Édition autre­ment traduit de l’an­glais (et préfacé sans grand inté­rêt à mon avis) par Jean Pavans

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Peut-on tomber amou­reux d’un domaine ? Cela est arrivé à l’au­teure qui est, je ne l’ai décou­vert qu’en­suite, la femme qui a aimé Virgi­nia Woolf. Dans ce roman, elle sait racon­ter à la perfec­tion ce qui peut loin de toute ratio­na­lité embar­quer une personne sage et raison­nable dans l’achat d’une demeure et d’un jardin qui lui pompera toutes ses ressources finan­cières et ses forces de vie tout en lui assu­rant un bonheur ines­ti­mable. Celui de possé­der et de faire revivre ce lieu. L’au­teure l’a fait pour le château de Sissing­hurtst et on peut comprendre son choix :

Pour le roman, il s’agit d’une belle demeure qui sans être un château a tout le charme des lieux qui aujourd’hui se visitent surtout quand ils sont entouré d’un beau jardin. Le person­nage prin­ci­pal, hérite de l’en­semble des biens d’une parente mais ne peut les garder, d’ailleurs au début il n’a qu’une envie vendre le tout pour se faire une vie person­nelle plus confor­table, lui l’hé­ri­tier qui porte ce nom Chase , les Chase ont possédé ce domaine pendant cinq siècles mais lui n’est qu’un pâle employé d’assurance et il cache son prénom Peregrine (qui signe­rait la noblesse de ses origines). Et puis, il s’ins­talle plus long­temps que prévu dans cette maison et il se fait prendre par son charme, jusqu’à en perdre ses propres repères. Cette posses­sion d’une personne par un lieu superbe est très bien racon­tée et mérite large­ment 5 coquillages, en revanche, il y a telle­ment de détails que je n’ai pas compris que cela m’a empê­chée d’être bien dans ce court texte. J’au­rais aimé savoir pour­quoi l’hé­ri­tier de cette grande famille ne connaît abso­lu­ment pas ce lieu ni sa tante. L’Angleterre n’est pas si vaste qu’il ne puisse pas, parfois, rendre visite à sa tante. Et sans dévoi­ler la fin, je comprends encore moins pour­quoi il doit rache­ter son domaine plutôt que simple­ment le reti­rer de la vente et ne payer alors que les hypo­thèques. Mais le sujet du roman ce ne sont donc pas ces banales histoires d’hé­ri­tage et de finances mais la prise de pouvoir amou­reuse d’un lieu sur une personne.

Citations

Les habits après la mort

Je ne sais pas ce que vous allez faire des vête­ments de la vieille dame, Mr. Chase. Ils ne rappor­te­raient pas grand-chose, voyez-vous, à l’ex­cep­tion des dentelles. Il y a la de belles dentelles authen­tiques, qui devraient valoir quelque chose. Tout est inscrit dans l’in­ven­taire, il faudra les découdre des vête­ments. Mais quand au reste… mettons vingt livres. Ces robes de soie, dirais-je, sont faites d’une bonne étoffe » , observa Mr. Nutley en tâtant une rangée de robes noires pendues dans le placard, qui remuèrent avec un faible bruis­se­ment de feuilles mortes. « Suivez mon conseil, donnez-en quelques-unes à la gouver­nante, cela en fin de compte vous fera plus de profit que les quelques livres que vous pour­riez en tirer. Il faut toujours avoir les domes­tiques de son côté, c’est mon axiome.. Enfin, c’est votre affaire, vous êtes le seul héri­tier et personne ne doit s’immiscer. »

Les traditions en Angleterre

Il avait dû déni­cher la copie de quelques vieux rapport. Mais non ; il était revenu à la première page et il y avait trouvé la date de l’an­née précé­dente. Il était consterné à l’idée que si de telles choses avaient concerné sa tante, elles risquaient aussi de le concer­ner. Que ferait-il d’un porc « de pasnage » à suppo­ser qu’on en amenât un devant sa porte ? Il aurait été encore plus embar­rassé si l’un des fermiers qu’il avait vus aux obsèques était venu lui dire : « Je tiens de toi, le Seigneur. »

Première impression de la maison

La maison lui rendait un regard grave et doux. Sa façade de vieilles briques lit de vin, les V inver­sés des deux pignons, les rectangles des fenêtres et le stuc crémeux de la petite colon­nade qui réunis­sait les deux ailes en saillie, tout se reflé­tait sans défor­ma­tion dans le calme verdâtre des douves. Ce n’était pas une grande maison, elle se résu­mait aux deux ailes et au corps central, mais elle était parfaite est ache­vée, si parfaite que Chase, qui pour­tant ne connais­sait rien et ne s’in­té­res­sait nulle­ment à l’ar­chi­tec­ture, (…), se sentit peu à peu apai­sée par une confor­table satis­fac­tion. Oui, vrai­ment la maison était petite, char­mante, et satis­fai­sante. On ne pouvait lui trou­ver aucun défaut. Elle était exquise de forme et de couleur. Dans ses propor­tions parfaites, elle portait la gran­deur de son style avec une digne simpli­cité. Elle était tran­quille, la soirée était tran­quille, la campagne et était tran­quille ; elle faisait partie de la soirée, de la campagne.

Séduction

Tel un enfant égaré dans le royaume des délices, il était stupé­fié par les enchan­te­ments du soleil et de l’ombre. Il s’at­tar­dait pendant des heures à contem­pler, dans une béati­tude stupide, les grandes nappes de soleil répan­dus sur l’herbe, et les ombres intenses qui s’en­fouis­saient dans les profon­deurs des bois. Il se levait tôt le matin et, se penchait à la fenêtre ouverte, se livrait à la rosée, au senti­ment de la clarté nouvelle, aux oiseaux. Que de gazouillis. !

Sous le charme

Et comme sa vision s’élar­gis­sait, il sentit que la maison, très gracieu­se­ment fondue dans les arbres, les prai­ries, les collines, avait poussé là comme eux, faisant partie d’une tradi­tion sécu­laire. Il recon­si­déra même les tableaux, non comme repré­sen­ta­tion de fantôme insi­gni­fiant, mais comme des hommes et des femmes dans le sang avez contri­bué à la compo­si­tion de celui qui coulait dans c’est pas propre. C’était la terre, les fermes, les meules, les sommeil, les jachères qui lui ensei­gnaient cette sagesse

