus parmi nous, mais elle occupe d\u00e9sormais notre c\u0153ur, notre m\u00e9moire. Notre \u00e2me. C&rsquo;est un petit miracle, une victoire acquise sur la disparition.<\/em><\/div>\n<\/blockquote>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<h3>Son p\u00e8re lui parle<\/h3>\n<div>\n<blockquote><p><em>Ce qui est arriv\u00e9 un jour de printemps 1942 et qui s&rsquo;est produit sous mes yeux n&rsquo;en finit pas de nous faire sombrer, de nous aspirer, on croit que c&rsquo;est arriv\u00e9 \u00e0 mes parents un jour de l&rsquo;ann\u00e9e 1942 et \u00e7a continue \u00e0 nous arriver, \u00e7a continue \u00e0 nous arriver \u00e0 nous tous, Hannah, \u00e0 moi, \u00e0 toi, \u00e0 Lorette, comme si la d\u00e9flagration ne s&rsquo;\u00e9tait jamais arr\u00eat\u00e9e &#8230; Ce jour-l\u00e0 la nuit est entr\u00e9e dans toutes les vies de notre famille, les vies pr\u00e9sentes et celles \u00e0 venir. Je crois, Hannah, je crois que nos corps se souviennent de ce qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas v\u00e9cu, de ce qui a assi\u00e9g\u00e9 ceux qui nous ont mis au monde, nos corps se souviennent de la peur, ils se souviennent de l&rsquo;effroi..<\/em><\/p><\/blockquote>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9dition Stock Lu dans le cadre du Club de Lecture de la m\u00e9diath\u00e8que de Dinard Autant je n&rsquo;avais pas appr\u00e9ci\u00e9 la pr\u00e9c\u00e9dente lecture de Laurence Tardieu, \u00ab&#160;Un temps fou&#160;\u00bb , autant celle l\u00e0 m&rsquo;a int\u00e9ress\u00e9e. Pourtant \u00e7a commen\u00e7ait assez mal, car encore l&rsquo;univers de cette femme et de sa famille que sa fille a fui <span class=\"ellipsis\">&hellip;<\/span> <span class=\"more-link-wrap\"><a href=\"https:\/\/luocine.fr\/?p=10570\" class=\"more-link\"><span>Read More &rarr;<\/span><\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":822092,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[44,133,24,83,171,49],"tags":[],"class_list":["post-10570","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-3-coquillages","category-amour-et-couple","category-france","category-nazisme","category-rapports-parents-enfants","category-roman"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10570","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/822092"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10570"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10570\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10570"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10570"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/luocine.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10570"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}