Édition Albin Michel

Si vous avez une idée posi­tive de Karl Marx, c’est sûre­ment que vous avez été sensible aux analyses poli­tico-philo­so­phiques de ce « grand » homme, un peu moins, je suppose, des consé­quences de ses « géniales idées ». Mais si vous voulez défi­ni­ti­ve­ment vous dégoû­ter de l’homme, lisez ce livre : Sébas­tien Spit­zer, essaie de retrou­ver la trace du garçon illé­gi­time de Karl Marx. En exil à Londres, celui-ci « engrosse » la bonne de cette étrange famille d’exi­lés. Il faut abso­lu­ment cacher, voire faire dispa­raître cet enfant. Il vivra, mais aura une vie très misé­rable comme tous les pauvres anglais de cette époque . Le roman se déroule lors du séjour de la famille Marx en Angle­terre, il y arrive en 1850. Nous voyons donc dans cette biogra­phie de Freddy Evans, le fils caché de Marx les deux extrêmes de la société britan­nique. D’un côte la richesse, dont Engels est un digne repré­sen­tant et le monde ouvrier qui peut à tout moment tomber dans une misère noire. Au milieu, la famille de Marx une famille d’exi­lés qui est assez origi­nale, la femme de Marx, Jenny von West­pha­len avec laquelle il s’était fiancé étudiant est issue de la noblesse rhénane, son frère aîné devien­dra ministre de l’In­té­rieur de la Prusse au cours d’une des périodes les plus réac­tion­naires que connut ce pays. Il a un rôle impor­tant pour l’in­trigue roma­nesque et dans le destin tragique de l’en­fant caché. C’est parfois diffi­cile de démê­ler la fiction de la réalité. Je pense que l’on peut se fier aux faits histo­riques, mais l’on sent que l’au­teur est dégoûté par son person­nage et il en fait un portrait à charge. Il faut dire que pour avoir de l’argent, Karl Marx était peu regar­dant sur l’ori­gine des finances, peu lui importe par exemple que ce bon argent vienne des plan­ta­tions escla­va­gistes du Sud des États-Unis. Derrière le grand homme se cache­rait donc un jouis­seur peu scru­pu­leux qui était prêt à tout pour mener une vie confor­table sans rien faire d’autre qu’é­crire et encore quand il y était poussé par sa femme. Engels est un person­nage très ambigu, très riche bour­geois il dirige une usine de fila­ture appar­te­nant à son père, il épouse les thèses révo­lu­tion­naires qu’il finance tout en faisant beau­coup d’agent grâce au capi­ta­lisme libé­ral. C’est lui qui sera chargé de faire dispa­raître le « bâtard » mais il aura quelques diffi­cul­tés à tuer ou faire tuer un bébé. C’est lui aussi qui entre­tient à grands frais la famille Marx sans aucune recon­nais­sance de ce dernier. Le point le plus inté­res­sant du roman, c’est la descrip­tion de la condi­tion ouvrière en Angle­terre, on est en plein dans du Dickens, un rien fait bascu­ler des pans entiers de la popu­la­tion du côté des misé­reux et de la famine.

Citations

La misère à Londres 1860

Les tanneurs de Bermond­sey exigent une heure de pause. Ils triment quinze heures par jour dans l’odeur méphi­tique du sang chaud et du jus de tannée. Malte hausse les épaules. Les débats autour des horaires de travail, des temps de pause, de la semaine qui s’ar­rête le samedi et reprend le dimanche ou des salaires trop bas ne le concernent pas. Il en pâtit seule­ment. Il habite juste en face. Il les voit qui défilent, voci­fé­rant et récla­mant. Il sait qu’il s’épuisent a deman­der l’im­pos­sible. Cela fait si long­temps que les injus­tices existent. Depuis que le monde est monde. Alors à quoi bon s’in­sur­ger ? Si seule­ment ils pouvaient s’écar­ter de sa route. Il ne peut rien pour eux.

Portrait de Karl Marx par la bonne qu’il a « engrossée »

C’est un vaurien, inca­pable de mettre un seul penny de côté. L’argent lui brûle les doigts. Il ne sait pas comp­ter. Ni travailler d’ailleurs. Il a bouffé la dot et les dons de sa femme. Il accu­mule les dettes. C’est tout ce qu’il sait faire, récla­mer de l’argent à ses amis. Et quand il refuse, il hurle comme un cochon qu’on saigne. Une bête, je vous dis ! Il fait ça même à sa mère. La pauvre femme. Henriette, qu’elle s’ap­pelle. Il dit que sa mère le vole ! .Vous enten­dez ! Un homme de son âge qui dit que sa mère le vole ! Saleté de bon à rien ! Et après, c’est moi qui dois faire face au boucher, qui dois le supplier de me faire confiance, comme chez le boulan­ger ou le marchand de fruits aussi. Ça fait cossu d’avoir une employée. Ah oui ça. Ça fait riche. Mais ils n’ont rien. Que dalle. Que le nom de Madame, usé jusqu’à la corde. Un jour, quand il avait trop faim, il a envoyé une lettre d’embauche à une compa­gnie des chemins de fer. La première, en 10 ans. Pour­tant, il a fait des études. Il est docteur. Faut qu’on l’ap­pelle docteur.

L’argent et la vie d » Engels et le style lapidaire de l’auteur

Engels paye d’une traite à tirer sur les comptes de l’usine. Le docu­ment est signé par lui et par son asso­cié. Peter Ermen était rassuré en le para­phant ce matin. 
L’argent n’a pas d’odeur.
Tant pis pour les esclaves des plan­ta­tions du Sud.
Engels voit le docu­ment dispa­raître dans la poche de Dress­ner. Sa mère est immo­bile. Ses oiseaux sont figés. Et l’équa­tion de Fourier lui revient à l’es­prit, celle qu’il crachait l’été à la face des bour­geois, avec les deux sœurs au bras : deux vices font une vertu. Mary est morte si vite. Le coton le dégoûte. L’argent le dégoûte. Mais c’est un mal néces­saire pour la cause.

Le portrait de Marx (appelé le Maure) lors d’un repas chez Engels

- Je ne sais pas, répond le Maure en s’es­suyant les lèvres. La peau de son ventre est tendu. Il a trop mangé. Il ne s’est pas retenu. Il en est inca­pable. Il a fallu qu’il dévore, tout, très vite comme s’il s’agis­sait du dernier repas de sa vie.
(Et la fin de la discussion)
-Que faire ? Demande Engels.
- Il faut que je voie avec les autres, ces crétins de choristes, les syndi­ca­listes du Lanca­shire : Swing­khurst, Mowley et d’autres. 
- Et moi ?
- Toi Engels ? Tu finances ! Débrouille-toi pour trou­ver de l’argent. Il faudra plus d’argent. Beau­coup plus.

Le pacte sur Le dos de l’enfant illégitime de Karl Marx

. J’ai passé un pacte avec mon frère.
- un pacte ?
- Nous avons passé un accord pour les deux. Si l’exis­tence de ce bâtard était révélé ce serait l’image de mon mari qui serait atteinte. 
Engels acquiesce, sans l’interrompre. 
Elle revient sur ce dîner avec son frère.
C’était il y a quelques semaines, juste avant qu’ils ne débarquent ici, à Manches­ter, en famille. Ferdi­nand avait retrouvé Freddy.
– Ferdi­nand est un homme intel­li­gent. Au nom des West­fa­len, il a accepté de ne rien dire de l’exis­tence de cet enfant. Pour l’image de notre famille. Pour ma répu­ta­tion. Il a renoncé ainsi à l’idée de nuire à Carl. Tu sais comme il le hait. Cela n’est pas nouveau. Cette histoire aurais pu lui causer du tort. L’en­fant caché de Karl Marx. Son fils caché. Avec la bonne !
. Nous nous sommes mis d’ac­cord, mon frère et moi. Je me suis enga­gée. Plus d’ap­pel à la grève. Plus de drapeau rouge. Plus de menaces sur Londres ou Berlin ou je ne sais où. J’ai promis qu’il rega­gne­rait son cabi­net et se conten­te­rait d’écrire. C’est pour ça que mon frère vous a fait suivre.

Je ne savais pas ça :

Comme des milliers des Irlan­dais, son oncle s’est engagé comme soldat puis sergent dans l’ar­mée Yankee. Il a suivi les troupes nordistes tout le long de la guerre. Il a cru qu’à l’is­sue il aurait des terres, lui aussi. De bonnes terres prises aux enne­mis sudistes. C’est ce qu’a­vait promis les colo­nels, les géné­raux et surtout le président. Le Nord l’a emporté le Nord a libéré les esclaves. Le Nord a remer­cié les enga­gés volon­taires pour tout le sang versé. Puis les terres ont été remises aux anciens proprié­taires, aux parti­sans des sudistes. Le Nord a offert quarante acres et une mule a quelques esclave affran­chis. Il a offert quarante acres et une mule à ces milliers de conscrits, engagé malgré eux. Et quand il n’y a plus de mule, il a dit à tous les autres, les volon­taires, les Irlan­dais, d’al­ler se faire foutre.

Souvent, le mercredi, je passe sur vos blogs pour dire que je lis peu, ou pas, de BD. Il m’ar­rive aussi de trou­ver des trésors comme « Le Chan­teur Perdu » et cette fois, c’est moi qui vous suggère une lecture qui m’a beau­coup touchée. L’au­teur a écrit cette BD car en peu de temps, il a dû faire face à l’Alz­hei­mer de sa mère et à l’an­nonce de la triso­mie de son fils :

À quelques mois d’in­ter­valles, il me faut faire le deuil de la mère que j’avais connue et celui de l’en­fant que j’avais attendu.

Morvan­diau est rennais et cela a sûre­ment joué dans mon plai­sir de lecture car c’est la ville où je suis née et où j’ai travaillé. Je recon­nais bien les lieux qu’il décrit, j’ap­pré­cie qu’il ne fasse pas des dessins du Rennes touris­tique très connu mais plutôt des quar­tiers habi­tés par les gens ordi­naires, on sent que son œil de dessi­na­teur est attiré par la trans­for­ma­tion d’un quar­tier de petits pavillons avec jardin lais­sant la place à des immeubles. Morvan­diau raconte ces années qui ont été doulou­reuses pour lui, il passe d’anec­dotes de sa vie à l’ex­pres­sion de ses senti­ments et de ses cauche­mars, les réflexions des gens autour d’eux. Que de pudeur dans cette BD ! Il ne s’agit pas d’un récit linéaire, et c’est ce que j’ai aimé : par petites touches, Morvan­diau nous fait parti­ci­per à tout ce qui a fait sa vie.

Je vous laisse avec ma planche préfé­rée, mais surtout ne croyez pas que cette BD ne raconte que cela : la vie d’Emile et de ses progrès, c’est toute une période de la vie de l’au­teur dans tous ses aspects, enfin ceux que le dessin peut exprimer :

Édition 1018. Traduit du tchèque Joseph Gagnaire

Je dois la décou­verte de cet auteur à Patrice et, comme lui, depuis, j’ai très envie de lire d’autres livres de cet auteur, pour­quoi pas « Voyage vers le Nord » . Ce petit livre sur les amou­reux des jardins est un petit concen­tré d’hu­mour. Dès la première phrase, j’ai souri et je savais que je le lirai jusqu’au bout :

Il y a cent manières de créer un jardin : la meilleure est encore de prendre un jardinier

Ecrit en 1929, ce conseil me encore va très bien, derrière tout beau jardin bien fleuri se cache un jardi­nier compé­tent (ce que je ne suis pas) et qui doit passer cent pour cent de son temps libre à travailler la terre. J’adore les fleurs mais je déteste les culti­ver. Pour­tant, quelle merveille quand les roses s’éveillent et parfument l’en­trée de la maison ! Dans ce petit livre, écrit comme un alma­nach, chaque mois, l’au­teur précise les diffé­rentes tâches qui attendent tout bon jardi­nier. Tout cela est raconté avec un humour déli­cieux. Mais j’avoue que l’ac­cu­mu­la­tion des noms de fleurs et de plantes a fini par me lasser. Karel Čapek aime le comique d’ac­cu­mu­la­tion et cela m’a semblé un procédé trop répé­ti­tif. Surtout ne vous arrê­tez pas à ce bémol, car dans l’en­semble vous trou­ve­rez que le jardi­nier de 1929 a beau­coup de points communs avec celui de 2020 . Et jamais, au grand jamais, vous n’ac­cep­te­rez de surveiller le jardin d’un ami qui part au mois d’août en vacances. Ce « presque rien que vous aurez à faire » peut se termi­ner par une vraie galère tous les jours. Le jardi­nier de 1929 écri­vait une lettre par jour pour s’in­quié­ter de l’état de son cher jardin et donner ses précieux conseils, je vous laisse imagi­ner ce que le jardi­nier d’au­jourd’­hui ferait avec son télé­phone portable grâce Face­book, What­sapp et autres façon de s’in­quié­ter de ses trop chères petites plantes…

quelques photos prises dans un jardin au prin­temps 2020 (celui où le confi­ne­ment a permis d’ad­mi­rer l’ar­ri­vée des fleurs) :

Citations

Tellement vrai

Vous verrez, au bout d’une quin­zaine, sortir de la mauvaise herbe au lieu de gazon. C’est un des mystères de la nature que les mauvaises herbes les plus luxu­riantes et les plus vivaces naissent toujours des meilleures semences de gazon : qui sait s’il ne faudrait pas semer de la graine de mauvaises herbes quand on veut avoir de beau gazon ? Trois semaines après, votre pelouse est abon­dam­ment couverte de char­dons drus et autres sale­tés rampantes ou enra­ci­nées dans le sol, quand vous voulez les arra­cher, ou bien elles se cassent juste à la racine, ou bien elles emportent toute une motte de terre. Ainsi vont les choses : 
plus une saleté est nuisible, plus elle a de vitalité. 

Se souvenir que ce livre a été écrit en 1930 et non en 2021 !

Quiconque devient jardi­nier recherche avec complai­sance les « Vieux Chro­ni­queurs » . Ce sont des personnes d’un certain âge et passa­ble­ment distantes qui disent chaque prin­temps , qu’elles n’ont pas souve­nir d’avoir jamais vu un temps pareil . S’il fait froid, elles proclament qu’elles ne se souviennent pas d’un prin­temps aussi froid. « Une fois, il y a de ça soixante ans, il a fait si chaud que les violettes fleu­rirent à la Chan­de­leur ». Par contre si le temps est légè­re­ment plus chaud, les chro­ni­queurs soutiennent n’avoir aucun souve­nir d’un prin­temps aussi chaud. « Une fois, il y a de ça soixante, nous circu­lâmes en train en traî­neau à la Saint-Joseph ». Bref, les chro­ni­queurs eux aussi témoigne qu’en ce qui concerne le temps, notre pays a toujours été soumis à un arbi­traire effréné et qu’il n’y a pas à aller contre.

Genre d’énumérations drôle mais hélas trop fréquentes

Culti­ver la terre, c’est d’une part bêcher, creu­ser, retour­ner, fouiller, ameu­blir, apla­nir, nive­ler et faire des ondu­la­tions, et d’autre part, s’oc­cu­per des ingré­dients. Aucun pudding au monde ne peut-être de compo­si­tion plus compli­quée que la terre de jardin. Autant que je puisse savoir, on y met du fumier, de l’en­grais, du guano, des feuilles pour­ries, de la terre de gazon, de la terre arable, du sable, de la paille, de la chaux (de la farine pour les enfants), du salpêtre, des phos­phates, de la bouse, de la cendre, de la tourbe, de l’eau de la bière, des culots de pipe, des allu­mettes brûlées, des chats crevés et beau­coup d’autres substances. Tout cela se mélange, s’en­fuit et se répand ; comme je l’ai dit, le jardi­nier n’est pas un homme qui respire les roses, mais un homme qui est pour­suivi par l’idée que « cette terre voudrait encore un peu de chaux », ou bien « qu’elle est lourde, comme du plomb, dit le jardi­nier, et qu’elle voudrait un peu de sable ».

Le jardinier et la propriété

Quiconque a un jardin devient inéluc­ta­ble­ment un défen­seur de la propriété, et alors, ce n’est pas un rosier qui pousse dans ce jardin, c’est « son » rosier. L’homme qui est proprié­taire prend conscience d’une certaine soli­da­rité qui le lie à son prochain, par exemple en ce qui concerne le temps, il se met à dire : « Nous aurions besoin d’une bonne pluie » ou « Nous avons été bien arro­sés ». D’autre part, il devient en quelque sorte forte­ment exclu­sif. Il trouve que les arbustes des voisins ne sont que du bois de fagot, à la diffé­rence des siens propres ;.ou bien il constate que tel cognas­sier vien­drait bien mieux dans son jardin que dans celui de son voisin, etc. Il est donc vrai que la propriété privée suscite certains inté­rêts collec­tifs, certains inté­rêts de classe, par exemple en ce qui concerne le temps, mais il est non moins vrai qu » elle excite à l’ex­trême de forts instincts d’égoïsme, d’ini­tia­tives et de posses­sion. Il ne fait pas de doute que les hommes n’aillent au combat pour défendre leur idée, mais ils iraient avec plus de zèle encore et plus de féro­cité pour défendre leur jardin. Un homme qui possède quelques arpents de terre et qui cultive quelque chose devient, en vérité, un être conser­va­teur car il est assu­jetti à des lois natu­relles millé­naires. On aura beau faire, aucune révo­lu­tion n’ac­cé­léra la germi­na­tion ni ne fera fleu­rir les lilas avant le mois de mai, cette leçon rend l’homme plus sage et fait qu’il se soumet aux lois et aux coutumes.

Édition Actes Sud Jacque­line Cham­bon . Traduit de l’anglais(États-Unis) par Gaëlle Rey

Aifelle m’a donné envie de décou­vrir cette auteure à travers un autre titre « Dans la course » , un des commen­taires parlait de ce roman que j’ai donc lu. J’ai cher­ché dans la campagne bretonne ce qui pouvait évoquer l’Ama­zo­nie pour faire ma photo, j’ai eu un peu de mal ! mais vous avez quand même l’eau et les herbes.

Si par hasard vous avez envie d’al­ler en Amazo­nie (ce qui n’est pas mon cas) lisez ce roman avant pour avoir une idée de ce que vous pour­rez y trou­ver. Entre les mous­tiques tueurs, les serpents, les plantes toxiques voire mortelles, la chaleur gorgée d’hu­mi­dité, se cachent des tribus indiennes certaines sympa­thiques d’autre pas. L’hor­reur abso­lue ! Dans cet enfer une jeune scien­ti­fique part à la recherche d’une spécia­liste des médi­ca­ments pour avoir des expli­ca­tions sur la mort de leur collègue qui était déjà parti à la recherche de cette spécia­liste. Pour ne pas attra­per la mala­ria, elle prend des médi­ca­ments qui lui donnent des cauche­mars abomi­nables, ce qui permet à l’au­teure de nous faire comprendre son passé. Son père était Indien (de l’Indes) et sa mère du Minne­sota. Elle a peu connu son père qui s’est séparé de sa mère pour vivre en Indes et y a refait sa vie. Ce n’est pas du tout le thème prin­ci­pal du roman, même si cela explique sans doute une part du carac­tère de Marina Singh. Ce roman raconte comment des cher­cheurs essaient de trou­ver de nouveaux médi­ca­ments dans la jungle amazo­nienne si riche en biodi­ver­sité. Il y a du suspens autour de la mort d’An­ders Eckman, dont je ne peux rien dire sans me mettre à dos toutes les anti-divul­gâ­cheuses. En revanche, je peux vous parler de la très anti­pa­thique Dr Swen­son employée par le même labo­ra­toire que Marina et Anders pour trou­ver un médi­ca­ment qui permet­trait d’al­lon­ger la période de ferti­lité des femmes. Les femmes indiennes qui accueillent ces scien­ti­fiques ne connaissent, en effet, pas de perte de ferti­lité durant toute leur vie. C’est bien là le but des recherches pour lesquelles le Dr Swen­son est rému­néré, mais si elle ne donne pas les résul­tats de ses recherches, c’est qu’elle veut, avant, trou­ver un médi­ca­ment effi­cace contre la mala­ria. Elle sait que ce médi­ca­ment ne sera pas financé par son labo­ra­toire car il n’in­té­res­sera pas les femmes améri­caines. On peut recon­naître les débats actuels sur les médi­ca­ments chers (remde­si­vir) et ceux qui ne coutent rien (l’hy­droxy­chlo­ro­quine).

Les histoires d’amour compli­quées de Marina, son atta­che­ment à un petit enfant indien ne m’ont pas du tout passion­née. En revanche la course aux médi­ca­ments et les descrip­tions de la vie en Amazo­nie m’ont beau­coup marquée. Si j’ai des réserves sur ce roman, c’est parce qu’au­cun person­nage n’est vrai­ment sympa­thique. J’ai besoin de me sentir bien avec les person­nages et entre le Dr Swen­son en grand patron détes­table et mépri­sant tout le monde et les amours de Marina, je n’étais bien avec personne. En plus, j’étais plon­gée dans l’uni­vers – très bien décrit- que je déteste le plus au monde (sans y être jamais allée !) : la forêt amazonienne.

Citations

Une belle lettre d’amour du Dr Ekman

Tous les jours ou presque, j’ai mal à la tête et j’ai peur qu’un de ces minus­cules animaux d’Ama­zo­nie ne soit en train de creu­ser un trou de ses dents pour atteindre mon cortex céré­bral, et la seule chose au monde que je désire, la seule chose qui donne­rait du sens ou de la légi­ti­mité à mon exis­tence, serait de pouvoir poser ma tête sur tes genoux. Tu passe­rais ta main dans mes cheveux, je sais que tu me ferais pour moi. Tel est ton courage, telle est ma chance.

L’arrivée au Brésil

À l’ex­té­rieur, l’air était si épais que l’on aurait pu mordre dedans et en masti­quer un morceau. Jamais les poumons de Marina n’avait inhalé tant d’oxy­gène, tant d’hu­mi­dité. À chaque inspi­ra­tion, elle avait l’im­pres­sion d’emmagasiner dans son corps d’in­vi­sibles parti­cules florales, et que de minus­cules spores s’ins­tal­laient entre les cils vibra­tiles de ses organes pour y prendre racine. Un insecte frôla son oreille dans un bour­don­ne­ment si perçant que la tête de Marina bascula en arrière comme si elle avait reçu un coup. Un autre insecte lui mordit la joue tandis qu’elle levait la main pour chas­ser le premier. Il n’était pas dans la jungle, mais dans un parking. L’es­pace d’un instant, des éclairs de chaleur illu­mi­nèrent un banc de nuages mena­çant a des kilo­mètres au sud avant de les rame­ner dans la pénombre.

L’horreur absolue pour moi

À la tombée de la nuit, les insectes les assaillirent par nuées. Cara­paces dures et souples, mordeurs et piqueurs, grésillant, vrom­bis­sant et bour­don­nant : tous, jusqu’au dernier, déployèrent leurs ailes de papier et vinrent percu­ter avec une rage folle les yeux, la bouche et le nez des trois seuls êtres humains qu’il purent trou­ver. (…) « Le Dr Rapp disait que le travail des ento­mo­lo­giste était facile, dit le Dr Swen­son en tour­nant le dos à l’as­saut des insectes. Ils n’avaient qu’à allu­mer une lumière et tous les spéci­mens accouraient. »

En période où l’on conteste les recherches en médecine lire de tels faits fait froid dans le dos

Étude clinique mener à Tuskege, en Alabama, de 1932 à 1972, par des méde­cins améri­cain qui étudièrent l’évo­lu­tion de la syphi­lis sur des parti­ci­pants auxquels ils refu­saient de donner un trai­te­ment cura­tif pour pouvoir conti­nuer leur recherche.

Autant notre mémoire a été marquée par l’in­dé­pen­dance de l’Al­gé­rie autant celle du Maroc est beau­coup moins trai­tée par les écri­vains. Tout semble se passer plus faci­le­ment au Maroc, et pour­tant ! Voici un roman qui montre que ce pays a connu son lot de violences. Mais ce n’est pas l’unique inté­rêt de ce livre bien au contraire. L’au­teure puise dans ses origines maro­caine par son père et fran­çaise par sa mère l’ob­jet de son roman. Elle décrit de l’in­té­rieur les diffi­cul­tés d’un couple métissé en 1945 à Meknes et c’est passion­nant. On comprend bien ce qui a motivé sa mère à suivre son amour ce beau maro­cain venu déli­vrer la France pendant la seconde guerre mondiale. On comprend aussi combien pour Amine son père, il est diffi­cile de s’im­po­ser comme Maro­cain et d’être rejeté par les colons et aussi par les autoch­tones qui lui reprochent son mariage. À force d’un travail complè­te­ment fou, ils arri­ve­ront à créer une ferme dans les alen­tours de Meknes, et Mathilde sans être heureuse trou­vera une place dans le pays en soignant la popu­la­tion dans un dispen­saire où elle accueillera toute la popu­la­tion pauvre du Bled. Comme toujours quand il s’agit de romans sur les pays du Magh­reb, la condi­tion de la femme est insup­por­table et pour­tant ce sont bien les femmes qui permettent aux familles de tenir. L’au­teure décrit très bien le senti­ment de rejet de la popu­la­tion colo­ni­sa­trice et les diffi­cul­tés de l’en­fant qui se sent mépri­sée par les petites filles qui se croient supé­rieures seule­ment parce qu’elles sont « fran­çaises ». Un jour les sœurs de son école orga­nisent une visite et, grâce à ce roman, j’ai décou­vert le sort de esclaves chré­tiens du XVIII siècle. Pour une fois les rapports étaient inver­sés, ce ne sont plus les occi­den­taux qui font souf­frir les Arabes, mais les trai­te­ments sont tout aussi cruels. Les pauvres esclaves qui ont construit ces laby­rinthes étaient descen­dus par des trous et ne remon­taient jamais à la lumière du jour. Ils mour­raient d’épui­se­ment car ils étaient très mal nour­ris. Ce lieu se visite encore aujourd’­hui à Meknes :

Citations

Paroles de colons

Ils peuvent dire ce qu’ils veulent, mais il sera beau ce pays quand nous ne serons plus là pour faire fleu­rir les arbres, pour retour­ner la terre, pour y appli­quer notre achar­ne­ment. Qu’est-ce qu’il y avait ici avant que nous arri­vions ? Je te le demande ! Rien.
Moi je le connais ces arabe. Les ouvriers sont des ignare, comment veux-tu ne pas avoir envie de les rosser ? Je parle leur langue, je connais leur travers. Je sais très bien ce qu’on dit sur l’in­dé­pen­dance mais ce n’est pas une poignée d’agi­tés qui va me reprendre des années de sueur et de travail.

Le cherghi

Au début du mois d’août, le cher­ghi se leva et le ciel devint blanc. On inter­dit aux enfants de sortir car ce vent du Sahara était la hantise des mères. Combien de fois Moui­lala avait-elle raconté à Mathilde histoire d’en­fant empor­tés par la fièvre que le cher­gui char­rie avec lui ? Sa belle-mère disait qu’il ne fallait pas respi­rer cet air vicié, que l’ava­ler c’était prendre le risque de brûler de l’in­té­rieur, de se dessé­cher comme une plante qui fane d’un coup. À cause de se vent maudit, la nuit arri­vait mais sans appor­ter de répit. La lumière faiblis­sait, le noir recou­vrait la campagne et faisait dispa­raître les arbres mais la chaleur, elle, conti­nuait a peser de toute sa force, comme si la nature avait fait des réserves de soleil

Regret de ne pas avoir fait d’études

Adoles­cente, Mathilde n’avait jamais pensé qu’il était possible d’être libre toute seule, il lui parais­sait impen­sable, parce qu’elle était une femme, parce qu’elle était sans éduca­tion, que son destin ne soit pas inti­me­ment lié à celui d’un autre. Elle s’était rendu compte de son erreur beau­coup trop tard et main­te­nant qu’elle avait du discer­ne­ment et un peu de courage il était devenu impos­sible de partir. Les enfants lui tenaient lieu de racines et elle était atta­chée à cette terre, bien malgré elle. Sans argent, il n’y avait nulle part où aller et elle crevait de cette dépen­dance, de cette soumission.

Description des médecins

Il était beau dans sa blouse blanche, ses cheveux noirs peignés en arrière. Il était très diffé­rent de l’homme jovial qu’elle avait rencon­tré la première fois il lui sembla que ses yeux cernés étaient un peu tristes. Il portait sur son visage cette fatigue qui est propre aux bons méde­cins. Sur leurs traits on voit, comme en trans­pa­rence, les douleurs de leurs patients, on devine que ce sont les confi­dences de leurs malades qui courbent leurs épaules et que c’est le poids de ce secret de leur impuis­sance qui ralen­tit leur démarche et leur élocution.

L’honneur d’un Marocain qui a épousé une Française

Il la fixa et Mathilde eut alors l’im­pres­sion que les yeux d’Amine s’agran­dis­saient que ses traits se défor­maient, que sa bouche deve­nait énorme et elle sursauta quand il se mit à hurler : « Mais tu es complè­te­ment folle ! Jamais ma sœur n’épou­sera un Français ! »
Il attrapa Mathilde par la manche et la tira de son fauteuil. Il la traîna vers le couloir plongé dans l’obs­cu­rité, « Tu m’as humi­lié ! » Il lui cracha au visage et, du revers de la main la gifla.

Femmes battues

Aïcha connais­saient ces femme aux visages bleus. Elle en avait vu souvent, des mères aux yeux mi-clos, à la joue violette, des mères aux lèvres fendues. À l’époque, elle croyait même que c’était pour cela qu’on avait inventé le maquillage. Pour masquer les coups des hommes.

Édition Actes Sud . Traduit du Japo­nais par Jean-Louis de La Couronne

Merci Keisha pour ce doux moments et je partage ton avis : ce livre est beau­coup plus profond qu’il n’y parait de prime abord. Evide­ment la grande spécia­liste des chats Géral­dine avait déjà lu ce roman . Et comme dans tout bon roman, chacun peut y lire ce qui l’in­té­resse le plus , vous devi­nez que pour Géral­dine ce roman est :

« Avant tout, « Les mémoires d’un chat » est un formi­dable éten­dard contre l’aban­don des animaux de compa­gnie, pour le respect de l’en­ga­ge­ment autant quoti­dien que tempo­rel que nous prenons lorsque nous adop­tons une petite boule de poils quelle que soit sa taille à l’âge adulte. »

Et pour Kesiha :

C’est l’oc­ca­sion pour lui de renouer avec des amis d’en­fance puis d’ado­les­cence, mais ‑on le comprend vite- aucun de ses trois amis ne pourra garder Nana, avec à chaque fois une belle histoire du passé et du présent, déli­cate et fine. 

Et pour moi ? Je suis avec d’ac­cord aves ces deux blogueuses mais j’ai été beau­coup plus sensible à la descrip­tion de l’en­fance et de l’ado­les­cence au Japon aujourd’­hui. Je rappelle le sujet, Satoru a adopté un chat errant, il le nomme « Nana » qui rappelle le chiffre 7 en japo­nais comme le dessin des tâches sur son corps. Mais il doit pour des raisons qui ne seront expli­quées que dans le dernier chapitre le confier à un ami . Il part donc à la recherche des personnes qui ont enri­chi son enfance pour confier son chat. Se déroulent ainsi dans ce roman une enfance et une adoles­cence japo­naise. On rit beau­coup avec son ami Kosuké avec qui il a adopté le premier chat, on sent l’ado­les­cence se compli­quer avec Yoshi­miné qui est resté vivre à la ferme, cela devient encore plus tendu avec Sugi et Chikaro car les premiers émois amou­reux ont fait appa­raître la jalou­sie de son ami. Et puis vient cette tante Nakiro qui l’a recueilli lors du décès de ses parents.

J’ai beau­coup aimé les desti­nées de ces jeunes, on devine que l’au­teur a puisé ces récits parmi des exemples vécus . La tris­tesse de Yoshi­miné qui comprend, lors du divorce de ses parents, que si ceux-ci se disputent tant, c’est pour NE PAS avoir la garde de leur unique enfant m’a serré le coeur. Les tour­ments de la jalou­sie sont aussi très bien décrits. Mais ma préfé­rée sans doute, c’est la tante Noriko qui ne sait pas dire les choses avec tact. Elle se rend compte immé­dia­te­ment qu’elle n’au­rait pas dû pronon­cer les phrases qui sont sorties de sa bouche malgré elle, mais c’est toujours après qu’elle s’en rend compte. Mon seul bémol, c’est le truche­ment par lequel passe l’au­teur qui fait aussi le charme du roman , la narra­tion par le chat . J’y suis beau­coup moins sensible que Géral­dine évidem­ment, je pense que cela permet de mettre ce roman à la portée des adoles­cents, mais cela ne m’a pas empê­chée de beau­coup aimé cette lecture « beau­coup plus profonde qu’il n’y paraît » (comme je le disais au début) , souvent très drôle et toujours très émouvante.

Citations

La fugue des petits garçons

Pendant qu’il était en train de jouer avec le chat, histoire de tuer le temps, plusieurs dames du quar­tier qui sortaient leur chien ou chiens ou faisaient leur marche quoti­dienne leur avaient demandé ce qu’il fabri­quait là.
- Il est tard. Vos parents doivent s’in­quié­ter. Tout le monde se connais­sait dans le quar­tier, Kôsuké se doutait bien que l’en­droit était mal choisi. Mais Satoru, lui, n’avait pas l’air d’y voir de problème. 
- Ne vous inquié­tez pas, on est juste en train de faire une fugue.
- Ah bon ? Mais ne rentrez pas trop tard quand même. 
Kôsuké n’avait pas l’im­pres­sion que c’était comme ça qu’on faisait une pub. Non pas qu’il eût la moindre idée de comment on faisait, d’ailleurs…

La solitude d un enfant

« Daigo est sage et pas compli­qué, ça m’aide beau­coup. » Il aurait dû être idiot et pénible, c’est ça ?
Depuis qu’il était tout petit, il savait que ses parents aimaient trop leur métier. Tout comme il savait qu’ils ne s’in­té­res­saient pas beau­coup à lui. C’est pour ça qu’il s’était toujours efforcé de leur compli­quer la vie le moins possible. D’abord, il n’était pas assez imma­ture pour croire qu’en piquant sa crise : « Bou hou…Mes parents ne m’aiment pas ». Il allait les obli­ger à s’in­té­res­ser à lui. Et puis surtout, ça ne lui disait abso­lu­ment rien de jouer à ce jeu. Parce que s’il avait rendu l’air de la maison irres­pi­rable, qui en aurait le plus souf­fert ? Qui passait le plus de temps à la maison déjà ? Au moins en restant un enfant sage, ses parents ne lui faisaient pas la gueule et l’at­mo­sphère de la maison restait suppor­table. Il n’étouf­fait pas tout le temps qu’il passait à attendre à la maison, et les rares moments où il se trou­vait ensemble se dérou­lait sans que personne soit de mauvaise humeur(.….) Il y avait des gens plus à plaindre que lui dans le monde, c’est sûr. Mais avec ses parents qui n’at­ten­daient qu’une chose de lui : qu’il ne les choi­sisse surtout pas dans le genre à plaindre, c’était déjà pas mal.

Édition Robert Laffont

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

J’ai commencé ce roman avec un grand plai­sir qui s’est émoussé au fil des pages. Deux trames roma­nesques s’en­tre­croisent : celle qui décrit Fran­çois-René de Chateau­briand qui connaît la dure loi de l’im­mi­gra­tion et de la misère en Angle­terre pour échap­per à l’écha­faud, et le père du narra­teur, grand univer­si­taire pari­sien qui, à la fin de sa vie, a voulu retrou­ver, pour en faire un livre, toutes les femmes aimées par ce grand roman­tique dont une « petite sonneuse de cloches » de l’ab­baye de West­misn­ter qui a réveillé d’un baiser Chateau­briand presque mort de froid et de faim et qui, pour ce haut fait, mérite une ligne dans ses mémoires. Le narra­teur part donc à la recherche dans les docu­ments d’ar­chives de cette incon­nue, il est,alors, entraîné dans une histoire fantas­tique où Fran­çois-René joue encore un rôle. Je ne peux en dire plus, car je ménage toutes celles et tous ceux qui aiment le suspens et ne veulent pas savoir la fin des romans avant de la commen­cer – contrai­re­ment à moi !

Le charme du roman vient de l’hu­mour que Jerôme Atttal manie avec finesse et légè­reté. Tous les chapitres concer­nant la vie des émigrés à Londres sont à la fois instruc­tifs et assez cocasses. Ces gens sans argent et qui ne savent rien faire ont dû beau­coup amuser les Britan­niques qui comme le dit un des person­nages semblent faire « du travail une valeur » . La partie sur la vie moderne est aussi pleine d’ob­ser­va­tions assez amusantes, entre son père grand univer­si­taire qui se battrait bien en duel sur l’oeuvre de Margue­rite Duras et qui écrit des livres que seules des étudiantes amou­reuses du grand profes­seur sont capables de lire. Mais au bout de la moitié du roman, je me suis un peu ennuyée et je dois avouer que j’ai plus parcouru ce livre que réel­le­ment lu. Je pense que des lectr­rices ou lecteurs plus atten­tifs que moi pour­ront en donner une bien meilleure impression.

Citations

Le dentiste de Londres

Pour l’heure, Fran­çois René repère l’en­seigne de fer et de plomb clouée à l’une des façades de Shel­ton Street et dont l’ins­crip­tion, « Le Gentil dentiste », tient lieu d’anes­thé­sie locale pour les patients les plus rétifs (…)
Quand Fran­çois René pénètre dans la pièce qui fait office de cabi­net, il est frappé par la nudité du lieu. Un parquet aussi vaste que le pont d’un navire, flan­qué de deux baquets : l’un destiné à rece­voir les dents, l’autre empli à moitié d’une eau trou­blée de crachats. Contre l’un des murs, un établi sur lequel s’en­tasse un assor­ti­ment d’us­ten­siles : pinces plus ou moins tordues, tenaille, crochets, forceps coupants, clés de porte et pelote de ficelle. Un flacon d’eau-de-vie accou­plé à un gobe­let trône en évidence au milieu des instru­ments sans qu’on puisse déter­mi­ner si ce remède et à la jouis­sance du prati­cien ou du patient..

le père du narrateur

Sur son temps libre, Joe J. écri­vait des livres énormes qui se vendaient peu sans qu’il en conçoivent amer­tume ni rancœur. Il expli­quait ne pas vouloir être tribu­taire de l’ac­tua­lité, affir­mant que ce qui diffé­ren­cie les grands écri­vains des grands crimi­nels réside dans le fait que les premiers ne sont jamais aptes à être jugés par leur époque.

Discussion entre émigrés de la noblesse française

Une fille qui te donne spon­ta­né­ment un baiser ? ques­tionne dans le vide Hingant incré­dule. Je n’ai jamais rencon­tré une telle personne de toute mon exis­tence. Il faut toujours les séduire. Ou les forcer. Ou les épou­ser. Ou les trois à la fois.

La beauté Féminine

Il fixe avec dégoût l’idiote tein­ture brune appli­quée à ses beaux cheveux blonds. Le caprice, qui en toute chose permet à une jolie fille de choi­sir une direc­tion oppo­sée à sa nature sur un simple coup de tête, blesse éper­du­ment son cœur.

Traduit de l’an­glais ( ?) préfacé et annoté par Pierre Nordon Édition livre de poche

J’ai telle­ment souf­fert à la lecture de la biogra­phie « Virgi­nia » d’Em­ma­nuel Favier que j’ai suivi les conseils que vous aviez mis en commen­taires : relire l’œuvre de cette grande écri­vaine. J’ai commencé par « Mrs Dallo­way » si je suis certaine de l’avoir lu dans ma jeunesse , je pense être passée à côté de son origi­na­lité. Pour une fois, je dois avouer que les notes et la préface m’on beau­coup aidée à comprendre toute la portée de ce roman. D’abord pour la compré­hen­sion de lieux, car je connais mal Londres et les lieux permettent à l’écri­vaine de situer immé­dia­te­ment la scène dans une réalité sociale que les notes m’ont bien expli­quée. Puis, j’ai suivie de plus près les chan­ge­ments de narra­teurs et enfin tous les fils qui se croisent au rythme des heures égre­nées par Big Ben. Je rappelle le sujet : Clarissa Dallo­way une femme de la haute société britan­nique va donner, le soir même, une récep­tion. Sa jour­née sera occu­pée par les le choix des fleurs et les diffé­rentes rencontres qu’elle fait (ou non). La plus impor­tante étant sans dont celle avec l’homme qu’elle a aimé puis repoussé dans sa jeunesse, Peter Walsh. Nous suivons aussi tous ceux qui lui ont permis d’être aujourd’­hui Clarissa Dallo­way avec en contre point, la jour­née tragique de Septi­mus Smith, soldat revenu de la guerre 1418, qui se suici­dera à la fin de la jour­née, car la méde­cine était inca­pable de le sortir de son trau­ma­tisme dû à la violence de ce qu’il a subi pendant la guerre.

Vous le savez aussi, sans doute, ce qui fait toute l’ori­gi­na­lité du style de l’au­teur c’est que celle-ci s’ef­face entiè­re­ment et laisse chaque person­nage évoluée dans ses pensées person­nelles. C’est donc le maillage serré de tous ces dialogues inté­rieurs qui nous permet de connaître et comprendre Carissa Dallo­way et aussi de mieux connaître la société anglaise qui, après la première guerre mondiale, domine encore une grand partie de la planète.

C’est un belle réus­site de faire comprendre aussi bien la vérité de cette époque en ne décri­vant qu’une seule jour­née. Je comprends que l’on parle de chef d’œuvre litté­raire. Si j’ai quelques réserves, c’est que rien ne coule de source dans cette lecture, je le redis sans les notes je n’au­rais pas pu comprendre tout ce que Virgi­nia Woolf voulait nous dire.

Citations

Portrait de Clarissa Dalloway

Elle ne se relâ­chait en aucun sens du terme, elle était droite comme une flèche, un peu rigide à dire vrai. Elle disait qu’ils avaient une sorte de courage qu’elle respec­tait la de plus en plus à mesure qu’elle prenait de l’âge. Il y avait beau­coup de Dallo­way dans tout cela natu­rel­le­ment ; c’était impré­gné d’es­prit civique, d’Em­pire britan­nique, de réforme des tarifs doua­niers, bref l’es­prit de la classe domi­nante n’avait pas manqué de déteindre sur elle. Avec deux fois plus d’in­tel­li­gence que lui, il fallait qu’elle voit les choses avec son regard à lui – une des tragé­dies de la vie conju­gale. Avec l’es­prit qu’elle avait, il fallait toujours qu’elle cite Richard – comme si on ne savait pas à la virgule près ce que pense et Richard en lisant le Morning Post du matin.

C’est bien compliqué l’éducation anglaise (c’était avant les blogs !)

L’un de ses hommes à l’ins­truc­tion impar­faite, auto­di­dactes dont toute l’édu­ca­tion provient de livres emprun­tés dans des biblio­thèques publiques, le soir après la jour­née de travail, sur le conseil d’au­teurs connus consul­tés par courrier.

Remarque si vraie sur les prénoms

Londres n’a fait qu’une bouchée de millions de jeunes gens du nom de Smith ; et ne se souciait guère de prénoms extra­or­di­naires comme Septi­mus par lesquels des parents pensaient distin­guer leurs enfants.

Portrait d’Elizabeth la fille de de Clarissa qui fait penser aux photos de Virginia Woolf adolescente.

Elle avait tendance à être passive. Il lui manquait d’être expres­sive, mais elle avait de beaux yeux, des yeux de Chinoise, orien­taux et, comme disait sa mère, de si jolies épaules et un port si droit qu’elle était toujours déli­cieuse à regar­der ; et ces derniers temps, tout spécia­le­ment le soir, quand quelque chose l’in­té­res­sait, car elle ne s’ex­ci­tait jamais, elle était presque belle, majes­tueuse, sereine. À quoi pouvait-elle penser ? Tous les hommes tombaient amou­reux d’elle et elle trou­vait vrai­ment cela horri­ble­ment ennuyeux. C’était le commencement. 

Humour ?

Elle aimait bien les malades. Et tous les métiers sont ouverts aux femmes de votre géné­ra­tion, avait dit Miss Kilman. Donc elle pour­rait être méde­cin. Où avoir une ferme. Les animaux sont souvent malades.

Édition Gall­meis­ter traduit de l’amé­ri­cain par Sophie Asnalides

A obtenu un coup de cœur au club de lecture de la média­thèque de Dinard

Comment clas­ser ce roman qui a tant plu aux lectrices et au lecteur de notre club de lecture : roman social , parce qu’il décrit si bien la société d’une petite ville de l’Ar­kan­sas grou­pée autour d’un pasteur charis­ma­tique, roman poli­cier parce qu’il y a des meurtres, thril­ler parce que le suspens bien que prévi­sible est très bien mené. C’est tout cela et beau­coup plus. Parlons d’abord du contexte, le jour de Pâques la famille du pasteur Richard Weather­ford est réunie pour célé­brer le Seigneur en ce jour qui célèbre sa résur­rec­tion. Celui-ci est tour­menté car il a eu une rela­tion homo­sexuelle avec un jeune de son village, Gary Doane . Celui-ci a décidé de fuir le village et la domi­na­tion du pasteur avec de l’argent soutiré au pasteur pour ne pas dévoi­ler ces rela­tions. Tout se passe en cette jour­née de Pâques et l’on sent que l’on va vers une catas­trophe si prévi­sible. Mais le plus impor­tant n’est pas là, même si l’in­trigue est très bien menée, à aucun moment on est dans l’in­ter­pré­ta­tion des faits mais dans les faits eux-mêmes. Chaque chapitre tourne autour d’un person­nage du village et peu à peu le village appa­raît devant nos yeux et c’est vrai­ment très inté­res­sant. Le titre dit tout de l’am­biance de Stock, cette petite ville où tout le monde connaît tout le monde et se surveille avec peu de charité chré­tienne même si le pasteur est bien le person­nage tuté­laire de ce roman. On est dans l’Amé­rique profonde qui ne croit ni à le théo­rie de l’évo­lu­tion ni à la liberté de penser. Un pas de travers et vous voilà reje­ter de ce petit village qui donne envie de fuir. Mais pour cela, il faut un peu d’argent et c’est bien là le nerf de la guerre. Même si on sent bien que rien ne peut s’ar­ran­ger, je ne peux pas dire que j’avais prévu la fin. Ce roman convien­dra à toutes celles et tous ceux qui sont persua­dés que les bons senti­ments ne mènent pas le monde, même quand ils sont prêchés tous les dimanche d’une voix toni­truante. Un excellent moment de lecture que j’ai­me­rais parta­ger avec vous.

PS . Ce billet est écrit depuis long­temps, mais tout à fait par hasard il résonne avec l’actualité. On y voit, en effet, les ravages que provoquent le risque de mettre à jour une rela­tion homo­sexuelle qui révè­le­rait la part d’ombre d’un homme puissant.

Citations

La famille du pasteur

Papa, comment c’est possible qu’il y ait des gens qui pensent qu’on descend des singes ? – Je ne sais pas, mon fils. Hitler a dit que si on veut que les gens croient un mensonge, il suffit de le répé­ter sans arrêt. Les anti­clé­ri­caux ne cessent de répé­ter leur discours sur l’évo­lu­tion et les gens l’ac­cepte sans le remettre en ques­tion. Ils entendent des hommes instruits avec des diplômes impres­sion­nants qui pérorent sur les singes, des fossiles, que sais-je d’autre, ils se disent : « Bon je n’y comprends rien, mais je suppose que ça doit être vrai si ces gens intel­li­gents le croient. »

Dialogue entre la femme du pasteur et une amie

- Non, je vous ce que tu veux dire, dit Sandy. Femme de pasteur c’est un job qui occupe nuit et jour.
- Tout à fait. Et j’aime ça. Je ne me plains pas. Mais cette posi­tion est très exigeante, un peu comme celle de la femme d’un homme poli­tique. Beau­coup de gens la quali­fie­raient à peine de boulot, mais en réalité, c’est assez proche de la manière dont Ginger Rogers quali­fiait ses danses avec Fred Astair.
- « Je faisais tout ce qu’il faisait, mais à recu­lons et en talons. »

Le cœur du roman : monologue du pasteur

Ce que je ne suis pas, c’est un homo­sexuel. Cela n’existe pas, les homo­sexuels. Le concept de l’iden­tité gay est un mensonge du diable, fondée sur les idées fausses que l’ho­mo­sexua­lité est un état de l’être. Si les homo­sexuels existent, alors Dieu a dû créer les homo­sexuels, donc, non, il ne peut pas y avoir d’ho­mo­sexuels. Il n’y a que des actes homo­sexuels, et on peut choi­sir ou non de commettre ces actes. Je peux me détour­ner de mon péché.

Le dépressif

Vache­ment dépri­mant, comme idée. Soit c’était un raté et sa grange est là, à pour­rir au bord de la route, soit il avait réussi et sa grange est là, à pour­rir au bord de la route.